VOL XXYI C^OL. TI DE LA DETXIÈME SÉRIE) NO S
Gl^ico)itin)i, Juiq 1899 Directeur-Propriétaire: Fabbe V.-A. Huard JL'ABBfi FBOVANCHEB
(Continué de la page 44)
Cela signifie qu'une nouvelle édition est devenue né— cessatre, et devrait être publiée assez prochainement. Posrsédant l'herbier de l'abté Provancher et la liste des additions et corrections qu'il avait dressée lui-mômc eti vucrr d'une réédition, il me srrait cert»iinement agréable d'ofinar à nos amateurs cette FJo/r revue, corrigée, rajeunie enfim^ Mais il y a là une question de loisirs suffisants, et surt04it de: capital à engager, qui ne me paraît pas facile à résoudre^ ausi moins pour le moment.
Mais il est temps de finir cette longue étude de las. F/ore canadienne de Provancher. Je n'ai pas craint ni jîp nt regrette de lui avoir laissé prendre des proportions un pcua considérables : cet ouvrage a été la première œuvre scier»— tifique de longue haleine qui soit sortie des presses du Canada ; il a été le plus utile des livres publiés par notre illustrcn naturaliste. A ces titres, et à d'autres encore, il fallait,, mesemble-t-il, en tracer une sprte de monographie, laquelle assurément avait bien sa place dans les pages du NatttraJis-te canadien.
7— Juin 1899.
Toutefois, avant de passer à un autre sujet, je dois revenir sur un incident mentionné dans Tune des pages précé- ^ntes.
J'ai exprimé le regret, on s'en souvient, de ne pouvoir tterminer Tétude de la Flore canadienne par la reproduction <iu compte rendu consacré à cet ouvrage par Asa Gray dans le SilUma?t* s Journal, Eh bien, aujourd'hui, je suis en anesure d'insérer ici cet article dont Mgr Laflamme, recteur <ie l'université Laval, a eu l'obligeance de me communiquer 3e texte, extrait du Vol. XXXV, 2e série, de Y American Journal of Science {Silliman' s Journal.) En voici Ja traduction:
'Tlore du Canada. — Flore canadienne etc.
"Il est agréable de constater que la botanique attire assez d'attention, dans le Bas-Canada, pour amener la publication d'une Flore canadienne en langue française ; et le fait d'avoir publié un ouvrage comme celui dont il est ici question, d'une exécution aussi réussie et d'une impression si remarquable, parle hautement en faveur du zèle et de l'esprit d'entreprise de l'abbé Provancher. Sans doute cet ouvrage n'est qu'une ceuvre de compilation ; et son auteur est évidemment un novice, médiocrement familier avec les plantes de son voi.si- -nage. Mais il fait un beau début, avec un livre qui pour le présent peut très bien avoir l'utilité éducationnelle que l'on avait en vue. La Flore critique du Canada et des autres provinces est encore à écrire, et sera d'un genre différent.
*'Les gravures sur bois, **plus de 400," qui illustrent les •ordres et à qui leur encadrement français donne un aspect si nouveau, ont toutes été prises dans le Gray*s Botanical Text Book% excepté les cinq gravures des Fougères, qui proviennent du Manual: c'est un choix qui fait honneur au bon goût de l'abbé, plus que ne fait son omission de l'indication de leur provenance."
Voilà ce que le grand botaniste américain a cru dcvo'r dire de la Fîore de l'abbé Provancher. Nous appellerior s cela, aujourd'hui, un ércintement en règle. Je n'ai pas craint pourtant de faire lire à nos compatriotes cette appré- 4:iation sévère d'une œuvre importante de notre illustre sa-
l'abbê provancher 83
vant canadien, parce que j*estîme qu'elle n'est'pas propre à diminuer sa gloiie : cette critique est trop manifestement exagérée pour amoindrir son mérite.
D'abord, avant de m*inscrire en faux contre l'article d'Asa Gray, je ferai rémarquer que l'auteur de la Tlore canadienne est Tabbé Provancher de 1863, et non celui de 1892. Trente ans, dans la vie d'un écrivain et d'un savant, c'est une période d'assez longue durée pour que l'on soit moins exigeant, lorsqu'il s'agit d'une œuvre du •commencement de sa carrière. En outre,personne n'a jamais prétendu que la Flore de Provancher est un pur chef-d'œuvre ; personne non plus ne devait s'attendre,à l'époque de sa publication, à ce qu'un ouvrage de ce genre atteignît du pre- •mier coup une aussi rare perfection. Que l'on nous montre une œuvre scientifique d'importance dontla première édition •soit définitive, et dont au contraire les éditions successives n'ont pas été comme des étapes de son perfectionnement ! Enfin, pour apprécier exactement le mérite de l'auteur de la Flofe^ il fallait tenir compte des conditions dans lesquelles il avait travaillé, c'est-à-dire à peu près isolé, livré à ses seules ressources, sans pouvoir profiter des études d'aucun devancier ; en un mot, il a fait œuvre de pionnier de la science, dans le Canada : c'est là un fait qu'il importe de ne pas per- 'dre de vue, quand on veut juger l'œuvre de Provancher.
Maintenant, je demanderai au lecteur combien extraor- •dinaire devrait être la valeur d'un livre de science publié par un Français des bords du Saint- Laurent, pour que, à l'heure actuelle, le public des Etats-Unis en fit grand état ! Sans vouloir insister sur un point de vue de cette sorte, je lui demanderai aussi s'il s'imagine que, voilà trente-six années, iin citoyen de la république voisine devait être beaucoup porté, à priori, à trouver admirable un ouvrage scientifique publié au milieu de ce petit peuple français dont l'on connaissait à peine l'existence !
"It îs of course substantially a compilation'*, dit Asa Gray de la Flore canadienne. Et quand il en serait ainsi,, où est le mal ! Si pour avoir une Flore canadienne, il avait fallu attendre que quelqu'unTût en état de faire lui-même la description détaillée de chacune des espèces végétales du Canada, je crois que nous manquerions encore de Flore du Canada.
"The author is of limited acquaintance with the plantsaround him." Voilà bien l'assertion la plus étrange du botaniste américan. J'ai dit ailleurs quel était l'esprit d'observation de l'abbé Provancher, et les voyages qu'il fit en divers endroits du Canada ; on se rappelle aussi ses relations avec tout ce que le pays comptait alors d'amateursde botanique. Cela suffit pour détruire le reproche d'Asa Gray. D'ailleurs, il n'y a qu'à ouvrir la Flore canadienne pour voir consignées en tant d'endroits des indications d'habitat des plantes, et d'autres remarques, qui ne peuvent être que le fruit d'observations personnelles.
**La Flore critique du Canada est encore à faire", ajoutait l'écrivain du Silliman' s Journal, Cela était vrai, mais ne diminuait en rien la valeur de l'ouvrage de Provancher. Ce que celui-ci se proposait, et ce qu'il importait de faire, c'était un ouvrage qui permît aux amateurs de botanique de se guider à travers le règne végétal du Canada. Provancher a fait ce livre dont on avait besoin, et le service qu'il a: rendu par là à la science canadienne est considérable. A plus t£.rd, quand le terrain sera déblayé et que les ouvriers seront nombreux, le souci de faire de la "botanique critique" dans le Bas-Canada ! Or, depuis l'abbé Provancher de 1863, je ne vois personne qui se soit mis en peine, dans la vallée du Saint-Laurent, de rédiger "the critical Flora of Canada", qui restait à écrire après la publication de la Flore^ canadienne.
Quant à l'afifaîre du plagiat des gravures de la Ftore,]*exL ai déjà parlé assez au long.Assurément,je ne puis faire repro-