LE NÉGONDO ET LE NOYER NOIR
Se rappelle-t-on, aussi, les services importants que les Moineaux devaient rendre en notre pays, lorsqu'on prit la peine, il y a quelques décades d'années, de les importer de l'étranger ? Eh bien, aujourd'hui, beaucoup de gens renverraient volontiers ces oiseaux aux pays d'où on les a amenés^ si le nombre incalculable de leurs descendants ne rendait irréalisable un dessein de cette sorte. Et pourtant on ne peut pas dire que les Moineaux ne sont d'aucune utilité comme insectivores : seulement, ils sunt loin de l'être autant qu'on le prétendait.
Ces exemples démontrent avec quelle réserve et quelle prudence il faut accueillir les nouveautés. Mais c'est là un conseil sur lequel il n'est pas nécessaire d'appuyer beaucoup auprès de nos cultivateurs, dont le premier mouvement est toujours de se défier beaucoup lorsqu'on leur parle de choses nouvelles. Ce sont plutôt les amateurs qu'il faut mettre en garde contre les faciles emballements.
Dans la dernière partie de son article, l'abbé Pro rancher se plaignait de ce qu'on ne plantât que des Bouleaux et des Epinettes sur les terrains du Palais législatif de Québec. S'il revenait aujourd'hui à la vie,il serait sans doute charmé de voir que les Erables, les Peupliers, les Chênes, les Ormes^ sont en grand nombre autour du Palais du Gouvernement, qu'ils y fournissent un ombrage très apprécié, et font de ces grands terrains une sorte de parc très ornemental. Lorsque ces arbres, qui ne sont pas encore à la moitié de leur croissance^ auront atteint leur entier développement, il y aura là une petite forêt de toute beauté, qui sera comme une monumentale entrée sur la grande avenue du Parc des Plaines d'Abraham.
L'idée de l'abbé Provancher était de faire de ces verts espaces une sorte de jardin botanique où l'on aurait planté et cultivé tous les arbres et arbrisseaux qui croissent dans la province de Québec. Il est certainement à regretter que
l'on n'ait pas mis en exécution cette proposition de notre naturaliste. De quel intérêt ne serait pas, pour les étrangers comme pour les gens du pays, la réunion en cet incomparable endroit de toutes nos essences ligneuses ! Il serait facile à tous de se familiariser en peu de temps avec les espèces d'arbres et d'arbrisseaux de la Province, Ce jardin botanique ferait pour notre flore forestière ce que fait le Musée du Parlement, où il suffit d'une courte visite pour avoir nue idée complète de la grande faune de notre pays. Il est sans doute trop tard pour établir aujourd'hui sur ces hauteurs un véritable jardin botanique, comme le proposait l'abbé Provancher. Nous pouvons dire, du moins, que ce vœu du savaut a été partiellement réalisé. Si l'on n'a pas réuni autour du Palais législatif toutes les espèces ligneuses qui croissent dans la Province, on y a planté du moins les plus belles de ces essences. Ce qu'on a fait est peu intéressant au point de vue scientifique, mais l'est beaucoup au point de vue général.