SCÈNE III
(illtMffeiii^
Le théâtre représente là galerie du c|iâteai|, terminée par HP %rwà Inleon qui domine une va« éloignée. On entend an dehors des voix, le son du cor, des timbales, les pas des
RUDIGER^ appnyé sar Peter, est an bal«on; GERTADDË el ISABELLE
sont près de lui.
RUDIGER
Les voilà partis enfin ; regarde^ Isabdle ^ regarde , Gertrude , voilà les guerriers au bras de fer, qui apprendront à Roderic ce qu'il doit lui m coûter pour avoir voulu t'arracber à ma protection, (On ealeod des £in£ire«, Risdigier an ]»alco«i «tM^apI Im hjm)^ AUe^ iDeS
enfants, que la Jbéaédictioa de Dieu voun accompagne i r^gar^]^ mon bartlb noir, Gertrude, ce cheval là se ferait jour dans une phalange , eût-elle vingt piques d'^aisseur. Quel regret pour moi de ne pouvoir le monter. Yoîs oorame I0 vieux Reynold à l'air fier.
GERTRUDE
J'ai de la peine à reconnaître mes amis sous leurs armures.
(Les cors et les timliales S'éloignent.^ RVDiGER.
Et moi je pourrai te les désigner tous par leurs noms mômé à cette distance, et quand ils seraient couverts, comme je les ai vus quelquefois, de poussière et de sang. Celui qui monte le cheval gris pommelé est Wickerd^ vigoureux drôle, mais un peu bavard. Celui qui galope si bien, est ie jeune Conrad, te page de ton Henri, ma fille.
(^Le son des con's s':â»igne 4e $SiU en fdna.) €£RTRU1IE.
Que le eiel les protège, fiélas! cette voîx ée la guerre 4|ui anime vos joues de rougeur et réchauffe votft aang arrête m^ contraire et glace le mien .
RUDIGER
Ne parle pas ainsi, c'est uo ^orieux spectacle, ma fille. Vois comme leurs annwes brillent^ taaadis ^ullssuivenl ies âétoiirs 4e eeUe moalagae I vois eoini»e leurs lances étlûceUent an ir^lieu de eetite 'longue tratnée de poussière ; écoate , tu fmx encore entendre les deniièFes notes de leurs trompettes , eC
Rudiger^ le vieux Rudiger au bras de fer, ainsi que les croisés rayaient surnommé, doit rester ici avec des prêtres et des femmes. Eh bien, eh bien!
(Il cliante.]
Un chevalier allait à la bataiUe,
Kt tandis (jû'il montait son ardent destrier...
Remplis-moi une coupe de vin^ Gertrude; et toi. Peter, appelle le ménestrel qui est venu hier soir.
(Il chante.)
Le cavalier galopait, . *
Tra ira; Relevant ses moustaclieSt
Tra tr^i ;
(Peler sort, Rudiger s'assied et Gertrude lui verse du viii.)
. Grand merci, mon amour, versé de la main il me paraît meilleur. Isabelle, à la gloire et au triomphe de nos enfants !
(n boit.)
ISABELLE
* A leur salut, et que Dieu nous raccorde.
(Elle boit : Bcrtram entre de'guisé en ménestrel avec un garçon portant sa
harpe, et Peler.)
RUDIGER
Ton nom, ménestrel ?
BERTRAH.
Minhold, sous votre bon plaisir.
RUDIGER
Es-tu Alleinand ?
BBRTRAM.
Oui, noble sire, et de cette province.
RUDIGER
Ghante^moi une chanson guerrière ?
(Bcrtram chante eu s'accompagnant de la harpe.)
Fort bien, ménestrel, voilà qui est vaillamment chanté. Qu'en dis-tu, Isabelle ?
ISABELLE
Je ne l'ai point écouté.
RUDIGER
En vérité, tu es par trop inquiète ; calme toi, et toi aussi, ma belle Gertrude. Dans quelques heures ton Henri sera de retour; il te tressera de ses lauriers une guirlande pour parer ta tête ; combattant pour toi il doit être vainqueur.
GERTRUDE
Hélas! pourquoi verser du saogpour.une jeune fille?
RUDIGRR.
Gela ne peut être autrement, car les chevaliers ne romprairat pas de lances si ce n'était pour l'honneur et l'amour des dames, n'est-ce pas, ménestrel ?
^ BERTRAM
Et ne vous en déplaise^ aussi pour punir le crime.
RUDIGER
- Fi donc ! voudrais-tu faire de nous des hourreaux ? De telles œuvres déshonoreraient nos épées. Nous abandonnons les malfaiteurs au tribunal secret .
ISABELLE
Dieu de bonté, quel mot viens-tu de prononcer, Rudiger !
GERTRUDE
On dit qu'inconnus et invisibles eux-mêmes, ces juges terribles sont toujours présents aux coupables ; que les crimes passés et présents, les secrets du confessionnal, les pensées même les plus secrètes du cœur leur sont connues; que leur arrêt est aussi sûr que celui du sort, quoique les moyens et les exécutions en soient ignorés.
RUDIGER
On ne se trompe pas ; les secrets de cette association et les noms de ceux qui la composent sont aussi impénétrables que le tombeau. Nous savons seulement qu'elle a pris de profondes racines et qu'elle étend au loin ses branches. Chaque jour, tranquillement assis dans la salle de mon château, sais-je si je n'y suis pas entouré de plusieurs de ces juges secrets, tous engagés par le serment ]e plus solennel à venger le crime. Une fois, une seule fois, un chevalier, sur la demande et à la prière instante de l'empereur, fit entendre qu'il appartenait à cette société ; le lendemain matin on le trouva assassiné dans une forêt; le poignard était resté dans la blessure et portait cette inscription : «< C'est ainsi que les juges invisibles punissent la trahison.»
GERTRUDE
' Grand Dieu ! ma tante, comme vous pâlissez !
ISABELLE
' Ce n'est qu'une légère indisposition.
RUDIGER
Et que vous importe après tout : nous savons que le ciel lit
Là MAISON D^ASPi».
•dans nos cœurs; craindroosHBOQS qM quelque ra<»*tel y pénètre? Allons sur les mq^art8;de là sou» déeoitvrifODS ptas tôt le retour de nos guerriers.
ISABEf^LB.
Ménestrel, envoyez-moi ici le chapelain* (Sorm» •««(.) IMeu de miséricorde ! l'aimable innooence de ma nièce, la mftle énergie de mon loyal Rudiger me font éprouver tous les jours do owvdles tortures. Pendant qu'il était engi^ dans des expéditions actives «et dangereuses, mes craintes pour sa sûreté et ma joie ^loand il était de retour «a idiftteau me pennettaient de déguiser aux autres les angoisses secrètes qui me déchirent. JMiftism<je pu jamaiB me les dissimuler à moi-même ? Oh ! juges de sang qui vous cachez en plein jour comme au milieu de la nuit ; vous qui vous vantez de découvrir les crimes secrets et de pénétrer dans les profcmdeurs du cœur liumain, combien votre pénétration est Aveugle; combien «ont vains vos poignajds et vos tortures, comparés à la conscience du pécheur !
(L« pèr« Ludovic eatre.) LUDOVIC.
Que la paix soit avec vous, madame!
ISA.BELLE
Elle n'est point avec moi ^ je l'attends de toi.
LUDOVIC
Et c'est l'absence des jeunes chevaliers qui cause ton inquiétude?
ISABELLE
Leur absence et leur danger.
LUDOVIC
Ma fille, ta main s'est étendue avec bonté sur le pauvre et sur le malade, tu n'as pas refusé un asile aux voyageur fatigué, ni une larme aux malheureux, aie confiance en leurs prières et dans celles du saint couvent que tu as fondée peut-être te rendront-elles tes enfants sains et saufs.
ISABELLE
Tes frères ne peuvent prier ni pour moi ni pour les miens; leur vœ;i les oblige à prier jour et nuit pour un autre, à supplier sans cesse la miséricorde éternelle pour l'âme de celui qui... Ob ! le ciel seul sait à quel point il a besoin de leurs prières!
ÎA HMSON t)*ASf EK/ S09i
LOTOVIC.
Lâ«iBérie0rdedtt cM estwu» bornes. L'âme de toa premier nuurr.«.
Se t'«n4)on]ure, prMre, ne te ncHame p(»fit. «(4 ^h.) Mdbeoreuee qae je suis ! le plus humble des gens de ma maison à le powrâr de me torturer jusqu'à la folie.
LUDOVIC
EcouteHQioi, ma fille : la faute ^ue tu as commise envers Amolf d'Ébersdoff n'est pas aui: yeux du ciel «usai oiimtnélle que tu te le figures:
ISABELLE
Répète-te-moi encore une fois ; dis-moi que je ne puis paraître aussi criminelle aux yeux du ciel ! Prouve-moi que des Siècles de la plus austère pénitence, que des larmes de sang peuvent effacer nn tel crime ; prouve le moi seulement, je te ferai bfttir une abbaye qui fera honte à là plus belle de la chrétienté.
LUDOVIC
Allons, allons, ma fille, votre conscience est trop timorée, en supposant que par crainte du sévère Arnolf, vous avez juré de ne jamais épouser votre mari actuel; il ne lui était pas permis d'exiger de vous un tel serment, et la violation en est vénielle.
ISABELLE, reprenant du calme.
Ainsi soit-il, mon père ! Je cède à tes justes raisons ; et maintenant, dis-moi, tes pieux soins ont-ils accompli la tâche que je t'avais confiée ?
LUDOVIC
De surveiller le nouvel hôpital que tu as fait bâtir pour les pèlerins? Oui, noble dame-, et la nuit dernière le ménestrel qui est maintenant au château y a logé.
ISABELLE
Pourquoi donc alors est-il venu au château ?
LUDOVIC
Reynold Fy a amené par ordre du baron.
ISABELLE
D'où vient-îl, et qui est-il? Quand il chanta devant Rodiger, îl me sembla avoir entendu autrefois ses accents ; cette figure nô m'était pas inconnue.
LUDOVIC
Il est possible que vous l'ayez vu, noble dame , car il se vante
S04 I. MAISON D'ASPËN.
d'avoir étéconnud Arnolf d'£bersdorf,etd'avoiryécu autrefoisdaos ce château. Il s'est beaucoup informé de Martin, éçuyer d*Ârnolf.
ISABELLE
'~ Allez» Ludovic, allez vite, bon père, cherchez-le ; remettez-lui cette bourse; dites-lui de quitter de suite le château, et veillez à hâter vous-même son départ,
LUDOVIC
Puis-je savoir pourquoi, noble dame ?
ISABELLE
Tu est curieux, prêtre. J'honore les serviteurs de Dieu, mais je n'approuve pas l'esprit de curiosité dans un moine. Sors.
LUDOVIC
Mais le baron ^ noble, dame , voudra savoir pourquoi j'ai congédié son hôte.
ISABELLE
C'est vrai; pardonne ma vivacité, mon père; je peqsais au coucou qui, lorsqu'il devient trop gros pour lé nid du moineau, étrangle la mère qui l'a nourri. Ces oiseaux ne font-ils point leur nid dans les muri» des couvents ?
LUDOVIC
Madame, je ne vous comprend pas.
ISABELLE
Hé bien donc, dis au baron que j'ai renvoyé depuis long-temps tous ceux qui servaient l'homme dont tu as parlé tout à l'heure, et que désormais je n'en veux avoir aucun sous mon toit.
LUDOVIC, avec curiosiU.
Excepté Martin.
ISABELLE, sèchement.
Oui, excepté Martin, qui sauva la vie à mon fils George. Fais eeque je te commande.
Elle sort.
LUDOVIC, seul.
Toujours la même, aussi impérieuse, aussi sévère pour les autres que rigoureuse pour elle-même; hautaine même avec moi, devant qui, dans un autre moment, elle s'agenouillera pour obtenir l'iibsotution, et dont elle baignera les genoux de larmes. Je ne puis réellement la pénétrer. I^e zèle extraordinaire avec lequel elle remplit ses terribles pénitences ne peut-être de la religion, car je soupçonne fort qu'elle ne croît pas à leur bienheureuse efficacité. Il est vraiment heureux pour elle qu!eUe soit la
LA MAISON D'ASPEN. 3tô
fondatrice de notre couvent, autrement je ne crois pas que nous nous fussions trompés en la dénonçant comme hérétique.
(Il tort.)