‹ Le Naturaliste canadien (volume 3)Chapitre 46 sur 155 · LA GUERRE AUX MOINEAUX II · texte numérisé non relu

LA GUERRE AUX MOINEAUX II

Mais voici qu'alors arrivent les amis du Moineau, avec une réfutation en règle de toutes ces inculpations.

11 est vrai, disent-ils, que les Moineaux rendent la vie dure et peut-être impossible aux oiseaux d'une localité où ils habitent, et les empêchent de remplir leur rôle de protection contre les insectes nuisibles. Mais ils prennent, avec leur place, leur rôle de sauvegarde. Ils sont insectivores, eux aussi ; il nourrissent aussi leur famille d'insectes nuisibles, et protègent eux aussi les cultures. Et puis, si l'automne ils prélèvent des pourcentages un peu sérieux sur les champs couverts de grains succulents, ils ne font que s'adjuger légitimement le salaire de leur travail de préservation. Cette manière de faire est tout ce qu'il y a au monde de plus correct, et l'on aurait mauvaise grâce de jeter les hauts cris pour quelques grains de blé ou d'avoine.

Voilà les principaux éléments des discussions que nous avons suivies jadis sur la question des Moineaux. Et c'est tout ce que nous nous permettons d'en dire, faute de pouvoir nous documenter à des sources plus nouvelles, «n cette villégiature lointaine où nous écrivons, et où ne se trouve encore — heureusement — aucune apparence de bibliothèque Carnegie.

Nous osons toutefois nous risquer à dire que les partisans du Moineau nous paraissent avoir raison.

Il y aurait toutefois encore à considérei l'aspect esthétique de la question. « Les Moineaux — disent aussi leurs adversaires — remplacent peut-être les autres oiseaux insectivores. Mais ils ne les remplacent p^s dans leur rôle d'oiseaux chanteurs, eux qui sont incapables de la moindre ritournelle jolie. A mort, donc, les Moineaux ! »

C'est un peu vif ! On ne tue pas les gens parce qu'ils ne savent pas chanter.

La question des Moineaux n'est pas une affaire de chanson. C'est une question d'affaires.

Il8 LE NATURALISTE CANADIEN

Après tout cela, si notre correspondant de Saint- Thomas de Montmagny n'est pas satisfait, c'est qu'il a un bien pauvre caractère — un caractère de Moineau.

UNE LETTRE DE M. MEILLEUR, NOTRE PRE- MIER SURINTENDANT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

i^ DRESSÉE X l'abbé PROVANCHER

Québec, 21 février 1873.

Monsieur,

Je me suis fait lire, hier soir, votre article à vos correspondants et celui qui a trait aux naturalistes canadiens, et j'en ai été très satisfait. Vous avez le talent de parler aux gens avec cette force de raisonnement et d'indépendance qui fait preuve de vos convictions, de manière à faire respecter vos remarques et considérations. Oh ! si les hommes de la presse agissaient ainsi, Tinstruction et l'opinion publiques seraient bien autrement avancées.

Vos remarques m'ont fait penser à plusieurs faits dont l'existence les confirme bien, mais dont la considération ne servirait guère plus la noble cause que vous défendez. On est adonné tout entier à la politique et à la pratique des intrigues dont elle a besoin, et, avec une presse servile, nous en subissons les conséquences, au détriment souvent de la vérité et du progrès dans l'étude des sciences.

Je me suis fait compter le nombre de vos souscripteurs, et j'ai éprouvé un vif regret de ne pas les voir plus nom breux et plus marquants, quoique la plupart le soient.

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