EBBEÏÏES EN HISTOIRE NATURELLE
Jusqu'à ce jour, on s'est si peu occupe d'histoire naturelle en Canada, on l'a si constamment exclue du cadre des études dans nos institutions d'éducation, qu'on croit généralement pouvoir se dispenser de son étude pour pouvoir pertinemment rendre compte des divers phénomènes qui nous offrent plus ou moins d'intérêt. Mais, de même qu'on a raison de crier aujourd'hui que la routnie ne suffit plus pour le succès en agriculture, que le véritable progrès doit nécessairement avoir la science pour base ; de même aussi, on reconnaîtra que pour pouvoir parler convenable, ment d'une science, il faut en connaître les principes et les éléments ; que les explications plus ou moins absurdes que l'on a entendu répéter sur tel ou tel phénomène de la nature ne suffisent pas pour celui qui a reçu, ou qui s'est donné mission d'éclairer les autres; et que sans s'exposer à commettre une foule d'erreurs, il ne peut traiter convenablement une matière, s'il n'en a fait une étude sérieuse.
Ces réflextions nous sont suggérées par les erreurs notables que nous voyons consignées dans les écrits de nos journalistes, presque à chaque fois qu'ils ont à parler d'histoire
Vol. I. — Janvier 1869.
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naturelle. Si ces erreurs ne sont encore que peu nombreuses, c'est par la simple raison que nos journaux ne s'occupent que très rarement, en quoi ils ont gravement tort, d histoire naturelle ; car, pour peu qu'ils s'aventurent sur ce terrain, les inexactitudes et les erreurs mêmes ne font pas défaut. Tant pour rendre honneur à la science, que pour rendre service à ceux que cela regarde, nous nous ferons un devoir de signaler ces erreurs, chaque fois quenou^ en découvrirons, à l'exemple de nos confrères Américains, et surtout de Y American Entomologist^ dont le savant rédacteur, Mr. B. D. Walsh, se signale par un zèle tout particulier à revendiquer ainsi les droits de la science contre ceux qui tentent d'en abuser. Loin de nous toute idée d'animosité contre qui que Ce soit, ou désir de faire primer nos connaissances sur celles d'autrui; oh! non; mais instruisons-nous les uns les autres en nous avertissant de nos erreurs, et toujours, et en tout lieu, rendons hommages à la vérité et aux principes reconnus des sciences. Nous réclamons pour nous même l'indulgence que nous sommes prêt à accorder aux autres ; et pour peu que nos lecteurs nous pressent de questions, ce à quoi cependant nous les engageons, ils nous verront bien des fois, avouant notre ignorance, aller chercher lumière ailleurs. A l'œuvredonc. sans plus tarder.
Le Grenêt en Canada.
La Gazette des Campagnes, dans un de ses numéros du mois de juin dernier, conseillait, i)our faire disparaître la chenille de la piéride, du chou, de planter ça et le dans le champ des branches de genêt, ajoutant que le genêt était alors en pleine floraison à Ste. Anne. Or, le genêt ne croit pas en Canada, pas même en Amérique, si Ton en excepte une certaine localité du Massachusetts, où il s'est presque naturalisé, en s'échappant des jardins. Le genêt appartient à la famille des légumineuses ; nous en avons une espèce dans notre jardin (genista tinctoria), et nous ne voyons vraiment pas laquelle de nos plantes peut lui ressembler. Nous serions curieux de connaître quelle plante, on a ainsi prise à Ste. Anne, pour du genêt.
Le puceron dans les choux.
La même Gazette des Campagnes, dans son numéro du 24 Décembre dernier, nous dit qu'à la ferme de Ste. Anne, on a obtenu d'excellents résultats, en employant des cendres non lessivées, pour combattre les pucerons^ dans les pépinières de choux.
Est-ce bien des pucerons dont veut parler la Gazette ? Nous ne le croyons pas ; puisque dans le même article, elle dit plus haut, qu on voyait les pucerons sauter de tous côtés. Or,
qui a jamais vu sauter des pucerons? On sait que cet
insecte n'a qu'une marche fort paresseuse et fort lente. Il
n'est accordé même qu'à un petit nombre dans sa race, de
pouvoir s'élever dans les airs, au moyen des ailes, le plus
ibre en étant dépourvu ; mais quant à ce qui est
au moyen du saut, la chose est absolument im-
es pattes ne sont pas construites pour cela.
pensons qu'on a pris à Ste. Anne, l'altise pour le ui est un insecte bien différent. Car, tandis que , qui appartient à l'ordre des Hémiptères, est presamment dépourvu d'ailes, et n'a qu'une trompe
bouche ; l'altise, au contraire, qui appartient à 1 Coléoptères, est toujours munie de 4 ailes, 2 ailes it dites recouvertes par des élytres, et porte une tnposée de deux mandibules et de deux mâchoires, rmettent facilement de ronger et de cribler de 3 les feuilles dont elle se nourrit. Les altises, nous plusieurs espèces, affectionnent particulièrement ) de la famille des Crucifères, choux, navets, radis, etc. Quant à l'emploie de cendres pour les comas pensons bien qu'en en tenant constamment les )uvertes, les altises ne pourraient les attaquer - )se est presque impossible, surtout dans des champs
d'une grande étendue. Nous préférerions de le procédé suivant, qui a toujours parfaitement
\z une petite planchette de 2 à 3 pieds de long, pouces de large, enduisez la parfaitement de me- )Se ou de goudron, et promenez la sur les feuilles
Erreurs en Histoirb Naturelle. 35
de vos plants. Les altises, qui sont des insectes essentiellement sauteurs, excitées par le mouvement, s'élanceront aussitôt dans l'air, et rencontrant la planchette gluante, elles y demeureront attachées. Si on a soin d'opérer lorsqu'il n'y a pas de rosée, et que le soleil est bien brillant, on en prendra encore un plus grand nombre, parce qu'alors ces insectes sont beaucoup plus actifs. Il ne sera pas difficile, pour une exploitation plus étendue, d'adopter un manche à cette planchette, pour la promener dans des champs de navets, choux etc., renouvelant la matière gluante, aussi souvent que la chose devient nécessaire.
L'Œstre du ChevaL
Nous avons lu dans le numéro du 31 Décembre dernier, de la Gazette de Sorely un article sur les soins à donner aux chevaux pendant l'hivernement, que le rédacteur de cette feuille dit être de la plume de M. De Bonald, célèbre médecin de Montréal, dans lequel nous avons remarqué plus d'un avancé qui ne peuvent être d'accord avec les données de la science.
Nous y lisions, par exemple : il est clair que les vers, qui naissent en général de la putréfaction des détritus^ trouvent ici des conditions favorables à leur développement, et les organes di' gestifs du pauvre poulain en devienneut infectés.
L'auteur croirait-il, par hasard, à la génération spontatanée ? Nous serions fort aise de voir Mr. DeBonald soutenir cette opinion, et curieux surtout de connaître les bases sur lesquelles il l'appuierait. Par quels moyens aussi, des vers ainsi développés dans les ordures du pavé, pourraient-ils infecter les organes digestifs de l'animal ? Que le célèbre médecin veuille donc bien nous donner des explications, car ses avancés, ainsi posés, sentent fortement l'absurde.
Mr. DeBonald confond des lentes avec des landes, deux choses poutant qui se ressemblent guère, puisque les premières ne sont que des œufs de certains insectes, et que les secondes sont des étendues de terrains secs et arides, qu'il serait difficiles nous pensons, d'attacher aux crins des chevaux.
Mr. DeBonald parait croire que les vers une fois éclos dans l'estomac, partagent avec Tanimal les aliments qui y pénètrent. Les chevaux^ dit-il, qui en sont atteints au point (ten être affectés, mangent d! abord beaucoup pour suffire à leur be^ soin et à la voracité de ces insectes. Il n'en est rien pourtant, puisque ces larves n'ayant pour tous membres que deux petits crochets à leur partie antérieure, se fixent au moyen de de ces crochets à la paroi de l'estomac, et vivent en suçant la matière purulente produite par l'irritation que cause leur présence sur la muqueuse de cet organe.
Mr. DeBonald parait ignorer, ou du moins n'en tient pas compte, que les insectes ont des époques à peu près fixes, pour chaque espèce, où doivent s'opérer leurs métamorphoses ; et que ce n'est ni l'abondance du suc gastrique, ni l'action irritante et laxative de l'herbe de mai, qui force les larves à lâcher prise, mais bien l'époque arrivée, pour elles, de passer à l'état de nymphes, ce qu'elles font dans le sol ; voilà pourquoi elles suivent alors par reptation le canal intestinal, ou bien, s'abandonnent au courant excrémentiel pour parvenir à l'extérieur. Si, leur action devient par fois fatale aux animaux qui les portent, ce n'est qu'étant trop nombreuses, leur succion sur la paroi de l'estomac, va jusqu'à la perforer ; mais heureusement que ces cas sont encore assez rares.
Nous voulons nous procurer des gravures correctes pour donner prochainement une histoire plus détaillée de la vie et des mcâurs de ces insectes si extraordinaires.
Mr. Alfred "Wallace, de Londres, dans un écrit sur les relations entre les différences sexuelles de couleur et la nidification dans les oiseaux, établit que dans les espèces dont la femelle est revêtue de couleurs aussi brillantes et aussi apparentes que le mâle, le nid est toujours construit de manière à dérober la femelle aux regards lorsqu'elle y repose. Que lorsque la femelle n'a que des couleurs brunes ou peu apparentes, le nid la laisse toujours plus au moins ex- '^ afin que lorsque le mâle est moins brillant en coua femelle, c'est lui qui d'ordinaire se charge des incubation. — The Naturalists Note Book. London.
Googk
Les Pommes de Terre et leur Maladie. 37
I^G» Pommes de teri-e et leui* mulaclie.
FiG. 2.
Si nous disions à nos lecteurs que nous «lions les entretenir de la Morelle tubéreuse^ et du Botrytis qui la lait périr, peu d'entre eux, pensons-nous, comprendraient de suite que nous voudrions parler de la patate et de la terrible maladie, qui depuis une vingtaine d'années, a compromis si gravement la récolte de ce précieux tubercule. Mais parlant pour être compris de tous, et fidèle aux conditions posées dans notre prospectus, nous dirons donc que nous venons les entretenir de la Pomme de terre, et de ce champignon microscopique, qui est la cause de cette aô'ection qui en fait pourrir un si grand nombre. Nous préférons laisser de côté le nom de patate et ne désigner la Morelle tubéreuse (solanum tuberosum) uniquement par l'appellation de Pomme de terre ; parce que le nom àQ patate, en France, à la Louisiane, etc., est universellement employé pour désigner un autre tubercule, d'un grand usage aussi comme aliment, mais qui au lieu d'appartenir à la famille des Solanées, comme la Morelle, se range dans la famille des Convolvulacées ou des Liserons, c'est la sweet potatoe des anglais Convolvulus batatas — Lin.
La Pomme de terre, dont la figure 2 représente la racine et les' tubercules, fut découverte vers 1559, dans l'Amérique méridionale, par lord Ealeigh ; mais ce n'est guère que vers le milieu du siècle dernier quelle put être admise sur les tables. On sait tousles efforts que fit Parmentier pour faire
Fig. 2. Tuberoales 9t racines de la Pomme de teire.
38 Le Naïdraliste Canadien.
adopter son usage. Après bien des tentatives infructueuses, malgré ses chaleureuses prédications et ses écrits, convaincu des ressources que la classe pauvre surtout trouverait dans cet aliment, il imagina de donner à son tubercule l'attrait d'un fruit défendu. Comme il était gardien de l'hôtel des Invalides, il obtint la permission de faire garder un champ planté en pommes de terre par deux anciens soldats, en grand costume. Le stratagème lui réussit parfaitement.
Les paysans, frappés de cette innovation, ne pouvant s'expliquer la présence en ces lieux de ces vétérans de leurs armées, ne manquèrent pas de leur demander. — Mais que gardez-vous donc là? — Oh! disaient les militaires, c'est une plante qui vaut son poids d'or, qu'on a apportée d'Amérique ; et le roi voudrait seul conserver le monopole de sa culture. Cette plante suffirait seule à la nourriture d'un, royaume, et elle est d'une culture si facile, qu'une seule partie de sa racine suffit pour la reproduire ; voilà pourquoi nous sommes appostés ici pour prévenir les larcins qu'on en pourrait faire. Inutile d'ajouter que les gardiens se donnaient bien le garde de voir les clôtures envahies et les Pommes de terre enlevées, et que les assises demeurèrent toujours vierges de leurs dépositions contre de tels félons. Les ettorts de Parmentier furent couronnés du plus complet succès ; la Pomme de terre entra bientôt comme une partie essentielle de l'alimentation journalière du peuple, et put se montrer même jusque sur la table du roi. Plusieurs fois depuis, elle sauva des états de la famine, notamment la France en 1793, 1811, 1815, etc. ; et lorsque la terrible maladie qui la ravage encore aujourd'hui se montra dans toute son intensité, comme en 1846-47 etc., ce fut, en plusieurs endroits, une des plus sérieuses famines qu'on eut encore vues. On se rappelle ces milliers d'Allemands et surtout d'Irlandais, mourants de faim, que l'émigration jeta sur nos côtes en 1847. Qui est-ce qui forçait ces malheureux à s'expatrier ainsi ? La famine, uniquement amenée par la soustraction de la Ponmie de terre à leur alimentation.
Jusque vers 1845, la Pomme de terre, sujette comme toutes les autres plantes alimentaires à des variations plus ou moins grandes dans son rendement, eu égard aux condi-
Les Pommes de Terre et leur Maladie. 39
tions météorologiques des différentes années, avait paru cependant exempte de toute alioction ou maladie spc'ciale. Mais on put dès lors remarquer sur les leuilles et k's tiges des taches d'abord jaunâtres, pasrant ensuite au biuu ; et lors de la récolte, on trouva une grande partie des tubercules plus ou moins attaqués de putréfaction, et devenus impropres pour l'alimentation. Les savants se mirent bientôt à l'œuvre, et constatèrent que fatiection était due à la présence d'un pi^tit champignon qui s<* développait sur les feuilles, et qui, absorbé par les su s nourriciers de la plante communiquait la putréfaction aux tubercules.
On sait que les moisissures, le charbon, la rouille elc, qu'on voit souvent sur les plantes, ne sont autres choses que des plantes elles mêmes. Ce sont des végétaux d'une telle ténuité, que suivant les calculs du savant Allemand Caspary, pas moins de 2730 pieds du 'botrytis de la Pomme de terre pourraient se ranger dans f espace d'une ligne carrée Ce sont aussi des végétaux réduits à leur plus simplt^s expression, puisque il en est qui ne sont constitut^'s que par une seule cellule.
La cellule, ou utricule, est l'élément essentiel et primitif de toute plante. A proprement parler, la plante n'est formée que de cellules, puisque les vaisseaux et les Kbres ne sont autre chose que des cellules homogènes dans le jeune âge, qui se sont modiliées en vieillissant. La radicelle qui s'allonge dans le sol, la brindille qui s'étend dans l'air, les poils qui hérissent fépiderme des plantes, etc., ne prennent leur accroissement, qu'en ajoutant de nouvelles cellules à celles déjà formées.
fig. 3.
La figure 3 qui représente une extrémité
de racine très grossie, nous permet de distinguer
les cellules et leur disposition relative ; on voit
en a et en. 6 deux cellules qui par leur écarte.
ment de la masse commune, se disposent à donner
naissance à des ramifications de cette radicelle.
Les cellules ne sont autre chose que de petits sacs, ordinairement à double paroi, et de forme
Fig. 3. Extrémité d'une racine très grossie, ne se oompoeant encore que du tissu ovUnloliQ»
ijE Naturaliste Canadien.
circulaire, fîg. 4, qui représente celles d'une tige d'asperge. La pression des unes sur le^ autres cependant, les force souvent à prendre des formes polyédriques, comme on en voit dans la moelle du Sureau, fig. 5.
fi?. 5-
C'est dans les cellules que sont renfermés la ft cule, les huiles essentielles, le sucre, les alcalis, les acides, le chlorophylle qui colore les feuilles, etc. Les vaisseaux et les fibres ne paraisse iit être que des modifications de cellules- 5 vaisseaux paraissent devoir leur origine à des cellules i on s'allongeant avec la croissance de la plante, ont f]pu leurs parois aux extrémités, et se sont mises en commication les unes avec les autres, fig. 6, a, 6, c, rf, e.
fig. 6.
Les ponctuations, les rides qui les distinguent, ne pasent être que les débris de ces parois ainsi rompues. 5 fibres, fig. 7, «, 6, c, paraissent de même n'être que les ois de cellules qui se sont grandement allongées, et qui pris plus de consistence. Ce sont les fibres qui consent la filasse dans le lin, le chanvre, etc.
Lorsque les cellules dans les plantes ne subissent pas modifications telles que celles que nous venons de dée, mais gardent à peu près leur forme primitive avec liquides qu'elles contiennent, on dit ces végétaux utri-
T\g. 4. Cellules sphériques, prises dans une t'ge d'asperge.
«'i". 6. Pellules polyédriques, prises dans la moelle du Sureau.
Fig. 6. a et h, Vaissronux ponctués de la vigerc j c, vni.'S^aux annulaires et spirales
impatiente fauve; rf, vaisseaux en spirales ou trachées j e, trachées du bananier,
es spirales en bandes»