‹ LE NAIN NOIRChapitre 66 sur 99 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

« Et celte tragédie I demandai-je à ma tante Marguerite» arriva-trelle en même temps qu'on vit la scène dans le miroir?

— Il est pénible d'ôtre obligée de discréditer ma propre histoire, me répondit-elle ; mais pour vous dire la vérité, elle arriva quelque temps avant Tapparition.

— Ainsi il est probable que Tadepte en avait été instruit secrè^ tement.

--- Les incrédules le disaient du moins. t -s

— Et que devint le charlatan ? \^;s^ , — Peu de temps après, un ordre arriva pour rarrêter comi coupable de haute trahison et comme ag^nt du chevalier Sainte- George *; alors lady Bothwell se rappela ce que lui avait dit le médecin, ami sincère de la succession protestante^ et qui de plus avait découvert que Tadepte était particulièrement prôné parnli les vieilles matrones qui partageaient la méine opinion politique que la sienne. Il semblait certainement probable que des nour velles du continent^ envoyées par un actif et puissant agent, le mirent en état de préparer cette scène de fantasmagorie que lady Bothwell et sa sœur avaient vue. Cependant il était si difficile d'expliquer positivement la chose, que, jusqu'à sa mort , elle en conserva des doutes, et souvent même elle fut tentée de couper le nœud gordien , en admettant l'existence d'un pouvoir surnaturel.

<— Mais, ma chère tante, que devint cet homme habile?

— Oh ! c'était un trop habile devin pour ne pas prévoir que sa propre destinée serait tragique s'il attendait l'arrivée de l'homme qui portait un /emer en argfen^ sur sa manche^. Il disparut sans qu'on sût où il s'était enfui, et on n'entendit plus parler de lui. Il courut le bruit que quelques papiers ou lettres avaient été trou* vés chez lui ^ mais bientôt on ne parla pas plus de Battisto d'A* iniotti que de Galien vu d'Hippocrate.

I Ifom que Ton donnait au prétendant an trône d^Écosse. à. ic.

Sî Signe distinctif de l^agent de police ou du messager du roi dUngleterre. ▲• If*

Mi LÉ MlKdlfi tM MA tÀNtË ItfARGtîSlilfg.

^Bt sir Fti9if)pe dispai'ul^ aasdl ? ne fut-ît fUm qu^tion de lui ?

^ Non, » pépon^t m;» coctipliiteairt« Ms'r^rlriee) « on mi entendit parler encore une fois, et ce fut dans une circonstance assez remarquable : on disait que nous autres Écossais, lorsqu'existait une belle nation, nous possédions itenombreuses vertus, un ou deux légers vices, mais surtout celui de ne jamais pardonner et de ne Jamais oublier les injures ; que nous nous faisons une idole de notre ressentiment (^omme la pauv're lad y Constance* s'en fitiioé de son chagrin, et enfin, comme le dit te poète Buras, que nous tivons Coutume de nourrir notre c<rfère pour lui conserver éêl chaleur 2.

^ Lady Bothwell partageait ces sentiments, et je ttùh qée rien au monde , excepté la restauration des Stuarts, ne loi aurait été plus agréable que d'avoir une occasion de se venger de la conduite impérieuse et cruelle de sir Ph}li]ppe, qui f avait ]^ivée d'un ftèm et d'une sœur ebérie ; mais on n'entendit par l^ de sir Philippe que bien des années après.

« Enfin un jùvtt de carnaval, à une assemblée où se tfOuyài^iit yéunies ioutes les premières familles d'Edimbourg , et dans la* quelle lady Bothwell était une des damés protectrices, un dôme»* tiqué vint l'avertir qu'un monsieur désirait Ini parier en pariH ©iiliei*.

«* !Bn partieulf^ ! tépondit-eRe, et cela dans one assemblée! Il feot que ce monsienr soit fou. Dites^lui de se rendre chez moi demain matin.

^ Je l'y ai d^à invité, milady, répondit le domditique : alort 11 m'a prié de vous remettre ce papier. »

^ Lady Bothivell ounit le billet , qui était singuilèrmnent pi et cacheté; elle n'y trouva que ces mots : Sur une affaire it i* et de morty tracés iTtme écriture qu^èlle ne connaissait pas.

« Tout à coup il lui vient dans la prasée que cela pouvait intéresser la sûreté politique de quelques-uns de ses amis ; eDè ioivit doôe le messager vers une petite chambre où on avait pi^ ^ré lea rafnttlebissemenls et où personne de la société n^entrait Ste y trouva uâ vieillard qui, à son approche, se leva et la saliift pn)(bnâémeiit. Son aspect annonçait une santé délabrée, et ift mise, quoique convenable pour un salon, était flétrie, usée, ^

I Personnage A'*vn» et» pièces de Sli»kspe«re, A. M.

LE Mmaxa de ma tante marguerite. sas

trop large pow son corps axoaigri. Lady Botbwell, espérant pouypir se débarrasser deTimportuo avec de l'argent , chercha sa bourse^ mais la crainte de se tromper Tarrôta , et elle lui donna le temps de s'expliquer.

« Ai-je l'honneur de parler à milady Bothwell ? demanda l'étranger.

. — Oui , oKutsiéur ; mais permettez-moi de vous faire observer que ce n'est ni le lieu ni le temps pour une longue explication. Que désirez-^vous?

—Votre Seigneurie avait autrefois une sœur ?

— C'est vrai, monsieur, une sœur que j'aimais de toute mon ftme.

-* Yoi» aviai aussi un frère ?

^^ Le plus brave» le meilleur et le ^us tendre des frères.

— Tous perdîtes ces êtres si chers par la faute d'un mal** heureux ?

— Par le crime d'un vil et barbare assassin, s'écria la dame.

— Cette réponse me suflSt, » répliqua le vieillard en saluant comme pour se retirer.

ft Arrêtez» monsieur, je vous Tordonne ; qui étes-vous d'abord ? et qui ose, en ce moment et en un lieu semblable, venir me rappeler de si horriUes souvenirs ? je veux le savoir.

^ Je suis un homme qui ne veux faire à lady Bothv^ell aucune injure} bien au contraire, je désire lui of&ir une occasion d'un acte de charité que le monde pourrait trouver extraordinaire» mais que le ciel récompenserait. Hélas I je ne la trouve pa& dispo»^ sée à un sacrifice tel que je pourrais le lui demander.

— Parlez donc, monsieur. Que voulez-voi^ dire ?

^ Le misératde qui vous a £iit tant de mal , répondit rin<* connu , est maintenant siir son Ut de mort ; ses jours ont été del» îours de douleur et ses nuits des heures d'angoisses et sans som* aieil. Cependant il ne peut mourir sans que vous lui accordies votre pardon. Sa vie a été une vie de pénitence ; mais il ne peut quitter la terre emportant avec lui votre malédiction.

-« J>ite9-lui , » répondit lady Bothyrell d'un air sévère , « de dAmander pardon à ce Dieu qu'il a tant offensé : il m^ doit attacher aucune importance à celui d'une mortelle comme moi j

^ Au contraire, milady> le vôtre serait une garantie pour celui qu'il denwmdera à IMeu. ]Lâi{^lei&*vouS) milady Bothwell, que^ wœ seresE. aussi un jour aur votre lit de mort ; votre àmo^ comme?

celle des autres, ne comparaîtra qu^en tremblant devant le juge suprême, avec une conscience peu tranquille et accusatrice : que fera-t-elle alors de cette pensée : « Je n'ai pas accordé de pardon, comment donc puis-je espérer de l'obtenir ?

— Homme! qui que tu sois, reprit lady Bothwell, ne me presse pas si cruellement : ce serait un blasphème d'hypocrisie de prononcer un pardon que mon cœur démentirait et qui seraK capable de faire sortir de sa tombe ma malheureuse sœur, ainsi que Tombre sanglante de mon frère assassiné. Lui pardonner ! jamais! jamais !

«— Grand Dieu ! » s'écria le vieillard en levant les mains au ciel, « est-ce ainsi que des reptiles sortis de la poussière obéissent k tes commandements? Adieu, orgueilleuse et malheureuse femme! vante-toi d'avoir ajouté aux angoisses d'un mourant dévoré de misère et de chagrin les tourments de la religion , en le laissant implorer en vain ton pardon. »

« Le vieillard allait se retirer.

« Arrêtez! s'écria lady Bothwell; j'essaierai, oui, j'essaierai de lui pardonner.

— Gracieuse dame, répliqua le vieillard, vous soulagez une âme accablée qui n'ose pas quitter cette terre sans avoir fait la paix avec vous; que sais-je même? Votre pardon pourra peut-être lui conserver des jours employés à faire pénitence.

— Ah! » reprit lady Bothwell, comme tout à coup éclairée, n c'est le scélérat lui-môme qui est devant moi, » et saisissant sir Philippe par le collet, car c'était bien lui, elle s'écria : « Au meurtre ! au meurtre ! arrêtez l'assassin ! »

^ )( A une exclamation si extraordinaire et dans un tel endroit, toute la société se précipita dans la chambre ; mais sir Philippe était parti; il s'était débarrassé de lady Bothwell, et s'était sauvé de l'appartement, qui s'ouvrait sur le palier de l'escalier. Il était presque impossible de fuir par cet endroit, car plusieuris personnes montaient et descendaient continuellement ; mais ce mal* heureux était déterminé, il se précipita par-dessus la rampe de rescalier, et tomba sans accident dans le vestibule, malgré un saut de quinze pieds , se lança dans la rue , et se perdit dans l'obscurité.

K Quelques membres de la famille de lady Bothwell le poursuivaient, et s'ils avaient saisi le fugitif, ils l'auraient probablement massacré; car dans ces jouis-là le sang qui coulait dan^

les veines des hommes était bouillaiit. Mais la police n'intervint pas , l'affaire crimindie s'étant passée depuis bien des années et sur une terre étrangère. On a toiqours pensé que celte scène extraordinaire était un subterfuge hypocrite dont sir Philippe s'était servi pour s'assurer s'il pourrait revenir dans son pays natal, sans danger et sans craindre le ressentiment d'une famille qu'il avait tant outragée. Le résultat (Ut si contraire à son attente, que l'on croit qu'il retourna sur le continent où il mourut dans Texii. »

Ainsi se termina Thistoire du mystérieux Miroir de ma tante Mai^erite.

LA CHAMBRE TAPISSÉE

LA DAME BN 8A€'.

Kow ar«iifODfl 4e ^«dif e «o prodige.

Jnonyme.

L*aatetir de cette Barratioti ne prétend ni à la louange ni ati blftme. Il la livre au public telle qu'elle lui est parvenue, et c'est de mémoire quil Pa écrite. Il a évité d'employer un styletro^ reclierché, afin de conserver à son conte tonte la simplicité qu'il veut lui donner; il ne peut donc être condamné qu'en raison de son jugement dans le choix des matières.

Cependant on doit convenir que les contes qui tendent au mer* veilleux produisent une impression pins forte lorsqu'ils sont ra* contés qoe lorsqu'on les lit. Tout prête à l'intérêt quand on écoutêi le conteur autour du fen ; les détails augmentent l'authenticité de la légende, les inflexions de la voix , le ton mystérieox lorsqu'il arrive aux passages terribles et extraordinaires de son histoire.

He Alt avec ces avantages que l'écrivain entendit , il y a plus de vingt ans, raconter l'aventure suivante par la célèbre miss Se» ward de Litchfleld , qui ^joutait à ses nombreuses perfections eelie de Irien raconter.

Ce même conte écrit perd beaucoup de l'intérêt qui y était attaéhé par la voix flexible et les traits séduisants de Taimable conteuse que nous ne pouvons pas rendre. Cependant en le lisant i un auditdre composé de chiens et de loups, dans un appartement mal éclairé et solitaire, on pourrait encore le regarder comme une bonne histoire de revenant.

t In tke sacque, dit le texle Le sac est une espèce de robe pareille à une blouse, attachée auteur du eeu, et tombant en plb sur le eerps, sans eeiuture. k, h.

fi08 LA CHAMBRE TAPISSÉE.

Miâs Seward m'a assaré qu'elle la tenait do source authentique, quoiqu'elle évitât de me dire les noms des principaux personnages. Je ne veux rien ajouter de ce que J'ai pu avoir appris plus tard des localités de ce conte ; je le donne tel qu'on me Ta donné, sans l'augmenter ni le diminuer -, je le rapporte simplement comme une histoire de terreur surnaturelle.

Vers la fin de la guerre d'Amérique , lorsque les officiers de l'armée du lord Gornwallis qui s'étaient rendus à Tork-Town, et d'autres qui avaient été faits prisonniers pendant l'impoUtique et fatale querelle , retournaient dans leur pays natal pour y joair du repos et raconter leurs aventures , il se trouvait parmi eux un ofiicier général à qui miss Seward donna le nom de Browne , seulement , m'a-t-elle dit , pour éviter le désagrément d'avoir un héros sans nom dans son histoire. Ce général Browne était un officier de grand mérite^ de bonne famille , et très-instruit.

Quelques affaires avaient obligé le général Browne de parcourir les comtés de l'ouest. Il s'arrêta pour changer de chevaux, et se ^ouva dans les environs d'une petite ville qui offrait aux regards ^a site d'une beauté peu ordinaire et d'un genre tout à fait anglais.

f Cette petite ville , et son église antique qui portait les marques de la dévotion des siècles passés , se trouvaient au milieu de pâturages et de champs de blé de peu d'étendue , mais entourés et divisés par de vieux arbres d'une grandeur immense. H Y ^^^^^ peu de marques des progrès modernes ; rien n'indiquait ni la certitude des ruines ni le mouvement de la nouveauté. Les maisons étaient vieilles, mais en bon état, et la jolie petite rivière qui coulait librement près de la ville n'était resserrée ni par une écluse, ni gâtée sur les bords par les chevaux qui tirent les bateaux.

Sur une petite pente, à un mille à peu près vers le sud delà même ville, on apercevait, parmi plusieurs vénérables chênes et d'épais buissons, les tours d'un château aussi ancien que les guerres d'York et de Lancaster , mais qui paraissait avoir éprouvé quelques importants changements dans le siècle d'Elisabeth et de ses successeurs. Cette humble cité n'a jamais été considérable; mais elle offrait tous les agréments qu'on pouvait désirer. Telles furent au moins les remarques que flt le général en observante fumée qui sortait des cheminées du château. Le mur du parc le séparait de la grande route, et entre les chemins tracés dans le

LA CHAMBRE TAPISSÉE

bois on pouvait voir qu'il était bien, touffii* Il y avait d'autres points de vue en perspective. La façade du château , qudque oT-p frant les bizarreries magniflques du siècle d'Elisabeth , tandis que la construction simple , mais solide , des autres parties du bâtiment semblait indiquer qu'elles avaient été bâties iriutdt pour la défense que par luxe.

Ravi du coup d'œil superbe qu'il y avait du château â travers les bois et les vallons qui entouraient cette ancienne forteresse , notre voyageur militaire voulait savoir s'il y avait des objets de curiosité propres à mériter l'attention particulière, quelques tableaux ou autres choses dignes d'être vues.

En quittant les environs du parc, il passa par une rue bien propre et l»en pavée, et s'arrêta à la porte d'une auberge de bonne apparence.

Avant de demander d'autres chevaux de poste pour continuer son voyage, le général Browne s'informa du nom du propriétaire de ce château qui l'avait tant intéressé. II ne Ait pas peu satisAdt d'apprendre qu'il appartenait à un grand seigneur du nom de Woodville. Quelle heureuse rencontre ! car tous les souvenirs de sa jeunesse, de pension et de collège, l'unissaient au jeune Woodville. Il put se convaincre par toutes les questions qu'il fit que c'était bien la même personne qui était le propriétaire de ce beau domaine ; son père étant mort , il lui était échu en qualité d'héritier de sa pairie. L'aubergiste apprit au général , que le deuil étant terminé, le nouveau pair devait venir prendre possessicm de son bien dans la jolie saison d'automne , accompagné de quelques-uns de ses amis, pour y jouir du plaisir de la chasse. Le pays était renommé pour son gibier.

Ces nouvelles (tarent très-agréables â notre voyageur. Frank Woodville avait été le compagnon de jeux ^ de Richard Browne à éton ' , et son ami de collège de Christ-Cburch. Leurs plaishrs et leurs études avaient été les mêmes , et le cœur de notre brave soldat s'échauffait à l'idée de trouver son ami d'enfance en possession d'une si belle propriété. L'aubergiste lui assurant qu'il avait assez de fortune pour soutenir i'ejntretien de cette maison , il était Inen naturel que notre voyageur suspendit son voyage ,

1 Fag, dit le texte, poar désigner celui qui remplit les deToirs de domestique, parce que dans les collèges anglais un élèTe sert véritablement de domestique i Paotre* a. ir.

2 Collège près de Londref. à. m.

MO LA CHAMBRE TAPISSÉE

qm d'ailleurs n'arait rim de pressé, pour se trouTer avec ua vieil

Les cfaeViamx frais ne scivir eut donc <ifi'à eonduife la voitiire de ^K>yage du géoéral au cbàteau de Woodville. Le portier qai babitatt uae loge gothique , Mtie dans le mèiiKe style que le ciiàteau, sonna pour avertir les autres domestiques de l'arrivée d'une vifltte ; apparemnent que le son de la eioebe suspendit le dépurtde la aoeîété du ebàteau, qui venait de délibérer sur le genre de {^ flir auquel on se livrerait ce jour-là, ear en eaB^rant dans la cour •dii ehâteatt plusieurs jeiuaes gens s^aHiufaient , en eostume de chasse , à passer en revue les chiens que les gardes tenaient e& Usée et qui devaient les accompagner,

. Comoie le général Srowne descendait de sa voiture, le jeme lord avança vers l'entrée du vestibule et regarda fixeBM»t l'étranger, que les fatigues de la guerre et ses Uessures «raient teaueoupx^ngé. Aussitôt que le général paila, son incertitude cessa ; le piaisir d'une telle reeoiMUii^ttnce et d'une entrevue aussi inattendue ne peut être senti que pur ceux qui ont eoœme eux liasse ensemble leurs premières années.

« iSt j'avjkis pu former un souhait, mon cher Browo^ iai dit «niord Woodville, c'eût été eeltti de vous avoir parmi noas pour ■ne occasion que mes œiîssont assez bons pour fâter. Me croyez pas qm je vous aie jamais oublié pendant les longues années que TOUS avez été absent; je vous ai suivi de la pensée à travers voa dangers, vos triomphes et vos malheurs, et j'étais teN^ourstaea- TOUX et lier de voir que, lors même que nos armées étaient victorieuses ou battues, le nom de mon ami était toujours ôté ho* norablement. »

la générid fit une réponse convenaUe en pareil cas, et fit comfdimettt à son ami de ses nouv^es dignités et du bonheur quil avait de posséder ce beau domaine.

tt Oh ! vous n'avez pas tout vu encore^ répliqua lord Woodvifet 4A j'espère que vous ne nous quitterez pas avant d'avoir fait atec lui plus ample connaissance. J'avoue que dans ce moment j'ai beaucoup de monde chez moi , et la vieille mmson semblable i jbîesi d'autres du même gBire, ne possède pas autant de commo' dites que l'extérieur pourrait le faire croire; mais nous pouvons vous donner une bonne chambre à coucher, quoique bien antique, et je pense que dans vos nombreuses campagnes vous avez trouvé de plus mauvais gîtes. »

U. CEM»B£ TAPISSÉE, g| I

Le géaénd se jmt i rira et lui 4jt :' « Je erm faas |^e, mon ^wi, q«e la plus sntiivaise chambre de votre dbéteau est biea pré* #éraUe au ymâx tooDeau dans lequel j'étais fbjroé defMser um 3iiiit tesfoe je ine tsaorû «i bivcniae^rH» inos^ troupes lé^ là, j-ilns eMcbé oumine ÏDiagèiie, et si oostent d\Mffe ainsi i Tabri^ que le Touiais à toute force le Caire jroirier au qoartîer gé^ iséral:; niais mom oonmandast ne permit ftasua tel .iuxe, et, les jaraiQS sasx yeui, je A» oidigé de faire hwb adieux au cher loioiBan.

~ Wa Henï paisqœ vMs ae craignez pas d'ôlre mA logé, vous roAeceK avec flioi um seoiaioeaa moîiis ; vous troureres ici des fusils, des ichiaiis, des Ugaespour Ia|iâcbe ettout ce qu'il fwt four «d afmoawBt par terre Oii4[ttr mer ; on vous proeuDera tous lesplaisiiB que vous tvoacbez choisir. Msis si voasfM^fâreK la chasse, je vousacoonipagiiBBai afiude jugerai vous^ives fait des progrès parmi les Indiens. * .

iiegénântl accepta avec joieles offinas de se* mi, et après une matmès paaa&e dans la! chaai^is et dausles bois, twt te :mcade se trouva réus pour le dtner.

Isurd iJKtMDdtiUe prtt le plùscrand soin de frâre reaBOiiir toutes les eoBeflilentes qaalttés de scti ami, afin que les autres eonvivea, ^ui étaâeat tonsdesiiemmesde laptes bautediatiaetioii, lui.renr dissent ks benneurs qu'il méritait. U amena adtetteiiiei^ le gér .BéMl à parler des scènes doat il awit été téoipin, et<xaame chaque parole marquait également le brave soldat et Thomaie \5ensiHe qiH consorve le sang4t»d dans les |Ahs grands dangers, les convives regardtoent le soldat avec respect et admkatioa^ comme im hoomie qui déoâait le courage que tiAa&un déaire qu'on lui attribue.

la foaraàe se passa à Woodvâle oomme àmt cMinaireatfînt d'usage dans tes graiates auisoi». Et cooiBie le jewciieigaeiir était t)ôn raasîcieB, on flt de la musique au dessert ; des cartes et le billard furent laissés à ceux qui préféraient de tels amuse^ «méats. Mais reseroice du matin bj^tA fatigué les musiciens , il était tent au phis^onze heures lonsqu'ils se séparèrent pour aller âeooiictor^

Le jeune seigneur conduisit lui-même te général à la chambre qui lui était destinée, et qia répondait parfaitement a ladescripftion qu'on hai en ayaât faite. EHe était commode, maïs tout à fait antique^ le lit était d'un&ftHsaemaseive^^sMnBie ceux<dont on se

212 LA CHAMBRE TAPISSEE.

Servait dans le xvii* siècle, et les rideaux de soie fanée garnis de franges en or terni ; mais les draps , les oreillers et les couver* tures paraissaient délicieux au soldat , lorsqu'il les comparait à son tonneauv Les tapisseries qui couvraient les murs de la chambre étaient vieilles et usées, et répandaient un air sombre dans Tap^ partement. La brise d'automne les agitait légèrement. La table de toilette avec sa glace drapée, d'après la mode du commence^ ment du xvir siècle, d'une soie couleur foncée^ et une centaine de petites bdteis pour différents usages dont on ne se servait plus depuis cinquante ans , avait un aspect antique et même assez triste. Deux bougies allumées éclairaient fort agréablement Tappartement , et ce qui était encore mieux , un excellent feu de bois, qui non-seulement répandait la clarté dans la chambre, mais la réchauffait à merveille. En un mot on y trouvait, en contraste avec ses formes anciennes , toutes les commodités qae le goût moderne a rendues nécessaires.

«Yoici une antique chambre à coucher , mon général^ mais j'espère que vous n'aurez pas lieu d'y regretter votre tonneaa.

— Je ne suis pas difficile pour mon logement ; mais si j'avais eu le choix , j'aurais donné la préférence à cette chambre sur toutes les plus modernes de votre château. Groyez^moi, mon ami, quand je rapproche scm air moderne et ses commodité» avec son antiquité vénérable , je me rappelle que cda aj^rtirat k Toti^ Seigneurie, et je m'y trouverai mieux que dans le meifleur hôtel de Londres. >i

— Je l'espère, «t je ne doute même pas que vous ne vous T trouviez bien, mon cher ami, » répondit lord Woodville ; et lui souhaitant encore une fois bonne nuit, il lui serra la main, et il partit.

Le général , regardant autour de lui , se félicita de se trouver encore dans son pays heureux et tranquille, après toutes lesfa^ tigues qu'il avait éprouvées, se déshabilla et se pr^ara à passer une excellente nuit.

Ici, contrairement à la coutume de ces sortes d'histoires, noo^ laisserons le général dans sa chambre jusqu'au lendemain.

La compagnie s'assembla de bon matin pour le déjeuner, mai» le général ne parut point. Gomme c'était le convive à qui 1^^ Woodville désirait témoigner le plus d'égards , il exprima plu^ d'une fois son étonnement de cette absence , et envoya un do^ mestique pour l'avertir qu'on l'attendait.

LA CHAMBI^E TAPISSÉE. ftlS

L'homme revint, et apprit à ces messieurs qae le gâaéral était sorti à pied, de grand matin, malgré le mauvais temps.

« L'habitude d^un soldat , «» dit le jeune seigneur à ses amiiu « est de ne pouvoir dinmîr après l'heure où le devoir le forçait de se lever. »

Cependant cette explication que lord Woodville offrait i ses amis ne paraissait pas le satisfaire lui-même, et il attendait le retour du général en silence et avec inquiétude. Enfin il arriva une heure^après que la cloche du déjeuoer avait sonné. Il paraissait souffrant et fhtigué. Ses cheveux, qu'il arrangeait avec un smn et une propreté qui marquaient l'homme de bon goût, étaient défrisés, sans poudre et mouillés par la rosée du matin. Sa cravate était dérangée, ses habits avaient été mis avec négligence, ce qui était surprenant pour un mUitaire dont le devoir est de soigna sa toilette; ses yeux étaktot hagards et terribles au dernier d^ré.

« Il paraît , mon cher général , lui dit tord Woodvilte , que vous nûns avez devancés le matin, ou que vous n'avez pas trouvé votre lit aussi bon que vous semUiez l'espérer 7 Gomment avèz-vous passé la nuit?

Oh ! fort bien, extrêmement bien, jamais mieux dans ma vie ! » répondit promptement le général , ayant cep^ddant l'air fort emr barrasse , ce qui ne put échapper à son ami. Il prit à la hâte une tasse de thé , et négligeant ou refusant de prendre autre chose , ilsembla absorbé dans ses rêveries.

• Tous m'accompagnerez à la chasse aujourd'hui , général 7 » lui demanda son hôte ; mais il fut obligé de lui répéter là même question , qui lui valut cette brusque réponse :

« Non , mitord , j'en suis fâché ; mais je ne puis avoir l'honneur de rester plus long-temps chez Votre Seigneurie; je viens de commander des chevaux de poste, et ils seront ici dans l'instant »

Tous les assistants furent très-surpris de ce changement, et lord Woodville répliqua aussitôt r

«• Pourquoi ce changement , mon cher ami 7 Ne m'avez-vous pas promis de rester avec moi au moins une semaine ? »

— Oui, n répondit le général avec beaucoup d'embarras ; « dans ie premiw mouvement ne songeant qu'au plaisir d'être avec vous, je croyais pouvoir vous donner quelques jours ; mais j'ai peilsé dq>ttis que c'était impossible.

-^ G(9laest bien extraordinaire ; hier vous paraissiez tout à fait

Jék GHAMBIIE TAPISSÉE. l4

1M jjicmêimmTMjnsm.

partir députe^ e» la poite n*6al p» eMâNi«nrîfé& ^ ^ IW eoinéh

^pimt on sa y^m a pfMAl4i|4K>rté de Mti^

,. |ii» gteéral, sans entrer cboia awciiiie eq>H6itio&, nuarmettait

entre ses dents que des affaires indispensables l'ehKgeu^Eit de partir, sana qat son hôte pM f en empôeher dTauciine manière ; et en aiM il a^ap^ut que k résolotiaii du généial était iMa pmft. £a eoBséqueneait ne Im M plua la maiadre iaiitaiiee.

<fe Aa maina, ineA eher Brownei^ piMWiiie vcH^ tir, fttfteaHMÎ ka plaisir de Yettir sur la tarrasoeatee mai pour joiÉr delà perapealîvaqae te broiittsaâ qm se lèye w iboos iakser veir.»

Lord Weodfilta ouvrît uae fenêtre^ et paaaa sur la terraa»; te gteénd la aiiiif it BiaAaaateaamt , kaîs a^nblait faire paa d'attea^ ttea à ae qaa soBbâta lui disait en lui meotraat leadifliérei^ objets qui se présantaiMit à lonva regarda, ila se miîièfeBit aasi da reste de la compagnie. Alors , se tournant vers te géaéial avec aa dff sokettnrt> il \m acbressa ees. parotea.:

«RialiaFd BroiWM, wb vieux et trèa^obeff aaH, m^v^MauatB Mûntanant seiÉa, yeuItlM aoe FépMdr^ aveo k| "véiadlé d'oa ami et Thonneur d'un soldat ; franchement, comment avaz^?ov passé tenuit?

•r-T Kune msaâèiaaffrcwe^ mjtoid; je ne vieiidkaêiipaaeoiDtrle risqua d'una saooade , aoBN3(ecrle0irat poiu taiit ee'qoe tobs paa* sédea, vukia eac^aie quaad iNa devrai; aiia readae iwl^ pays.

-rw €eot est hîaa aitpaoydûMÔra ! n^ditteîeimaloideQBttMpar» tefttt à teiraitea. h Alors, tt fout quHl y ait qiMlqiia^ obûaa da vm sur ce qu'on dit de^eal fl^aetaoeat ; n, puia, sa toiinanÉ yaia 11 yteéfali, il b» dit i « Be ffBëm » BÊom ehev amî , sayaa fr«ae avec moky et appBwashaipi te&désdgEéflaaafe&qiad wastatTaz épranvés souaae toèk hospitaiiofv »

Le géoécak, paraîssanb aaéeenteftt âa aati» qnssttm y gsoda quelques moments le silence a^mkàhp répdadfa.

a MoaiohM Iprà^ dift4lanfai» ce-^^m^est arriiréi dana la naît est si étoaBaaA, si pénttrie , que j'ai léeUement de la pain» à yaai te- eonSer. Je désire poiutant vaoa oeraplake; «aîa ja csoia que aia sinoécité pouvrait an» caoduîce à aspliqMar das aîtecMMlaBcef ttBhausesataiy;StéDiausea,.etqtietniii antre fw no» > apeès M communications que j'ai à faire, passerait ii|iMUibiemenl][ pem ua iMinmo ibJMbafc wi sot su|wnslitifitt&^ dant^iaMsiiiatia» as6 ou

lA GHAMBRE TAPISSÉE: fil

trompée oaégaré&^ maïs yoos m'avez ooddu enfaot eit jeo&é hoDOttie, et V0Q8 ne me croyez pas capable d'avoir adopté , dans me» Age viril, des défaotâ dont mes jeunes ans étaient exempts. « ki it s'arrêta > et son ami r^Uqua s

• Ne doutez pas que je n'ajoute foi à tout ee que vous allez me dune » géiiécal ; je eonuais trop bien la fermeté (te votre caractère pouc penser qu'c» ait pu vous en imposer , et je suis persuadé que vous n'exagérez &êl rien tout ce que vous avez véritablement vu.

—-> Alors ^ vais commencer ma singulière histoire aussi bim que je le poorvai, comptant sur votre indulgrace , et j'aimerais oeot fois mieux me trouver devant une batterie que de me rap** pder ce qui m'est arrivé hier au soir. »

Il garda le siienee encore quelque temps ; mais, voy»t que lord Woodville ne lui répondait pas^ et qu'il semUait attendre ^u'il contînaàt , il eoounença, non sans quelque répugnance , rtûrtcttne de son aventure dans la chamlnre tapifflée.

«t LcNRsque Votre Seigneurie me quitta , je me déshabillai^ et me BÛs au liL Le feu brûlait vivement ; les souvenirs de mon enismoe et de ma jeunesse, rappelés paf le plaisir de vous revoir, m'em^ péchèrent de m'endormir de suit& Je dois cependant ajouter que œe aouvc»iirs étaient tous très-agréables ; j'éjNrouvais aussi une vive joie d'avoir vu édiangés les fatigues et les dangers de ma profession contoe tousles. iigrémemts d'mi^e vie tranquille , et ces doux liens d'amitié que je trouvais après ea avoir été privé lors* que je dus marcber à la voix de Thonneur et du devoir. Pendant qoemoB espirit était occupé par ces agréables réSexîoDS, et que je oonu&engus à m'asaoupir ^ je fbs tout ^ coup réveSlé par le brait d^une robe de soie et le ctaquiement d'une paire de souliers à hauts talons y comme si des femmes se promenaient dans la diambre. A^ant que jf eusse pu tirer le rideau pour vw ce qui se pasmity la figuse dfuae petite femme pasm &oire le lit et la cheminée , qui me tournait le dos , mais je vis bien , à son cou et à ses. épaules y que cette femme était vieiUe ; sosi habilleaMit était aotique ; elle portait une robe qu'on af pefie uft sac ou une blouse^ e^estràHlîre une espèce de robe sans cordon autour 4e la taille, amis attachée autour du cou y fermant des plis qui tombent des^ ^ules, et qui desc»âent jusqu'à terrei avec une espèce de queue.

« Je trouvai cette visite asse% singuli^e; mais je pensai que ee ne pouvait âtae qu'une, vieille femme de lamaison y qui se pkisail

ftIO LA CHAMBRE TAPISSÉE.

à se mettre à la mode de sa grand'mère ; que peut-être ( comme Votre Seigneurie m'avait dit que vous n'aviez pas trop de cham* bres libres ) , ayant été obligée de quitter la sienne pour moi^ elle l'avait oublié, et qu'elle revenait en prendre possession ; sur cette conjecture , je Gs un mouvement dans mm lit, je toussai même pour que cette femme s'aplerçut que quelqu'un y était ; alors elle fie tourna lentement vers moi ; mais , grand Dieu , milord ! quelle figure elle me fit voir ! Il n'y avait plus à douter de ce qu'elle était , et rien ne laissait croire que ce fût un être vivant : eette figure portait les traces d'un cadavre et l'empreinte des plus viles et des plus hideuses passions qui l'avaient animée pendant sa vie. Le corps /le quelque affieux criminel semblait sortir de son tombeau , et une Ame revenir des enfers pour former une union avec son complice criminel.

« Je m'assis sur mon séant , et m'appuyant sur mes mains pour regarder cet borriUe spectre, cette sorcière fit un vif mouvement vers le lit où j'étais couché^ et s'assit dessus dans la même position que j'avais prise moi-même 9 avançant sa figure diaboliqae près de la mienne en faisant une grimace affreuse » qui semblait Tenir de quelque diable incamé. »

Le général s'arrêta, essuya de son front les gouttes de sueur qui en tombaient en songeant seulement à cette horrible vision.

« Milord^ dit-il, je ne suis pas poltron; je me suis trouvé dans tous les dangers inévitables de ma profession. le puis même me Tanter que jamais un seul homme n'a vu Richard Brovirnedésbo* Dorer son épée ; mais, dans cette horrible circonstance, sous les yeux et presquedans les bras d'un mauvais esprit, tout moneoamge disparut conune la cire dans le feu ; je sentis mes clieveax $e dresser sur ma tête, mon sang se glaça dans mes veines, et je me suis trouvé mal vraiment de frayeur, comme un enfant de dix mas. Je ne saurais dire combien de temps je suis resté dans eet état.

« Quand je repris mes sens, l'horloge du château sonna une beure avec un bruit aussi fort que si la cloche eût été dans ma chambre. J'osais à peine ouvrir les yeux, tellement je craigaais de revoir ce spectre ! cependant j'eus la forcé de regarder autoar de moi, et il n'était plus visible. Ma première pensée fut de son* ner les domestiques et d'aller chercher le repos dans un grenier, plutôt que d'être exposé à recevoir une seconde visite de cet être mystérieux ; j'ai jHesque honte d'avouer que je changeai de réso-

LA CHAMBRE TAPISSÉE. 817

latioo, non par Tidée qu'on se moquerait de moi» mais plutôt dans la crainte que j'avais de rencontrer l'être infmnal dans quelque coin de la chambre.

« Je n'essayerai pas tle vous dépeindre tout ce que j'ai soufifert pendant cette longue nuit ; quelques légers assoupissements à cliaque instant interrompus, un réveU fatigant, cet état incertain, et de plus, cent objets terribles semblaient m'enteurer ; mais il y: avait encore une grande diffârence entre la vision que je vous ai démte et cdle qui s'ensuivit, et qui ne fut produite que par ma propre imagination et Fagitation de mes nerfs.

•c Le jour parut enfin, et je quittai mon lit, malade et humilié! j^'avais honte de moi-même comme homme et comme soldat , et surtout d'éprouver ce grand désir de m'échapper de ma chambre,' ce qui Ait plus fort que tcfut le reste. Ainsi, m'habillant à la hfthi et sans soin, je sortis du chftteau avec toute la vitesse possibley eflqpérant trouver dans l'air du secours contre ces attaques de nerb ^rovenues^ sans aucun doute , de l'affreuse vision d'un autre monde, car je ne puis croire autre chose. Yotre Seigneurie ccm« natt maintenant la cause de mon malaise et le motif qui me fait vivement désirer de quitter son toit hospitalier. Nous nous re* verrons, je Fesp^, en d'autres lieux. Dieu me garde de passer ici une seconde nuit ! »

Quelque étrange que parût cette histoire que le général raconta avec un tel air de vérité qu'il arrêta tous les commentaires qu'oa eût pu faire en pareil cas, lord Woodville ne lui demanda pas même s'il était convaincu qu'il n'avait pas rêvé ce qu'il disait avoir vu. Il trouva même impossible qu'il fût trompé par des idées fantastiques ou une déception d'optique-, au contraire, il parut con* vaincu de la vérité de tout ce qu'il venait d'entendre; et , après avoir gardé le silence quelque temps, il témoigna les plus vifs regrets que son ami eût éprouvé et souffert chez lui autant de dé« sagréments.

« Je suis d'autant plus fâché de ce que vous avez souffert cette nai(p mon cher Browne, que c'est un malheureux essai que j'ai voulu faire. Il faut que vous sachiez que, depuis la mort de mon grand^père et de mon père , la chambre que je vous ai donnée avait été fermée d'après tous les bruits qui couraient qu'il s'y passait quelque chose d'extraordinaire. Je pris possession de ce château il y a quelques semaines, et ne trouvant pas assez de chamtares pour mes amis^ je ne voulus pas permettre aux habitants

tn LA CHAMBRE TAPI9^E.

de rautre momie tfoccuper celle qui était la plus eonunode. Je fil donc ouYiir cette ckavAr9 iapis9ée^ comme on TapiieUe, et, sans apporter aucun changement à son air d'anCiqittté, je fis pla» eer quelques meubles un peu plus modernce; mais ^ conoie le brait eourait parmi les domestiques et dans le vodsinage quUl y anit des ravenants dans oette pièce, je craignais que ce iw^ugén'eni* pôdiAtqui quecefût^e consentir a y passer la nuit, et que cela, en confirmant mieux encore tous les braita qui couraieDt, ne per» mit pas de foire habiter cette pièce. Il £Hrt que je wus amne, mon cher ami, que votre arrivée hier, agréable aeua tous les ta|H ports, me semûait une bonne oecaaion pour d^ruire les bruits flÉcheux que Ton avait pu foire courir, votre courage n'étant pas douteux, et votre esprit étant exempt de toute foîUesse sur ce SKJet. Je ne pouvais choisir quelqu'un quiconvtnt mieux pour Tes* eai que je dWaîs foire.

^^ En vérité, » r^^oaie général un peu viveoMut, « jo vous suis infiniment obligé, milord; il est probable que je me rapp^ lerai longtemps les conséquences de l'épreuve, puisque Votre Seigneurie veut bien l'appeler ainsi, pour laqudie vous avez at* tendu mon arrivée.

T^ Yous^tes injuste, mon cher ami; réfléchissais un instant, et vous serez convaincu que je ne pouvais pas prévoir la possibilité du désagrément que vous venez d'éprouver. Hier encore je ne pouvais croire aux revenants, et je suis bien persuadé que si je vous avais averti de tout ce qu'on disait de cette chambre, vous l'auriez choisie pour y comher. €'est un malheur, peut-être une erreur de ma part, mais assurément vous ne pouvez pas croire que ce soit ma faute que vousayezélési étrangement tourmenté.

--- Étrangement est le mot^ » répondit le général en recouvrant sa bonne humeur; « et j'avoue que je n'ai aucun droit d'être offensé contre Yotre Seigneurie, en me croyant un homme ferme et courageux, comme je me plaisais aussi à me croire tel. Mais je vois mes chevaux qui arrivent, et je ne veux plus vous retenir, miiord,

— Mon cher ami, puisque vous ne voulez pas rester avec nous un jour de plus, et que je n'ose plus vous y engager, dounez^noi au moins une demi-heure. Vous aimez les tableaux, j'en ai quel* que's-uns, dans ma galerie, de Yan-Dyck, et des portraits de mes ancêtres , peut-être aussi de lui ; je crois que vous les trouverez bons. »

lie ^mkû tec^pte tftnyMims qMiquHm psa «rigré lii; ilétyt4»ridiiit ifuf ilm dmrfi itMj^ UfeMMit %m hortdtt asffibàu, Qe^Mdiât tt M j^^mit iMMir idn «ttl^ «irtocit ^mr» kttt te ééilinnu«iir 4éli mMMii» lia«Mr qa*fl lot WM Mj*

Le général saiyit donc lord WoodvUto k MivtM miHHMWl chambres, dans une longue galerie remplie de pcnrtraits que son hôte lui montra du doigt ea les désignant par leurs noms et doii^ nant quelques détails sur les individus qu'ils représentaient. Le général prêta peu d'attention à ces détails, qui étaient les mêmes que ceux qu'on trouve dans toutes les familles : ici un cavalier qui avait perdu son patrimoine en défendant la cause de son roi ; là une belle dame qui Tavait fait rétablir dans ses droits, en doanuit sa main à quelque homme puissant ; là encore pendait un galant chevalier qui avait couru risque de perdre sa tête en correspondant avec la famille exilée à Saint*€^rmain * ; ici un autre qui avait pris les armes pour Guillaume à la révolution ; et enfin un troisième qui avait été dans les deux partis, les v^higs et les torys.

Pénitent que lord Woodville accablait son ami de ces détails , et qu'ils gagnaient le^ milieu de la galerie, il vit le général tressaillir avec l'air de la plus grande surprise mêlée même d'effroi, lorsque ses yeux furent arrêtés et fixés sur le portrait d'une vieille dame dans un sac^ habillée, comme nous l'avons dit plus haut, à la mode des derniers temps du XVII" siècle.

« La voilà ! s'écria-t-il \ voilà sa forme et ses traits ! mais ils n'ont pas à beaucoup près l'expression diabolique de ceux de cette vieille sorcière qui m'a visité la nuit dernière.

— S'il en est ainsi, reprit le jeune lord, il n'y a plus de doute sur l'horrible apparition que vous avez eue ; c'était le portrait d'une de mes coupables ancêtres dont les crimes sont écrite sur le catalogue de l'histoire de ma famille, et que je garde dans mon coffre-fort. Le récit en serait trop long : qu'il vous suffise de savoir que, dans cette chambre fatale, Tinceste et un crime dénaturé furent commis. Je la rendrai à la solitude à laquelle le jugement meilleur de ceux qui m'ont précédé l'avait condamnée, et personne autre n'y pénétrera , au moins durant ma vie , pour subir les angoisses qui ont abattu un courage aussi éprouvé que le vôtre. »

i CeUe des Stuarts. a. h.

•Wr LA CHAMBRE TAnSSÉE.

Les deax amis, qui s'étaient rencontrés avec tant de plaisir, se séparèrent dans bien d'autres dispositions. Lord Woodviile fit démeubler la chambre tapissée et condamner la porte, et le général alla diercber un pays moins beau, des amis moins distingués, pour effacer de sa mémoire la douloureuse nuit qu'il avait passée au cliàteau de Woodviile.

Fm DE LA CHAMBRE TAPISSEE.

LA

AU DIRECTEUR ANONYME du journal littéraire de blagkwood * .

Monsieur ,

Il y a peu de choses qui se resseutent autant du changemmt de mœurs et de circonstances que la nature et les eiSèts des preuves: Noos sommes quelquefois dis¥K>sés à nier positivement des faits que nos pères étaient portés à croire sur le simple témoignage d'un ouï-^re , lors même que ces faits sont appuyés par tout ce qui est regardé comme preuve , par Taveu de Tauteur du délit ^ par les dépositicms de ses victimes^ par le témoignage oculaire et le serment de témoins impartiaux, ou par tout ce qui peut, dans un cas ordinaire , faire foi ( pour me servir d'une expressi(m de jarisconsulte ) entre l'homme et l'homme. Dans le siècle où nous vivons , on couvrirait de huées comme un imbécile celui qui croirait une vieille femme coupable de sorcellerie , sur des témoignages dont la dixième partie suffirait pour qu'un jury de Middlesex condamnât un homme pour félonie, et nos ancêtres au* raient regardécomme unsadducéen ou un infidëlecelui qui , sur la vingtième partie des témoignages ainsi rejetés , n'aurait pas coU'^ danrné les accusés aux fagots et au bûcher. Afin d'arranger ceux qui aiment les termes moyens en fait de jugement , ou qui sont disposés à décider avec le singede Gilles Passamont que les aventures du souterrain de Montésinos(Hit moitié vraies moitié fausses, le docteur Ferriar de Manchester a inventé un nouveau moyen de

4 Blaefcwbod est un ricbe libraire éditeur à Edimbourg, où il publie une reTae mensuelle ayant pour titre : Black^ood's Magazine, ou Magasin de Blackwood ; c^est un recueil rédigé dans une opinion entièrement aristocratique, ti Walter Scott en était un des principaux collaborateurs, a. m.

2tt LA FANTASMAGORIE.

juger les faits qui passent pour èti« évidents dans ces sortes d'affkires surnaturelles , moyen par lequel , sans attaquer la véracité du narrateur ou. même récuser le témoignage des yeux à Févidence dosqneto il en appelle^ vou» pouvez iltrtbwr lès pTftmidus puddigas qti l'ont fa^M àuiL effto db pré^âtîé»» Ibrtfiiaent enracinées et agissant sur des organes faibles ou malades. Je n'ai malheureusement pas les moyens , monsieur , de me mettre à la tète d'aucune secte de croyants ou d'incrédules sur ces points mystérieux ; car il est évident iiue des récits d'un genre si merveilleux doivent Mm tum^ou flitiX:) ou plutôt en partie vrais , et en partie fabuleux ; et chacune de ces classes a déjà son chef et son patron. Gomme vous êtes cepenihnt vous-mên^ , monsieur, un être mystérieux , et , aelon quelques personnes , appartenant au néant , vous ne pouvez manquer de trouver dé l'intérêt dans des exemples où il s'agit de choses mystiques , et dans ces faits qtti, étant diffioiléd à ordire, sont ioavoiit r^etéi oomme teerojn- Uw. Blant vottaNmèifte im ^ereotimgc trèn^m t)Mfmiiaieati(^ fOUS n'avez peQ4>4tre pas le droit d'attendre d&ia part de vsscor» nspondania de trèf^sranées oQûfidenees. Je sois oi^tendast dûs* posé à vous donner ]m détails soîvanta , qoi serviront de préfiice à ma corrospondame présente et future*

Jffon père , sir Micbaelmas l'Ombre , habitait une vallée que h soleil n'éolairait guère plus de dix fois par aa, quoique oous a'éuasions aucune raison pour nous plaindre da manque de plttie. fl avait coutimae de dire qu'il .^ait descendu du célèbre SimoQ l'Ombre, que le fameux sir John Falstaff désirait avoir dans son régiment, parce qu'il espérait avoir en lai un soldat toujours frai^ et qu'il serait agréable de se reposer &^ijprè$ de lui après une fati^ {;ante journée de march^e. Mon père abrégea ses jours en s'expo* sant à l'ardeur du soieii de midi , heure fatale à notre famille. Son intention était de rendre hommage à une éclipse qu'un oo* quin d'almanach avait annoncée comme étant sur le point de yi^ siter notre globe. J'héritai^ molisieur, de ses habitudes solitaires et de son goût pour l'incertain, le vague et le mystérieux. Averti pat la fin prématurée de mon pauvre père , je ne me hasardai jamais à Sortir en plein jour ; mais, s'il vous arrivait, monsieur, de quitte r votre maison au soleil levant ou au soleil couchant , comme TOtre prototype le prophète anonyme de Moore, vous pourriez rencontrer ou distinguer votre correspondant à son grand corps maigre et efflanqué , à ses jambes lengaes comme das^ohasieSt

LA fAirràsiiAOOitts.

^ Ah d^tsreportion de «es pleds; enr je dois toM iMftIr, âtm le cas d'une stirprise déstgi^Mrie , q«ie mon «tiérkmr est tout k fidtropposé de c^ui deMkliaeliMsel desmieieMserekm dont n est dit i}m le diaMe «tatt i^oK rsiûlM ploltt, qettDt è ee qcri me reg»rde,<pi*il nfwtmSH ¥ûlé la Mhstitioe «t ne «l'^avraft Mssé<^ Ponbre surjette tem. Mon ddoeatton ^ mes leetores oMéM «ossiextnapdfaiakw qpae ma peraouÉe, et» d^prèstmgoût deftffiiOepoweeBliMoiiM>i|tti,e6niiiiel'te^ tréniitè du pmit dMis la tîlim de Mht^ bres, des mages et des ténèbres , éHes ae eont to«tes dûngéae irereles seleiieeseecpètes et ¥ers les poiata iBystkiMsderaud»* Ma bflHSettièqiie est reeiiitte dViate«mqai p«rleatdelabagoetl5 ^ifinatoire , do miroir magiqiie ; d'ei^foeiit mkaeitleax pour les Uessores., de cfean&es, de sceaux, de eristaux, depeotaeles, de talismans et de sortilèges. Mon demaiiie bértditake ^ appelé èhftteaa Shadowy , a one toorde laqueOeje pais ebseryer les autres, étant on pea amateor en astrologie, oomnie le ifeiltot Goy Manneriiig ; ii possède aussi un sûiatamiin habité par l'esprit tequiet d'fRi tonnelier <iui y fut autrefois renfermé jusqu'à sa mort par un de mes ancêtres , pour n'àymr mis que deux faibtes eei^ ceaux à un baril de bière de mars, ce qui tai cause que toute cette fiqueur gésiéreuse Ait perdue. Ce revenant fera un bruit qui imitera les coups de marteau ou de baguette sur le tambour ; il agitera ses chaînes et poussera des gémissements tout aussi bien qu'un autre , depuis le cbAteau de l'Ermitage jusqu'à celui de Gernigo , et cela pour un pari de cent livres sterling , que les choses arrivent ou non.

Indépendamment de tout ceci , Je prétends connaître tous les esprits qui habitent la terre, qui nagent dans les eaux, ou qui volent dans l'air 5 les esprits-follets , les cauchemars , les vieilles sorcières , les vampires , les loups-garoux , les hommes noirs et les femmes vertes, et les lutins familiers, Oberon et tous ses danseurs du clair de la lune. Le Juif errant, le grand-prêtre de Rose- Croix , le génie de Socrate, le démon de Moscou , le tambour de Ledrourth , me sont tous connus , ainsi que leur caractère réel , leur essence et leur véritable histoire. Outre ces points qui traitent de sciences secrètes , je faisais aussi ma société des vieilles fflies et des veuves qui me pardonnent d'avoir de grands pieds, dea jambes en ftiseaux et ma ressemblance Crappante avec un sque*lette suspendu par des chaînes, en consid^tion de mes talents

pour la conrersaiioQ , qui consîslent à garder un silence absolu.' C'est de cette manière que, dès mon enfance, mon esprit 3'«st rempli de choses profondes et louables, dont la lecture ou la narration doit être faite quand l'aiguille de l'horloge marque minuit et que les chandelles ont la mèche longue. Le temps approche bientôt, monsieur , où, selon le <;ours de la nature, je dois m'attendre à passer dans cet état immense et obscur qui , n'ayant pas de lumière , ne peut par conséquent avoir d'ombre. Je ne veux pas que tant de connaissances utiles et intéressantes m'accompagnent dans ma sombre demeure. C'est à votre carao tère mystérieux et anonyme que vous devez, monsieur , comme je l'ai déjà fait entendre , la préférence que je donne à votre recueil pour rapporter ces merveilles. Il ne faut pas craindre que je vous accable de trop de prodiges à la fois , car je sais par expé* rience quelle indigestion peut en résulter après s'être, comme Macbeth , rassasié d'horreur. De plus , vous pouvez dtxmer toute votre confiance aux éclaircissements que je puis donner concernant mes autorités , me flattant de vous faire agréer cette offre, et que dans un moment où vous remuez ciel et terre pour instruire et amuser vos lecteurs, vous ne mépriserez pas non plus les secours d^ régions inférieures. Je vous envoie le premier arr ticle de mon traité , que j'intitulerai , avec votre permission ,

Venei comme des ombres, et partei de même.

L'incident que je me dispose à raconter est parvenu aux oreSles de voti^ très-humble correspondant par la voix la plos propre à de semblables renseignements. Je veux parler de celle d*uae vieille femme. Je dois cependant ajouter que , quoique cette dame portftt véritablement une robe noire , les paniers et les manchettes à triple étage , costume qui convenait le plus à son état assurément, elle surpassait de beaucoup en bon sens, en esprit, ea fermeté et en intelligence , plusieurs individus de la même classe qui m'ont été montrés, soit qu'ils portassent la robe de pourpre on Tuniforme militaire, soit qu'ils eussent un chapeau retroussé ou une perruque à trois marteaux. Je n'ai pas le plus petit doute qu'elle ne m'ait rapporté ce conte dans les propres termes de la perscmne de qui elle le tenait, et qui y joue le premier rôle. EU^ ne prétendait pas par là forcer personne d'y iqouter foi ^^

LA FANTASMAGORIE. Stt

toute son étendue, comme à une vision surnaturelle, mais elle . paraissait fortement convaincue que la dame à laquelle Tévénement arriva n'était pas une femme à se laisser facilement tromper par son imagination, quelque exaltée qu'elle fût, et que la trempe de son caractère , ainsi que le cours de sa vie , la mettait à l'abri du plus léger soupçon d'avoir jamais essayé d'en imposer aux autres. Sans chercher plus de détours, et sans faire aucun effort pour orner ou embellir , je continue ma narration , avertissant seulement que^ quoique je supprime le nom de la dame pat respect pour des parents qui lui survivent encore, je n'en sais pas moins positivement qu'une dame, dont le mari possédait une assez belle propriété sur les codGbs du comté d'Argyle, resta veuve vers le milieu du dernier siècle, chargée de la direction d'un bien grevé d'hypothèques et de l'éducation d'un fils unique. Le jeune homme approchait de cette époque de la vie où il était nécessaire qu'il fût envoyé dans le monde pour embrasser une profession active. Son goût naturel, ainsi que celui de la plupart des jeunes geas de son âge , le portait à emlM^sser le parti des armes; disposition que sa mère voyait avec inquiétude. Sa tendresse maternelle lui exagérait les dangers attachés à cette profession^ et le sentiment pénible de risolement et de l'abandon dans lequel elle devait nécessairement se trouver. Il se présenta cependant une circonstance qui la força de consentir avec moins de répugnance que dans toute autre à ce que son âls prit cette résolution. Un' gentilbomme higblandais, nommé Campbell (nous nous abst&* nons de le désigner autrement), et très-proche parent de mistress..., fut à cette époque nommé au commandement d'une des compagnies indépendantes qui avaient été levées pour protéger la paix des Higblandais, et pour réprimer la maraude et les déprédations auxquelles les livrait de temps en temps la jeunesse des clans les moins civilisés. Ces compagnies étaient appelées Sedi^-d'Em , (les soldats noirs), pour les distinguer des Sedier-Proy, ou soldats rouges de l'armée royaliste, et qui furent incorporés dans te régiment de ligne (le 42"" bien connu). Le corps conserva long-temps et conserve encore, à l'époque de mon histoire, le nom de gardes noires. Les compagnies indépendantes conservèrent leur première occupation et étaient généralement considérées comme n'étant obligées à servir que dans leur pays natal. Chaque corps était à peu près composé de

là FANTASM AGOmE.

90OliowxMi> iwdtuadtt oostuaie et doB «rmes de» Big^laodajfiy Qi eommwdjéft par des bonuoeB oepeMeft d'insiHrar une pwfiAihr eoii&KBee au gouTememeot de BruQswîck. Il» ne s'étaient oros epgftgés qu'à sortir dans les hautes terres, et étaieiit plutôt coih sidérés coaune volontaires que eosoBie soldats.

Ce genre de service si facile, qui semblait ne pas devoir ex* poser son fils à de bien grands dangers et se bcvuer aux (roQtiàra du pays , était bien bit pour détruire une partie des objections qu'iHie aaère aussi tendre ne pouvait manquer de faire à son SI» pmr le détouner de la carrière Biilitaire. EUe avait aussi la [dus grande eonfiaDce dans l'obligeanee et l'attaeheineAt de son pareat lecapiteineGàoE4>bsll,.qiti, tout en offirant dé recevoir le jeune hooir me comme oadet dans sa compagnie indépenKliante, lui domiait en entre r assurance soleimdlte de s'en oeeuper comme de son propre fils^, et d'empôcher qu'il ne fût exposé à d'inutilQS hasards jusqu'à ce qu*il eût atteint l'âge et Texpériraee nécessmres pour secondaire . Mistresst., . s'élant réocmcUiée av ee l'idée de se séparer de son fils d'après les assurances amicales de scMn fiUor comman** dant , il fut arrêté que le jeune homme^joindrait son corps à une éypqne détermiiiée; et pendant ce tempsrià,. mistress..., qu^ demeurait akws à Edimbourg, fit les pr^pûatife aéoessairespour sott équipement. Ils étaient déjà presque achevés lorsque mistress.., reçut une triste nouvelle qui la fit hériter de nouveau, et qui , en la pénétrant du chagrin le plus vif pour son paient, ré* veillait en elle , de la manière la plus cruelle , toutes ks craintes et les inc^titudes que ses promesees avaimt asmuiôes. U^ corps de katern ou maraudeurs, appartenant y si je ne me trompe , au pays de Uxdiiel , avait fait une descente dans un district voisia d^Argyleshire » et enlevé un ereagh ou on botin considérable en bétail. Le eapitaîja^ Campbell s'étaitmis à la poursuite des marau* denrs, aecompagiiè de tons ceux de sa citHnpagme. indépendante fu'tt put assembler dans un moment d'alarme, et les avait rejoints après une marche Cstigante. Il s'en étsât suivi une escArmoucbe dont le résultat avait été de recouvrer le bétail» mais danslaquellfi le capitaine avait été grièvemrat blessé. La Uessufe, dans le Iffincipe, n'avait pas paru mortelle^ mais le devint bientôt foule d*9bn et du secours du cbtmrgien; et le même courrier qui avait apporté à Edimbourg la nouvelle de fescarmowbe avait ausai dcmné à mistress celle de ta mort de son parent. Au chagrin de Favoir perdu se mêlait encore la pénible peiKiée de voir son 61s

hk FAKTASMAGQRIB.

privé de Taj^, de la proteclkm ef de» conaeila d'mie pefseuç aux soins, de laquelle elle avait résolu de le confier eonne à eeoK d'un père, s'il persistait à suivre la carrière qui lui avait été traoée; et cet évéx^vent , qui la jetait dans le ehagrtn et l'endiartat , servait à )ui prouvar ea outre que le service des compagnieg io- 4épeBdaotes, quelque illimité qu'il fût dwus son étendue y n^empécbaît pas que ceux ^i s'y étai^t engagés ne fuatent expeaés alors à degr^uods dangers* Elle eoDfloya plus d*im arguaient pnnr retirer son eensenteoient ou chaîner un plu qui avait d^ élé poussé si loin. Il lui seodblait d'une part que e'était sacrifier la vie de son fils que lui permettre dejoindre son cerpa,. et de Fantam que son honneur et son eourage pourraient Mre mis en douta, si ^e le forçait de renonce à cette profession. Teuve, sans eon* seU, et mère d'un ffls unique dont le sort dépendait entièremwt du sage parti qu'elle prendrMt, ces pensées excitèrmt chez eOs des émotions tumultueuses qui jettent son esprit dans les plus cruelles angoisses, et qui paraîtront peut*étre suffisantes au lee<» tour ponr expliquer d'uue mani^ satisfaisante la vision extne crdinaire que je vais, rapporter.

Je n'ai paa besoin de raH)eler 4 mes aoùs d'Edimbourg que, dans l'ancien temps» leurs pères habitaient^ comme c'est encom l'usage à Paris» des appartements de {daîn^iMl auxquels on avait accès par un escalier commun. L'appartement occupé parla dame était au-4essus de celui d'une f^onlle avec laquelle efle était inti* mement liée, et chez qui elle avait l'habitude de prendre le thé tous les soirs, il commençait k faire nuit, et elle réfléchissait qua l'agitation de son esprit lui avaitfait outiUer l'hetureà laquelle eila aurait dû^ rejoindre ses «obôs, quand» en ouvrant la porte 4e son petit parloir pour quitter son afHiMurteinent» elle aperçut dans le passage, précisément en fiftce d'eUe > qu^u'un qui ressemblait «alternent au capitaine CaQ4)beU » revêtu de son costume irtw* dais» avee la ceinture écossaise» le poignard , les pistolets ,. la gi< berne et le sabre , tout équipé enfin. Effrayée de cette visionr die tressaillit en se reculant, fersMi.lft pcffte de sa ehaml»^, gagna une chaise en chancelant, et essaya de se oonvainersr que l'appariiioa qu'elle avait vue n'était que l'effet d'une imagiuatioD exd*tée ; eUe y réussit» car elle était femoMB dTun esprit fort. Elle ne pouvait cependant se décider à ouvrir encc^e une foisla pevie qui semblait la séparer de son faamUy jusqu'à ce (pi^etta entendit firapper au-dessus d'elle» ce qui était le signal ordinal de ses anls

nS tA FANTASMAGORIE.

pour l'avertir de venir preridre le théi Elle à'arma de courage , marcha fermement à la porte de l'appartement, rouvrit entièrement , et vit encore une fois le spectre sous Tuniforme de Toffider défunt des gardes noires. Il semblait se tenir à une toise de distance d'elle, et étendait sa main, non d'une manière menaçante, mais comme pour l*empécTier de passer devant lui. C'était trop pour son courage ; elle s'évanouit, et le bruit de sa chute fit craindre à ses amis qu'il ne lui fût arrivé quelque accident en se hâtant de monter pour se rendre à l'appartement de mistress. Ils ne virent rien d'extraordinaire dans le corridor ; mais en entrant dans le parloir, ris trouvèrent la dame dans de violentes convulsions. On la fit revenir à elle avec peine ; mais elle cacha là cause ^traordinaire de cet accident. Ses amis l'attribuaient naturellement à la nouvelle désagréable qu'elle avait reçue depuis peu tf Argyleshire , et restèrent avec elle très-avant dans la nuit, s'efforçant de la distraire et de soulager apn esprit. L'henre de se retker arriva cependant, et il y avait pour madame... une nécessité qu'elle considérait comme très-alarmante : c'était celle d'aller seule dans son appartement. Elle avait à peine déposé sur une table la lumière qu'elle tenait à la main^ et se préparait à rassurer jBK)n esprit en invoquant la protection de la Divinité contre les dangers de la nuit, quand, en tournant la tête, elle aperçut dans l'appartement la même vision qui lui avait apparu dans le corridor. En cette extrémité, elle rassembla tout son courage, et, appelant le spectre par son nom et surnom , lé conjura , pour l'amour du ciel, de lui dire pourquoi il la poursuivait ainsi. L'apparition répondit sùr-le-cbamp d'un air et d'un ton qui ne différait m rien de celui qu'il- avait de son vivant : « Ma cousine , pourquoi n'avez-vous pas parlé plutôt ? je ne vous rendais visite que pour vous être agréable; votre chagrin trouble le repoade ma tombe ; et c'est avec la permissicm du père de l'orphelin et du mari de la veuve que je viens vous dire de ne pas vous laisser décourager par mon sort, mais de poursuivre le plan que mes avis vous avaient dicté. Votre fils trouvera un protecteur plus capable et aussi dévoué que je l'aurais été moi-même ; il obtiendra un ftvancement rapide dans la carrière militaire , et vivra pour vous fermer les yeux. » En prononçant ces paroles , l'ombre du capitaine Campbell disparut tout à coup. Mistress.. soutint avec con- Tiction qu'elle était parfaitement éveillée quand le spectre se IMrésentai elle, et que ses oreilles ne Tavaient pas plus trompée

que ses yeu:s quand il lui avait adressé la parole. Elle répondit A la dame qui m'a raconté cette histoire et qui lui adressa encore d'autres questions, que Tensemble de son extérieur ne différait aucunement de celui qu'il avait dans la force de l'âge et de la santé ; mais que dans cette dernière occasion, pendant que ses yeux considéraient le spectre avec effroi et anxiété, mais cependant avec une curiosité qui prouvait qu'elle était en quelque sorte familiarisée avec sa présence 9 elle remarqua une ou deux taches de sang sur sa poitrine , sur ses manchettes et sur ses mains , et qu'il s'efforçait de cacher quand il s'apercevait qu'elle le regardait. Il changea plus d'une fois d'attitude , mais légèrement et sans quitter sa première position. Le sort du jeune homme par la suite sembla justifier cette prophétie. Il entra au service, parvint à un grade très-élevé , et mourut en paix et honoré long-temps après avoir fermé les yeux de k vieille bonne dame qui avait choisi ou qui du moins disait avoir fixé l'état qui lui était destiné dans le monde d'après cette merveilleuse suggestion.

Il eût été facile à un habile narrateur de donner plus d'effet à ce conte en se permettant d'y faire quelques légersxhangements, ou d'exagérer un peu les circonstances ; mais l'auteur, dans la relation de ce fait , comme dans tous ceux qu'il pourra fournir par la suite, a résolu de s'en tenir strictement à ses autorités.

J'ai l'honneur d'être votre très-humble serviteur.

Simon Shadow ^

4 Skathio signifie ombre ou fantôme, a. h.

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