‹ LE NAIN NOIRChapitre 75 sur 99 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Le théâtre représente une forêt à travers une longue avenue >ol)Stniée de broussailles; on découvre dans le fond les ruines de l'ancien cUftteau de Griefenhaus. On entend pendant cette scène le bruit éloigné d'une bataille.

GEORGE D ASPEN entre, portant une hache d'armes comme s'il venait de descendre de cheval f il soutient MARTIN et l'aide à marcher.

GEORGE

Gouche^toi là, mon vieil ami. Les chevaux de l'ennemi auront de la peine à se frayer un passage au milieu deces broussailles à travers lesquelles je t'ai tratné ici.

MARTIN

Ohl ne me quittez pas, ne me quittez pas d'un instant^ mes moments sont comptés, et je voudrais profiter de ceux qui me restent.

GEORGE

Martin, vous vous oubliez, vous m'oubliez moi-même; il faut que i.e retourne au combat.

MARTIN, ejsayaul de se lever*

Alors» trainez-moi avec vous sur le champ de bataille; je ne puis mourir qu'en votre présence; je n'ose me trouver seul; restez pour donner la paix à mon âme qui est prête à s'échapper.

GEORGE

Je ne suis point prêtre , Martin.

(Il s'en va.) MARTIN, se relevant avec difficulté.

Baron George d'Aspen, je t'ai sauvé la vie dans les combats A u nom de ce service, écoute-moi un seul moment,

GEORGE, revenant;

Je t'écoute, mon pauvre ami.

MARTIN

Mais approche, approche plus près de moi. Vois-tu, sire chevalier, cette blessure, je l'ai reçue pour toi; et celle ci, et encore celle-ci : ne te le rappelles-tu pas?

Wm LA MAISON DASPEK.

GBOlfije.

Je me I^rappeUe.

MARTIN

Je t'ai servi quand tu n'étais encore qu'enfant, servi fidèlement; jamais je ne t'ai quitté.

Il est vrai.

Et maintenant, je meurs pour ton service.

GEORGE

Tu peux guérir.

MARTIN

Je ne le puis; mais en faveur de mes longs services, de mes cicatrices , de cette blessure mortelle, et de la mort dont j'approche, oh! ne me hais point pour ce que je vais te révéler.

GEORGE

Sois assuré que je ne puis jamais te haïr.

MARTIN

Ah! c'est ce que tu ne peux savoir.... mais jure-mœ que lu diras un mot de consolation à mon âme défaillante.

GEORGE , lui prenant la main.

Je te le jure. (On entend une alarme cl «les cHs). Mais, sois bref, tu sais combien le temps presse.

MARTIN

Écoute-moi donc. Tétais l'écuyer, le compagnon de préailection d'Arnolf dTbersdorf. Araolf était ferouche comme l'ours de la montagne. H était amoureux de la dame Isabelle, qui ne te payait pas de retour, car elle aimait ton père-, mais le sien, te vieux sire de Amhein était l'ArnoIf, et elle fût forcée do l'épouser. Ce fut à minuit, dans la chapelle d'Ebersdorf que cette cérémonie sinistre fut accomplie; sa résistance, ses cris furent inutiles. C^ bras la retinrent de force à l'autel jusqu'à ce que la bénédiction nuptiale eût été prononcée. Peux-tu me pardonner?

GEORGE

Je te pajrdonne ; ton obéissance envers un maître féroce a éle expiée par les longs services que tu as rendus à sa veuve.

MARTIN

Desservîces^ tu peux dire, de sapglants services, car ils ont commencé cn. qmu« pu ma main), ils ont commencé par le meurtre

LA MAISON D'ASPlOr. Wf

de mon maître! (Gom^* Uîmo «tler m nMim «t rame ptfciifié d'horreur.) FOUld*

■K» aux pîMb, frappe^fiioi de ton poignard , j'ai aidé ta mère à empoisonner son premier mari ! GrAce au ciel! l'aveu en est fldtl

Ma mère, juste eid! Martin, tu perd la tête; la fièvre qui aceompagaeta Uessure a tronUé ta raison.

MARTIN

Non, elle n*est point égarée. Plût au ciel qu'elle le fftt. Metsmoi à l'épreuve. Ici est le Wolfshill , là^uis le vieux cbâtean de Griefenhaus, et plus loin et plus bas le marais ren4>li de cigod où j'ai cueilli la plante fatale qui porta la mort dans le sein d'Ar-

nolf . (George traverse le théâtre dans la pins graade agitation, et qnel^efois s'arrête auprès ae Martin, les mains jointes arec forée.) Oh! St VOUS PaVlCZ VU lOTS-

que le breuvage produisit son effet! Si vous aviez entradu les cris de son délire -, si vous aviez vu les convulsions de son efifhiyant visage! Il mourut comme il avait vécu, dans la rage et l'impénhtence, et il est allé où j'irai bientôt moi-même. Tous ne parlez pas, vous ne me dites rien.

GEORGE avec effort.

Misérable! comment le pourrais-je?

MARTIPi.

Ne pouvez-vous me pardonner?

GEORGE

Paisse Dieu te pardonner, quant à moi jamais!

MARTIN

Je t'ai sauvé la vie.

GEORGE

Reçois malédiction en récompense d'un tel service, (u saisit sa

hacbe et s'âaace du eôté' ou Ton entend le bruit du cooil>at.]

MARTIN

Ecoute-moi, ce n'es pas tout; encore de nouvelles borrems.

Il cherclie à se relever, et retomba pesamment; bruyante alarme, Wickerd entre à la bâte.

WICKERD.

Au nom de Dieu ! Martin , préte-moi ton ftr.

MARTIN

Prends^te.

WICKERD.

Où est-il?

MARTIN, le regardant d'un air ëgartf.

Dans la chapelle d'Ébersdorf , ou englouti dans le marais à k ciguë.

WIGKERO.

Les blessures du vieux grondeur lui ont donné le délire. Martin , s'il te reste une étincelle de raison, donne-moi ton épée. Le sort nous poursuit cruellement aujourd'hui.

MARTIN

. La voilà : plonge-Ia dans le cœur de ton maître, George , tu lui rendras un vrai service , celui d'un bon serviteur.

(Conrad entre.) CONRAD.

Allons, Wiekerd, à cheval et à la poursuite. Le baron George a changé le sort de la journée, il se bat plus en démon qu'en homme : il a désarçonné Roderic et tué six de ses guerriers; ils fuient à toute bride et en désordre ; le marais à la ciguë est teint

de leur sang ! (Martin pousse un profond gémissement et perd cpanaissaace.]

Partons, partons.

(Ils sortent à la ïiâte.)

(Roderic de Maltiagcn entre sans casque, ses armes en de'sordre et brisues; il lient à la main le tronçon d'une lancç; il est suivi du baron de WoIfsleinO

RODERIC

Maudit soit la fortune, et doublement maudit soit George d'Aspen ! Jamais , jamais je ne lui pardonnerai ma disgrâce. Me voir renversé comme un tronc d'arbre pourri par un tourbillon de vent!...

WOLFSTEIN^.

Consolez-vous , comte Roderic ; il est heureux que nous n'ayons été faits prisonniers. Voyez comme les guerriers d'Aspen se répandent dans la plaine, tels que les vagues du Rhin ! C'est un bonheur pour nous d'être cachés dans ce taillis.

RODERIC

Pourquoi ne m'arracha-t-il pas la vie quand il m'enleva l'honneur et l'objet de mon amour ? Pourquoi sa lance ne me perçat-elle pas le cœur, quand I^ mienne se brisa sur ses armes comme un frêle roseau? (Il jette sa hnce imsee.) Clcl et terre! soyez-moi témoins que si je survis à cette disgrâce, c'est dans le seul espoir d'en tirer vengeance !

WOLFSTEIN.

Consolez-vous : cette victoire a coûté du sang aux chevaliers

d*Aspm ; et Toyez , ici mèuie , gît oo4es compagnons de George.

RODEBIG.

C'est son écayer Martin ; s'il n'est pas mort , il faut nous^assu* rer de lut. Il est le dépositaire deâ secrets de son maître. Lèvetoi , fidèle serviteur de la maison d'Aspen.

MARTIN, revenant à lai.

Ne me quittez pas, ne me quittez pas, baron George; mes yeux sont obscurcis par les approches de la mort. Je n'ai pas encore tout dit.

WOLFSTEIN.

Ce vieillard vous prend pour son mattre !

RODERIG.

Qu'as^tu encore à dire ?

MARTIN

Oh ! je voudrais dire ce qui m'engagea à commettre te meurtre dTbersdorf..

RODERIC

Le meurtre? voilà qui mérite qu'on y fasse attention. Continue.

MARTIN

raimais la fille de l'intendant d'Arnolf ; mon maître la séduisit ; elle fut chassée , bannie , et mourut dans la misère. Je jurai vengeance , et je la vengeai en effet.

RODERIC

Avais-tu des complices ?

MARTIN

Pas d*autre que ta mère.

RODERIC

La dame Isabelle !

MARTIN

Elle-même : elle haïssait son mari ; il connaissait son Voimx pour Rudiger ; et quand elle apprit que ton père était revenu de ta Palestine , sa vie se trouva menacée par la jalousie de son époux ; ainsi préparés au mal , le démon nous tenta , et nous suc<^ combflmes.

RÛDERIG, aveo transport.

O fortune ! tu répares aujourd'hui toutes tes rigueurs. Ma vengeance et mon amour seront satisfaits! Wolfstein , rappelle nos guerriers ! Hite-toi , sonne du cor.

(VoLfs^in sonne du cor.) LA MAISON d'aSPEN. 20

Ce A'flBt pwUe te cor de la maison d'Aspen. Que Yoîs-je? Le «comte Rederic de MaltifigeaT Kra! qu'ai-je dit ?

CSe qm-ttt fie*peint fritas révoquer.

Alors c'en est fait demei !' Gela (fe^aCItre ! C'est dans ce même ifea qoe le^poiSM^flibreeueini, c'est tine jiiita^firilMitiM!

RODERIG.

Assurez- VOUS de ce guenier Uassé ; pansez-le , et gardez-le bien. Portez-le aux ruàflade &riefaGibaMHivet ê SffmMmàêïflm cacher jusqu'à ce que les trjou]Mis d'Aspen aient cessé leurs pou^ suites. Surveillez-le si vous tenez à la m.

MARTIN, emuené^parles soUaU,

Miaiitretdtt >iwig0«ee,.iBetdei!iiià8 hearQ>«lfcaDmiéeL

(Ils ABUnfc^)

B0BE&IGL

£9((Mr\ jfiiB et taifittiBtie , yoiis oifappasaîssez.eQCQne une lois ! vous êtes accueillis avec transport de ce cœur dont vous fûtes atH seots' A lenfrtaapft ! U^ne cbance heopeuseTienL de. Eairepenefaer la bajLaace en fiiv»ttf de. la maison de SlaUiagi».

WOLFâTBKN^

Je prévois, en effet, que la maison d'Aspen va être déshonorée si cet écuyer blessé soutient ce qu'il adit..

RÛDEHiC:.

Et de quelle manière crois-tu que ce déshonneur l'atteinda? Sans doute par le châtiment public de la daniÊ IsabeUar m vettà toiiè ?

^ue veuflErtQ de phis ?

RODUUG.

Homme peu clairvoyant ! George d'Aspen , ainsi que toi, 060* bredu cercle invisible et sacré auqfiel.jeLpréside moi-même...

W01.F&7BJfî..

Pairie; plus bttivpom* l'amour de Dieu 2 eo/ sont. da'Ces choses qui ne peuvent être mises au gnandi jpur..

WAISO» VtÈOKM^ SIf

Il est vrai : mais n'est-il pas lié par le serment la plus solennel que la religioii puisse prescrire, à découvrir au tribunal toutes les iniquités cachées dmt il «RVît. connaissance , quel qu'en soit VmiMtTOni, quffid même ee semfl son père ov saf propre mare ;

&esit pei^lUfe'; Mttis, Menfteiretise' vieirge^f crois^fù qn'if aceasep s» propre tâércNfê^fMt fesjuges ihvisitBBB ?

ytf né ïef IMt pasî, ff dfetienf parjure^ et ^ d*kprés nx)tre lof , iî doit nio«Hr. Fun eStê tmume *• l'aufre m^ ven^nce esr acéonafSe; 4M t^BtM edmm^ paijunre ou commci parricide, peu m'importe; mais, comme Fan otfttwnmef l'antre, flScraseratrorgueilleut George (TAspen.

WOtrSTEÎN.

Ta vengestnce médite dfes coups tterriMes^.

Aussf territles que les^ blessures que faf reçues cfe cette hautaine famille. Rudiger tua mon père dkns un combat , George a deux fois vaincu et déshonorer mes armes , et Henri m'a enlevé le cœur dé ma bien-aîtnée : mais G'ertrude ne peut rester plus longtemps sous la protcfctîon dfe cette femme criminelle, de la mère sanguinaire de cette raredfe foups ; bien moins encore épouser ce jeune rmberbe quand tant de scélératesse sera d'évoiTée.

(Od entend le ion du cor.)

t'rdiFSTÈnv.

Ecoute ? on sonne une retraite; enlbnçons-nous dans le bois.

Les vainqueurs approchent ! te détruirai leur triomphe ! Fais afficher les sommations secrètes pour convoquer tes membres de la société cette nuit même ; je vat^m'occuper des autres mesures.

Wt)LPSTfiI]t.

Sans ^uMl fîe%i ?

RÔDERIC.

Gomme à l'ordinaire , dan^ h: vieille chapelle des ruinas de Griefenhaus.

(Il« sortent.}

Sft LA MAISON D'ASl^ËN.

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