COUP D'ŒIL SUB L'HISTOIRE NATURELLE
ÉTUDIEZ l'histoire NATURELLE.
L'homme sorti pur des mains du Créateur, fut sans doute doué d'un instinct parfait, qui lui permettait de juger sainement de la nature et des propriétés de tous les êtres qui l'environnaient.
Mais du moment que, par son orgueil, l'homme se fût révolté contre Dieu, et qu'il eût goûté le fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, la nature aussitôt se révolta contre lui, en lui cachant ses mystères ; ou plutôt, sa révolte fit glisser sur son intelligence un voile obscur qui lui déroba ses premières connaissances, et le dépouilla de son précieux instinct, à un tel point que, sous certains rapports, il demeura inférieur aux animaux, ses frères dans la création. Cependant tout en le frappant, le Créateur lui conserva la plus précieuse de ses prérogatives, qui seule, suffit pour le placer à la tête de la création, la raison, ce pur rayon de la divinité, cette divine illumination de son intelligence, an moyen de laquelle il peut soulever en partie le voile de son ignorance, et reconquérir une faible part de la science perdue. Or, tel est le but de l'étude en général, et. plus en particulier de celle de l'histoire naturelle. Car bien que toutes les connaissances humaines marchent de front, et s'aident réciproquement de leurs progrès ; bien qu'il n'y ait pas un art auquel on ne doive quelques découvertes utiles ; bien qu'il n'y ait pas une science qui n'ait jeté sur les peuples civilisés quelques uns de ces rayons de lumières, auxquels sans doute Us doivent leurs meilleures institutions ;
Vol. l.—Janvier, 1869.
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26 Lb Naturaliste Canadien.
on peut dire avec vérité que Thistoiie naturelle, plus que toute autre science, est l'étendard qui conduit à de telles conquêtes. Si même la philosophie a secoué son flambeau • sur les peuples civilisés ; c'est le goût pour les connaissances en histoire naturelle qui, en faisant naître le désir d'apprendre et de connaître, a contribué peut-être plus que toute autre chose à cet heureux résultat.
Si les connaissances en histoire naturelle ont fait d'immenses progrès depuis une cinquantaine d'années, des conquêtes, pour ainsi dire sans nombre, s'offrent encore à nos recherches. Que d'hypothèses à éclaircir I Que de mystères à approfondir! Que d'avancés incertains attendent encore des preuves I Que de questions qui. quoique posées depuis longtemps, demeurent encore sans solution ! Et c'est surtout pour le Canada que le champ de ces conquêtes demeure encore inexploré. Qui connaît nos oiseaux, nos I>ois8ons, nos insectes, nos mollusques, etc. ? Les quelques articles de journaux qui en traitent de temps à autres sont si clair-semés, si peu suivis, qu'ils serviront à peine de jalons pour ceux qui entreprendront plus tard d'écrire notre faune. A l'œuvre donc avec courage. Nous avons eu la témérité de nous constituer le jwrte-étendard dans cette sainte guerre contre l'ignorance, si on nous laisse seul, si on ne nous appuie, nos efforts ne seront taxés que d'audacieuse folie; mais BÎ on nous prête la main, si on accorde à^ notre publication un encouragement capable de la mettre sur le ton qu'il conviendrait qu'elle fut, si, surtout, ont joint ses observations aux nôtres, et que par notre canal on veuille en faire jouir le public, de brillantes conquêtes ne se feront pas longtemps attendre ; le but sera atteint, car ce but se poursuit, non seulement par les études relevées des savants, mais même par les plus simples investigations de l'observateur le plus ignare, pourvu qu'on mette c^s investigations en rapports avec les principes de la science, pour en déduire les conséquences.
Mais l'herbe que nous foulons sous nos pieds, l'insecte que nous écrasons en marchant, cette végétation fangeuse que nous voyons poindre dans les eaux stagnantes, sont-ce là des sujets dignes d'occuper notre attention ? Que nous
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importe les formes plus on moins brillantes on bigarrées des plantes des pays étrangers, la vie et les mœurs d'animaux sauvages qui ne peuvent intéresser que ceux qui ont à profiter de leurs dépouilles ou à résister à leurs attaques ? Ne nous suffit-il pas de savoir tirer du sol les produits de la culture, et traiter convenablement les animaux domestiques qui nous
sont indispensables ? J'ai visité l'herbier de M. P., disait
un jour à l'un de nos amis, quelqu'un bien connu pour avoir plus d'écus dans sa bourse que de connaissances dans sa tête : quelle pitié qu'un homme sérieux passe ainsi son temps à dessécher des herbes et à les coller sur du papier ! Dites à votre ami, avons nous répondu, lorsqu'on nous raj)porta la chose, qu'il devrait rougir d'avoir passé huit ans sur les bancs d'un collège et de parler encore de la sorte. S'il ne se sent pas porté à l'étude des sciences, il devrait aumoins savoir reconnaître le mérite de ceux qui, mieux disposés que lui, se vouent à des recherches qu'il n'a pas le courage d'entreprendre, ou qu'il ne serait pas apte à poursuivre. Et quel frisson n'avonsnous pas encore dernièrement causé à ce brave homme, en lui adressant notre prospectus ! Aussi s'estil empressé d'écrire sur l'enveloppe, sans l'ouvrir, " renvoyé
par Mr ' Mais pourquoi ne pas le lire et l'envoyer au
feu, si la chose ne lui convenait pas ? Oh I il craignait qu'en lisant ce prospectus, il ne fut obligé de tirer plus tard de sa bourse .... quatre ecus!
Mais la nature entière n'est-elle pas un livre admirable, étalant à chaque point les merveilles du. Créateur? Oh I les St. François d'Assise, les St. Joseph de Cupertin et tant d'autres saints personages, qui se sentaient ravis en extase à la ^nie d'une fleur, en entendant le chant d'un oiseau, ne voyaient pas les choses avec cet œil des brutes quitus non est intellectus, La science a démontré que les étoiles sont plus grosses que la terre, et en levant les yeux au ciel nous en voyons des milKers. Mais la lunette de l'astronome fixée sur un point du firmament où nous n'en voyions aucune, nous en fait voir là même des centaines, et des verres plus forts nous en montreraient encore davantage, si bien que le nombre de ces 'mondes se perd pour nous dans l'infini ! Et si des espaces planétaires nous descendons à ces animaux si
petits, que le microscope en les grossissant de cent mille fois, nous permet encore à peine de les distinguer, si nous réfléchissons que ces êtres si petits, portent dans la petitesse de leur corps des parties encore plus petites, des jambes, des pieds, par exemple ; que dans ces membres il y a des veines, du sang dans ces veines, des globules dans ce sang, ne nous perdrons nous pas encore dans l'infini ? et ne nous sentirons-nous pas portés à nous écrier avec le prophète : mirabi' lia opera tua Domine ! Quelle puissance colossale que celle qui a créé, coordonné cet univers jusque dans ses plus petites parties, qui le régit et le conserve en le créant pour ainsi dire encore de nouveau à chaque instant!
Et sous le rapport même des revenus directs pour les besoins de la vie, Tétude de la nature est encore essentiellement nécessaire. Nous tirons notre vie des animaux et des plantes qui nous environnent, dès lors, n'est-il pas de notre intérêt de les observer, de les étudier, pour en reconnaître la nature et les propriétés ? Eh ! que de connaissancf^s ont été établies sans qu'on leur ait reconnu d'abord d'utilité pratique, et dont on a su retirer plus tard un si profitable parti. Plus donc nous connaîtrons la nature, et plus nous mettrons à notre disposition des sources de revenus et de jouissances, ou du moins, des armes pour nous défendre contre nos ennemis, ou des moyens de nous mettre à l'abri des accidents et des maladies.
Étudiez l'histoire naturelle, par un nouveau motif que nous allons vous proposer ; c'est dans le but de fuir l'oisiveté. Le sage nous dit que l'oisiveté est la mère de tous les vices, que l'homme occupé est à l'abri de beaucoup de dangers; mais l'esprit comme un arc, ne peut pas toujours être bandé ; les études sérieuses, qui demandent beaucoup d'application, ne peuvent pas toujours nous occuper; il nous faut des moments de relâche, il nous faut quelques récréations, quelques variétés dans nos occupations ; or, ce sont ces instants de relâche que nous voulons vous engager à consacrer à l'histoire naturelle. Que de moments précieux qu'on emploie souvent en vue de fuir sations dont on ne retire aucun profit !
1 jeune ministre des autels, uninstitu-
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teur, un médecin nouvellement fixé à la campagne, ils se trouvent avoir de trop longs moments d'inoccupation, ils ne savent comment fuir Tennui; eh! bien,qu'ils se livrent à Tétude de la nature, et bientôt ils trouveront dans cette étude un véritable moyen de se récréer, en même temps qu'un utile passe-temps. Un quart d'heure d'entretien avec les herbes du chemin on les insectes de la forêt, leur en apprendront bien d'avantage que tout ce que pourraient leur débiter les commères du village, avec la langue la plus exercée. Nous disons que cette étude deviendra une récréation, parce qu'en eflet, elle est si attrayante, que ses aspérités sont comptées pour rien par celui qui est véritablement épris de ses charmes. Mais si vous voulez qu'elle soit telle pour vous, il faut que, dès le début, vous commenciez une collection. Sans cela vous lui enlevez une grande partie de l'intérêt qu'elle présente. Demeurant sans objets d'application pour les principes que vous avez lus, et sans sujets de comparaison, il vous devient presque impossible d'arrêter et de fixer la classification dans votre mémoire. Procurez-vous donc, dès le commencement, le matériel nécessaire pour un herbier, si c'est la Botanique qui a d'abord fixé votre choix ; ou des cases pour la conservation des insectes, si vous commencez par l'Entomologie. Nous entrerons phs tard dans de plus grands détails sur les ustensiles et objets indispensables pour la formation d'une collection.