‹ Le Naturaliste canadien (volume 5)Chapitre 106 sur 122 · VOL XXYI (^OL. TI DE LA DECXIÈME SÉRIE) NO · texte numérisé non relu

VOL XXYI (^OL. TI DE LA DECXIÈME SÉRIE) NO

Gl^icolitlnii, juillet 180»

Dirccteur-Proprictaire : I'ftbbe V.-A. Huard

Station biologique maiiDe du Canada

Le manque d'espace nous empêche de donner^ en cenuméro, des nouvelles de ce qui a été fait, jusqu'ici^ poac:* l'organisation de cette institution scientifique. Nous y leviendrons dans notre livraison prochaine, qui sera puWiée^ au commencement d*août.

Disons seulement, aujourd'hui, que la Station a été. fixée à St. Andrews, N. B., et qu'elle sera mjse en. opération dès cet automne. M. Edward E. Prince, du ministère, de la Marine et des Pêcheries du Canada, en a la direction:.

Comme, en sa qualité de membre du Bureau JadJminîstration, le directeur du Naturaliste canadien a la faculté de présenter des candidats aux facilités qu'offrira la Stations pour les études biologiques, il recevra et transmettra volontiers, à qui de droit, les applications de quelques compa^ triotes qui désireraient profiter de ces avantages. Nous^ cïc.ignons pourtant qu'il ne soit déjà tard, cette année^ potcr être ainsi admis à travailler à la Station. 8— Juillet 1899.

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L'entomolotie tragi-comique dans nos irands journaux

Après avoir été si longtemps négligée et même totalement mise de côté, voilà que l'entomologie a les honneurs de la publicité, depuis quelques semaines, dans les organes de la presse canadienne. Grâce surtout à nos grands journaux, le public canadien apprend tous les jours des merveilles sur Iss mœurs des insectes ; on pourrait ajouter que les savants eux-mêmes trouvent dans ces journaux des faits qui renversent toutes les données scientifiques qu'ils avaient acquises. €crtes, nous désirons beaucoup que le public soit mis ati contrant des progrès de la science ; nous souhaitons même que tout le monde possède au moins les éléments de toutes les sciences. La presse peut faire beaucoup pour que ces résultats soient atteints le plus possible. Mais la première condition à réaliser, n'est-ce pas de ne faire lire aux gens que des choses exactes ? L'ignorance des faits scientifiques n'estelle même pas préférable à une science toute de fantaisie ? Pourtant, une borme partie de l'éducation entomologîquc que l'on donne à nos compatriotes, depuis un mois, ne se compose que de faissetés, de fantaisie, et même de colossales absurdités.

Par ce temps de vacances générales, nous convions les entomologistes qui nous lisent à s'amuser avec nous, un moment, des choses extraordinaires que les grands journaux de Montréal viennent de découvrir dans le monde des insectes.

C'est la chenille à tente.ou Clisiocampe^ que l'on a servie d'abord à toutes les sauces. Cet insecte, comme on sait, a ravagé cette année la partie ouest de la Province. Durant les deux années précédentes, c'est notre région qui fut le théâtre de ce fléau ; et nous en avons alors parlé assez au

l'entomologie tragi-comique 99

Hong pour n'avoir pas à y revenir. Cette année, les domma*

•ges n'ont pas été considérables dans ce district du Saguenay;

et il est à croire que Tan prochain cet insecte ne sera pas

ici en plus grande abonda ice que dans les années ordinaires.

Ce n'est pas la première fois que cet insecte se multiplie

aussi extraordinairement ; et ces sortes d'invasions auront

•encore lieu dans l'avenir, après despérioies plus ou moins

longues. En tout cas, c'est la région de Montréal qui a reçu

cette année la visite du Clisiocampe, si désastreuse pour les

arbres des vergers et des forêts.

En son numéro du 24 juin, la Patrie donnait une gra* vure du papillon provenant de cette chenille ; l'insecte, sur •cette image, a bien 5 ^ pes d'envergure. Il est vrai que» •dans le texte, on ne lui donne qu'une expansion de 2 j^ pes , mais c'est encore trop, puisqu'il n'atteint réellement pas 2 pouces. Ajoutons que, dans cette gravure, nous ne reconnaissons aucunement le papillon du Clisiocampe : c'est un insecte fantaisiste que l'on nous a servi là. Ne disons rien des "chenilles'' qui accompagnent, sur la gravure» rénorme papillon de la Patrie^ et qui ressemblent plutôt à des limaces. Arrêtons-nous plutôt au texte, où nous lisons avec stupeur que ces chenilles"vivent à peu près trois mois'* (ce qui est exagéré des deux tiers), '' deviennent ^nsuxtt à l'état de chrysalide et se transforment en mouche." Voilà bien le bouquet : c^s papillons ne sont que des mouches/ ''La femelle, dit encore notre entomologiste d'occasion, meurt aussitôt qu'elle a déposé ses œufs, à l'automne, sous les feuilles des arbres." La vérité, c'est que la femelle du Clisiocampe Tait sa ponte au milieu de l'été, et dépose ses œufs, non pas sous les feuilles des arbres, mais en anneaux autour des petits rameaux ligneux des arbres.

La Presse du 8 juillet consacre une demi-page "au fléau des chenilles qui ravagent nos campagnes." On y voit plusieurs gravures, entre autres celle du grand papillon, quoique •légèrement réduit dans ses proportions,que nous venons d'ob-

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server sur la Patrie du 24 juin, puis de nombreux individus de nos "limaces** de tantôt. Une autre gravure, exacte cellelà, représente la vraie chenille à tente, avec ses œufs en anneaux. Mais c*cst le texte qui est surtout intéressant. On y Ht donc — remarquez que Ton veut parler **des chenilles qui ravagent nos campagnes,** c'est-à-dire du Qisiocampe — qre la femelle dépose ses œufs **en grappe serrée, soit dans le creux des rochers, dans l'int'^rsticc de^ terrains rocailleux ou sur les troncs d'arbres." On y voit aussi que "la durée d'existence de cette variété de chenilles n'est que d'environ trois mois.*' Qui reconnaîtrait là nos chenilles à tente ! D'autant que si ce fléau exerçait ses ravages durant trois mois, hs troncs d'arbres eux-mêmes y passeraient bien ! — Puis, l'on nous raconte que, en i869,M. Trouvelot introduisit d'Europe, dans le Massachusetts, une "chenille femelle"(!) qui fut le premier ancêtre américain des chenilles à tente dont les ravages ont été depuis si considérables. Voici que nous commençons à comprendre ce qu'il, en est, d'autant mieux que l'entomologiste de la Presse ajoute que Tinsecte " est connu sous l'appellation scientifique de *Tarthetria Dispar." On l'appelle vulgairement (ajoute-t-il) "la chenille à tente."

Il s*agit tout simplement du papillon OCNERIA dispar X-^, bien connu aux Etats-Unis sous le nom de Gypsy Moth.^ows en avons parlé, ici même, en 1895 (Vol. XXIf, p. 36), et en 1896 (Vol. XXXIII, p. 142). Voilà la clef du mystère. On est tombé par hasard sur quelque étude d*une publication des Etats-Unis traitant des ravages causés dans les Etats de l'est par les chenilles du Gypsy Moth ; l'on a décidé qu'il s'agissait là de nos chenilles à tente, et l'on a trouvé l'occasion belle de faire grand étalage de science entomologique, aux dépens du lecteur non initié.

Nous n'avons pas besoin de dife que le Gypsy Moth n'a pas encore fait son apparition, au Canada, ailleurs que sur la première page de la Presse du 8 juillet 1899.

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