DESCRIPTION DU DOMAINE
DEWALTER SCOTT <.
TioTÀ. Une lettre particulière d^on Américain distingué nous fait connaître la description du château de Walter Scott. Nous Poiïrons ayec plaisir à nos lecteurs* La renommée de Pillustre propriétaire a Tolé dans toutes les parties du globe ; ssn nom est devenu un passe-port pour ses compatriotes partout où la gloire du génie eat reconnue. L^admiration que ses nombreux ouvrages ont excitée nous fait présumer que Pon verra avec intérêt quelque chose de plus de celui qui nous procure tant de charmes. Le lieu et les promenades où il médite, le cabinet d^éiude où il conçoit et écrit ses productions magiques, la plume de âotre ami nous donne ces détails avec beaucoup de vivacité et d^énergie. (,1^ Éditeur anglais,)
J'ai été très^malbeureux dans un des principaux motifs qui m'engagèrent à faire mon expédition du nord, car j'ai justement choisi pour ma visite en Ecosse le seul mois où sir Walter s'en fût absenté depuis des années. Mon bon ami R... m'avait assuré que vers le 12 ou le 13 sir Walter Scott serait sur les bords de la Tweed. J'avais bon nombre de lettres dé recommandation. Je quittai la malle à Siikirk Me 15 , bien convaincu que j'arriverais près du château du grand poète. Les gens de Tauberge me confirmèrent dans cette croyance-, le shériff^ (comme ils l'appelaient ), me dirent-ils, était bien certainement chez lui; car la cour de justice étant terminée, il devait prendre ses vacances. Jamais il ne restait dans la poussière 4 d'Edimbourg ,
1 Ahhotsford, mot à mot gué de Valbé, est la maison de campagne de Walter Scott, située sur les bords de la Tweed, au midi de PÉcosse, à trente lieues d^Edimbourg. La Tweed se ieMe dans la mer du Nord, près de Berwick, ville qui n^est ni écossaise niangLise, quoique sur la rive écossaise de ce fleuve, qui autrefois servait de limite aux deux royaumes dMngleterre et d'Ecosse â. m.
2 Ville du midi de l'Ecosse, a. m.
5 Premier magistrat d'un eomté civil, a. m.
4 C'est-à-dire dans la foule à Edimbourg, ville dont la poussière n'incommode guère, puisqu'iUe a des rues magnifiques, bien pavées et bien arrosées, indépen damment de trottoirs de quinze à vingt pieds de large, en dalles, a. h.
lorsque ses dévoies lui permettaientcle rotoamer à la campagne.
Je m'avançais donc avec de grandes espérances. De loin on me montra du doigt les tours d'Abbotsford, au milieu d'un superbe bois de jeunes chênes et de bouleaux, peu éloigné de la rivière ; mais , pour abréger mon histoire, je trouvai les grilles fermées et verrouillées. Après avoir frappé et sonné long-temps, je n'enteadis d'autre bniit que les aboiements des chleiis d« l'intérieur. Enfin un paysan se présenta , suivi d^un chien de chasse .et une hache sur t'épauto. Il m'apprkt^ dans un langage peu intelligible, que sir Walter et sa famille étaient partis pour l'Irlande , et qu'on ne les attendait que dans quelques semaines. Cette nouvelle était contrariante*, mais enfin , comme elle était sans remède, je demandai à voir la maison et lès jardins. Il me répondit que les gens qui montraient le château étaient tous partis pour une foire dans le voisinage, mais que tout autre jour ils pourraient me satisfaire. Après quelques moments de réflexion, je me déterminai à visiter la belle Melrose ^ et à revenir le lendemain à Abbotsfbrd.
J'avais été assez heureux dans nK)n voyage pour faire la con« naissance d'un monsieur qui m'offrit poliment de me servir de cicérone, et je crcis qu'en Tabsence des gens du poète , personne n'était plus capable de s'acquitter de ces fonctions. Je déjeunai avec lui, «et il me conduisit ensuite à la grille du parc.
Celte fois je la trouvai moins rebelle à tourner sur ses gonds. Il me nK>ntra toute la maison et ses dépendances. Ensuite je passai une charmante soirée sous son toit hospitalier, situé sur l'autre rive de la Tweed.
Il me dit : « Il y a quinze ou seize ans, rien n'était moins remarquaUe que ce coin du naond^, où maintenant Abbotstord étale sa singulière architecture, ses bois et les beaux jardins qui rentourent. A Tendroit où ei^ bflti l'édifice actuel était une mauvaise petite ferme ; cette belle cour a remplacé un jardin potager, et cette florissante plantation qui couvre plusieurs milliers d'ar* pents, et qui paraît avoir doublé son importance , a succédé à une vilaine rangée de sapins. La rivière, toutefois, est restée dans le même état , et j'ai peine à croire qu'une terre aussi près de ses
8 Superbes ruines d^un abbaye de moines. C^est là que Wal:«r Scott a placé une iprande partie la scène do son poème intitulé the lay ofthe hst Minstrely le Chant 4iu dernier ménestrel, ▲. M.
«aux limpictes fût totalement dépourvue de charmes. GépeDâi»t l'aspect était des plus sauvages ; un terrain meuble et couvert de petits champs de navets , une chaumière et une petite ferme écossaises, et quelques sapins d^cosse, voilà tout ce que Ton pouvait y voir; et il serait difficile d'imaginer \m contraste plus frappant entre TAbbotsford de ces temps peu éloignés et celui de 1S2Ô.
Tous Bav^ sa«s doute que sir Walter est gttmd agrieiiltear et amatear de pkntatioDS. On ^ssare qu'il ^ obtenu de ses terres des produite étonnants et presque miraenleur. On pourrait p^ser, en voyant ces merveilles, qu'il ne s'est jamais livré i d'antre occupaticoi depuis qu'il a pris le titre de laird d'AMx)tsford. Il possède des t&creB It^KKtrables sur les bords de la Tweed, et vers la petite ville de Melrose, qui est à trois milles de son ehàtoao ^ xnais l'ensemble de cette pit)priété est montagneux ; die est en» tourée de vallons luroftxids et étroits ; il a ans la plus grande partie en plantations d'arbres utiles, et l'on est forcé de convenir que cette forêt naissante a été disposée avec un goût et un soin qui ne laissent rien à désifër. La vue de la Tweed, qui s'étend à quelques milles , est tout à fiiit changée; elle s'est embeliie par ces gracieuses plantations, dont dans vingt ou trente ans le pro^ duit ajoutera cmisidérablement au revenu annuel de la propriété. L'abri que les bois procurent en même temps aux mootens; a amélioré le pâturage. Dé||à la moitié de la surface produit le double du rëveiïu de ce qu'on espérait de la totalité dans son état primitif. A travers oett« forM sont de grandes avenues en gazon , si bien établies qu'on pourrait s'y promener pendant des semaines entières sans pouvoir en découvrir toutes les beautés. Il y a plus de vingt cascades dans les ravins, et près de ehacune d'elles des sièges et des bosquets placés de manière à procurer des vues jnttoresques. Il y a deux ou trois petits lacs de montagne dans le domaine; l'un d'eux cependant n'€St pas très* petit, car il a près d'une demi-lîdue de circon^ence -, on en a tiré le parti le plus avantageux. Au total, c'est un très -beau coup d'œil , et qui ne peut que gagner à mesure que les arbres acquerront de la hauteur.
Mon guide me fit observer que le propriétaire passait plusieurs heures de la journée à parcourir ses bois, soit à pted ou monté sur son petit cheval , sa hachette et sa serpe à la main. C'est ici
fiSO ABBOTSFORD.
qu'il établit son cabinet d'étude ; et,x coinn^e Jacques ^^ il trouve toujours ses livres dans ses' arbres,
Nul poète jamais n^a reDcontré sa muse, Tant qoMl n^a pas appris, dans Perreor qui l^abuse. Solitaire, i loDçer ^n ruisseau murmurant Sans éprouyer d'ennui, quoique toiyours errant,
comme dit le poète Bums, et un de ces Burns ^ , pour le dire en passant, est le Huntley-Burn ou Thomas d'Exccldonne^, qui rencontra la reine des fées. Ce fut près de l'arbre d'Eildon que cette rencontre eut lieu , dit le vieux poète ; mais depuis lopg-temps cet arbre a disparu. Presque toutes les promenades de sir Walter ont les montagnes d'Eildon en perspective ; mais je vous tiens trop long-temps éloigné de Monkbarns, situé sur la derniè^e chaîne de ces montagnes irrégulières, semblables à de grands escaliers descendant du haut d'Eildon vers la Tweed. La maison , dé tous les côtés, excepté celui de la rivière, est entourée de jardins, suivant la vieille coutume. L'habitation ne manque par ce moyen ni d'air ni d'étendue ; mais le bfttiment est d'une telle bizarrerie que personne autre que sir Walter Scott n'aurait pu en faire conàtruire un pareil sans courir le risque d'être tourné en ridicule. Cependant son aspect est imposant, plusieurs de ses détails sont d'une grande beauté, et le tout n'est pas dénué d'intérêt historique. Il est construit, on peut le dire^ de pièces et de morceaux , mais calculés habilement. On pourrait rire de cette fantaisie, si elle eût été celle d'un homme ordinaire \ mais les goûts et même les bizarreries d'un grand homme inspirent tout autre sentiment. Les esquisses et les ornements, tels qu'une porte d'entrée de Limitgow, un toit du cbftteau de Roslin, une cheminée de l'abbaye de Melrose , ont été empruntés de toutes les parties de l'Ecosse.
Ce bâtiment, par ses détails, ne ressemble à rien de ce qui existe en Angleterre ; mais, en général, comme je l'ai déjà dit, il est noble et d'une grande beauté. On en peut concevoir cette opinion
1 Personnage d-une comédie de Shalcspeare. a. m.
1 A burUf en écossais, yeut dire un ruisseav, L^auteur fait donc ici un Jeu de mois k propos de Burns le barde, un des trois plus grands poètes qui aient écrit dans IMdiome écossais; savoir : Ferguson, auteur de poésies diverses ;Ramsay, auteur da Gentte shepherd (le gentil Berger ou le Berger noble) ; et le même Burns, autenr d^un recueil de compositions lyriques et presque toutes en langage écossais, a» m.
2 Le domaine de Thomas le Rimeur, auteur de prophéties et de vers en écossais très-ancien, a. u.
▲BBOTSFORD. ^1
en robservant, que sir Walter eût été aussi habile architecte que grand écrivain, s'il se fût adonné à cet art.
Par l'entrée principale, vous arrivez brusquement au bâtiment, et, comme on dit en France ,-i?ous tombez sur le château; mais le mal, si c'en est un, était inévitable, à cause de la proximité de la voie publique , qui sépare le château et les dépendances de la principale partie du bois et du parc.
Le chemin est assez droit : vous vous trouvez , après quelques minutes, en quittant la grande route , à la porte principale dont nous avons déjà parlé : cette porte est une arche élevée d'un mur crénelé d'une hauteur considérable , et les sougs ', comme on les appelle , bien connus dans les temps féodaux , y pendent , mais rongés par la rouille ; ce sont, des restes de la grande citadelle des Douglas, de leur chftteau du comté de Galloway.
En entrant, est un enclos de plus d'un demi-arpent ; deux c6tés sont protégés par le grand mur dont nous avons déjà également parlé. Ce chemin est couvert de treilles, de roses et de chèvre-feuille 5 sur le troisième côté , on voit un mur d'arches séparées, dans le style gothique ; chacun des vides est garni de fils de fer qu'on n'aperçoit qu'en approchant de très-près, ce qui ne nuit point aux jolies vues des jardins qui s'étendent en montant, et sont couverts d'ornements d'architecture , de tours , d'arcs , d'urnes, de vases, d'un genre qui ferait palpiter le cœur du vieux J^rice le pittoresque.
Le mur est non seulement d'un nouveau genre, mais très-grar eieux ^ et si jamais la vieille école devient encore de mode, il trouvera plus d'un amateur qui voudra l'imiter. Il aboutit au côté oriental de la maison et se prolonge jusqu'au nord et une partie de l'occident du grand clos. Rien ne m'a paru plus beau que l'effet de ce clos dans l'état paisible et solitaire où je l'ai vu. Il est couvert de gazon et planté de rosiers de toutes les espèces , qui lient graduellement ce pavé vert avec le toit de treilles de verdure sur lequel on aperçoit le mur grisâtre avec les petites tours.
Tout ce tableau est dominé par le chêne, l'orme, le bouleau et le coudrier. Un des côtés est si élevé que les arbres, quoique jeunes, offrent déjà l'effet d'un amphithéâtre de bois. L'arrière plan de ce côté est tout en forêt ; à l'est, le jardin se perd par degrés ; à l'occident, il y a aussi bois sur bois -, mais on a plusieurs vues
s Sougs, espèces de carcans attachés aux murs des châteaux, où les seigneurs, dans le bon yieax temps, attacbafent les vassaux pour de légères fautes, A. M.
de la Tw«e<i , et dans le lointain, i quelque» miUtoiine rierrm ^ complète de cimes de montagoes , entre la Tweed et le Yarrow. Lé plus élevé de ces somfnet&est celui de Newark, au ba» duquel est le vieux château où le dePDÎerinénestrd a chanté ces mots:
On aperçoit encor qael<(ues nobles ruines
Vous me pardonnerez si je ne vous donne pas de pins grancb détails sur la construction de cette maison ; mais je ne suis pas habile en style d'architecture; seulement je pourrais ajouter qu'elle a été bâtie à plusieurs reprises, qu'elle a une tour élevée de chaque côté , toutes les deux de formes différentes , et offrant aux regards iin singulier contraste ; les parapets et les bords dn toit dentelés, un grand nombre de vitres peintes, des groupes de cheminées à TËlisabeth , des balcons de toutes grandeurs et- de formes fantastiques j des pierres sculptées avec des inscriptions héraldiques placées çà et là dans les murs-, enfin une porte d'entrée des plus imposantes, fac-similé y dit*on, d'un certain palais en ruines qui jadis avait frappé l'imagination du poète , ainsi que le prouvent les vers suivants :
Entre les palais élevés Pour de royales résidences, Au-dessus des mieux acheTés Je place Linlitbgow avec ses dépendances.
Les gravures vous donneront , beaucoup mieux que, je ne puis lefeke, une idée de tout cela -, une lettre ne peut rendre les détails minutieux, et par parenthèse, la meilleure gravure est celle qu'on trouve sur l'enveloppe d'un taffetas en coupures.
Be ce portique , qui est grand et ouvert par devant , orné en haut de quelques, cornes de cerf pétrifiées^ vous entrez par deux porte sbattantes dans le vestibule , et alors le premier coup-d'œîl de l'intérieur du château du poète se présente d^uae manière hn* posante. Deux fenêtres très-élevées sont couvertes d'écussoris 5 en plein jour cet endroit est aussi sombre que le douzième siècle; mais la délicieuse fraîcheur de l'atmosphère vous serait bien agréa- We pour quelques instants; et lorsque vos yeux s'accoutument par degrés à l'effet de ces vitraux historiques, vous vous apercevez que vous êtes dans l'appartement le plus pittoresque.
Le vestibule peut avoJr quarante pieds de long, vingt de hatit et
f Mot espagnol pour montagne on yorjf^. a. m. 8 SHll eshibits sotnê noble mina.
ABSOTSFORDw
de large ; les^faoîs^nes soni ea chèm ikbemeirt sculpté et trà»imfié 'j elles» yiemieiit, à ce qu'il pwr»lt, du vieux château de IkiiBh Céline. Le {dafiond est une ruigée d'arches à pointe de cbéne. Aussi ebaque poutre représeute-t-die un éeusson richement Uasonné. Le nomrbre de ces écussons est suffisant pour contenir ton» 1^ faMs d'anae& d\ioe géaéalogie eiitiére , si le poète voulait la secetr»; vm&k rextrémité tt y a deux ou trois vides; ils ont été couverts par des exquissesde Loudland , avec cette iascripticNz : Nos alta velat. Les boucliers sont remplis des noms de familles célèbres ; ce sont d'un côté les descendants de Scott d'Arden, et de l'autre de Rutherford. Mais tout cela ne se trouve-l-il pas dans les chroniques de Douglas et de Nisbet ?
Il y a aussi^ une entrée à Test du vestibule, au dessus et autour de laquelle le bwroBMt a placé use antre rangée d'éeussons sur toutes tes eotntehes decette noble salle : ee sont les armoiries da ses amis et de ses comparons ; je les ai remarqués avee autant d'intérêt qQ0 les siens. On y voit d'autres éeussons différemment Uasonnés. Au centre d'une des extrémités de la chambre, j'ai vu le cœur sanglant de Douglas , et vis-àrvis le lis royal d'Ecosse; eatre les côtés,. 11 y a une inscription en lettres gothiques que j'ai décUffréeavee quelque difficulté ; je regrette de ne l'avoir pas eopiée ;. mais , autant que je puis m'en^ souvenir, en voici à peu près le sens : « Yoici les armoiries des tributs et des chefs de tribu qui Cfflt défendu les frontières de l'Écôssepour servir leur roi, dans le* vieux temys. Il y a près de trente à quarante ans qu'ils se sont ainsi distingués ^ il& furent braves; ils firent leur devoir et IMau les protégea. Douglas, Sunlier, Buccleugh, Maxw^U Jiohnstone, Glendoning., Herries, Bulherford-Kerr ^ Elliot , Pringle, Home, et tous les autres héros et ministres de l'Ecosse.. »
Le vestifeale est pavé de âaUes de marbre blanc et noir des Hébrides, en forme de losanges^ et la partie supérieure des murs est totalement couverte d'armes et d'armures ; deux armures en bel aisier occupent deux niches à l'est de te salle; une autre, d'un Anglais du temps de Henri V ; une troisième , moins ancienne., d'ma Italien. Les variétés de cuirasses noires et blanches, unies et sculptées, sont sans nombre. Une grande quantité de casques, de&étrîers, des épevons de toutes espèce, sont suspendus autour d'épées de tbutes les ftwmas etde tous les ordres, depuis l'arme à deux masses, avec laquelle le paysan suisse osa braver les lances 4e la cavalerieautricbienne,.jusqu'àla.claymore de quarante-cinq
et la rapière de Oittiogen. Aa fait, je pourrais aller encore plus loin; car, entre antres dépouilles, j'ai vu des lances p<rionaises recueillies sur le champ de bataille de Waterloo, par Fauteur des Lettres à Paul; une armure entière , ou cotte de mailles, prise sur le cadavre d'un garde du corps de Tippo, à Seringapatam , et un grand nombre d'épéesdont se servent les bourreaux en Allemagne. Sur une des lances, j'ai vu les armes d'Augsbourg avec une légende qui peut être ainsi expliquée.
Lorsque je frappe , la poussière Dit à la poussière : ««Arrêtez !
O doux Jésus qui m'écoutez, Sauves une ftme en sa misère.»
Je regrette qu'il n'y ait pas de catalogue de cette ancienne et curieuse collection ; sir Walter devrait en faire un lui-môme-, car mon cicérone m'a appris qu'il y avait une histoire particulière attachée à chaque pièce d'armure, et connue de lui seul.
Marchant à l'ouest de ce vestibule, comme dit Wordswortta, vous arrivez à une chambre bien basse et voûtée, qui s'étend sous toute la longueur de la maison, ayant à chaque extrémité une fenêtre blasonnée^ couverte d'armures et d'armes plus petites que les autres, telles que des épées, des fusils, des lances, des dards, des poignards, etc., etc. On trouve dans cet endroit les pièces les plus estimées, en raison de leur histoire respective. J'ai remarqué entre autres choses le fusil de Rob-Roy, avec son chiffre dessus, R. M. C, c'est-à-dire Robert Mac-Grégor, Campbell. Le gros mousqueton de Hofer est un cadeau que fit sir Humphrey Bavy i sir Walter Scott , une superbe épée montée magnifiquement est un don de Charles P' au grand Montrose. La poignée porte les armes du prince Henri; le flacon de chasse du beau roi Jacques-, les pistolets de Napoléon, trouvés dans sa voiture à Waterloo, je e crois cum multis aliis, concourent à enrichir cette collection.
Je devrais ajouter les reliques du vieux monstre de la montagne , les cornes de cerf et de taureau suspendues en grand nombre au-dessus des portes de la salle.
Dans un des coins les plus sombres (ce qui doit être), il y a un assortiment complet de vieux instruments écossais de torture, sans oublier les poucettes, et que le cardinal Castairs souffrit sans aucune émotion ; la couronne de fer de Wisehart le martyr ; une espèce de machine avec des barrés de fer, vissées sur la victime pour l'empêcher de crier au fort de ses souffrances, lorsqu'il était
ABBOTSFORD. HHI
au poteau. Enfin , sans donte semblable à Grose , de joyeuse mémoire, te grand ménestrel possède :
Aiseï de «atqoes tout rouilles, \
De caiMardft, de cottes de mailles,
Débris da TÎnçt et yingt batailles,
Pour fournir de clous eflSlés,
Pendaot douze mois jècoulés
Les trois Lothians assemblés,
Armés de marteaux et tenailles.
Ces antiquailles des temps obscurs sont disposées avec tant de grâce et d'élégance que M. Hope lui-même ne pourrait trouver rien à rediredans les belles salles qui les renferment.
On passe ensuite dans une des plus petites salles qui communiquent au salon et à la salle A manger. Cette pièce est meublée de divans bien bas , ce qui est assez agréable quand l'appartement est occupé; mais, malheureusement pour moi, je Tai trouvé vide.
Lorsqu'il fait chaud, le baronnet dîne dans le vestibule, qui est encore un superbe réfectoire , où un candélabre peint est sus* pendu au plafond. Le dessin de la cheminée est le même que celui de la salle de l'abbaye de Meirose. Cette cheminée est si vaste qu'elle contient assez de bois pour les grands feux de Noël de l'ancien temps. Si la société portait des costumes analogues , le dîner ressemblerait à une des fêtes des mystères d'UdoIphe.
Au delà de la plus petite salle d'armes se trouve une superbe salle à manger, et quoiqu'il n'y ait rien ici d'udolphique , je conçois que si elle était bien éclairée et les rideaux baissés, elle nous donnerait l'idée d'une petite salle de quelque haut et puissant abbé des comtes de Cantorbéry. La chambre est très-belle -, le plafond est un peu bas, en bois de chêne foncé, richement sculpté; elle a une immense fenêtre cintrée , un dais élevé , more ma" jorum. Les plafonds sont bien ornés, et il y a des niches pour les lampes, etc., etc. Enfin tous les petits détails sont , je crois, des fac-similé d'après Meirose.
La chambre est tapissée en couleur cramoisie , mais presque couverte de tableaux. Les plus remarquables sont : le portrait du g énéral parlementaire lord d'Essex à cheval , de grandeur naturelle; le duc de Monmouth , par Lely; Hogarth par lui-même; Prier et Guy, tous deux par Gervas ; et Marie , reine d'Ecosse , sur un plateau peint par Amias Garood le lendemain du jour Où ^lle fut décapitée à Fotheringay ; portrait envoyé, il y a quelques
Qxméjes.» à Waltcx Scott (at ua uoJtdiB Prujssiea» dwalsi&iDUli& duquel ce tableau se trouvait depuis deux ceats ans;, c'est ua chef-d'œuvre d'horreur, et les traits ressemblent assez aux médailles de cette victime , mais, miUemeiit aux portraits que j'ai vus ; jexrois qu'on ne peut douter de Fauthcntîcité de ce portrait curieux.
Parmi les nombreux portraits de famille, f ai sûi^ut remarqué le bisaïeul de sir Walter Scott ^ le vieux chevalier dont il parle dans une des épîtres de Marmion^ qui laisse croître sa barbe après l'exécution de Charles P% et qu'on voit représenté avec une barbe blanche, tombant jusqu'à la ceinture. Le portrait duffls de ce vieux gentilhomme est à côté de lui, et sous ce costume^ je l'aurais pris pour celui de Walter Scott lui-même. H ressemble beaucoup aux portraits ordinaires du poète ; mais il n'a aucun rapport avec celui de Thomas Lawrence ou avec Te buste de Chautrey. Il y a aussi un magnifique portrait de Lacy Waters , mère du duc de Monmouth ; et un autre , parfaitement exécuté, <f Anne, duchesse de Buecleugb , la même qui
Dans l'orçueU de la jaunease
Et dans la fleur de la beauté, Sur le tombeau sanglant d« Monmouth regrettS Epanchais dans las) pleur» sa profonda tristesM.
Tous les meubles de cette chambre sont gothiques, en bois de chêne massif, et comme je l'ai déjà dit,, quand cette salle est bien éclairée, avec son argenterie et les cristaux, elle doit avoir une noble et antique apparence.
Plus loin et à côté de cette salle sont d'étroits couloirs qui font fisoke qu'on est dans quelque vieux monastèj?e v las. plafonds , les murs et, les fen^res serrées , longues et ovales > sont sculptés en pierres provenani; des précieux restes de Melrese et de la chapelle de Roslin.
Un de ces couloirs conduit à une charmante salle à déjeûner qui donne sur la Tweed d'un côté , et de l'autre sur la Yarrow, et sur TEttrick renommé par ses chansons.
Une autre pièce est remplie de romans et de poésies d'une part, de l'autre par une belle collection d'aq^uareUes , prixicipalement de Turner , de Thompson et de Duddingstone ; enfin'par des dessins formant le magnifique ouvrage intitulé ; les Jniiquiiés pro^ vinciales â! Ecosse. Sur la cheminée il y a un grand tableau peint
ABBOTSTOBD^
â l%mle, i%»toa8t!e, pftr Thoaqwm jiUrn, te WotMl^nig, debr Jiancée de ZammertMor ; un aatre UMeaii de maiine , le plus triste et le plus beau (pie j'aie jmiais tu , et qoeUfaes dessins ea noir et blano ; des yisions de don Roderick par air James Stewart d'Alianbaek, dont tous avez tu les illastraticNDis , ou dont tous aTe? entendu parier.
La ebambre est eneombrée de singuliers coffrets et boîtes. Dans une niehe est le buste du Tieux I^nri Maekenzie , par Joseph , d'Edimbourg*.
En retournant Tersla salle d'armes, est un corridor d'un côté, à demi éelairé ^ puis une serre et une fontaine devant , k mémte qui jadis ornait la place d'Edimbourg, et qu'on remplissait de Tin de Bordeaux les jours de couronnem^Dit des Stuarts : c'est un joli dessin et un monument de la barbarie de TinnOTation moderne.
De la petite saBe d'armes on Ta , comme je vous l'ai dit , daM le salon : c'est une grande et très-belle pièce meublée à l'antique, en ébène , et des rideaux eu soie cramoisie , des cabinets en laque , de la porcelaine de la Chine , des glaces en quantité, quelques portraits , entre autres eelui du célèbre John Bryden , par ^r Peter Leiy , avec ses cheveux gris flottants sur ses épaules d'une manière très-pittoresque, ses yeux égarés, représentant le vieux barde dans un moment d'irritation nerveuse qu'il éprouvait lorsqu'il fttt interrompu au milieu de la . composition de sa Fêtet â^Atexandre,
Ce salon conduit à la plus grande [»éce de la maison : c^est tai bibliothèque, très-belle et noble salle , il fout l'avouer. EHe est oblongue, a cinquante pieds dé long sur trente de large ; une pro* jection au centre vis-à-vis la cheminée , une fenêtre circulaire couverte aussi de divises et représentant une espèce de chapelle d'église ; le plafond est de chêne sculpté d'un riche dessin à te Roslin. Les tablettes où sont placés les livres sont aussi en chêne sculpté jusqu'au plafond. Tout autour de la chambre se trouve la collection de livres^ qui se monte à quinze ou vingt mille volumes, tous placés suivant leur, sujet. L'histoire de la Grande-Bretagne et ses antiquité tapissent le mur principal de la chambre ; les poètes, les auteurs dramatiques, classiques, anglais, et divers autres livres sont à une extraite de l'appartement ; la littérature étrangère , surtout française et allemande , est à l'extrémité opposée. Les rayons vis-à-vis de la cheminée ont une grille fermée ke\è\ cette partie renferme des objets plus précieux et portatifis,
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des livres et des manoscrits relatiCs aux insurrections de 1715 et 1745. Une autre partie^ dans l'embrasure de la fenêtre, contient les traités de magie , et ces rayons sont tous , comme on me l'a dit , et je le crois sans peine , des collections très-curieuses et très-rares. Mon ciceron me fît surtout remarquer les Œuvres de Montfaucon , en dix volumes in-folio , reliés magnifîquement en écarlate , revêtus des armes royales : c'est un don du nû actuel. On trouve dans cette précieuse bibliothèque presque tous les oavrages des auteurs vivants , ofiFerts par eux-mêmes. Mon ami me montra toutes sortes d'inscriptions dans toutes les langues européennes. Tous les livres sont reliés , et ce sont les meilleures éditions. . ,
Il n^y a dans cette salle qu'un seul portrait, c'est celui du fils atné de sir Walter Scott, en costume de hussard, tenant son cheval. Il est de AUan , d'Edimbourg. Un beau buste , celui de Shakspeare , repose dans une petite niche , dans le centre du côté de Test -, c'est le seul de ce genre,
Sur un riche piédestal de porphyre, dans un coin, est placée une urne en argent , remplie d'ossements de différents poètes , et portant cette inscription : « Donné par George Gordon , lord Byron , à sir Walter Scott* » Cette urne contenait les lettres qui accompagnèrent ce présent , mais elles ont disparu , sans que personne ait pu savoir qui le^ avait prises. Mais , comme l'observait mon guide , on les a emportées pour le seul plaisir de les prendre ; car c'est un vol qu'on ne peut avouer, puisqu'il est impossible de les mpntrer ; le voleur se poignarderait sans doute plutôt que de se déclarer un infâme voyageur.
Cette chambre , meublée de riches et commodes secrétaires et de fauteuils, m'a semblé trop élégante pour un cabinet de travail. Je trouvai , en passant la porte , un sanctum , lieu de retraite , en dedans et au delà de cette bibliothèque, ce qui, comme vous pouvez bien le penser , ne fut pas pour moi la partie la moins intéressante de toute la maison , quoique ce soit assurément la moins belle.
L'antre véritable du lion littéraire est une chambre de vingtcinq pieds carrés sur vingt de hauteur, contenant peu de meublés : une seule petite table pour écrire est placée au centre , un fauteuil couvert en maroquin noir, fort commode ( car je m'y suis assis pour l'essayer), et une seule chaise, preuve irrécusable qu'il n'y reçoit personne. De chaque côté de la cheminée il y a des
rayons remplis de livres in-^ouze et d'in-folios consacrés aux r^ cherches ; mais, excepté ceux-ci^ il n'y a que ceux qui sont placés dans une espèce de galerie qui fassent le tour des trois côtés de la chambre. On y parvient par un escalier en chône sculpté.
Puisque vous avez été à FÉlysée-Bourbon et k la Malmaison , vous vous en rappellerez sans doute la bibliothèque. Cette galerie est à peu près semblable à l'une de celles de ces maisons royales ; mais je ne saurais positivement dire à laquelle des deux. Cette pièce ne renferme que deux portraits : Tun est original^ c'està-dire celui de la belle et mélancolique tête dé" Claverhouse ; l'autre est un petit portrait en pied de Rob-Roy. Plusieucs petits cabinets antiques Tenvironnent, chacun ayant un buste pljcé audessus.
Dans un coin j'ai vu des armes fort utiles dans une forêt , telles que des haches et des serpes de toute espèce ; il n'y a qu'une seule fenêtre percée dans un mur très-épais , ce qui rend la pièce un peu sombre. Le léger travail au-dessus de la galerie est bien en harmonie avec les livres. La chambre est commode , et ne ressemble à aucune de ceMes que j'ai déjà vues. Je ne dois pas oublier les claymores des montagnards groupées autour , un bouclier de Cantorbéry , ni un nécessaire à écrire , en bois séulpté » doublé en velours cramoisi et rempli d'argenterie, nécessaire qui paraissait avoir appartenu au vieux Chancer lui-même; mais les armes gravées sur le couvercle laissaient apercevoir qu'il venait avant de quelque prince italien du temps de Léon le Ma* gnifique.
A un coin du sanctum est un petit sanctum sanciorum en forme de cabinet , qui ressemble à l'oratoire de quelque vieille dame de roman : il donne sur les jardins. Le rez-de-chaussée de cette tour est fermé par un escalier qui conduit à la galerie au-dessus , et même aux étages supérieurs gue j'ai aussi visités; mais je pense que la description des chambres à coucher et des cabinets de toilette ne vous serait d'aucune utilité.
Des principaux appartements on peut jouir de la vue de la Tweed, qui est superbe. Tous regardez au travers des bosquets par-dessus une pièce de beau gazon sur la rivière , excessivement claire et bordée de bois de bouleaux * on aperçoit dans le lointain les collines de la forêt d'Ëtrick , et Ton peut facilement se faire une idée du reste.
Cet endroit, au total, est destiné à des pèlerinages ; il renferme
ABBOTSFQRO.
des beautés naturdles dignes des cayragesqui s'y en&intoit Nul poète n'habita an «ussi agréable séjour , et jaoaais aticim n'en a ^éé un semblable ; c'^t la rédisaticMi d'un rêva. Quelques Fraoçais y m*a4*on dit, lui <on donné le nom de rmmmn tnfkrrtê et €«