‹ Le Naturaliste canadien (volume 3)Chapitre 68 sur 155 · LES POISSONS ÉLECTRIQUES · texte numérisé non relu

LES POISSONS ÉLECTRIQUES

Un certain nombre de poissons sont pourvus d'oiganes électriques très puissants. Ce sont des appareils de défense et d'attaque, capables de produire, au contact et à distance, des décharges d'électricité qui tétanisent et peuvent même foudroyer les animaux les plus divers et de toutes tailles. Ces décharges sont volontaires et fréquemment utilisées par l'animal pour faire la chasse aux proies dont il se nourrit. Ces sortes de piles électriques vivantes, capables de produire des effets comparables à ceux de certaines machines électriques de nos laboratoires, sont : la Torpille^ voisine de la Raie ; le Gymnote^ proche parent de l'Anguille, et le Malaptèrure^ de la même famille que la Carpe et le Brochet, etc . . .

Les Torpilles sont des Sélaciens ou Chondroptérygiens, c'est-à-dire des poissons à squelette complètement cartilagineux.

L'espèce marbrée {Torpedo marmoratà) se tient au fond de l'eau, à demi enfoncée dans le sable ou dans la vase. La peau est nue, d'une teinte gris clair sur le dos, avec des

marbrures sinueuses et brunâtres. Son seul moyeu de défense, de protection et d'attaque, réside uniquement dans ses puissantes et redoutables batteries électriques, Ce poisson, dont la taille peut atteindre 50 centimètres de longueur, se rencontre abondamment sur les côtes du Poitou, dans le golfe de Gascogne et surtout dans la Méditerranée.

Les Torpilles sont ovovivipares ; l'œuf éclot dans le corps de la mère et les petits, généralement au nombre de huit, sont expulsés vivants.

Les anciens naturalistes connaissaient bien ce curieux poisson ; ils parlent même, avec force détails, des effets de son appareil électrique. Rondelet, en 1558, écrit que la Torpille "endort, par son contact, les bras des pêcheurs ; qu'elle vit sur les rivages fangeux, se cache dans le limon ou arène et rend les poissons qui s'approchent d'elle tellement engourdis et immobiles, qu'elle peut les prendre et les dévorer aisément ". D'après Redi, quand on touche une Torpille et la serre avec la main, on éprouve un picotement qui se communique au bras et à l'épaule et qui est suivi d'un tremblement et d'une douleur aiguë dans le coude.

Reaumur compare les effets produits par la Torpille à la sensation douloureuse éprouvée dans le bras quand on se frappe rudement le coude contre quelque corps dur. Il fit même, à ce sujet, une expérience assez originale et de nature à démontrer la puissance des décharges électriques de ce poisson. Il plaça un Canard et une Torpille dans un vase à moitié plein d'eau de mer et le recouvrit d'un linge afin que l'oiseau ne pût s'envoler. Le Canard, biea qu'il eût de l'air en abondance, fut, au bout de quelques heures, trouvé mort, ayant été en quelque sorte foudroyé.

C'est à Walsh (1772), de la Société royale de Londres, que revient l'honneur d'avoir prouvé, par des expériences irréfutables, Videntité des phénomènes électriques avec ceux

Page 1