‹ Le Naturaliste canadien (volume 3)Chapitre 57 sur 155 · LB NÉGONDO ET I^E NOYER NOIR I · texte numérisé non relu

LB NÉGONDO ET I^E NOYER NOIR I

{liards) de 3 pieds et au delà de diamètre sur une hauteur proportionnée ; et cherchez donc ces mêmes arbres à Québec. J'ai trouvé à Deschambault le chêne blanc le plus rapproché de notre capitale, et quel misérable individu, il n'atteignait pas 20 pieds de hauteur.Il y a à Sainte- Foye 2 caryers plantés depuis plus de 50 an?, et ils ne dépassent pas 25 pieds de hauteur, tandis flu'à Bécancour on les trouvait communément avec un tronc de 30 à 40 pieds sans branches. J'ai trouvé ici même, au Cap-Rouge, un misérable Hard sur la grève, dû sans doute à quelque branche entraînée par les hautes eaux du printemps, qui aura pris racine sur la rive, mais qu'il est loin de ces arbres monstrueux des bords des rivières de Nicolet et Bécancour !

Une lettre de M. Joly sur la culture du noyer noir et du négondo a fait dernièrement le tour de la presse, avec force commentaires plus ou moins exagérés sur les nouvelles sources de richesse que l'on offrait au pays. Je suis loin de vouloir blâmer M. Joly pour les expériences qu'il fait ; tout au contraire, je l'ai déjà écrit il y a plus de 20 ans, et je me plais à le répéter, le gouvernement devrait lui-même faire faire de semblables expériences ; mais je ne suis pas prêt à admettre toutes les déductions qu'on en tire bénévolemment et que l'épreuve n'a pas encore confirmées.

Je ne sais oil M. Joly a pris ce nom d^ érable à Giguère qu'il donne au négondo, ce nom trivial ne se trouve dans aucun auteur que je connaisse et ne contribuera pas peu à embarrasser la nomenclature.

A propos d'expériences en fait d'acclimatation, pourquoi le gouvernement ne prendrait-il pas le soin de planter, dans les superbes parterres qui avoisinent les bureaux publics, tontes les essences forestières de notre Province, et même les étrangères qui peuvent s'accommoder de notre climat, en un mot de faire un commencement de jardin botanique? Ce serait là joindre l'utile à l'agréable, car tandis que le plus grand nombre n'irait chercher dans ces arbres que l'ombre et la fraîcheur, l'homme de science, Pamateur, l'étranger, eux, iraient faire des identifications, y trouver des points de comparaison, y admirer réunies ensemble les riches productions de notre sol, et cela sans nuire en aucune façon à la beauté du coup d'œil, sans dé-

parer Pomementation que l'on aurait en vue. Il y a plus de 20 ans que j'ai fait les mêmes suggestions, et elles sont demeurées là, lettres mortes. Au lieu de planter tilleals, érables, chênes, noyers, pins, etc., on plante des bouleaux et des épinettes, des épinettes et des bouleaux, et l'on se tient satisfait

Il est assez singulier qu'on s'effraye dès que des progrès en fait de 'science sont proposés par des nationaux, et qu'on soit si prompt à accueillir le premier venu étranger qui veut nous en imposer (témoin Pierre Leroy, etc.) C'est là une naïveté qui n'est pas à l'avoir de notre sagesse et de notre perspicacité.

Qu'on n'aille pas me prendre toutefois pour un éteîgnoir et mettre de côté les expériences qu'on était tenté de faire ; j'en serais très chagrin ; mais quand il s'agit de Pincertain, il est sage de ne procéder qu'avec prudence et de ne pas faire de grands risques dès le début

Ces remarques n'ont pas d'autre objet.

L'Abbê Provancher.

Cap-Rouge, 19 Sept 1882.

L'article qu'on vient de lire a paru le 25 septembre 1882 sur le Canadien^ qui était alors l'un des grands journaux de Québec. Il nous a paru intéressant de le tirer de ce cimetière— qu'est la collection d'un journal^-et de le mettre sous les yeux de nos lecteurs, qui le parcourront avecplaisir : car l'abbé Provancher avait une manière souvent si piquante de dire les choses.

Il est facile de voir, aujourd'hui, combien M. Provancher avait raison d'énoncer, voilà 26 ans, les prévisions dont l'on vient de prendre connaissance, et à quel point l'avenir les a complètement justifiées.

Par exemple, en effet, qui parle aujourd'hui d'établir des vignobles dans notre province de Québec ? Oii sont,dans la Province, les «sucreries» composées d'Erables n%ondo? Ce n'est guère qu'au Manitoba que nous avons vu ces Erables en belle hauteur ; mais nous ne croyons pas que ces arbres soient là-bas producteurs de sucre.

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