CURIEUX USTENSILES
Il n'y aucune espèce de pierre à pot (soapstone) sur l'île de Southampton. Cette pierre est commune chez les autres tribus d'Esquimaux. On la creuse et on la travaille avec des fragments de basalte ou de roche qu'on trouve sur les rivages et qu'on frappe l'une sur l'autre pour en obtenir des arêtes coupantes ou des pointes aiguës. Les habitants de l'île, privés de cette ressource, se font des espèces de pots carrés avec des planches d'ardoise ou de calcaire qu'ils
cimentent ensemble an moyen d'une pâle faite de graisse et de sang d'animal. Leurs lampe»? sont des morceaux de calcaire travaillés avec une peine infinie. Tout cela est bien la preuve d'une isolation immémoriale ; car, sur la terre ferme, toutes les tribus qui manquent de la pierre à pot ne manquent jamais d'en obtenir de leurs voisins plus fortunés, payant au prix de fourrures et autres articles précieux cette pierre indispensable à leur existence. .
Cette histoire de tribu d'Esquimaux complètement isolée et sui generis^ paraît bien être la contre-partie de l'histoire d'une colonie perdue de Scaudinaviens qui, il y a environ six cents ans, d'après le récit des Sagas et les anciennes traditions et légendes, fat retranchée du monde et ne reparut plus jamais. Les insulaires de Southampton ne seraient-ils pas les descendants de cette colonie?
Mais ce n'est pas tout. On raconte maintenant qu'une autre portion de la tribu isolée a été découverte, dans une autre partie de l'île, il y a une dizaine d'années. Seulement, elle a été trouvée morte ou mourante, et elle a cessé d'exister. Voici cet appendice de l'histoire principale.
L'équipage d'un vaisseau baleinier fut surpris, il y a quelque dix ans, par une furieuse tempête, pendant que leur vaisseau tenait à une Baleine par le câble et le harpon. Ils furent remorqués par le monstre dans des eaux qu'ils n'avaient jamais fréquentées, chassés ensuite une longue distance par la tempête, et poussés enfin sur une partie inconnue de l'île Southampton. Dans leurs efforts pour revenir en arrière et trouver un endroit favorable, d'où ils pourraient faire des signaux à des navires de passage, ils tombèrent tout à coup sur un village d'Esquimaux, d'une quarantaine de personnes, dont trente-huit étaient mortes récemment, et deux très malades qui avaient encore assez de force pour parler et faire des signes.
Ces deux survivants expliquèrent à leurs visiteurs (ils
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n'en avaient jamais vus de semblables, et dans leur étonnement ils les prenaient pour des dieux) qu'une étrange maladie venait de faire mourir toute la tribu. Ils succombèrent eux-mêmes bientôt ; et le secret de leur village périt avec eux. Mais d'après leurs habitations et leur genre de vie, on peut dire que ces Esquimaux trouvés il y a dix ans étaient de la même race que ceux qui furent découverts dernièrement. C'était, sans doute, une sous-tribu détachée de la tribu principale. Les naufragés s'emparèrent de leurs canots pour traverser au côté sud. Ils emportèrent aussi quelques ustensiles de cuisine ; le reste fut abandonné.
PUBLICATIONS REÇUES
— Bibliography of Canadian Entomology for the year /po/, by Rev. C. J. S. Belhune, D. C. L. OUawa, 1908.
Rien de plus intéressant, et à Toccasion de plus utile, que cette bibliographie entomologique du Canada pour Tannée 1907. Cette liste des travaux consacrés à nos insectes durant une année indique aussi, naturellement, dans quelle publication on peut les trouver. Il nous fait peine, par exemple, d'être le seul Canadien-Français qui soit mentionné dans ces quinze pages remplies de titres d'articles. Ici, comme en d'autres domaines, c'est bien, notre faute s: les « Anglais n accaparent tout!
— Le Nitrate de Norvège. Sa fabrication, Te^r L. de La Vallée Poussin, 1908. (Paris.)
Cette brochure, splendidement illustrée, est un exposé technique des procédés de fabrication du Nitrate, employés dans les usines de la Société norvégienne de TAzote, dont M. de La Vallée est le secrétaire général. Cette compagnie industrielle est très importante, puisque l'emploi des nitrates se généralise de plus en plus dans l'agriculture.
L'auteur est bien connu dans notre pays, où naguère il a dirigé de grands travaux de génie civil.
— Annals of the Entomological Soeiety oj America. Vol. I, No. 4.
— (Bulletin of the University of Kansas.) Science Bulletin^ Vol. IV, Nos. 7 20.
— (Dept. of Mines. Geological Survey Branch.) R. W. Ells, The Geology and Mineral Resources oJ New Brunswick, Ottawa, 1907.— H. Fletcher, Summary report on Explorations in Nova Scotia. Ottawa^
—Report of the Commissioner of Education for the year ended June 30^ 190 J. Vol. II. Washington, 190S.
LE
Québec, Février 1909
VOL. XXXVI (VOL. XVI D2 LA DEUXIEME SERIE) No 2
Dlpeoteui^PpopplétalFe : L*abbé V.-A. Huapd
LES ANGUILLULES <l
L'HÉTÉRODÈRE
Une singulière maladie chez un géranium, — Par nécessité, je viens de faire une étude de certains petits êtres dont je ne me suis guère occupé jusqu'à présent. C'est des Ânguillules dont il s'agit et, bien que l'étude que j'en ai faite soit fort incomplète, j'ai pensé qu'elle pourrait peutêtre intéresser quelques-uns des lecteurs du Naturaliste.
Depuis un an, un Géranium lierre très florifère qui faisait mon orgueil s'est mis à dépérir. Les feuilles qui, an moment où elles commençaient à paraître, semblaient saines, ne tardaient pas, aussitôt qu'elles s'agrandissaient, à se garnir de taches épaissies, décolorées. La plante a perdu son bel aspect, végète misérablement, fleurit mal, et la maladie résiste à tous les remèdes employés.
Dernièrement, je me mis à étudier ce cas, engagé à le faire par un paragraphe lu dans une revue horticole américaine appelée « Floral Life », qui m'a donné la clef du problème apparemment insoluble présenté par la maladie de mon Géranium.
2— Férrier 1909.
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Aujourd'hui que je me tends compte de cette maladie, je sais qu'elle peut s'attaquer à bon nombre des plus belles plantes de nos parterres et de nos serres, et je croîs bien faire en communiquant aux autres ce que j'en sais. Comme c'est une Anguillule qui est la cause des misères de ma plante, je vais d'abord indiquer la place qu'occupent ces singuliers et nuisibles animalcules dans l'échelle des êtres.
Les Anguillules. — Comme le Ver dont nous allons nous occuper, qui s'appelle de son tiora spécifique l'ifHétérodère », les Anguillules forment un genre appartenant à la famille des « Anguillulides », à l'ordre des « Nematodes*, à la classe des « Némathelminthes » et à l'embranchement des « Vers ».
Avant d'entrer dans des détails concernant cette espèce spéciale d'Auguillules, je vais indiquer, en passant, les quelques espèces de ce genre avec lesquelles j'ai fait connaissance, en la cherchant L^es voici :
Nom spécifique franc. Nom spÂciFrQUE i«at. Nom angi^ais.
1 AnguiUule de la colle
de pâte Anguillula glutinosa Sour paste eel
2 Anguillule de la tige du Dylenchus dévasta- Clover stern eel-
trèfle • trix worm
3 Anguillule du blé niellé Dylenchus tritici Blighted wheat eel
4 ** ** vinaigre Anguillula aceti Vinegar eel
5 " stercorale ** stercorals " "
Je trouve deux autres espèce.*, l'Anguillule diplogaster et l'Anguillule rhabdonème, mentionnées avec détails assez précis pour pouvoir faire plus que de les mentionner.
Je n'ai l'intention d'entrer daus aucune description de ces sept espèces d'Auguillules. D'ailleurs, leur nom indique à peu près oui on les trouve, à part l'Anguillule stercorale qui cause aux étrangers qui vont aux Indes une maladie appelée la « diarrhée de Cochinchine », le diplogaster qui se rencontre dans la terre humide, et le rhabdonème qui est un parasite animal. Tous sont tellement
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ténus qu'on ne les voit pas à Toeil uu, et il en est de même de l'Anguillule hétérodère dont je vais maintenant donner la description, que voici :
Anguillule hétérodère. — Anguilhda heterodera. Eel worm, — Corps filiforme, sylindrique, la bouche orbiculaire, petite, . tronquée, présentant un aiguillon chez le mâle ; chez la femelle ayant l'extrémité postérieure du corps saillante, l'antérieure munie d'un aiguillon ; spicule. du mâle double, retractile et sans gaine ; vivant dans les racines et les feuilles des Amaryllis, des Géraniums, des CEîllets et des Violettes.
Ce ver est un petit animal microscopique qui s'insinue dans le parenchyme des feuilles et qui, souvent, se trouve dans des nodules ou des excroissances qu'il forme sur les racines des plantes qu'il infeste. On le rencontre rarement, mais il est fort à craindre une fois qu'il s'est introduit dans une plante, car il est impossible de l'atteindre avec les remèdes ordinaires employés contre les insectes. On s'aperçoit de sa présence par l'épaississement de certaines parties des feuilles qui prennent une teinte jaunâtre et une apparence poussiéreuse et maladive. La surface inférieure de ces feuilles malades exude une substance collante ou limoneuse affectant l'apparence d'une couche de gomme arabique. L'Hétérodère ne se rencontre généralement pas dans les terres calcaires.
Moyens de combattre t'HÉTÊKODÈRE. — Tout d'abord, il est bon de mentionner le fait que si l'on a soin de faire geler à une très basse température ou de faire chauffer à une très haute température la terre soupçonnée de contenir des Anguillules et dont on veut se servir pour empoter les plantes, on est certain de tuer toutes les Hétérodères qui peuvent s'y trouver. Quant aux plantes qui en sont infestées, il faut en enlever et brûler toutes les feuilles qui en montrent des traces ; car, sacs cela, toute la plante est
bientôt envahie. Si tel est le cas, il faut alors recourir à un moyen héroïque, dépoter la plante, en secouer toute la terre, laver les racines à grande eau, ainsi que les liges et les feuilles, puis les replanter dans le pot qu'on a préalablement lavé avec beaucoup de soin; n'employant que de la terre absolument stérilisée soit en l'exposant à une forte gelée, soit en l'ébouillantant. Après cette opération, chaque fois qu'une des feuilles nouvelles donnera, en apparaissant, des signes d'altération, il faut la brûler et laver la plante.
Un jardinier indique comme spécifique contre l'Hétérodère la prescription suivante : Mettez un once de nitrate de soude et le tiers d'un verre à vin d'acide carbolique pur dans deux gallons d'eau. Placez les plantes eu pots pendant une période de trois à six heures dans ce mélange, puis laissez-les bien s'égoutter avant de les remettre en place. Je dois dire que je n'ai pas encore tenté cette expérience qui, il me semble, vaut cependant la peine d'être essayée.
J.-C. Chapais.