LE CLERGÉ EUROPÉEN ET LA SCIENCE
En octobre 1907, la Semaine religieuse de Paris reproduisait du Naturaliste canadien le passs^e suivant, qui était extrait de la Pulgarisation scientifique de Paris :
« Depuis trente ans, en France, la situation a totalement changé ; ce n^est même pas seulement chez nous, car le même fait peut être constaté dans tous les pays catholiques européens. Il nous souvient d'avoir connu de vieux prêtres ou de vieux religieux qui étaient des autorités scientifiques remarquables. A Pheure présente, ce fait, s'il existe encore, est une rare exception, ce qui est regrettable à tous les points de vue. »
Puis, la Semaine religieuse de Paris ajoutait :
« Est-il besoin de dire que nous ne souscrivons pas complètement à ce jugement? Il nous est difficile de juger la valeur scientifique du clergé étranger, mais les Français qui ont quelque peu suivi le mouvement scientifique de notre temps n'ont pas besoin que nous leur citions des noms, pour apprécier la part importante qu'y prend notre clergé national, aussi bien nos prêtres de paroisse que nos professeurs d'établissements libres. »
D'une lettre particulière de l'écrivain même de la Pulgarisation scientifique^ nous croyons devoir faire les citations suivantes qui offrent de nouveaux développements sur le même sujet :
... « Il est certain que le rôle scientifique du prêtre a malheureusement disparu dans presque tous les pays d'Europe. Pour mon compte personnel, j'ai pu, dans les trente-cinq ans qui viennent de s'écouler, assister à un changement profond. Je ne citerai que deux exemples, mais ils sont typiques.
« J'ai appris la botanique avec un Frère des Ecoles chrétiennes de la petite ville de Dreux, en Ile-de-France ;
cet homme était un botaniste remarquable et très connu. Je pourrais également citer trois ou quatre prêtres des environs de cette ville, qui s'intéressaient assez sérieusement à la paléontologie ou à l'entomologie.
ff Kn Suisse, j'ai connu dans le Binnenthal le curé,^ homme alors très âgé, véritable savant auquel on doit la connaissance de la flore et de la faune entomologique de cette originale vallée, et surtout des minéraux très nombreux et très rares, de la classe des sulfo-arséniures, que l'on ne trouve que dans le banc de dolomie du Binnenthal. Ces exemples étaient très communs en France et en Suisse il y a trente ans. Aujourd'hui, c'est à peine si l'on pourrait trouver, chez nous, quelques hommes aussi distingués dans les sciences naturelles.
« Pourquoi ? Il faut, je crois, accuser le recrutement actuel du clergé en France et même dans les cantons catholiques de la Suisse. Jadis, les fils de famille, s'ils étaient nombreux, choisissaient volontiers la prêtrise. Leur culture, leur éducation, les prédisposaient à l'étude. Actuellement, l'immense majorité de notre clergé se recrute parmi les paysans. Dans ces conditions, il était tout naturel de voir diminuer le sentiment de curiosité et l'aptitude au travail intellectuel.
«t Ce sont là des faits regrettables à tous points de vue. Je vous avoue que je considère cet abandon des occupalions scientifiques comme une des grandes causes des changements regrettables qui se sont produits chez nous. Nos prêtres, en cessant de se trouver mêlés au mouvement scientifique, ont perdu contact avec les gens les plus studieux et les plus raisonnables, ce qui les a mis dans une situation d'isolement et par conséquent de faiblesse ; le proverbe f'â? soli ne peut trouver une meilleure application.
« Du reste, il est juste de constater que l'esprit de <:uriosité tend à s'amoindrir un peu dans toutes les classes