LE MATÉRIEL DU CHASSEUR D'INSECTES
La boîte en fer-blanc garnie de liège sert à piquer directement les coléoptères velus ou recouverts de squames qui se défraîchiraient dans les flacons ou dans les tubes, et qu'on fixe à Paide d'épingles d'acier fines, assez loin les uns des autres pour éviter tout contact ; il est bon de recouvrir le li^fe d'un carton glacé sur lequel les tarses glissent sans s'accrocher.
Un écorçoir solide est indispensable ; c'est une simple lame d'acier en forme de feuille, amincie sur les bords et emmanchée dans un morceau de bois résistant Cet instrument sert à arracher les écorces des arbres malades, et peut servir au besoin de bêche ou de levier.
Le filet-fauchoir, dont la poche est en calicot, est appelé à subir en cours d'emploi le choc des cailloux ou des souches ; son armature doit donc être très solide, et moins il comporte d'articulations, plus il est pratique. Indépendamment du filet-fauchoir, il est commode d'emporter un filet plus léger qu'on peut adapter au bout d'une baguette, et dans lequel on précipite comme par surprise les coléoptères posés hors de portée. A l'aide d'une secousse légère, mais brusque, sur un Sureau dont les fleurs élevées servant de refuge à de belles Cétoines ont été préalablement coiffées du filet, on capture des insectes que tout autre moyen d'approche mettrait en fuite.
Un crible de toile cirée, avec fond en toile métallique demi-fine, et dont l'orifice supérieur est coulissé, permet de recueillir les petits coléoptères vivant dans les fourmilières sans trop souffrir des piqûres des Fourmis. Ces minuscules insectes passent par les mailles du fond du crible, dans lequel on a introduit rapidement une partie de la fourmilière, terre et habitants, à l'aide de l'écorçoir. On secoue sur un simple carré d'étoffe blanche.
Tel est le matériel indispensable pour les excursions ordinaires des entomologistes qui débutent. Les vieux
lOO LE NATURALISTE CANADIEN
chasseurs savent tendre des pièges aux « Carabus )», se mettent à Paffût la nuit auprès d'une lumière vive qui attire les insectes, et ne répugnent pas à chercher leur butin sur les cadavres ; mais tout cela est plutôt affaire de tactique que d'outillage. Au retour de l'expédition, il ne reste plus qu'à piquer les gros insectes et à coller les petits en vue de la classification et de l'étude. Ici, beaucoup de précautions s'imposent au sujet desquelles il est indispensable de consulter les spécialistes : Coupin, Granger, Montillot, entre autres, parmi les modernes les plus compétents et les plus clairs.
{Cosmos.) Francis Marre.
DE QUÉBEC AUX BERMUDES {Contùîîdé de la page çj.)
Parc Zoologiquë de New- York
Il s'en est fallu de peu que nous quittions New- York sans avoir visité le Parc Zoologique, pour l'excellente raison que nous ignorions son exi-tenceet que nous ne l'avons apprise, comme par hasard, qu'au dernier jour. La nouveauté relative de ce Parc explique que je n'en avais encore jamais entendu parler ; et cependant l'institution est importante, puisque l'on y entretient bien au delà de 4,000 animaux, représentant un bon millier d'espèces différentes.
Ce fut à la fin de l'année 1899 que le Parc fut, pour la première fois, ouvert au public. Il a été fondé par la Société zoologique de New- York, qui le maintient et le développe grâce aux cotisations de ses membres, à diverses
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souscriptions, aux recettes des entrées, et surtout à la subvention annuelle de la ville, qui s'élève à plus de |i50,ooo. C'est aussi la ville qui céda à la Société, pour y faire son installation, la partie sud du Bronx Park, qui se trouve au nord de New- York.
L'étendue du Parc Zoologique est un peu moindre qu'un mille carré, où les pièces d'eau comptent pour 35 acres, et dont la plus grande partie est couverte d'une forêt composée des plus belles essences ligneuses de notre zone tempérée.
Ici encore, nous avons été loin de visiter à notre satisfaction, et il nous a même fallu laisser de côté plusieurs sections très intéressantes de ce parc. Il y a bien deux restaurants pour accommoder les visiteurs,, mais nous n'avons pu en tirer parti pour prolonger notre visite.
Comme appréciation générale, je puis dire que je n'ai jamais vu, en aucun pays, de ménagerie ou de parc zoologique où les locaux soient d'asj>ect si soigné et tenus avec une pareille propreté, et où les animaux soient eux-mêmes aussi brillants de propreté et de belle santé.
Pour le cas où quelque lecteur de ces lignes éprouverait le désir d'organiser une institution du même genre, je dois dire ici qu'au mois de janvier 1907, c'est-à-dire huit années après l'ouverture du Parc, la Société zoologique de New- York avait déjà dépensé, pour l'organiser, près de $350,000 ; et encore la ville elle-même avait fait à ses frais les routes, les canalisations, les creusements de lacs et autres travaux du même genre. Ces renseignements sont donnés dans un rapport récemment publié, où le Dr G. Loisel, de Paris, raconte une visite qu'il a faite en ce Parc, au mois d'août 1907. Cet auteur mentionne aussi le fait que, au moment de sa visite, il y avait dans le Parc : 638 mammifères, 2,218 oiseaux et 900 reptiles, formant un total de 3,756 individus, appartenant à 844 espèces. Au 31 décembre
suivant, le nombre total des animaux s'élevait à 4,034 individus, et il est à croire que depuis deux ans, cette population est devenue encore bien plus considérable. On voit par ces détails combien ce Parc Zoologîque a déjà pris de l'importance, malgré son jeune âge. Et pour assurer ce développement, on ne se contente pas d'employer des moyens ordinaires ; mais on va jusqu'à charger une partie du personnel de faire des explorations dans les diverses parties de l'Amérique du Nord et de l'Amérique du Sud, soit pour se renseigner sur la faune de ces régions particulières, soit pour y capturer des spécimens vivants pour les collections du Parc.
Toutes les espèces animales que l'on possède sont installées, et très au large, dans la seule moitié ouest du Parc. Des enclos, des tanières, des volières, contiennent beaucoup d'animaux qu'il faut garder en plein air : les Bisons, les Loups, les Ours, les Loutres, les Castors, les ruminants, les cervidés, etc. Deux grandes volières, dont l'une est longue de 150 pieds, et l'autre de 250 pieds, contiennent un grand nombre d'oiseaux, qui peuvent s'y ébattre à l'aise. Toutefois, au moment de notre visite, c'est-à-dire au commencement du mois d'avril, l'atmosphère était encore assez froide, et bon nombre d'espèces ne pouvaient encore rester dans les installations de plein air dont je viens de parler.
Les autres animaux, partagés en groupes particuliers, sont logés dans une douzaine de grands « palais » et dans une douzaine de petits « palais. » Cette désignation de palais n'est pas exagéré, quand on considère combien leur construction est de beau style architectural.
Voici, par exemple, la maison des Lions, longue d'environ 225 pieds et large de plus de cent pieds. Sa construction a coûté $160,000 ! Au-dessus du monumental portique, on voit deux Lions couchés tête à tête, tandis que deux autres grands Lions, en pierre sculptée, sont assis
de l'un et de l'autre côté de la porte d'entrée. Une frise parsemée de têtes de carnivores, et du plus bel effet, court tout autour du monument. L'intérieur de l'édifice, on peut le croire, est à l'avenant.
La maison des Singes, construite en briques et en pierre, n'a coûté que $65,000 ! Sa longueur est de 162 pieds, et sa largeur de 74. Sur la corniche et sur les frontons, on voit des représentations sculptées de diverses espèces de Singes. Les pavillons de chaque extrémité sont de style grec.
Je pourrais mentionner aussi la maison des Eléphants, longue de 170 pieds, large de 84 ; celle des Oiseaux, qui a coûté $150,000 ; et surtout celle des Reptiles, longue de 146 pieds, sur 100 de largeur, qui est de style ionique, sur les murs de laquelle grimpent des Lierres, et dont l'intérieur, orné de plantes vivantes, donne sur une serre où croissent des Palmiers, des Cactus, et autres plantes tropicales.
Comme on voit, les animaux conservés au Parc sont réunis, le plus souvent, 'par groupes de même famille ou du moins de même classe, dans des habitations distinctes, remarquables par leur architecture, par leur parfait aménagement intérieur, et, sans doute aussi, par les belles collections de spécimens qui y sont logés.
La collection des Ours est particulièrement nombreuse, de même que celle des cervidés, des Antilopes, et aussi des Oiseaux et des Reptiles. Il y a encore, au Parc, un important troupeau de Bisons, qui sont au nombre d'une cinquantaine.
D'après le récent rapport — déjà mentionné — du Dr G. Loisel, de Paris, il y a au Parc zoologique une «rquarantaine», où tout nouvel arrivant (il s'agit ici uniquement, qu'on veuille bien le croire, dçs futurs pensionnaires de l'établissement) est gardé en observation durant cinq ou six semai-
nés. Il ne sera admis définitivement dans les locaux de séjour que: i°... s'il ne meurt pas au cours de cette épreuve, et 2*^ s'il ne donne pas signe de maladie.
On réussit merveilleusement à garder les animaux en santé, tant l'on met de soins à leur assurer un air pur et sec, à leur donner une nourriture appropriée, et à maintenir autour d'eux une extrême propreté. Lorsqu'ils sont malades, ils sont l'objet du traitement le plus scientifique. Les oiseaux ont leur infirmerie dans leur « palais » même, à l'étage supérieur !
Voilà ce que je puis dire du Parc Zoologique de New- York, grâce au rapport si soigneusement établi du Dr Loisel, et après en avoir visité la moitié, peut-être, en deux heures. Ces quelques pages suffisent toutefois pour donner quelque idée de ce grand établissement d'histoire naturelle, et pour inspirer au lecteur le désir d'aller y jeter un coup d'œil lors d'un voyage plus ou moins prochain à New- York. Je n'ai pas besoin d'ajouter que j'ai à cet égard, moi aussi, quelque petit projet apparemment,facile à exécuter. Mais il s'agirait tout d'abord de faire un séjour à New- York ; et non moins pour le lecteur, sans doute, que pour moi, ce n'est pas là l'une de ces choses que l'on peut se permettre à tous les quinze jours, comme on dit chez nous.
Serres monumentales
Le « hasard » nous avait appris l'existence du Parc Zoologique de New- York. Ce fut lui, encore, qui nous conduisit, à peu de distance du Parc, à une Serre de dimensions colossales. Cette construction, de beau style, a peutêtre 600, ou 800, ou 1000 pieds de longueur, je ne sais. J'ignore aussi quel est le nom de cette institution, quel est son âge, qui l'a fondée et qui la maintient : ce qui fait que le terrain est bien déblayé, pour recevoir toutes les notions
rdatives à ce sujet que l'avenir m'apportera probablement.
Il nous restait pour visiter ces serres immenses au plus une demi-heure ! C'était assurément une nouvelle édition du supplice de Tantale. Que faire en une pareille situation ? Comme « un peu * vaut encore mieux que « rien », nous décidâmes d'employer tout de même une demi-heure de notre mieux. Mais comme il fallait bien nous arrêter quelquefois devant quelque belle fleur ou devant certaines plantes curieuses, nous ne réussîmes pas à parcourir beaucoup plus que la moitié de ce palais des végétaux vivants. Et tout ce que j'en puis dire, c'est que tout là-dedans est, pour l'amateur de botanique, un véritable enchantement. Use trouve là des collections de plantes de toutes les zones terrestres ; et ces plantes sont en très bel état de santé, grâce aux soins entendus dont elles sont l'objet.
Je ne donne ici de détails sur aucune de ces collections de plantes, par crainte de ne pouvoir en parler avec assez d'exactitude. Car il est superflu de dire que je n'ai pu prendre de notes au cours de cette visite à la vapeur. Si même j'ai cru devoir mentionner ici cette visite, c'est pour signaler au lecteur l'existence de ces Serres immenses, et pour engager les amateurs d'histoire naturelle à réserver, dans un séjour qu'ils feraient à New- York, une bonne demijournée pour jouir de la vue de ces richesses du règne végétal, réunies sous ces voûtes de fer et de verre, et placées dans les meilleures conditions que l'art puisse fournir pour remplacer les conditions réalisées en plein air par la nature elle-même.
Musée de Botanique?
En sortant des Serres dont il vient d'être un peu question, nous apercevons à la distance de plusieurs arpents un grand palais, d'aspect très monumental, et que l'on nous
désigne comme un musée de Botanique. C'est tout ce qu'en sait le guide si bienveillant qui nous accompagne. Le temps nous a manqué absolument pour aller nous renseigner nous-mêmes, et je n'ai pu encore rencontrer personne qui en sût quoi que ce soit. Si je mentionne ici ce palais dont la destination botanique reste à mes yeux assez problématique, c'est pour attirer sur ce point l'attention du lecteur qui voudrait, dans un voyage à New- York, étudier tout ce qu'il y a, dans la grande ville, d'intéressant pour un amateur d'histoire naturelle.
Ce qu'il faut conclure des pages précédentes
La première conclusion que l'on peut tirer de tout ce qui vient d*être dit du New- York scientifique, c'est que cette ville est très riche en institutions relatives à l'histoire naturelle, et même beaucoup plus que ne se l'imaginent les visiteurs ordinaires. Le naturaliste et le simple amateur d'histoire naturelle ont donc beaucoup à voir et à apprendre, s'ils le veulent, lorsqu'ils font un voyage à New- York. Aussi, quand ils font le programme d'un séjour dans cette grande ville, ils doivent réserver plusieurs jours pour la seule visite des musées et autres institutions scientifiques.
La seconde conclusion qui saute aux yeux, c'est que les gens qui vivent à New- York ou dans les autres villes principales des pays à civilisation européenne, ou dans le voisinage de ces centres de population, ont de bien grandes facilités pour se livrer aux travaux scientifiques. Pendant qu'ailleurs au travaille isolément, et que, en cas de besoin, on n'a que les gravures des encyclopédies ou des livres d'histoire naturelle, pour faire connaissance avec telle espèce animale, végétale ou minérale, vous n'avez, si vous résidez par exemple à New- York ou dans les environs, qu'à aller voir