SOUVENIRS ENTOMOLOGIQUES
et j'ai trouvé ici beaucoup d'insectes fort intéressants, dont plusieurs espèces nouvelles d'hyménoptères furent décrites par mon ancien ami et correspondant, feu M. l'abbé Provan cher, le grand naturaliste canadien,dans ses Additions à la Faune enioniologique.
Et j'espère revenir souvent dans ces champs pendant les années prochaines,toujours certain de voir des choses nouvelles et de trouver encore des insectes jusqu'à présent inconnus. Voilà le charme d'être naturaliste, même naturaliste simplement amateur ; on ne s'ennuie jamais à la campagne, en n'importe quelle saison ; la nature offre toujours ses dons à ceux qui les cherchent.
Aujourd'hui, pour des gens qui ne sont pas accoutu mes à la chasse laborieuse des insectes, il fait peut-être trop chaud dans le pré où le vent n'arrive pas, de sorte qu'il faut grimper au sommet de l'éminence par un sentier qui passe à demi hauteur devant une source d'eau fraîche et claire, où beaucoup de piétons s'arrêtent pour se désaltérer.
Tous les beaux dimanches de l'été, on peut voir des groupes heureux qui viennent en famille pour échanger la chaleur accablante des rues étroites contre l'air pur et parfumé des champs fleuris. C'est pour eux un charme que de voir la verdure de sentir le parfum des fleurs et d'entendre les sifflements mélodieux des oiseaux. Les vieillards se reposent sous les arbres ; les hommes ont la pipe séduisante à la bouche ; les femmes causent, c'est toujours leur droit, tout en surveillant les enfants qui courent sur la lisière des bois arrachant les jolies fleurs ou chassant, presque toujours inutilement, les papillons parés de riches couleurs ou les demoiselles aux ailes brillantes.
De notre hauteur,nous pouvons encore entendre les cris de joie que poussent ces charmants petits,et nous nous rappelons les plaisirs semblables de notre enfance, quand les jours nous semblaient plus brillants et plus joyeux qu'ils ne
sont à présent.Moi, pour un moment, je me crois encore enfant, voyant les vagues déchirées par la tempête, humant Tair humide et odorant des plages salines, ou traversant la forêt de sapins et de mélèzes pour chercher les truites tachetées dans les étangs et ruisseaux.
Mais le coup sonore du canon de midi me rappelle que je ne suis plus à mille milles de la capitale de ce grand pays, et qu'il faut que nous revenions à nos moutons, c'est-à-dire aux insectes. Le sentier par lequel nous grimpons débouche sur quelques champs bien cultivés,autour desquels il continue jusqu'à ce qu'il entre dans les bois. La vue est plus étendue que dans le pré, et au lointain les montagnes bleuâtres des Laurentides coupent l'horizon du nord. Ça et là dans les champs sont dispersés de beaux arbres, et sous le plus grand nous nous asseyons dans l'ombre rafraîchissante de l'épais feuillage. Ici nous pouvons être à notre aise, à l'abri du soleil brûlant, et en môme temps recevoir le vent qui souffle doucement de l'ouest, répandant l'odeur du trèfle.
Pour celui qui va parler d'insectes, il y a un grand embarras de richesses ; on ne sait ni où commencer ni où finir. Un de mes amis me demanda un jour : " Que ferez-vous pour vous amuser, lorsque vous aurez trouvé tous les insectes ?" Je lui répondis : **Mais cela ne peut jamais arriver !" Dans une ville, on ne connaît que les mouches et quelques autres insectes fort nuisibles dans la maison. À la campagne, au contraire, la chose est bien différente ; on y trouve des espèces innombrables qui habitent les jardins, les champs et les bois, et on y souffre beaucoup de leur surabondance. Si l'entomologiste avait dix fois la "vie d'un chat," il ne pourrait accumuler qu'une moitié même de nos insectes canadiens, et pour savoir toute l'histoire de ces espèces, il lui faudrait des vies encore plus longues et plus nombreuses.
Ecoutez comme tout l'air est rempli d'un murmure incessant, composé d'une variété infinie de tons inarticulés !