‹ Le Naturaliste canadien (volume 4)Chapitre 107 sur 110 · LA MINERVE ET LFS NOMS PROPRES · texte numérisé non relu

LA MINERVE ET LFS NOMS PROPRES

Nous invitons la sage matrone à faire la preuve de tels avancés que nous tenons pour directement opposés à nos idées. Qu'on revoie nos écrits, ponrj'^ger si jamais nous avons pu laisser croire à de si absurdes prétentions.

Nous vouions qu'avant tout, celui qui parle ou qui écrit, le fasse de manière à être compris de ceux à qui il s'adresse ; et c'est ce que nous croyons avoir toujours observé.

Mais voici un point sur lequel la Minerve diffère essentiellement d'avec nous. C'est lorsqu'il s'agit d'objets nouveaux et peu connus. La feuille de Montréal ne veut pas alors entendre parler de mots nouveaux; si l'objet nouveau, minéral, végétal on animal peut être utile, elle consentira bien à s'en assurer la possession, mais elle ne voudra pas qu'on l'appelle par son nom, ce sera une chose, une machine affublée de quelque périphrase plus ou moins triviale, plus on moins impropre, qui devra servir à dé&iirner cet objet. Et nous, nous voulons qu'alors nous présentions cet objet nouveau au public sous son véritable nom. Lorsqu'on vous présente une personne qui ne vous est pas connue, aurez-vous plus de répugnance à la nommer Chênelong, Pasdeloup ou Marchaterre, que Poulin, Cheval ou Lenoir ? Quelle raison avez-vous de ni» pas observer la même règle à l'cgard de tous les êtres indistinctement ?

Nous sommes le premier, pensons-nous, qui avons entretenu le public Canadien de la Chrysomèle de la patate. Nous l'avons désignée alors par son nom de Doryphore ou barbeau de la patate» Mais de suite la Minerve, et avec elle tous les journaux qui ont horreur des noms propres, qui trouvent que notre littérature est suffisamment pourvue sous ce rapport, de maugréer, et de se dire sans doute, que cela sentait le catalogue, que ça frisait le pédantisme. Chrysomèle, Doryphore, barbeau de la patate ; quel " déploiement intempestif de baroquerie scientifique ! " — Mais c'est un insecte nouveau, que personne ne connait, pourquoi ne pas lui donner de suite son véritable nom ? — Non, non, il faut l'appeler mouche de la patate, — Mais cet insecte ne ressemble pas plus à une mouche ou'un chat ne

ressemble à un lièvre ; vous allez en donner au public une fausse idée ? —N'importe, il faut dire la mouche de la patate et non le barbeau de la patate, ou la Chrysomele. — Mais enfin, pourquoi encore ? — Par ce que (écoutez bien» c'est la Minerve qui parle) *• le mot mouche, en françnis s'applique à tout insecte qui vole et qui n'a pas été désigné par un autre nom vulgaire."

Mous pouvons confondre ici la Minerve avec sa propre définition. Le mot mouche s'applique à tout insecte qui vole et qui n'a pas été désigné par un nom vulgaire. Ce n'est pas u le mot mouche s'applique etc." qu'il aurait fallu dire, mais bien ; le mot mouche est appliqué par le vulgaire à etc. Mais prenons le texte de la Minerve tel qu'il est. La Chrysomele est un coléoptère ; or tous les coléoptères, ici, en Canada, sont désignés par le mot barbeaux ; donc c'est le barbeau et non la mouche de la p;itate qu'il faudrait dire, comme nous l'avons plus d'une lois suggéré. (Voir page 235 du présent volume du Naturaliste, etc.)

La Minerve nous connaît peu évidemment, car pour avoir le plaisir de nous livrer an ridicule, elle nous prête des connaissances que nous n'avons pas. Nous serions bien embarrassé s'il nous fallait l'aire connaître " les serpents (sic !) et des monstres microscopiques grouillant dans un verre d'eau ;" mais s'il nous était donné de nous trouver, avec l'écrivain de la Minerve, en présence d'un savant qui pourrait le faire, il y aurait toute cette différence entre nous deux ; tandis que le difficile journaliste se scandaliserait d'un tel déploiement de science et crierait au pédantisme; nous, nous admirerions de telles connaissances, et féliciterions de tout cœur celui qui aurait ainsi le bonheur de les posséder.

Le négatif n'est pas toujours coupable, tant s'en faut ; mais il se rencontre souvent avec une dose de fol oigueil qui s'imagine faire compensation à ce qui lui manque par le dédain qu'il sert à ceux qui lui sent supérieurs, et le ridicule auquel il s'tfforce de les livrer. Nous croyons avoir assez de vertu pou * n'être point de ceux-ci, et être capable à!^^ f ^' - '

Page 1