‹ LE NAIN NOIRChapitre 95 sur 99 · UN HÉRAUT · texte numérisé non relu

UN HÉRAUT

Isabelle d'Aspen, accusée de meurtre par poison, je te commande de paraître et de te préparer à te défendre.

LA MAISON D'ÂSPEN. 349

(On entend troit coups 4 uee des portes; un garde Tourre : Isabelle entre la tête toujours enveloppée d'un yoile^ et conduite ^r son guide : tout les jugea se couvrent la visage.)

^ RODERIG.

Découyrez-lui les yeux.

(On lui 6te son voile ; Isabelle regarde avec égarement autour d'elle.)

RODERIG.

Sais-tu où tu es, dame chfttelaioe?

ISABELLE

Je le devine.

RODERIG.

Bis ce que tu crois.

ISABELLE

Devant les vengeurs du sang.

RODERIG.

Sais-tu pourquoi tu es appelée en leur présence ?

Non.

RODERIG.

Parle, accusateur.

BERTRAM

Je t'accuse, Isabelle d'Aspen , devant cette redoutable assemblée , d'avoir fait mourir, secrètement et par le poison , Arnolf d'Ébersdorf, ton premier mari.

RODERIG.

Peux-tu attester cette accusation par serment ?

BERTRAM , la main sur l'autel.

Je mets la main sur le fer et sur la corde, et je le jure.

RODERIG.

Isabelle d'Âspen, tu as entendu l'accusation. Qu'as-tu à répondre ?

ISABELLE

Que le serment d'un accusateur n'est pas la preuve d'un crime.

RODERIG.

As- tu quelque autre chose à dire?

ISABELLE

Oui.

RODERIG.

Parle donc.

Juges invisibles au soleil, et que contemplent seulement lesas^

9» Là MilSOM I^AâPEN.:

très de la nuit» je parais devant vous accusée d'un crime énonna:, d'un crîooe inouï et prémédité. Je n'avai»eiiecNrequeilhL*biiit ans lorsque je fus mariée à ArnolF; Ara<4f était défiant et jaloux, toujours prêt à me soupçonner sans cause, sans antre casse que de m'avoir lui-même offensée. Gomment donc aurais-j« pa comploter et exécuter une telle action ? L'agneau ne vient pas se jeter sur le loup, quoique prisonnier dans son antre.

RODERIC

Avez-vous fini ?

ISABELLE

Un moment. Des années se sont écoulées sans qu'il fût question de cet odieux soupQon; Amolf avait laissé un frère.; et quand môme l'opinion publique se serait tue, l'amitié fraternelle se serait fait entendre contre moi. Pourquoi donc ne m'accusa-t-il pas ? Et ma conduite même a-t-elle justifié cette horrible imputation ? Je puis répondre non aux juges redoutables : j'ai fondé des cloîtres, j'ai doté des hôpitaux ; les biens que le ciel m'avait accordés, je ne les ai point refusés aux malheureux . J'en appelle à vous , juges du crime, ces preuves d'innocence peuvent- elles être balancées par l'assertion d'un accusateur inconnu , déguisé , et pent-étre malveillant.

BERTRAM.'

Je renonce à ce déguisement, (ii jeiicson mantcaao Me connats-^u maintenant ?

ISABELLE

Oui , je reconnais en toi un ménestrel vagabond , objet de la charité de mon mari .

BERTRAM

Non , perfide ! reconnais en moi Bertram d'Ébersdorf, le frère de celui que tu assassinas. — Appelez son complice Martin. Ah ! tu pâlis maintenant !

ISABELLE

Puis-je avoir un peu d'eau, (à pan.) Juste ciel! quel souvenir ce regard vindicatif me rappelle !

Page 1