VOL. XXYI (TO^ ^^ ^^ ^^ DEUXIÈME SÉRIE HO
Gt^lcolitiii^l, septembre 1899 Dîrcctcur-Proprictairc : Tabbe V.-A. Huard
All pole Nord
Le 28 août dernier, nous avons eu le plaisir de recevoir la visite du Capt. J.-E. Bernier, l'auteur bien connu d'un projet de voyage au pôle Nord. Deux heures durant.raimable marin nous a entretenu de l'expédition qu'il prépare de longue main, nous décrivant le navire de construction plutôt étrange qui le conduira le plus loin possible dans Tocéan polaire, nous expliquant les raisons qui ont déterminé le choix de la route qu'il entend suivre, nous racontant d'avance les travaux et les observations des membres de l'expédition, nons donnant même des détails sur plusieurs points de son plan de voyage qu'il garde relativement secrets. Et il fait bien de ne pas livrer au public tous les détails de son organisation ! Car il y a, dans l'univers, des pays où il faut piétiner sur place moins longtemps qu'au Canada, avant de pouvoir réaliser des projets scientifiques. Nos voisins des Etats-Unis, par exemple,ne se gêneraient guère de mettre à exécution sans, aucun retard les plans du Capt. Bernier, s'ils en connaissaient seulement toutes les lignes essentielles.
10 — Septembre 1899.
130 LT: TVATURALISTjE CANADIEN
En février, nous désignions it Bernier comme" Thomme de Vœu\ rc/' La connaissance persofip&Uc que nous avons eu .le plaisir de faire du hardi navi^tefu^ a plein^mevit justifiéànos veux la justesse de ccttêappeHation.CedésJr d'exptererlesomnict septentrional du globe est en effet, chez lui,comme une sorte de vocation. A part son extraordinaire vigueur physique, à part Texpérience et la science qu'il a acquise?? par un tiers de sitcle de navigation sur tous les océans, le capitaine a mûri son projet de voyage au pôle Noid depuis plus de vingt années. Aufsi il paraît connaître toutes les conditions climatériques et autres des régions boréales comme s'il y avait passé sa vie. Il est au fait de toutes les explorations antérieures de ces lieux, et des résultats qu'elles ont valu à la science, et des erreurs ou des fautes commises par ses devanciers. C'est merveille surtout de voir avec quel sens pratique ec quelle prudence impeccable il a pensé à tous les détails du futur voyage d'exploration, "ne laissant rien à la fortune de ce qu'il peut lui ôter par conseil et par prévoyance" (comme parlait Bossuet, qui, par exemple, ne di?ait pas cela du Capt. Bernier). Bien qu'enthousiaste de son idée, il en calcule froidement toutes les chan- 'ccs et tous les risques, il prévoit tout ce qu'il est humainement possible de prévoir, et il prend ses mesures en consé- <3uence. En de telles conditions et avec un homme de cette trempe, le projet nous paraît d'exécution relativement facile ; et nous croyons que le succès de l'entreprise . est plus que prcbable.
Malheureusement, voilà l'entreprise retardée d'une année,le gouvernement d'Ottawa n'ayant pas accordé,au coura de la récente session, la subvention sur laquelle comptait l'opinion publique, comme aide au Capt. Bernier — qui, jusqu'aujourd'hui, a dépensé $5000 de sa fortune personnelle en faveur de la réalisation de son projet. Cette abstention du gouvernement nous avait fait penser d'abord- que l'Etat se désintéresse tout à fait de cette question d'une expédition
AU POLE NOi^D , . Î3*
'canadienne ; mais nous avons appris avec joie que ce n'est 'que partie remise jusqu'à la prochaine, ses^ion^oii Ton votera 'certainement, paraît-il, le secours demandé. Tant mieux ! £t il ne faudra pas retarder dàvantapré, si Ton tie veut pas que le brave marin canadien, vieillissant comme nous d'un an par année, et désespérant de rien obtenir de sa patrie,' aille offrir aux Américains une aubaine dont ils sauraient tout de suite profiter. Mais, on peut le croire, ce serait li mort dans Tâme que notre compatriote se verrait obligé dé planter au pôle le drapeau étoile au lieu de nos couleurs na* tionales.
Croirait-on que, déjà, quatre-vingt-dix personnes ont ^lemc-^ndé à faire partie de ce voyage d'exploration qui durera quatre années, et dont le personnel ne comprendra que "huit hommes en tout ! Un professeur des Etats-Unis, dont plusieurs spécialités scientifiques indiquent la compétence, paraît avoir été accepté des premiers. Des demandes ont même été reçues de la part de deux prêtres canadiens français ! Le Capt. Bemier ignore encore si : les circonstances lui permettront de s'assurer ainsi la pré&ence d'un ecclésiastique dans le personnel de son expédition. Il dit toutefois volontiers combien il aurait de bonheur à voir un prêtre au nombre de ses compagnons, non seulement afin de n'être pas privé durant un si long espace de temps des secours religieux, mais aussi parce qu'il aurait tant de joie s'il voyait un prêtre canadien-français planter la Croix sur l'extrémité de l'axe de la terre, en même temps qu'il y fixerait lui-même le drapeau du Canada. . . Voilà une belle idée 'ctqui honore le marin patriote et chrétien qui s'en inspire. Si un aussi beau rêve se réalise par la grâce de Dieu, il y aura, en ce temps-là,un sublime sujet de poème lyrique,qui fournira à quelque jeune barde de la vallée du Saint-Laurent l'oc- 'casion de faire résonner son luth longtemps silencieux.
Quelques aperçus sur la géologie du Saguenar
(Continué de la page 122)
Eh bien, dites-nous qui aurait mis à découvert ces rK ches dépôts houil'ers, ces intéressantes mines de charbon^ que personne n'aurait soupçonnés sous ce fond de mer après le soulèvement que nous venons d'entrevoir, et que nous ignorerions peut-être encore, si les rivières,formées des torrents surgissant de ces fameuses montagnes, n'eus»ent pas,en creusant leurs lits profonds dans cette grande plaine toute trempée et dénudée pour rattrapper la mer qui fuyait^ frôlé d'aussi p^rès par hasard ou par accident quelques-uns de ces dépôts houillers et dévoilé ainsi leur secrète existence ? Ce ne sont pas les géologues !
Vous dites que ce ne sont pas les géologues ? Parce, que c'est d'après eux-mêmes que vous parlez ainsi, n'est-ce pas ? Mais il n'y a rien de surprenant à cela. Ces messieurs ne sont pas géologues dans le but simplement de faire des découvertes, de chercher ici et là si telle couche géologique ne. contiendrait pas par hasard de ceci,de cela ; ils savent d'avance à quoi s'en tenir.Lçur spécialité ne s'étend pas à des limites incertaines ; elle consiste bien à constater si telle matière, par exemple, trouvée dans telle formation, soit : l'or» Targent, le cuivre, le fer, ou le granit, le marbre, le quartz, le schiste ... la houille ! est bien la chose vraie, le minerai indiqué,la roche nommée par le prospector en voie de découverte, qui, lui, est justement l'homme à voir à ces sortes de choses. "Non pas nous !" se disent ces hommes de la science. "Nous, Dieu merci, nous n'avons pas à nous occu- "per de ces détails. Ce sont les secrets de la science que "nous cherchons à deviner, à découvrir, mais non pas ces "mines d'or, d'argent, de houille, de pétrole, ni ces carrières **de marbre, de granit, de calcaire, etc., qui intéressent,il est "vrai, le commun des mortels. Mais, voyez-vous, notre
yjUELQUES APERÇUS SUR LA GÉOLOGIE DU SAGUENAY 133
^•science ne regarde pas à la valeur,nî à Timportance des mentaux, des minéraux ou d'autres matières : elle les constate ^de w«,bien entendu,elle en prend pote : voilà tout. Que ce **soit un grain de sable ou un grain d*or, elle ne tâtonne pas *'pour le dire et le prouver, s'il vous plait. La géologie^ ^*voyez-vous, est la doctrine ou la science^ si vous voulez, de ^^la formation- et de la structure de la terre en dessous de la ^*sur/a€e, La terre peut exister sans Tor et la houille ; tout **comme Thuître peut vivre sans la perle ; de même la scien- •*ce géologique exi^iterçi elle aussi toujours quand même,
"Voilà!"
Si la houille est si bien constatée dans les Territoires du Nord-Ouest, comme nous venous de le* voir, pourquoi son existence dans le grand bassin silurien y du lac St-Jean serait-elle idéale .et controuvée,quand la formation géologique de ces deux régions, pour ainsi dire identique et du même ^ge, quoique sous une échelle différente,? tend à prouver tout le contraire, c'est-à dire, que la houille doit tout naturellement y exister et qu'elle y existe évidemment ?
Ce rapprochement que nous venons- de faire ne doit pas être préjudiciable, comme vous voyez^' à ia théorie que nous défendons. Au contraire, si nous n'avons rien exagéré— ce dont nous sommes convaincu — ce rapprochement nous mettra sur la voie des découvertes que le hasard seul a pu retarder : car si la vallée du lac St Jean se fût égouttée par la fameuse crevasse qu 'un cataclysme ouvrit un jour sous son lit,et que celle-ci eûttenu ouvertes ses deux superbes lèvres, qui ont fait défaut par endroits, nous aurions vu re» luire depuis longtemps, au grand jour, sur leurs rebords imposants, de pareils dépôts de houille comme on en voit briller su^Je§.berges élevées de la Saskatchewan et de ses 'tributaires^