‹ Le Naturaliste canadien (volume 4)Chapitre 48 sur 110 · JOURNAUX QUOTIDIENS · texte numérisé non relu

JOURNAUX QUOTIDIENS

1°. La Mikbrvr*

Journal politique, littéraire, agricole, commercial et (Fannonces. — Duvernay, Frères et Dansereau propriétaires, Montréal, rue Notre-Dame ; Mr. Dansereau rédacteur en chef; poursuit actuellement son 49e volume; paraît tous' lea jours.

La Minerve est sans contredit le journal français le plus important et le mieux fait de la Province. Grand format, à caractères compactes, elle donne d'ordinaire de 17 à 18 colonnes de matière à lire. Rapports complets des débats des chambres législatives, nombreuses dépêches télégraphiques, grand nombre de nouvelles locales, extraits bien choisis de meilleures publications tant indigènes qu'étrangères, et par dessus tout rédaction puissante et bien

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inspirée, tout s'unit pour en faire un journal de premier ordre. Ses articles de rédaction font autorité à l'étranger et obtiennent souvent l'honneur de la traduction ou de 1» reproduction.

Fidèle à ses antécédents, la Minerve est attachée an parti conservateur, à ce parti véritablement Canadien, qui a fait notre Province ce qu'elle est aujourd'hui, parti qu'elle a toujours servi avec zèle et dévouement, souvent même au détriment de ses intérêts privés et de sa sûreté personnelle.

Ce qui retient la plupart de nos journaux dans un état d'infériorité, c'est le manque de ressources. Nos feuilles sont trop nombreuses pour le patronage qu'elles ont à se partager ; de là restriction du personnel, et surcroît de besogne poor rencontrer les dépenses, et comme conséquence, salaires insuffisants, que des médiocrités seules peuvent accepter, ou besogne expédiée trop rapidement et par cela même imparfaitement exécutée. Nous croyons savoir qu'à la Minerve le personnel est plus nombreux et peut-être aussi mieux choisi que dans tout autre établissement, et c'est là sans doute ce qui lui assure sa supériorité*

On pourrait cependant encore lui reprocher certaines négligences, certains défauts de surveillance qu'un peu plus d'attention ferait facilement disparaître, comme une trop grande négligence de la ponctuation, des phrases telles que les suivantes, par exemple. (Les italiques sont de nous.)

" Montréal ne reçoit-il pas plus d'étrangers que Ottawa ? (No. du 9 Avril). " Quelques nouveaux, concurranU.». Nous craignons pas de dire vu no$ réductions de nos prix "..„ " Malgré qu'il ait un Conseil...." et toute la correspondance signée W. A. Eérouack, No. du 10 Avril, qui est inintelligible en certains endroits.

Malgré que, est une grosse faute de français, que depuis quelques temps surtout, les journaux semblent se complaire à répéter. Malgré, signifiant mauvais gré, ne peut avoir pour régime qu'un substantif, et non un verbe.

Les correspondances, même signées d'un nom, sont toujours, jusqu'à un certain point, sous la responsabilité de

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la rédaction ; voilà pourquoi il faut les refuser lorsqu'elles sont trop défectueuses, ou les corriger pour ne pas déparer le journal.

" Les mots n'ont donc pins de sens pour \*gen te ministérielless/' (No. du 12 Avril).

Gente, n'est français qu'en autant qu'on l'emploie comme synonyme de gentille. Il faut dire la gent ministérielle.

" ....Je n'ai jamais douté uu instant qu'il était autorisé à le faire." (Même numéro).

On force aussi parfois la note au détriment de la stricte vérité. Ainsi dans le No. du 14 Avril, en parlant des Laurentides, la Minerve dit : " la typographie et l'impression (sont) excellentes." Le propriétaire des Laurentide$ sera le premier, nous en sommes sûr, à rougir de cet éloge.

Une sérieuse manie, en grande vogue naguère dans notre presse, mais dont heureusement elle a su s'affranchir depuis quelques années, était de remplir nos feuilles publiques, pendant une bonne partie de Tété, de détails de distributions de prix dans nos institutions d'éducation. 11 lui incombe maintenant de se débarrasser d'une autre qui menace de devenir tout aussi ennuyeuse, c'est celle de la présentation d'adresses an départ des curés, à leurs fêtes, etc. Quel intérêt ont pour le public ces manifestations, ces expressions banales de sentiments d'affection et d'attachement ? Aucun, sans contredit. Ainsi, dans la Minerve du 15 Avril, c'est une adresse aveo réponse au Rêv. M. Dugas partant pour Rome ; semblable adresse dans celle du 11, au Eév. Mr. JBrisette, faisant le même voyage. Ce sont là des fêtes de famille, que nous ne voulons pas condamner, rone doute, mais dont les détails sont sans intérêt pour le public.

Pour ceux qui n'ont pas l'avantage de lire habituellement la Minerve, nous citerons ici quelques unes de ses phrases, pour montrer le bon esprit qui l'anime et sa manière de traiter les questions,

u Pie IX qui dans son allocution du 12 Mars, a si noblement revendiqué les droits et la liberté imprescriptibles du St. S|jége, a en*

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courage et béni d'svanoe ots pieux pèlerinage*, qm attestent tout ensemble la vitalité rayonnante de l'Egliae, l'nnien qui existe en tie sas membres, rattachement profond qu'ils portent à la ohaire de St^ Pierre et les ardentes sympathies dont Us s'empressent d'entourer dans ses malheurs le saint viellard du Vatican. Jamais souverain détrôsé n'a compté autant de sujets.... Le Canada a voulu se joindre à oe mouvement qui formera une des plus belles pages des annales de lTEglise." (Numéro du 10 Avril).

" Il arrive parfois à Sir John d'être violent ; mais quelle ironie et quelle politesse dans ses phflippiques ! Il frappe avec une main de fer ; mais il a toujours la main gantée. M. MaoKenûe, lui, injurie oomme um palefrenier : il secoue son tapis, et ftût voler la poussière qui retombe autant sur lui et ses amis que sur ses adversaires." (No. du 11 Avril).

2° Le Canadien.

Nos institutions, no tve langue et nos Wii— Fonde en 1805, mais interrompu dans sa publication à différentes reprises, par suite des crises politiques auxquelles il a constamment été mêlé, le Canadien est aujourd'hui dans sa* 48e volume. Publié tous les jours depuis plusieurs années, dans la rue Ste. Famille, Québec, c'est le journal au plus grand format de toute la presse française. 11 est aujourd'hui la propriété de MM., Tarte & Deajardins, ayant le premier pour rédao» teur enchet

Quoique d'un plus grand format que la Minerve; le Canadien ne donne cependant pas autant de matière à lire, parce <Ju*il emploie un caractère beaucoup plus fort.

Fondé dans l'intérêt du parti conservateur, le Canadien a constamment combattu dans les rangs de ce parti, à part l'intervalle de 1866 à 1872, lorsqtfil devint la propriété de M. Evanturel.

Le rédacteur du Canadien vient d'être élu pout représenter le comté de Bonaventure à notre chambre locale. Mr. Tarte est encore jeune, et déjà on peut le ranger panai nos hommes politiques de premier ordre. Il est sHBsi doué de toutes les qualités qui peuvent assurer le succès: esprit 1 subtil, pénétrant, une mémoire heureuse se joint encore chez lui à une énergie invincible. Ajoutons que laborieux

sow ****** wa

à l'extrême et p^ssjowié pow l'étude, U sait largement , mettre à profit les heureuses dépositions dont il est douas il est en uç mot 4e l'étoffe de oeHç dont on fait les grauda hommes* par ce que, iustauit et éclairé, et par dessus tout ca- . thoUque si^eère, il; sait apsai bieu se soumettre que commander.

Volaut au combat arcec toute l'impétuosité du jeune homme, ou hû rçpxoche de s'être quelquefois laissé em* porter par sou ardent, m delà du but; mais c'est là une faute qui se pa*donfl£ fecilsmeut, et que Tâgeue manquera, de corriger. S|eul le soldât que l'impétuosité porte à ne pas écouter la voix de ses cbefc dans l'entraînement da combat, mérite punition ; mais Mr. Tarte sait obéir, sait même recevoir, la répriwandft U vient d'en donner une, preuve bien frappante,

Au moment où nous commençons cette revue» Mr., Tarte vient de recevoir une sévère réprimande de Mgr.. l'Archevêque, pour ne s'être pas asaea observé à l'égard dit clergé, dans: ses polémique». Et sua chercher de fauxfuyant^ nt tenter <te accuse* en aucune façon» Mr. Tarte s' est soumis complètement, sans restriction aucune.

'< Qnaad on est ufoamontaia, dit-if, on regarde l'autorité oomme la base de Tordre. Si en. engageant an* polémique avec Mgr. l'Aroné-. vèqne» jç nie fo^e lajwé eninajaep à 1* révolte— ce que la presse tibéi^e ftit^uptidjûôo^ dtfendft*

et que j'aime" r

Ce noble, langage langage catholique dans toute' la force du mot, a certainement plus grandi Mr. Tarte daqs l'opinion des gens aewé* et htfauêtçs, que sa faute a pu lui nuire auprès d$ ses détracteurs, ffumawm est errare, il est de la nature humaine de tomber; mais il n'y a que le chrétien sincère, le vrai catholique qui sait se relever.

Mr. Tarte est un de nos écrivains les plus corrects. Sa phrase, toujours couche et. claire, ne laisse aucune ambiguïté planer sur sa pensée. Si l'expression est parfois, fortement accentuée, elle ne cesse jamais d'être juste et propre. C'est déplus un polémiste de première force* Seq répliques sont parfois sévères et écrasantes, mais elles . ne sont jamais ni grossières, ni basses.

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* 11 est à regretter que nous n'ayons point en ce pays de Semaine Religieuse, ou d'organe spécialement consacré aux matières religieuses, où toutes les questions où la religion se trouve concernée, pourraient être traitées par des personnes compétentes, et soustraites ainsi au domaine des feuilles politiques. Car il faut avouer que ces polémiques religieuses dans nos journaux ordinaires, traitées comme elles le sont souvent par des personnes qui veulent faire de la théologie lorsqu'elles ne savent seulement pas leur catéchisme, sont bien plus propres à malédifier le peuple, qu'à l'éclairer et à l'instruire. L'opinion publique n'étant pas un tribunal compétent pour juger ces sortes de questions, il serait grandement désirable que les journaux se les interdissent, excepté toutefois lorsque les principes sont attaqués. Le libéralisme devenant de jour en jour plus osé parmi nous, il faut bien lui tenir tête, et ne pas lui livrer le terrain. Mais il est arrivé plus d'une fois qu'on a agité des questions théologiques que ni le besoin, ni l'opportunité ne justifiaient de traiter ainsi ; ce n'était ni le lieu ni le temps d'amener de telles questions devant le public.

Le Canadien comme la Minerve écrit quelle génie, en parlant des libéraux. (No. du 10 Avril.)

Gomme la Minerve aussi, il lui a fallu céder à l'imposition des adresses; son numéro du 10 Avril en contient une au Rév. M. Plamondon, et celui du 11 une antre au Rév. M. Connolly, ces deux Messieurs partant pour le pèlerinage de Borne.

Les gens de St. Ferdinand d'Halifax, mieux avisés, se sont contentés de rapporter la chose dans une correspondance publiée dans le No. du 13, sans essayer d'ennuyer le public avec leurs protestations banales de dévouement et d'estime. Leur curé fait aussi parti du pèlerinage.

Il arrive souvent aux rédacteurs de corriger les épreuves de leurs propres articles et d'abandonner le reste à des assistants souvent fort peu scrupuleux sur l'honneur de leur feuille, se fiant probablement qu'ils ne sont pas directement responsables auprès du public. Ainsi on lit dans le No. du Canadien du 12 Avril :

NOTBB PRE88I. 141

" Un écrivain anglais dit qu'en ooupant lespleun des patates à me8ore qu'ils paraissent.... "

On serait porté à croire qu'on a voulu dire fleurs, mais on fait ce mot masculin ?,... Inintelligible !

On écrit quartron, pour quarteron ; selpétre, pour salpêtre ; thérébentine, pour térébenthine etc. Si moton pour désigner une petite motte était français, il s'écrirait du moins avec 2 tt, motion, mais les dictionnaires n'ont pas encore donné droit de cité à ce mot.

" Le Scient. Farm, en parlant da pontage desétablea, dit qu'il est d'usage de leur donner une inclination vers l'arrière..... "

Il faut avouer que c'est là traduire l'anglais un trop littéralement.

Le gâchis suivant n'est ni français, ni capable d'être compris.

" Le rouleau écrase les mottes de terre ; les terrains les plus durs et les plus motonoeux sont, par ce moyen, rendus propres à la réception du grain, encourage le germage, empêche ^evaporation, etc. Mais c'est surtout quand on sème de foi et qu'on met un terrain en graine que le roulage est nécessaire et avantageux. (No. du 12 Avril).

C'est avec semblables jargons qu'on nous fait passera l'étranger pour des demi-sauvages.

3° Le Nouveau Monde.

Journal Catholique — même format que la Minerve, paraît tous les jours, au No. 222, rue Notre-Dame, Montréal, est la propriété d'une société d'éclésiastiques et de laïques, ayant actuellement M. Desjardins, membre de la Ohambre des Communes, pour rédacteur en chef, et M. le chanoine Lamarche pour censeur.

Le Nouveau Monde est aujourd'hui dans sa 10e année d'existence. Fondé dans les intérêts conservateurs, et ayant toujours eu un ecclésiastique dans sa rédaction, le Nouveau Monde s'est particulièrement dévoué aux matières religieuses. C'est à lui en grande partie qu'on doit le fameux Programing catholique qui a fait tant de bruit dans ces dernières années. Comme le Nouveau Monde avait alors pour rédacteur en chef un libéral, qui ne faisait du conser-

142 Ll NAtfrftAlteto tf AfcADIBN.

vftisme que pour toucher sou Salaire, plusieurs oût pensé que ce Programme n'avait été ainsi amené que pour pousser tes conservateurs à des pretentious et dés étcès dont la réaction ne pourrait être que grandement avantageuse au parti libéral, en ce sens surtout que les protestants, révoltés £ar les exigences de ce Programme, ne taaanqaeraient pas de s'unir à ee parti. Et de fait, prévu oïl nom* o'est ee qui a réellement eu lieu* fîettteusemeflt toutefois qu'il s'est trouvé des catholiques indépendants àèëeg kkttftbreti* pour reconnaître le piège qu'on leur tendait et se soustraire au danger en rejetant le Programme.

Oe Programme n'avait rien de blâmaWe ni de reprehensible dans sa teneur, c'était du pur ultraàtoiitaftisme ; mais il péchait du coté dâ l'opportunité ; rf était souniettre les candidats sincèrement catholiques à donner des garanties de leur orthodoxie» comme si leurs antécédents n'étaient pas suffisants pour rassurer leurs commettante» et c'était en même temps révolter Isb protestants! qui n'avaient pas d'objections à laisser les catholiques jouir paisiblement de leurs droits, mais qui ne voyaient aucune raison qu'on vint leur poser un tel ultimatum. Aussi l'Archevêque de Québee orut-il 4etotr intefvenir potfr trancher la difficulté, et déclarer publiquement qu'un tel document n'étant pas origine de F éffedopat, ce serait agir sagement que de ne pas s'en occuper et de le laisser de côté.

Cependant la parole de la première autorité ecclésiastique de la Province ne suffit pas pour calmer les esprits, le Nouveau-Monde avec le JburHal des îSroisÉiviéres et le franc-Parleur n'en continuèrent pas mdiùs à prêcher la ligue sainte, et les autres journaux â leur ternir tête, si bien que les esprits s'aigrirent davantage de part et d'autre.

Sut ces entrefaites, survint là chute du parti conservateur atl pouvoir ; et le Nouveau-Monde, soit par calculs prévus, ou simplement trompé pat les belles promesses" des libérant, donna satttf hésiter son apptf aux vainqueurs contre les vaincus. Ainsi on le vit accepter MM. Jette et Greoflrion, et tolérer ML Laflamme. Il pourrait se faire ce*

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pendant, que dégoAté des fautes des conservateurs qui venaient d'être divulguées, le Nouveau-Monde, comme beaucoup d'antres, foi tenté d'essayer un peu du régime libéral, se rassurant sur les protestations des organes de ce parti, qui proclamaient répudier les rouges avec lesquels Us avaient jusque là marché» faisaient sonner bien haut leurs bonnes dispositions pour conserver à la religion tous ses droite, et promettaient ne pas donner dans les fautes de leurs prédécesseurs, et- travailler sincèrement à la prospérité du pays.

Mais à peine avaient* ils le pouvoir en mains, que MM. les libéraux se défaisant aussitôt du masque dont ils s'étaient voilés pour le conquérir, ne tardèrent pas de montrer qu'ils étaient bien réellement les rouges d'autrefois. Leurs cheft n'étaient pas encore tous réélus, que déjà on criait aux portes des églises et dans les journaux : " notre parti n'a à répudier aucun des principes qui l'ont guidé jusqu'ici" ! " Place en haut comme en bas," proclamait leur organe de Québec ; disparaissez vieux serviteurs intègres du public, il y a assez longtemps que vous êtes à la crèche du pouvoir, c'est à notre tour d'y puiser. Et de fait, forts d'une écrasante majorité acquise ainsi par surprise ou escamotée par de fausses représentations, les libéraux montrèrent de suite ce dont ils étaient capables, et détrompèrent ceux qui s'en étaient laissé imposer par leurs fallacieuses pro» messes. Leur prose ne garda plus aucun ménagement, à tel point que les tribunaux durent condamner des actes de la plus révoltante corruption, cemme dans l'affaire du canal Laohine, et que leurs organes n'hésitèrent pas même un instant à approuver et appuyer des mesures directement en contravention avec les prescriptions de TBglise, comme dans le procès G-uibord et ceux pour influence iudue du clergé.

Le Nouveau-Monde ne fut pas lent à reconnaître son erreur, et à retirer son appui à ceux qu'il avait cru un moment être sincères ; et à sa suite, la foule des dupés se mit à ouvrir les yeux las uns après les autres, ri bien qu'aux prochaines étactkms, les libéraux ne seront plus que tes rari nantes dans le désastre du parti rouge, on,

libéral si on l'aime mieux, du moins dans la Province de Québec.

Depuis que Mr. Desjardins est à la tête de la rédaction du Nouvèan-Monde, ce journal s'est toujours fait remarquer par sa conduite sage, prudente, irréprochable. Il s'est surtout tenu en garde contre ses excès de zèle qui Font poussé autrefois dans certains écarts.

C'est particulièrement un journal religieux, mais il est aussi familier avec toutes questions qui s'agitent et sait les traiter avec franchise et capacité.

Signalons ici quelques défauts de soin, surtout dans ses nouvelles locales, qui pourraient être facilement évités.

" ....sur les rives enchanteresses du Yamaaka." (No. du 9 Avril)

Y, a-t-il pu jamais être aspiré ?

" .... un jeune homme mourut à l'hôpital civique." (No- du 10 Avril.)

Par opposition à religieux ou militaire, c'est civil qu'il faut dire.

Addresse au Eév. Mr. Brissette dans le No* du 10 et au Eév. Mr. Dugas dans celui du 11. Ce sont là des affaires de famille sans intérêt pour le public.

" Les glaces ont refoulé considérablement hier devant la ville." (No. du 11 Avril).

Ont refoulé quoi ? Refouler est un verbe actif.

On emploie aussi des réclames pour le commerce d'un goût un peu douteux pour un journal sérieux. Vous voyez un entête promettant, vous lisez l'article avec intérêt, et lorsque vous en avez défilé une douzaine de lignes, vous vous apercevez qu'il s'agit simplement de chapeaux, de bottes, ou autres articles de commerce. Ce sont là des petites ressources que les grands journaux devraient renvoyer aux follicules sans importance.

4° Le Joub^nàl de québec.

Politique, commercial, industriel et littéraire. Petit in-folio, paraît tous les jours, coin des rues Ste. Anne et du Fort, Québec, M. Aug. Côté propriétaire avec M. Bouchard pour

NOTRE PRK8SK. 145

rédacteur ; est actuellement dans sa 35e année d'existence, et suit aujourd'hui le parti libéral.

Le Journal de Québec est à proprement parler le journal de M. Cauchon, fondé par ce Monsieur et dirigé aussi par lui pendant plus de trente années, ce n'est que depuis peu qu'il l'est donné un autre rédacteur, et nous pensons qu'il reçoit encore l'inspiration, et de temps à autres les écrits aussi du vieux jouteur.

Fondé dans les intérêts conservateurs, pendant plus de trente ans le Journal a combattu, pour ainsi dire, à la tête de ce parti, souvent même avec un zèle/trop peu mesuré. Pris à parti à la fin pour ses' nombreuses fautes politiques et les moyens condamnables qu'il avait souvent employés pour parvenir à son but, M. Cauchon se vit rejeté de ceux qu'il avait suivis jusque là, et c'est alors qu'il se tourna du côté de ceux qu'il avait combattus si vigoureusement et qui parfois l'avaient si fort malmené. Ceux-ci, disposés à faire flèche de tout bois, et peu soucieux de se montrer fidèles à leurs déclarations d'honnêteté et de patriotisme sinoère, lui donnèrent l'accolade sans scrupule; comptant même sur une majorité obéissant en aveugle à leurs ordres, ils n'hésitèrent pas à l'imposer de suite comme chef à la représentetion de la Province de Québec.

Quand on a combattu pendant trente ans à la tête d'un parti, il semble un peu difficile de donner tout-à-coup un démenti à son passé et de se ranger du côté de ses ennemis, et il paraît difficile aussi de croire que ceux-ci peuvent oublier si facilement leurs griefs et soient disposés à embrasser aujourd'hui celui qu'ils voulaient pendre hier. Mais Vauri sacra fames ne sait pas tenir compte des trahisons, et le code libéral sait plus d'un accommodement avec les règles de l'honneur et du devoir.

11 va sans dire que nous ne parlons ici de M. Cauchon que pour faire l'histoire de son journal, car le Journal de Québec n'a jamais su se séparer de son chef, ou plutôt n'a jamais changé de maître, et est encore aujourd'hui sous la tutelle de son fondateur. Conservateur avec lui pendant plus de trente ans, le Journal est aujourd'hui libéral avec

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loi, et sera demain cosaque ou turc suivant que le sera aussi Mr. Oauchon.

Les ciseaux ont toujours joué un grand rôle au Journal de Québec, même aux jours où le fougueux jouteur était dans toute sa vigueur ; car à part les éditoriaux où le politique ardent deploy® it toute sa stratégie, et d'oréinaire d'une manière fort habile, le reste de la feuille se remplissait presqu'entièrement du produit des ciseaux ; et aujour. d'hui que le Journal est plus maigre, plus pauvre que jamais, les complaisantes lames sont continuellement à Tœuvre.

Il faut reconnaître toutefois que ces ciseaux ont été fort judicieusement employés d'ordinaire, surtout pour remplir la première page, si bien que nous avons entendu plus d'un abonné qui n'avaient jamais pu se faire aux allures de M. Cauchon, tenir au Journal de Québec, uniquement pour les reproductions de sa première page. Nous n'aurions à cet égard qu'un seul reproche à lui faire, celui de ne pas donner crédit aux feuilles dans lesquelles ont joué les ciseaux. On sait fort bien que les lettres de Paris, de Borne etc., qu'on lit dans le Journal, ne lui sont pas adressées directement et spécialement, la justice et le respect pour les convenances exigent alors qu'on en donne crédit à qui de droit.

Dans les six numéro du Journal publiés dans la semaine du 8 Avril, tout I editorial de cette feuille en remplirait à peine deux colonnes. Il y en a assez cependant pour nous faire juger quel esprit anime aujourd'hui cette feuille, qui malheureusement n'a pas que la couleur de libéral.

L'humiliation, la soumission humble et résignée d'un vaincu, a quelque chose de particulier qui commande l'admiration et le respect à toutes les âmes bien nées. Les fauves même des forêts sentent leur fureur s'évanouir devant l'ennemi malheureux qui se couche à leur pieds et semble implorer miséricorde. Le Journal de Québec, lui, en vrai libéral, ne connaît pas de si nobles sentiments. Mgr. l'Archevêque vient d'humilier Mr. Tarte, celui-ci se soumet sans restriction aucune,, accepte la réprimande en

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véritable enfant de l'Eglise, dit qu'il veut s'observer davantage à l'avenir. Mgr. est satisfait de la soumission, il déclare publiquement son contentement ; le Journal de Québec avec les autres organes libéraux ne veulent pas « l'accepter, eux. Ils prêtent à M. Tarte, pour avoir le plaisir de le combattre, des motifs que seuls peut-être ils auraient été capables de mettre en jeu. N'est-ce pas là du pur libéralisme, de ce libéralisme qu'a condamné Pie IX ? (Voir le Jowrual du 9 Avril).

Dans son numéro du 10, le Journal veut annoncer le décès du Rév. M. Lequerré ; il fait mourir Mr. Leguerre.

Rien de plus avantageux que la critique littéraire, lorsqu'elle est faite convenablement, c'est-à-dire, lorsque laissant l'auteur à l'abri, l'œuvre est jugée d'une manière impartiale, évitant des éloges immérités de même qu'une censure outrée. Le numéro du Journal du 11 Avril contient une longue critique d'une lettre parlementaire de Mr. Barthe, qui ne fait pas plus honneur à l'écrivain qui s'abrite sous le voile de l'anonyme, cgu'an Jourual qui lui sert de véhicule. Des phrases comme la suivante, par exemple, ne sont pas dignes d'un journal de bon ton.

44 Comme il est envieux et méchant cette homme an regard effaré, faux. Il ne vous regarde jamais en face, et ses yeux se meuveut obliquement"

Qu'a à faire le physique de Mr. Barthe avec sa grammaire et son style ? Puis l'auteur, dans son zèle outré, en vient à critiquer même des phrases fort correctes. Contentons-nous» dans les rapports parlementaires, d'un langage clair et correct ; ce serait trop exiger que de vouloir toujours y trouver l'élégance et la recherche.

" Les quelques chapitres que nous avons entendus lire.' 1 (N° du 12 Avril).

L'écrivain a ici oublié sa règle du participe passé ; un chapitre peut être lu, mais ne peut lire.

Dans les commentaires que le Journal fait de la lettre de M. Masson à M. Cauchon, à l'occasion des amendements à la loi d'élection, tels que demandés par l'épiscopat, N° du 13 Avril, la mauvaise foi de l'écrivain se montre clairement et

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* réticence. D'abord il parie " dun projet de loi qui aurait pour but de $ou$tr<rire krtlergé à la loi générale des élections" Ni les Evoques, ni M. Masson n'ont jamais mentionné rien de id.

Mr. Masson offre son concours franc et sincère aux libéraux s'ils veulent, eux aujourd'hui si puissants, proposer des amendements à la loi. Et on ne voit là qu'un piège, une supercherie. On voudrait que Mr. Masson prendrait lui-même l'initiative, mais on se garde bien d'aller aussi loin que lui, et d'offrir son concours. Est-ce là être franc, honnête ? Mr. Masson sans le concours des libéraux qui ont le pouvoir ne peut rien ; mais les libéraux avec l'appui des conservateurs offert par Mr. Masson peuvent Août ; et ils refusent d'agir ! N'est ce pas, par cela même, se déclarer hostiles à la mesure ?

Sans les derniers numéros du Journal de Québec, il nous en eut coûté doublement de le ranger parmi les ennemis de la Religion, dans la triste phalange des vrais libéraux, car Bous connaissons assez son * personnel pour savoir qu'ils sont tous catholiques, se disent religieux et prétendent l'être. Mais que penser de catholiques qui veulent restreindre les droits de l'Eglise ? N'est-ce pas du libéralisme au premier degré ? Aussi un correspondant du Courrier du Canada qualifiait il de montrueuse une telle conduite ; et il avait certainement raison.

Voyons donc » quels excès porte l'esprit de parti en politique, et comme déjà est profond le sillon que s'est creusé le libéralisme dans notre Province ! D^s chefs font des écarts, ils empiètent sur les droits de l'Eglise ; leurs adversaires profitent de ces fautes pour les combattre. Et voilà que pour se défendre, les journaux du parti viennent entreprendre d'excuser ces écarts, de justifier ces fautes ! On pourrait prétexter peut-être la bonne foi, croire à une erreur involontaire ? Mais l'épiscopat a parlé ; tous les doutas sont disparus ; il n'y a plus de milieu à l'hésitatioiiL Vous êtes catholiques ? laissez aux protestants à nous faire la guerre, combattez pour la défense des droits de votre mère, dussent vos chefs succomber sons le poids

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de leurs fautes. Vous voulez persister à les défendre, vous portez lap, maki sur votre mère ? Monstres ! cessez de vous dire ses enfants ; déclarez-vous ouvertement; ôtez le masque d'hypocrisie qui vous couvre, et proclamez que vous êtes .de francs libéraux, des ennemis de l'Eglise.

Le No. du 14 Avril contient une regrettable lettre de M. Lemay, qui lui fait perdre complètement sa cause, si toutefois elle était bonne. Dn écrivain du Canadien a critiqué, d'une manière fort spirituelle, il faut le reconnaître, une lecture qu'à donnée M. Lemay a l'Institut 1 Canadien. Que devait faire M. Lemay ? Il devait laisser au public qui l'avait entendu à juger entre lui et son critique. Mais voilà qu'il prend à partie le Rédacteur en chef du Canadien — qui n'était point l'auteur de la critique — et se répand en basses personnalités qu'il met à la place d'une justification. De tels écrits nuisent également à ceux que les signent et aux journaux qui les publient

<< Décédé à Marseilles, le 2 courant:'

N'est-ce pas plutôt le mois qui court et non le 2 ?

5° Le National.

Journal politique quotidien. — D'un format un peu plus petit que la Minerve, est publié à Montréal par MM. Laframboise & Oie., dans les intérêts du parti libéral,, sans nom de rédacteur responsable, poursuit sa 5e. année.

Le National a succédé au Pays, qui lui-même avait remplacé V Avenir y c'est dire de suite quel esprit l'anime.

Cependant le National n'affiche pas l'impiété avec le cynisme qui distinguait le dernier, ni avec Paudace particulière au premier. U se .contente de faire la guerre à l'Eglise à la manière des libéraux. Cette tactique est plus de mise de hos jours, et se prête mieux aux exigences des temps actuels.

Le National a de temps à autres protesté de sa soumission à l'Eglise et de son dévouement à la religion ; mais chaque fois qu'il a cru pouvoir servir mieux ses in*

térêts en agissant autrement, il n'a pas hésité un instant à le faire. Le jugement de la cour suprême dans l'élection de Charlevoix nous en fournit un exemple tout récent.

Le National, comme tous ses confrères libéraux, * donné son approbation à ce jugement sans restriction aucune ; et la protestation de Pépiscopat ne paraît en aucune façon avoir affecté sa détermination. Comment croire aux protestations de dévouement à l'Eglise de la part d'un catholique, lorsque celui-ci veut la dépouiller de ses privilèges, veut la rendre l'esclave de l'état !

A présent que l'effervescence du moment est passée, tout homme sérieux qui voudra examiner froidement la célèbre décision, se convaincra facilement que les juges de ce haut tribunal n'ont commis là qu'une bien regrettable erreur de jugement, en donnant à un texte de loi une interprétation fausse, que les législateurs n'avaient nullement prévue. En effet, était-il entré dans l'esprit des législateurs de vouloir comprendre l'influence spirituelle en passant une telle loi î Non certainement ; par ce que si c'eût été le cas, la chose était assez importante pour mériter une mention spéciale, comme l'a fort bien fait remarquer M. Je juge Routhier ; mais alors cette loi eut dû être soumise au Parlement Impérial : toute loi, d ? après notre constitution actuelle, affectant les intérêts religieux d'une portion quelconque des sujets de la Puissance, ne peut avoir d'effet sans l'approbation du gouvernement impérial. Ce n'est donc qu'en torturant un texte de loi qu'on lui fait dire ce qu'il ne dit pas, ce qu'il n'a pas voulu dire, et ce qu'il n'aurait pu dire.

Mais comment se fait-il que des juges aussi éclaires que ceux de la cour suprême aient pu se tromper jusqu'à ce point î Le voici: les protestants parmi ces juges ont obéi à l'impulsion de leur fanatisme, entendant encore raisonner à leurs oreilles le fameux cri de guerre tout récemment lancé àArgenteuil, par celui-là même qui venait de les nommer à leurs hautes fonctions. u Les temps

NOTRI PRE8SE. 151

sont arrivés où la grande guerre àTaltramontanisme doit être livrée." Quant aux catholiques, ils se sont tout simplement laissés entraîner, sans s'en apercevoir, nous voulons le croire, par leurs prédilections libérales. Us suivent ce dangereux sillon depuis longtemps déjà, et ils avaient à juger des adversaires politiques ; c'était plus que suffisant pour les entraîner à cet écart Mate c'est tellement bien le cas, que leurs prédispositions ont influencé leur froide raison, qu'ils n'ont pas même entrepris de réfuter le jugement du juge Eouthier, si admirable de logique et de science, et l'ont renversé d'un mot sans le détruire, se contentant de réflexions que ne justifiait pas même le dossier devant eux.

Pour tout catholique sincère, et que n'aveugle pas la passion, la seule prétention qu'un juge puisse venir dire à un curé : " moi, cemme représentant de l'autorité civile, je nie que vous ayez le droit de dire que telle ou telle chose est un péché ", est une révoltante monstruosité ! Le catéchisme seul suffit pour en convaincre.

Le National, pour une grande feuille quotidienne, est assez pauvre en fait de rédaction. Il donne une édition du soir, mais il ne fait en cela que devancer celle du lendemain matin pour les nouvelles locales, car celle-ci répète ce qui a paru la veille. On voit que là aussi, comme en beaucoup d'autres bureaux, le personnel fait défaut, et que la besogne retombe à peu près toute entière sur un rédacteur unique.

Les ciseaux paraissent jouer un grand rôle au National, ce dont nous somme loin de le blâmer, car le français de ces petites nouvelles coupées à gauche et à droite, vaut d'ordinaire mieux que sa propre prose. Citons quelques phrases pour preuve.

11 Comme le péoheur endurci, il avoue ses fautes et celles de ses amis en effleurant la gaudriole." (No. du 13 avril).

Effleurer la gaudriole ! ne serait-ce pas une formule cabalistique du code libéral f Les dictionnaires ne nous renseignent pas sur ce point.

"Da demandé carte plusieurs fins, mais ne pouvant pins longtemps sauver son atout, il joue maintenant cartes sur table. "

Demander carte ! nouveau mystère ; comprenons pas.

"Hier soir entre huit et neuf heures, une vache brune bravée B'est échappée de Pécurie de M. St. Jean...*.." (No. du 13 avril, répète dans celui du 14).

Mais cette vache était-elle bordée en planches, qu'on ait pu la brayer ainsi comme une chaloupe !

"Deux menteurs "émérité Je retroussai mes manches et

enfonçant mon u point " dans cette gueule menaçante, je saisis la langue dft la louve et en un rien de temps je retournai la bête féroce bout pour bout et bientôt ce qui avait été la tête devint la queue. "

Quel point pour opérer de telles merveilles I et comme c'est bien dit ! Avouons quô MM. les libéraux de Montréal sont fort accommodants, de se contenter d'un journal de cette valeur pour leur unique organe.

6° UEvÉNEMENT.

Journal Quotidien, propriété de M. S. Marcotte, avec M- Fabre pour rédacteur-en-chef, et M. Lafrafrice comme substitut ; petit in-folio, est publié au F 1, Eue Buade, Québec ; dans les intérêts du parti libéral, poursuit aujourd'hui sa dixième année d'existence.

Ceux qui s'attachent aux principes, n'ont jamais été les chercher dans ï 'Evénement, car ce journal a constamment fait litière de règles de toutes sortes. 1! Evénement a été avant tout le journal pour rire ; pourvu qu'il égayât, tous les sujets lui convenaient également. La religion ne trouvait pas plus grâce à ses yeux que la réserve et les. bienséances. Le sexe faible, qui en toute occasion commande les égards, la sainteté du serment, la Providence, etc., ont tour à tour été les objets de ses attaques ou le sujet de ses railleries. Des anecdotes de goût douteux, des reproductions puisées à des sources suspectes, des remarques peu convenables sur les personnes les plus dignes de respect, ont tour à tour pris place dans ses colonnes.

L'autorité ecclésiastique a dû intervenir plus d'une

notre presse. 153

fois pour revendiquer TCionneui des principes outragés et protéger les règles de la morale ; mais on semblait être

* blindé là contre des traits de cette sorte, on les recevait avec un silence significatif, et dès le lendemain on était prêt à recommencer.

Ce journal, mis à la porte des séminaires et des évêchés, proscrit publiquement dans les chaires, affichant souvent son affranchissement de tout frein avec un cynisme révoltant, était cependant encore reçu par un grand nombre ; pourquoi f parce qu'il faisait rire.

Plume légère et facile, maniant adroitement Pépigramme et le bon mot, son rédacteur-en-chef, avec ses phrases élégantes et son discours soigné, parvenait à en

• imposer ai^ personnes peu clairvoyantes ; on faisait une lecture amusante, on riait le plus souvent, et là dessus cm ne tenait pas compte de tous les feux principes, et des épines souvent cachées sous les fleurs qu'on y rencontrait* D'un autre côté, sans principes plus arrêtés en politique qu'en religion, les partisans du parti qu'il servait dans l'occasion, ne dédaignaient pas de se voir défendre d'une manière jugée fort habile paT ceux qui font céder la logique à une phraséologie élégante ou à des mots vides de sens. Disons aijssi que c'était la feuille ou étaient reçus tous ceux qui, par raisons de principes ou de convenantes, avaient été éeoaduits d'autres bureaux où l'on se montrait plus circonspect et plus réservé. Voilà ce qui explique en partie la vogue de ce journal, surtout dans nos villes, où l'oisiveté toujours avide d'amusements, se montre souvent fort peu scrupuleuse dans le choix qu'elle en sait faire;

VEvénemmtj quant aux principes, est à peu près aujourd'hui ce qu'il a toujours été, c'est-à-dire que c'est la dernière chose qui l'occupe ; mais au point de vue de la littérature, cette feuille est bien déchue de ce qu'elle était autrefois. Avec M. Fabre, si la ligne suivie n'était pas toujours la plus sûre, on avait au moins le plaisir de se promener agréablement ; la rorite aplanie se déroulait

154 LB NATUBALIST1 CANADIEN.

rapidement, sans pour ainsi dire connaître ni obstacles, ni heurts ; c'était le vol puissant de l'aigle qui nous faisait planer sans efforts dans les plus hautes régions éthérées : mais avec l'écrivain actuel, c'est un tout autre mode, on ne plane plus dans les airs, l'aigle a perdu ses ailes et ne sait plus que fouler le sol du pied, à la façon du coq vulgaire et du lourd dindon. On croirait toujours entendre le pédagogue dans sa tribune formulant ses phrases, grammaticalement si vous le voulez, mais sans connaître de style pour ainsi dire, et ne donnant que fort peu d'attention à la pensée. Ses contradictions se coudoyent sans qu'on paraisse les remarquer. On croit triompher dans les polémiques, lorsqu'on multiplie les injures à l'adresse de son adversaire et qu'on lui lance par douzaine les épithètes les plus grossières !

Nous avons dit en commençant que nous voulions présenter à chaque journal un miroir pour lui permettre de se reconnaître. Tirons donc une petite glace de VJBvénement pour la lui mettre devant les yeux.

"Si Ton supprimait le " Canadien, " par un moyen quelconque, on supprimerait par là la vraie source du mensonge, de la calomnie, de l'hypocrisie et la fourberie, et quant aux niaises platitudes et aux plates niaiseries, il n'y en aurait plus du tout. Les honnêtes gens et les gens d'esprit respireraient enfin à l'aise." (No. du 13 avril).

" Autant de mots autant de mensonges et d'hypocrites insinuations. Evidemment Tartuffe et Bazile ne résident pas seulement au " Canadien " on peut être sûr de les trouver au " Courrier du Canada." (No. du 14 avril).

Eh bien ! comment vous trouvez-vous, MM. de l'Evénement, ne vous êtes-vous point là peints tel que vous êtes?

Dans les six numéros que nous avons devant nous, c'est presque partout le même langage châtié et poli. Les mots tartuffe, fourbe, menteur, hypocrite, sont répétés jusqu'à huit et dix fois dans la même colonne.

Est-ce là faire honneur aux lettres f En envoyant de telles pièces à l'étranger, n'est-ce pas faire accuser de suite notre degré de civilisation, faire croire au manque d'éducation chez nous T

NOTRI PRISSE. 155

Si encore avec ce grossier langage, les principes .étaient saufs et les règles de la logique respectées, on y * trouverait si non une excuse, du moins une espèce de compensation. Mais hélas ! c'est ici surtout qu'il faut s'étonner et s'attrister.

Si le libéralisme a pu prendre racine en notre Province, si le sillon qu'il a creusé est déjà si profond, si la, semence qu'il a répandue à déjà pu produire des fruits bien amers, V Evénement peut réclamer une large part de ce triste résultat.

Il proteste tous les jours de son respect pour la religion et le clergé, il se donne pour aussi bon catholique que n'importe quel autre de ses confrères. Yoyons ses actes.

La cour suprême dans son jugement de la contestation de l'élection de Charlevoix, fait un écart épouvantable, elle empiète sur les droits de l'Eglise, elle veut lui interdire la liberté de la parole.

UEvénement avec le Journal de Québec, et tous les ■ autres journaux libéraux, approuvent de suite ce juge ment. Jusque là on pouvait croire que des journaux pouvaient tout aussi bien se tromper que la cour suprême elle-même. Mais l'épiscopat proteste contre l'acte de l'autorité civile, revendique pour l'Eglisç.ses droits et privilèges : il n'y a plus de bonne fois possible.

Que devaient feire ces journaux égarés, s'ils étaient sincèrement catholiques î Eeconnaître leur erreur et se soumettre à l'Eglise. Est-ce bien là ce qu'ils ont fait f Pas un seul n'a eu cette franchise.

Entendez l'événement, tenant en mains l'étendard de la révolte, dicter la loi à l'Eglise, lui passer son ultimatum. " Que les prêtres se taisent ; qu'Us ne parlent plus de politique en chaire ; là est la solution de la difficulté, et seulement là ! '' Et c'est un journal qui se dit catholique qui parle ainsi !

Pas un seul organe protestant n'a encore osé aller si loin !

156 LB NÀTURÀtIBTl OANADIlir.

Et un tel journal viendra encore demander en quoi il est hostile à la religion f

En vérité, l'Ethiopien an pins pur ébène, qni s'en irait criant par les rues qu'il est aussi blanc qne la neige, n'aurait pas raison de nous surpendre davantage.

Si YEvénement était religieux comme fl le prétend, aufait-t-ïl pressé M. Masson avec persistance, à demander des amendements à la loi des élections dans le sens catholique, tout en lui refusant son concours ! Aurait-il rempli ses colonnes, tout l'hiver durant, d'écrits grossiers comme ceux de Bétribution, où l'on s'attaquait jusqu'au Pape même i

Vous $tes catholiques! A la bonne heure; mais alors parlez en toute circonstance et agissez comme des catholiques, et personne ne doutera plus de vos dispositions.

I/Evénement se plaît à reprocher au Canadien qu'il a été renvoyé de l'Archevêché et du Séminaire. Mais il se garde bien de faire connaître que la même chose lui est arrivée, il y a déjà plus de cinq ans, et non pas seulement pour des défauts de forme et de convenance comme dans le cas du Canadien, mais en outre pour les principes condamnables qu'il proclamait et le cynisme qu'il montrait en toute circonstance.

Si, plus d'une fois, YEvénement a eu la primeur des nouvelles ecclésiastiques à Québec, il ne faut pas croire qu'elles lui aient été communiquées par l'autorité. Oh ! non, assurément ; mais à la faveur d'une infiumce indue peu délicate sur les moyens qu'elle employait, on a pu franchir des seuils et s'emparer de documents qu'on n'aurait jamais pu obtenir par des voies directes et honnêtes ; eomme, par exemple, lorsqu'on a publié des mandements, — et même des instructions secrètes au clergé — avant même que les membres du clergé les eussent entre les mains.

Que YEvénement change de tactique ; qu'il cesse de faire la guerre aux bons principes ; qu'il confesse sincèrement son regret des fautes passées ; et alors les honnêtes gens pourront le patronner sans scrupules. Son salut est là, et seulement là I — (A. continuer.)

1*8 MIMÉRÀDX OANADIBNfl. 1(7

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