PIQURE DES INSECTES
La douleur que nous éprouvions ne le cédait en rien à celle que nous inflige la piqûre des Guêpes et des Abeilles, et plus de deux heures après, nous sentions cette même douleur, quoique plus faible en intensité, se remontrer encore par intermittences.
On sait d'ailleurs que la piqûre des coussins, puces, punaises, etc., produit des boursouflures, cuisantes bien différentes de simples piqûres d'épingles ou d'aiguilles.
Mais si l'anatomie n'a pu eucore constater dans ces insectes la présence de glandes à venin particulières, d'où viendrait donc la douleur que produit leur morsure?
Elle vient sans doute de la salive de ces piqueurs, qui contient un principe irritant ou du moins qui devient tel en se mêlant aux sucs des animaux à sang chaud Telle est l'opinion de Lacordaire, et de plusieurs autres auteurs.
Et la vertu que l'on attribue ici à la salive de ces insectes se trouve pareillement dans les sucs qui servent à lubrifier le jeu des différentes pièces dont se compose la tarière ou oviducte d'un grand nombre d'autres, reconnus aussi pour n'être point venimeux, tels qu'Ichneumons, Pim. pies, Cynips et G-allinsectes. La douleur que fait éprouver la piqûre de ces insectes, de même que les excroissances qu'elle produit sur les plantes, ne peuvent être non plus le résultat de la simple division des tissus; il y a aussi un suc étranger qui mêlé au sang produit cette douleur quoique peu intense, et qui inoculé dans la sève des plantes, produit ces excroissances, comme on en voit sur les Rosiers, la Verge-d'or, les feuilles de Chêne, etc. Une preuve de plus pour nous en convaincre, c'est que les femelles qui seules sont pourvues de ces tarières, savent fort bien s'en 6ervir comme arme défensive. Saisissez avec les doigts une femelle d'Ichneumon, de Pimple, d'Ophion, etc., vous la voyez aussitôt se replier l'abdomen en faisant ressortir sa tarière pour tâcher de vous atteindre l'épiderme quelque part, tandis que les mâles des mêmes espèces, dans la même situation, se relèvent d'ordinaire l'abdomen au lieu de l'abaisser.
Le Rév. M. Huart qui nous accompagnait lors de
notre capture de Bélostomes, se fit piquer, lui, par une Notonecte, antre punaise aquatique de moindres dimensions, mais dont les caresses assure-t-il, sont guère moins agréables. Il nous dit que la douleur éprouvée était aussi très vive, et cependant l'insecte n'était encore qu'à l'état de larve.
D'où nous pouvons conclure qu'il n'y a pas que les insectes venimeux proprement dits qui soient à redouter, mais que la piqûre de tous ceux qui sont susceptibles de l'opérer, soit par un rostre, un bec, ou une tarière, n'est rien moins qu'agréable.
LES SAUTERELLES
Nous offrons nos remerciements les plus sincères à notre ami, M. C. Y. Riley, Entomologiste d'Etat, pour le Missouri, pour l'envoi de l'opuscule qu'il vient de publier: The Locust Plagiée in the United States. (La plaie des Sauterelles dans les Etats-Unis), 236 pages in-12, avec illustrations.
M. Riley trace de main de maître dans cet opuscule, les caractères distinctifs, les évolutions, les habitudes, les dégâts de la Sauterelle de l'Ouest, Cafoptenus spretus, Uhler, tout en suggérant les moyens les plus efficaces de lui faire la guerre, de restreindre autant que possible les ravages qu'elle exerce sur les moissons dans l'Ouest, ravages tels, qu'en plusieurs années, des tribus entières se sont vues privées de toute récolte, et réduites aux horreurs de la faim dans la saison rigoureuse, grand nombre d'individus devenant les victimes du dénument et des privatious.
La Sauterelle de l'Ouest n'est pas identique avec celle qui, de temps à autres— et notamment cet été— exerce ses déprédations dans nos moissons ; cependant, elle en est si rapprochée, que certains entomologistes les ont confondues, ne les considérant que comme des variétés de la même espèce. Mais toutes deux ont les mêmes habitudes, le même genre de vie, et recherchent la même nourriture, de sorte que tout ce qui concerne l'une peut également s'ap-
LBS 8AUTKBELLI8 281
pliquer à l'autre. Aussi, conseillons-nous à tous nos cultivateurs qui sont familiers avec la langue anglaise, de se procurer le livre de M. Ri ley, ils y trouveront une foule de renseignements des plus utiles.
Le livre de M. Riley nous est arrivé avec d'autant plus d'à propos que, cette année même, effrayé des ravages de notre Sauterelle, Galoplenus femur-rubrum, DeG-éer, dont se plaignent les cultivateurs de tous côtés, nous nous étions mis à l'étudier plus spécialement, et surtout à la suivre dans ses évolutions.
11 y a plus de dix ans que nous répétons, sur tous les tons, qu'on a tard de si fortnégliger l'étude de l'histoire naturelle dans nos maisons d'éducation, qne les connaissances au moins élémentaires de cette science, sont une partie essentielle d'un cours classique complet, que sans prétendre au titre de savant ni d'érudit, il est telles de ces connaissances, d'application pour ainsi dire journalière, qu'un homme réputé instruit ie peut ignorer sans honte.
Il semble que la Providence ait voulu, cette année, se caarger, malheureusement, de nous donner raison, contre l'aveuglement d'un certain nombre qui s'efforçaient de ridiculiser nos observations, et l'apathie des autres qui ne voyaient pas encore la nécessité de dévier de la routine ancienne.
Voici que nous nous trouvons en face de deux plaies considérables, dont le montant des pertes qu'elles vont nous faire subir ne se calculera que par millions, et ces deux plaies, entièrement du domaine de l'histoire naturelle exigent également, tant pour leur distinction que pour les moyens de les combattre, des connaissances plus ou moins parfaites dans cette branche des sciences. Nous voulons parler de la Sauterelle cuisse rouge, Caloptenus femur rubrum, et du barbeau de la patate, Chrysomela decemlineata. Aussi, nombreuses sout les bévues dans lesquelles donnent tous les jours certains de nos journaux en parlant de ces deux insectes. Les uns veu. lent que la Chrysomèle ne prenne jamais dltiles, d'autres qu'elle soit actuellement à déposer ses œufs pour nous donner au printemps une nouvelle légion de ravageurs,
282 LB NATURALISTS CANADIEN.
d'autres enfin prétendent qu'il nous faudra chaque printemps une nquvelle immigration de l'ennemi, car, ajoutentils, il ne peut résister à la rigueur de nos hirers, etc.
Pour quiconque a seulement lu quelques pages d'uu traité d'entomologie quelconque, ce sont là tout autant d'avancés erronés et d'hérésies scientifiques. 1° La Chrysomèle étant un insecte à métamorphoses complètes, ne peut avoir d'ailes tant qu'elle est à l'état de larve, et c'est à cet état, et presque entièrement à cet état, qu'elle exerce ses ravages, car elle ne prend aucune nourriture à l'état de nymphe, et n'en prend que fort peu à l'état ailé. 2 Q Tous les coléoptères (barbeaux) de la famille des Chrysomélides, déposent leurs œufs sur les plantes dont se nourrissent leurs larves, et non dans la terre, par conséquent notre Chrysomèle n'a aucun souci de déposer actuellement ses œufs pour la nouvelle génération qu'elle doit produire l'été prochain, mais les femelles fécondées s'enfonceront dans le sol à l'automne, pour reparaître en Mai prochain afin de déposer leurs œufs sur les nouvelles pousses de patates qui se montreront alors. 3° Il est incontestable que cet insecte résiste fort bien aux rigueurs de nos hivers, en s'enfonçant ainsi dans le sol. On se rappelle que l'automne dernière, bon nombre de cultivateurs ont été surpris par des froids extrêmement hâtifs, si bien que plusieurs furent forcés de faire l'arrachage de leurs patates, lorsque déjà la neige recouvrait le sol de quelques pouces. Et tous ceux qui avaient reconnu la Chrysomèle dans leurs champs, en découvrirent un bon nombre enfoncées dans le sol lorsqu'ils le fouillèrent pour recueillir les tubercules. Ces insectes s'enfoncent-ils assez avant pour se soustraire à la gelée, ou ne font-ils que s'engourdir sous un froid modéré, pour reprendre leur activité au printemps? C'est ce qui n'a pas encore été constaté d' me manière certaine ; mais nous inclinons plus à nous arrêter au dernier mode qu'au premier, car la Chrysomèle n'est pas armée, comme les insectes véritablement fouisseurs, pour creuser le sol, surtout lorsqu'il serait un peu compact, et en second lieu, nous connaissons une foule d'insectes autrement délicats que notre barbeau, qui passent l'hiver dans quelques fis-
LES 8ÀUTERBLLE8. 283
sures de troncs d'arbres, exposés aux plus grands froid*, et qui reprennent bel et bien leur activité au printemps.
Il nous est arrivé, une fois, de trouver en hiver, dans une bûchette de notre bois de chauff ige, cinq Hémérobes, petits insectes plus délicats et aussi mous que les mouches ordinaires ; or ils étaient gelés aussi durs que des glaçons ; les ayant recueillis pour notre collection, nous ne fûmes pas peu surpris de les voir s'agiter et revenir à la vie, lorsque nous les rapprochâmes du poêle dans le but de les ramollir. •
L'avantage que nous offrira la sévérité de nos hivers sur les climats de l'Ouest,— et ce n'en est pas un léger, il faut le reconnaître— c'est que l'insecte, ici, ne pourra hiverner à l'état de larve, mais seulement à l'état de nymphe ou d'insecte parfait. Du moins les observations répétées que nous avons faites le printemps dernier, dans des endroits où la Chrysomèle s'était montrée l'année dernière, n'ont pu que nous confirmer dans cette opinion. Nulle part nous n'avons pu découvrir de larves dans le sol; tandis que nous avons vu, au commencement de Mai, aux Illinois, en 1870, les larves sortir de terre par légions, et dévorer entièrement les pousses de patates à mesure qu'elles se montaient. Il est tout probable que les femelles fécondées ou non qui passent l'hiver ici ne pouvant déposer leurs œufs que lorsque les poussses des patates seront déjà assez fortes, c'est à-dire, vers la tin de Mai ou plutôt au commencement de Juin, avec les quelques jours qu'il faudra encore à ces œufs pour éclore, nous porteront à n'avoir les ravageurs à l'œuvre que lorsque nos plants seront déjà passablement forts, assez vigoureux, pour subir des pertes modérées de feuilles sans périr. Et si dès lors on faisait aux rongeurs une guerre active, il n'y a pas de doute qu'on ne parvînt à rendre au moins leurs ravages supportables. C'est ce qu'ont pratiqué le printemps dernier une foule de cultivateurs soigneux avec le plus grand succès.
M. le Procureur du collège de St. Hyacinthe avait au moins trente arpents en patates, cette année ; du moment qu'il reconnut que les Chrysomèles se montraient, il engagea des femmes pour faire la cueillette des insectes ; et
284 LE NATURALISTS CANADIEN.
aa moyen de ces chasses répétées de temps à antres, il a pu conserver, sans dommage appréciable, sa récolte entière. Nous avons visité le champ en Août dernier, il y avait, sans doute, par-ci par-là, des groupes d'insectes encore assez nombreux, mais nulle part en nombre suffisant pour faire périr les plantes, et l'ensemble du champ présentait une apparence verte ne décelant aucune souffrance sérieuse. M. Stenson, l'inspecteur d'école de Wotton, et plusieurs autres du même endroit, nous ont dit pareillement qu'ils avaient sauvé leur récolte par le même procédé.
Pour revenir à nos Sauterelles des moissons, nous dirons ici que nous en avons 4 espèces différentes. Ayant toutes les mêmes .habitudes, et exerçant leurs ravages sur les mêmes plantes, et souvent de compagnie dans les mêmes champs, leur distinction spécifique, ne serait que d'importance secondaire, pour les cultivateurs ; mais comme nous écrivons aussi pour les entomologistes, nous ferons counaîtie en peu de mots les caractères qni les différencient.
Nos 4 Sauterelles ravageuses sont.:
1° Caloptenus bivittatus, Burmeister. .
2° Caloptenus femur-rubrum, DeGréer.
4° Caloptenus atlanis, Ri ley.
4° Caloptenus parvus, Provancher.
La première, Caloptenus bivittafm, la Sauterelle à deux bandes ; elle se distingue de toutes les autres par sa taille, sa forme plus trapue, et surtout par les 2 barres jaunes qui lai partant des yeux, se continuent sur les côtés du thorax, et so prolongent jusqu'à l'extrémité des élytres. De même que l'Œdipode ailes-rouges, Œdipoda phœnicioptera y Germar, elle passe l'hiver à l'état parfait, et se montre d'ordinaire de très bonne heure au printemps On la trouve souvent associée à la cuisse-rouge, mais elle ne se montre jamais elle-même en assez grande quantité pour causer des dommages considérables.
La quatrième, Caloptenus parvus^ se distingue surtout par sa petite taille et l'absence de taches brunes sur la
LES 8ÀUTIRKLLËS, 285
ligne médiane de ses élytres. On la rencontre aussi avec la cuisse-rouge, mais jamais en nombre considérable.
La deuxième et la troisième, Cal. femur-rubrum et Cal. attanis, sont celles surtout qui méritent particulièrement d'attirer notre attention, parce que ce sont celles dont nos cultivateurs ont particulièrement à redouter les ravages.
Les différences qui caractérisent ces deux espèces sont si peu notables, qu>» plusieurs auteurs ne veulent les con sidérer que comme d«»ux variétés de la même espèce, à laquelle ils joignent encore la Cal. spretrus de l'Ouest, et à laquelle on pourrait aussi rapporter notre petite 'espèce, Cal parvus.
La Sauterelle cuisse-rouge, Cafoplemus femur-rubrum, mesure un pouce, du sommet de la tête à l'extrémité des élytres, qui dépassent un peu l'abdomen. Le dos du pro thorax est d'un brun pourpre, quelques fois roug^-sang ; deux bandes noires partent en arrière des yeux et se prolongent sur les côtés du prothorax, sans toutefois envahir le troisième lobe. Ses élytres sont d'un brun roussâtre presque hyalines à l'extrémité, elles portent dans leur milieu une bande longitudinale se rétrécissant vers la base,chargée de taches brunes, en carré, plus ou moins nombreuses. Les ailes postérieures sont hyalines avec une légère teinte ver dâtreà la base. Les caisses postérieures d'un brun jaunâtre en dehors sont d'un rouge-sang en-dessous, et jaunes en dedans, portant de plus en dessus trois taches trans versales noires, sans y comprendre l'extrémité qui est aussi noire. Les jambes sont rouges avec des épines noires. Le dernier segment ablominal dans le mâle est relevé et tronqué en dessus, sans aucune co^he au milieu. Les couleurs sont assez variables dans les différents individus, le brun roussâtre étant parfois jaunâtre et d'autrefois très foncé ; mais les taches des cuisses postérieures, de même que celles des élytres sont invariables.
L'espèce allants se distingue surtout de la précédente, parle dernier segment abdominal du mâle, qui porte une petite échancrure en forme décoche au milieu, les élytres sont aussi plus longues, dépass tut l'abdomen d'à peu près
le tiers de leur longueur, et les taches de leur bande médiane plus grandes et plus distinctes.
Enfin l'espèce spretus, qui n'a encore jamais été rencontrée en cette province, diffère très peu pir sa coloration des deux précédentes, mais elle les surpasse en taille, mesurant d'ordinaire 1.20 pce et même plus. Le dernier segment abdominal du mâle, est relevé presque verticalement, rétréci à l'extrémité, et portant une coche comme Yatlanis.
Mais si cette dernière espèce diffère peu des précédentes gar sa coloration et ses habitudes en général, elle a cependant une particularité qui lui est propre, c'est qu'elle est voyageuse, à l'instar du Criquet voyageur de l'Afrique et de l'Asie. Ainsi, des légions éc loses dans le Minnesota, le Kansas et l'Est du Texas en 1876, émigrèrent par myriades vers le commencement de Juillet dans le Texas Ouest le Colorado, le Montana et Manitoba ; et plus tard, vers la fin d'Août, par un mouvement de retour, revinrent à peu près aux mêmes endroits qui les avaient vu naître, pour y déposer leurs œufs et perpétuer leur génération.
11 n'en est point de la Sauterelle cuisse-rouge, comme de celle à 2 bandes ou du Criquet à ailes-rouges, qui passent souvent l'hiver à l'état parfait. La première, après avoir déposé ses œufs dans le sol A l'automne, périt aussitôt» laissant à la chaleur du Soleil le soin de faire revivre sa progéniture au printemps, laquelle, aussitôt éclose, saura se pourvoir par elle-même, sans aucun secours étranger.
Si l'on examine attentivement l'extrémité de l'abdomen d'une femelle de Sauterelle, on verra qu'elle est pourvue d'une double paire d'appendices aigus, plus ou moins cornés, et susceptibles de mouvements propres. Ce sont là les outils qui lui servent à creuser le sol pour y déposer ses œufs. Ces appendices réunis sont enfoncés dans la terre comme une pointe, eu s'écartant ensuite, et par des mouvements de va et vient, ils agissent à la manière d'un foret pour agrandir le troui afin de permettre à Toviducte d'y passer. On a pu remarquer aussi que les femelles des Sauterelles ont à l'automne l'abdomen fort allongé, souvent du double de la longueur ordinaire ; c'est i'oviducte qui chargé
LES SAUTERELLES. 287
d'œufs se distend alors et s'allonge pour les porter à la profondeur voulue, qui va souvent jusqu'à près de deux pouces. On voit souvent à l'automne de ces femelles avec le derrière ainsi enfoncé dans le sol, sur les bords des chemins. C'est toujours dans un sol sec et à surface durcie que ces femelles placent leurs œufs, cette croûte ferme servant, sans doute, à les protéger contre les froids d'hiver.
Les œufs, de forme allongée, presque cylindriques, sont réunis en masses ou grappes do 20 à 30, retenus ensemble par une matière gélatineuse que dépose la femelle.
La plupart des femelles d'insectes ne font qu'une seule ponte, après laquelle elK*s périssent; cependant, pour la Sauteralle, comme pour la Chrysomèle, la ponte se repète jusqu'à trois et quatre fois chaque ponte étant précédée d'un«nouvel accouplement; de sorte que chaque femelle peut déposer au moins une centaine d'œufs dans la saison
Chez les insectes à métamorphoses complètes, comme les Coléoptères, les Lépidoptères etc., la larve se montre d'abord sous forme de ver ou de chenille, différant toujours grandement de la forme de l'insecte parfait. Mais avec les Orthoptères, ordre auquel appartient la Sauterelle, les métamorphoses sont incomplètes, et la larve, au sortir de l'œuf, a à peu près, la même forme que celle de l'insecte parfait, sauf toutefois, la taille, et les ailes qui lui manquent toujours à cet état.
La larve de Sauterelle, échappée de l'œuf enfoui dans la terre, s'ouvre un chemin à l'extérieur au moyen de ses pattes, et dévore la première verdure qu'elle rencontre, car elle esta peu près omnivore. La croissance ne se fait pas chez elle insensiblement comme chez les animaux supérieurs, mais par sauts et par bonds pour ainsi dire. Cette larve, en se gorgeant de nourriture, augmente naturellement sa taille, mais comme la peau qui la recouvre est peut élastique, il arrive à un moment donné que cette peau cède tout à coup à la tension extérieure ; elle se fend sur le dos d'abord, et une larve beaucoup plus forte que la première sort pour ainsi dire de cette enveloppe, d*> cet habit qui la gênait trop. C'est ce qu'on appelle la mue des larves.
Les Sauterelles subissent ainsi jusqu'à quatre de ces mues, avant de passer à l'état parfait, et à chacune, leur taille se trouve considérablement augmentée, et les étuis ou sac« qu'on leur voit sur le dos renfermant les embryons des ailes et élytres qu'elles porteront plus tard, se montrent aussi de plus en plus volumineux, sans toutefois laisser se développer leur contenu, ce qui n'a jamais lieu qu'à la dernière mue.
Les Sauterelles sont à peu près omnivores, c'est-à-dire qu'elles peuvent se nourrir de presque toutes les plantée, et même de fruits et de chair, bien qu'elles aient des préférences pour quelques plantes particulièrement. Les céréales en général, et surtout le blé, sont les plantes qu'elles recherchent d'avantage, mais, à leur défaut, elles s'attaqueront au gazon des près, au lin, aux pois, recherchant surtout les gousses— aux fanes de patates, au tabac, au sarrazin, aux oignons etc. Le Sureau, l'Orme le Chêne, et toutes les Légumineuses en général, ne paraissent leur convenir que lorsqu'elles ne peuvent trouver rien autre chose plus à leur goût.
Voyez-les dans les céréales ou les prairies, elles commencent par dévorer le limbe des feuilles qui constitue sans doute la partie la plus appétissante, puis elle passent aux pétioles, aux gaines, aux glumes ou balles des épis, et enfin au chaume même, si bien que les prairies nô présentent souvent que des champs dépourvus de toute verdure, où se montrent les chaumes seuls des graminées, et les champs de blé, d'orge, d'avoine etc., des amas confus d'épis entremêlés aux chaumes rompus et à moitié dévorés étendus sur le sol. Dans les avoines, elles coupent d'ordinaire les ramifications de la panicule qui porte les grains, et envoient souvent d'un seul coup de mâchoire quatre a cinq grains rejoindre le sol. On nous a montré des champs dernièrement à Wotton et Windsor, où il n'y avait pas moins d'une bonne semence ainsi éparpillée sur le sol par l'œuvre des Sauterelles. Aussi bien est-ce dans les avoines que nos Sauterelles causent d'ordinaire les plus grands dommages en cette Province, sauf toutefois, le cas où elles font disparaître toute verdure d'un champ, à la manière de la Sauterelle voyageuse de l'Ouest.
Les Sauterelles, pour passer la nuit, aiment surtout des appuis solides et fermes, aussi les voit on généralement vers le soir, rechercher les clôtures. Dans les champs de blé et d'orbe, elles» s'accrochent le plus souvent à. l'épis pour prendra leur repos de la nuit, et s'il arrive alors qu'un fort vent vienne a souffler, le chaume ne pouvant supporter un tel poids, se rompt en entraînant l'épi sur le sol.
A continuer.
u ^^ LE
Vol. IX. CapRouge, Q., OCTOBRE, 18T7. No. 10.
Rédactenr : H. l'Abbe PROMNCHER,
FAUNE CANADIENNE