LA GUERRE AUX MOINEAUX
On METTRA LEURS TÊTES À PRIX, X WORCESTER
Le commissaire des Parcs annonce qu'après les Chenilles ordinaires, voilà qu'une nouvelle sorte, les Chenilles léopards d'Europe, viennent d'envahir nos parcs et qu'il va falloir les détruire comme les autres. Il attribue la propagation de cette peste au fait que les Moineaux anglais chassent les oiseaux domestiques qui se nourrissent de ces insectes.
Le seul remède serait de mettre la tête de ces animaux à prix, ce qui en temps de vacances et de fusil à air comprimé en débarrasserait l'Etat en un mois.
La Chenille léopard est native d'Europe. Elle fut importée dans le New-Jersey et le New- York, il y a quelques années. De ces lieux, elle a émigré dans l'est.
Dans une section où les oiseaux du pays ont une chance égale avec les Moineaux, on ne constate pas de ravages ; mais dans les villes où les Moineaux abondent et où les oiseaux américains, plus timides, disparaissent, la peste est visible à l'œil nu.
Ces Chenilles vont jusqu'à faire tomber des branches d'arbres en y faisant des trous, et font aussi des dommages considérables au tronc des arbres. Le seul bon côté de ces visiteurs, c'est qu'ils s'attaquent aux branches ou aux arbres qui sont vieillis et à la veille de mourir, et qu'ils émondent ou qu'ils abattent.
Telle est la dépêche, publiée sur un journal canadien, qu'un correspondant de Saint-Thomas de Montmagny nous envoyait dernièrement, en nons priant de lui dire ce qu'il y a de vrai dans les assertions qu'elle contient.
D'abord, la pensée des oiseaux « américains i>, que leur timidité empêche de se défendre contre la concurrence des Moineaux anglais, nous remplit de commisération pour ces pauvres volatiles yankee, forcés de la sorte de plier le cou devant l'audace des oiseaux britanniques.
Il6 LE NATURALISTE CANADIEN
Ensuite, nous sommes frappé d'admiration à la vue de ces Chenilles qui font un excellent service forestier, dans le Massachusetts, émondant ou abattant les arbres vieillis et qui occupent inutilement de la place sur un sol précieux! Si nos gouvernants étaient animés du moindre sens pratique, ils n'auraient de cesse qu'ils n'eussent importé d'Europe ou des Etats-Unis des Chenilles aussi avisées et d'un tel talent !
Reste la question des moineaux.
Faut-il les exterminer? Méritent-ils d'être épargnés ? Voilà encore l'une de ces questions qui passionnent le genre humain, le font se tirer aux cheveux, et qui, après les prises de bec les plus nombreuses, restent sans solution qui s'impose.
Le Naturaliste lui-même a jadis pris part à ces discussions.
Si nous avons bon souvenir de tous les écrits que nous avons lus autrefois sur cette affaire, il semble bien constaté que les Moineaux chassent en effet les autres oiseaux d'une localité où ils s'établissent. C'est ainsi que sans vergogne ils s'emparent, dit-on, des nids édifiés par les Hirondelles, et y pondent leurs œufs et y élèvent leurs petits. Le cas est évidemment pendable, et l'on ne saurait que s'indigner de ces flagrantes violations du droit des gens. La conséquence, c'est que, les oiseaux . insectivores évincés de la sorte d'une région, les insectes se mettent à y pulluler, et font les plus grands ravages dans les cultures de tout genre. On ajoute que les Moineaux, qui dépossèdent si allègrement les autres volatiles de leur logis, se conduisent dans les champs cultivés comme des bandits véritables, pillant à l'envi les céréales en voie de maturité et trompant ainsi l'espoir du colon et du cultivateur. Donc, les Moineaux méritent la mort, et il serait absurde de leur témoigner de la bienveillance.