UN HÉRAUT
Isabelle d'Aspen, accusée de meurtre par poison, je te commande de paraître et de te préparer à te défendre.
LA MAISON D'ÂSPEN. 349
(On entend troit coups 4 uee des portes; un garde Tourre : Isabelle entre la tête toujours enveloppée d'un yoile^ et conduite ^r son guide : tout les jugea se couvrent la visage.)
^ RODERIG.
Découyrez-lui les yeux.
(On lui 6te son voile ; Isabelle regarde avec égarement autour d'elle.)
RODERIG.
Sais-tu où tu es, dame chfttelaioe?
ISABELLE
Je le devine.
RODERIG.
Bis ce que tu crois.
ISABELLE
Devant les vengeurs du sang.
RODERIG.
Sais-tu pourquoi tu es appelée en leur présence ?
Non.
RODERIG.
Parle, accusateur.
BERTRAM
Je t'accuse, Isabelle d'Aspen , devant cette redoutable assemblée , d'avoir fait mourir, secrètement et par le poison , Arnolf d'Ébersdorf, ton premier mari.
RODERIG.
Peux-tu attester cette accusation par serment ?
BERTRAM , la main sur l'autel.
Je mets la main sur le fer et sur la corde, et je le jure.
RODERIG.
Isabelle d'Âspen, tu as entendu l'accusation. Qu'as-tu à répondre ?
ISABELLE
Que le serment d'un accusateur n'est pas la preuve d'un crime.
RODERIG.
As- tu quelque autre chose à dire?
ISABELLE
Oui.
RODERIG.
Parle donc.
Juges invisibles au soleil, et que contemplent seulement lesas^
9» Là MilSOM I^AâPEN.:
très de la nuit» je parais devant vous accusée d'un crime énonna:, d'un crîooe inouï et prémédité. Je n'avai»eiiecNrequeilhL*biiit ans lorsque je fus mariée à ArnolF; Ara<4f était défiant et jaloux, toujours prêt à me soupçonner sans cause, sans antre casse que de m'avoir lui-même offensée. Gomment donc aurais-j« pa comploter et exécuter une telle action ? L'agneau ne vient pas se jeter sur le loup, quoique prisonnier dans son antre.
RODERIC
Avez-vous fini ?
ISABELLE
Un moment. Des années se sont écoulées sans qu'il fût question de cet odieux soupQon; Amolf avait laissé un frère.; et quand môme l'opinion publique se serait tue, l'amitié fraternelle se serait fait entendre contre moi. Pourquoi donc ne m'accusa-t-il pas ? Et ma conduite même a-t-elle justifié cette horrible imputation ? Je puis répondre non aux juges redoutables : j'ai fondé des cloîtres, j'ai doté des hôpitaux ; les biens que le ciel m'avait accordés, je ne les ai point refusés aux malheureux . J'en appelle à vous , juges du crime, ces preuves d'innocence peuvent- elles être balancées par l'assertion d'un accusateur inconnu , déguisé , et pent-étre malveillant.
BERTRAM.'
Je renonce à ce déguisement, (ii jeiicson mantcaao Me connats-^u maintenant ?
ISABELLE
Oui , je reconnais en toi un ménestrel vagabond , objet de la charité de mon mari .
BERTRAM
Non , perfide ! reconnais en moi Bertram d'Ébersdorf, le frère de celui que tu assassinas. — Appelez son complice Martin. Ah ! tu pâlis maintenant !
ISABELLE
Puis-je avoir un peu d'eau, (à pan.) Juste ciel! quel souvenir ce regard vindicatif me rappelle !