‹ Le Naturaliste canadien (volume 2)Chapitre 8 sur 21 · LES POMMES DE TKRRE ET LEUR MALADIE · texte numérisé non relu

LES POMMES DE TKRRE ET LEUR MALADIE

culaires ou cellulaires, tels sont les champignons, les alçues, etc. La pulpe des fruits, des racines tuberculeuses etc., n'est de même qu'un tissu utriculaire. Les cellules, dans ces cas, n'ayant aucune communication apparente les unes avec les autres, ne se communiquent leurs liquides qu'à travers la porosité de leurs parois, en vertu de la loi physique connue sous le nom d'endosmose. Voilà comment il se fait qu'une Pomme de terre puisse être en putréfaction d'un côté et parfaitement saine de l'autre, parce que l'affection putride ne se propage que d'une cellule à une autre.

Le champignon qui affecte la Pomme de terre a reçu de Monty, le nom de Botrytia infeslans. Le savant botaniste allemand Caspary, qui a fait une étude spéciale de ces cryptog-ames microscopiques, l'a nommé depuis Perono.^pora infeslans. Comme la plupart des autres moisissures, plusieurs individus ne sont composés que d'une seule cellule, mais beaucoup d'autres en comptent plusieurs, qui se ramitient au sommet, portant à l'extrémité de ces ramifications les sporanges ou capsules séminifères ; chaque capsule renfermant de 6 à 7 semences capables de reproduire la plante. Si on se rappelle que pas moins de 3270 de ces capsules peuvent trouver place dans une ligne carrée, et que chaque semence, dans l'espace de 18 heures, peut devenir une plante semblable à celle qui l'a produite, on pourra se faire une idée des ravages et des pertes que peut occasionner ce

Fig. 7. a, Fibre»dup*n, ponctuées, de nié ro quo dans tous les arbres résineux ; h, fibres scalariib; mes des fougèix:e; c, Lbieâ ligneuees de l'érable.

parasite. Les semences sont portées dans Tair en vertu de leur extrême légèreté et ténuité ; mais si elles viennent à rencontrer une feuille de Pomme de terre, qui parait être la seule plante qui leur convienne, elles entrent aussitôt en germination, et se nourrissant des mêmes sucs que la plante, elles obstruent les pores qui lui fournissent Fair nécessaire à la vie, ou pénètrent dans les vaisseaux intérieurs, liientôt la plante contrariée dans sa croissance, laisse voir des taches jaunâtres ou brunes sur les leuilles et la tige, Tépiderme se détache du reste, et la putréfaction pénètre en peu de temps jusqu'aux tubercules.

La Pomme de terre n'est pas la seule plante qu'affectent les cryptogames parasites ; le blanc qu'on voit sur les groseilles, les raisins etc., sont de semblables champignons ; et il en existe une foule d'autres sur d'autres plantes qui ne font pour ainsi dire que commencer à attirer l'attention des savants.

La fécule, avons nous dit, (»st renfermée dans les cellules. Elle se montre soas différentes formes dans diverses plantes ; tantôt en graines sphériques, allongées, etc. Dans la Pomme de terre, elle se montre sous une forme lenticulaire, à noyau excentrique, fig 8. La putréfaction pourrait venir de l'obstiuction des vaisseaux, et par conséquent de la privation des sucs nourriciers ; mais il parait plus probable qu'elle est due aux sucs vicias que reçoivent les tubercules, qui en agissant sur les grains de fécule, en déterminent la décomposition.

FiG. 8.

Maintenant le remède à ce mal ?— Nous pouvons dire qu'il est encore à trouver.

fig. 8. a. Cellules de la Pomme do terre avec l^s grains de fécule dans leur intéj b, l'un de ces grains*

rieur; b, run de ces grains.

Les Pommes de terre et leur maladie. 43

Un agricaltour français dit avoir fait pendant 7 années consécutives le bouturage des Pommes de terre, et n'en avoir jamais vu une seule d'attaquée. Il plantait ses tubercules en Avril, puis vers la lin de Mai, il coupait la tige qu'il plantait ailleurs comme bouture. Dans quelques jours, elle avait pris racine, et ce qui, en outre de la maladie dont elle paraissait exempte, doit être remarqué, c'est qu'à l'automne, les tiges bouturées donnaient une lécolte égale à celles amputées qui avaient poussé une nouvelle tige ; de sorte qu'il avait deux récolte d'une même semence. Quelle pourrait être la raison physique de la soustraction de la plante à la maladie, par ce procédé ? Nous ne la verrions que dans le retard apporté au développement de la plante par cette manière d'agir Lis plantes parasites, plus que toutes les antres peut-être, ont leur temps propre pour leur croissanci^; il pv ut arriver qno,amenées à une autre époque de la saison, elles ne trouvent pas dans la plante qui les porte les conditions que requiert leur développement. La saison dernière nous confirmerait eu core dans cette opinion. L'extrême sécheresse des mois de Juillet et Aaùt ttait cause qu'au 1er Septembre les Pommes de terre n'avaient encore qu'un demi développement dans la tige, et les tubercules égalaient à peine une noisette en grosseur ; mais reprenant bientôt vigueur avec les pluies de Septembre, elles ont donné une récolte abondante et de bonne qualité. Nous pensons que le champignon alors ne trouvait plus sur la plante les conditions requises pour son développement : chaleur, humidité, etc.

On sait que les Pommes de terre plantées dans des terrains fortement engraissés, sont beaucoup plus sujettes à être attaquées de la maladie. Ce fait viendrait encore à l'appui de l'opinion ci-dessus émise. Les engrais hâtant et activant la croissance de la jeune plante, contribuent à lui donner, dans le temps convenable, les conditions nécessaires au développement du champignon.

D'un autre côté,les cellules varient aussi en grandeur dans la même plante suivant que sa végétation est plus ou moins vigoureuse, que les sucs à sa disposition sont plus ou moins abondants ; une t^omme de terre croissant dans un terrain

bien engraissé, en présentera donc de plus convenables au développement du champignon, que celle dont la croissance aura été moins vigoureuse.

Le résultat pratique de ces observations serait suivant nous :

1° De ne planter les Pommes de terre que vers la mi- Jnin, afin que leurs tiges ne puissent être en état de recevoir la semence du champignon lorsqu'elle se montrera à la fin de ce mois.

2° De faucher les tiges, ras terre, lorsqu'elles auront de 5 à 6 pouces de hauteur, afin de faire i)érir les champignons qu'elles pourraient déjà porter.

Ce dernier remède ne peut être d'ailleurs qu'avantageux pour la plante. On sait que si l'on veut fortifier la racine d'une plante, il n'y a qu'à retrancher de ses branches ; et les plantes tuberculeuses, plus que toutes les autres, se prêtent à ces émondages, ayant, en outre de leurs racines, comme un double loyer de vie dans leurs tubercules. Voila pourquoi les jardiniers nous conseillent pour avoir de belles fleurs de dahlias, gran&es et bien fournies, de ne laisser qu'une seule tige par talle, d'émonder cette tige de ses pousses dans le bas et d'enlever même les premiers boutons qui se préparent à fleurir. La quantité de sucs nourriciers fournis par la racine demeurant la même, ces sucs affluent d'autant plus abondamment dans les ramifications de la tige que celles-ci sont moins nombreuses.Et les plantes tuberculeuses émettent si facilement de nouvelles tiges, lorsque les premières sont enlevées, qu'il n'est guère à craindre, pour la Pomme de terre, qu'elle puisse souffrir du manque d'élaboration de la sève dans les feuilles par l'amputation de la tige.

Page 1