‹ Le Naturaliste canadien (volume 5)Chapitre 44 sur 122 · CINQUIÈME DE LA DEUXIÈME SÉRIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME DE LA DEUXIÈME SÉRIE

L'abbé Y.-A. Hnard, Directeur-Propriétaire

CHICOUTIMl Inaprinierie de W Péfyniè

le:

VOL. XXV (VOL. 7 DS LA DEUXIEME bERlli:) No 1

Olilcoiitiiiiiï Janvier 1B98 DireotBurPropriétaire ; l'albé Y.- A. HtlAED

Les Noces d'argent du ** Naturaliste "

Le Naturaliste canccdieii atteint aujourd'hui sa vïngtclaquièrae année d'existence. Ce n'est pas sans émotion que je me vois la plume en main pour signaler au public cet événement qui l'intéressera un moment

Il n'y a pas beaucoup de publications qui en ce pays arrivent à leur quart de siècle. Que les hommes de mon âge se rappellent la multitude de journaux et de revues, politiquevS, littéraires, scientifiques ou religieux, qu'ils ont vus naître et mourir depuis vingt-cinq ans. Un petit nombre seulement parvient à échapper à toutes les causes de maladie et de mort qui sont semée ^ partout sur la route.

Parfois, dans une famille, c'est l'enfant le plus maladif et le plus débile qui, trompant toutes les prévisions, passe victorieusement à travers l'adolescence et l'âge mûr, pour arriver même à la vieillesse. C'est un peu l'histoire du Naturae liste, à qui il a même fallu trente années pour atteindre le quart de siècle.

Car c'est en décembre 1868 que parut le premier numéro du Naturaliste.

Oh ! je m'en souviens ! J'étais alors élève de Belles-Lettres. Mon condisciple et ami Philippe Masson — le futur journaliste de VOitvrier cathtjlique et du Courrier de VOuest — souscrivit aussitôt à la nouvelle revue. Qu'on ne me demande pas à l'aide de quels irrésistibles arguments il réussit 1— Janvier 1898.

2 LE NATURALISTE CAKADlEN

à obtenir de ses pareota les deux dollara qu'il fallait payer d'avance pour prenilre cet aboimement : je n'en mi^ riaix Je sais. seulement que la Providence a toutes sortes de voies pour faire tourner les choses cou une Elle veut Car c'etîut MaasOD qui était abonné à la revue scientifique, et ce fut moi, à qui il en communiquait chaque livraison, qui y gagnai la passion de Thistoire naturelle. Et je ne fus pas pris à nioitié 1 Je dévorais chaque numéro, à mesure qu'il en paraî^^ait uo. Aujourd'hui encore, à feuilh ter le premier volume du Naturaliste, je retrouve avec toute leur fraîcheur, me seiiible-t-il, Jea impresâions d'enthousiasme que j*éprouvaia alors à la lecture de tels et tels articles, sur le** Castor,'* sur lei* '' Pommes de terre et leur maladie" le " Téiiia/' le '' Phoque," etc. Il n*eu fallut pas plus pour m eufiammer du feu sacré, lequel ne s' eat guère étaiut depuip.

Mais il convient, me parai tri l, de donner en cette occasion mémorable un aperçu de Thistoire du Naturalise canAj,dienj qui ne manquera pas d'avoir de l'intérêt pour le plus ejrand nombre des abonnés actuels, Itiisquels n ont pas connu la première série de la revue.

Cette autobiographie est même d autant plus facile à exécuter que je la trouve toute faite, en grande parue du moins, danb la livraison d octobre ISH'S, et faite par l'abbé Provancber lui-même.

En effet, en cette année 18S3, le Naturatiate eut à subir l'une des éclipses qui se sont présentées plusieurs fois dans le cours de son existence. Et, " avant de faire le salut pour disparaîtrcp" Tabbé Provancher, bien convaincu qu'il parlait à ses lecteuï^ pour la dernière fois, voulut raconter brièvement rhistoire du Naty^vaUnie. Je n'ai qu'à reproduire ici des extraits de co récit, où les anciens rocanaaîfcront TaUure pittoresque que notre Lannée canadien savait donner à son style*

Le narrateur expose d^^bord que, ^râce à Tattrait de ta nouveauté qui lui avait ameué beaucoup de '' patrons ", le Naturaliste " put d'abord se s. ki tenir par lui-mému ; deux ans, trois ans s'écoulèrent ainsi. Miilï^ It^ iléfilé du.s retraitants était déjà cummencé dèâ La deuxième année, et allant

usa K0C13 d'argent du '' KATURALISTE '* 3

toujours en au^mentantj il noiiî^ fallut recourir au gouvernement pour en obtenir uti octroi guifiiiivnt pour compenser la perte des abonueineutâ qu'on retirait M. Chau veau, qui était a! oris premitir ministre et auri a tendant do T Éducation, nomprit, en homme éclairé, qu'une telle publication a /ait dea droits k l'appui du gouvernement, et lui fit voter une aide de S200. Deux ans pluy tard» tea abonne lut^nts allant toujours dÏQiinaant, le même M Cliauvcau porta rallocatiou à $400.

" A M, Chau^eau succéila M. G, Ouiraet, le Surintendant actuel de FEducatiou, qui nous accorda t^ans peine ses sympathies et maintint l'allocation.

" M, Ouimet fut remplacé par M. De Boucher ville. Noua étions Ëxir d'avance des dispositions de ce nouveau premier ministre et surintendant de rÉducation, car noua connatasioni déjà M. De BoueherviUe pour un homme d'étude^ un amateur éclairéj qui suit assidûment fe progr&s scienfci tique, Auasi M. De Eouf'herviile, secondé par .ses col lègues MM. Eosa, Garneau, An^^ors, etc., non *jeu lenient ne nous marchanda paâ lai location, mais forma le projet d'établir au département de l'Agriculture un musée de toutes les productiona naturelles du pays, , ." Comme on le sait, le projet de Thonorablc M, De Boucher villti a est réalisé. Il y a, au Palais légisUtif, un musée d'histoire naturelle déjà fort con8idérable et dune très grande valeur scientifiqut;,

" Cependaiît^ poursuit M. Provancher, certains nuagea politiques qu'on voyait déjà à rhoriîson s'assombrirent tout à coup et éclatèrent Houdaineiuent en orage. Ou sait comment M. Leteilier, alors lieutenant-gouverneur, sut se défaire de M. De BoueherviUe pour le remplacer par M. Joly.

" M. Joly était souscripteur au Naturaliste depuis son origine et s'était plu, plus d'une fois, à nous en faire dea louanges. Cependant nous n'étions pas sans crainte. . .Aussi, malgré les assurances du premier ministre, qui avait pris le pouvoir en mars, on vint nous dire en septembre que Tallocation au Naturaliste était supprimée.

" On nous a assuré qu'eii 1878 comme en 1888, c'est M. Mercier qui a joué de la pelle pour creuser notre fosse. Nous

4 LE ïfATTTEALrgn CANABÏEN

regrettons beaucoup que la gran>l prêtre no fût pas encore le même, et que ce soit M. Mousatuvu qui, ct^tte aunée, ait pris le goupillon,

" A M, Jolj auccéda M, Chapleau, M. Chapletiu est un beau parleur, tout le monde ladmet, auHyi préfère-t-il de beaucoup la tribu tie au cabinet. Il uV^t pas éloijné de prendre eu pitié ceux qui se laisjsent pâlir sur les livrer* pour acquérir des coiinaîsaances, et le progrès des sciences est le dernier de ses soucis.

" Nous étions raort ; il fallait nous resausciter* Nou croyions la cbose des plus faciks ; nous étions dans Terreu Si quelques grosses têtes du parti ne lui eussent montré dents, c'en était fait de nous, nous étions condamné k pourrir daus la tombe.

*' Cependant le premier mini^trt^ s exécuta à la fin, Sana trop remarquer la grimace que cet effort Ini coûta, nous nous remîmes cou r>ige use ment à l'ouvrage, noua promettant encore de longues années de vie, , . , lorsqu'on vint nous avertir que nos jours étaient menacés de nouveau.

^j4 suivre)

Uabi^ Huabd.

Le Nord de la vallée du lac St-^Jean

LA RIVIËEE MANOUAN

{Contmué de U pogo 186 du volume XXIV)

Arrêtons- no US, un instant, au confluent de ces deux rivièresj pour étudier le pourquoi de leur rencontre à cet endroit. Car, après tout, il faut se rendre nompte, chemin faisant, de tout ce qui nous paraît surprenant et inexplicable, et cher ch er d e suite une sol u ti o n sati a fa isaute, q u' e lie so i t v raie

LE 50RD DE Là VALLÉE DU LAC SlINT-JEAN 5

OU aealeraent vraiacrablablR. x^ntreinent, nous restons p.iralysé sur place, incapable ^le faire un pas de plus, anéanti *lu coup, âouâ une démonstration boiteuse (l'un ^rand problème que nous voulions résoudre. Car, aprèn tout, é^ï nous avoiiH énoncé une proposition qui n'est pas dans Tordre du jour, qui a paru fort extravagante, c'est une raison de plus pour nous de scruter de pas en pavS, étudier do point en point le champ inconnu que nous traversons, pour y découvrir la preuve que cette, proposition n*est pas hasardée. Voici un corollaire qui noua rend témoignage : Si cette baie du Grand Lac qui se trouvait ici, encaissée dans un cercle de montagnes considérables, n'eût pas eu, par aventure, un coin de son lit entamé par la fissure, qu'eu serait-il résulté ?

Eh bien, tout naturellement ceci :

Le Saguenay s'étant ouvert, comme la chose est convenue, le Grand Lac s'est vidé, et la baie du nord aussi, au moins jusqu'au niveau des plus bas sommets des plus profondes coupes de ses rivages. Si ces sommets et coupes, trop élevés, comme ils le sont en effet, n'eussent pas permis son égout complet, cette baie se serait changée en lac. . .et ce lac existerait encore.

Donc, si les eaux de ce lac ne baignent plus ses bas- fonds irréguliers, ne clapotent plus sur ses berges rocheuses et dentelées qui les emprisonnaient de tous côtés, c'est que quelque chose de mystérieux s'en est mêlé, — quelque chose dont la nature n'était pas maîtresse de se servir, parce qu'elle ne le pouvait pas, — qui a asséché, aubito, ce coin du pays,si bien que l'on ne se doute pas même qu'il fût submergé un jour. Donc,encore une fois, le cataclysme survenant, la fissure aidant, la baie fut vidée. Est-ce comme 3ela ? Si oui, eh bien, nous terminerons bientôt la solution. Si non, nous chercherons encore à vous convaincre, et nous y arriverons.

D'abord, avant le cataclysme, avant l'ouverture de cette fissure extraordinaire où coule paisiblement la rivière Péribonca, dont les miroitements ne reflètent

6 LE NATUEiLTSTE CANADIEIÎ

quf* des murai llef^, de Ifi verdore ot de légers nuages, ce paya ne prâseaUiit ptui à VœU la iiiuuie physionomie^ le même aypect tïi les mômee ligEies f^u'aujourd'hui.

Dire qu'une chuîne dt^ montiicfnes, sur un parcours de 100 milles, est partout de hauteur uniforme, de compacité absolue et de symétrie parfaite, c'ust peu connaître la formation aceidontée, désordom.ée et irreguUère de^ Lauren tides, comme du reste celle de toutes chaînes de inontragnes gêné* ralement.

Il se trouve, n'est-ce ptis ? sur ces va^stes espaces^ des fondis perdus ici et là, formant des lacs, des rivières, des vallées, des savanes, des plaines même, dominés, entourés de marne iona, de coteaux, de rochers escarpés et de vraies montagnes, qui se succèdent et se multiplient à Tinfini, tout comme le jeu des vagues d'une mer en furie.

Voua conviendrez donc avec nous que les eaux de la mer saguenéenne, qui se nivelaient alors, au moins 300 pieds au-detiftua du lac Saint- Jean 'ictuel^ devaient naturellement s'introduire partout, envahir tout t'espace qui se trouvait audessous de ce niveau dans les limites du Grand Bassiu. Vallées, savanes, coupes pnif ondes, rochers, coteaux, etc. J 'eau recouvrait tout, cachant les éeneils et formant autant d'îles des nombreux monticules à lîenr d*eau ou escarpés qu'elle ne pouvait a u b me rge r.

Eh bien, aux Grandes Fourches, les eaux du Grand LaC| introduites dans l'intérieur par des passes, des coupes^ de vrais détroits, arrivèrent jusqu ici du sud -ouest, et formèrent utie baie profonde dans Tespace compris entre la rivière Péri boncaà l'ouest et la Manouan à lest, couverte d'îles (que celle du Lion dominait), î^e succédant bien loin au nord ; taudis qu'au nord-ouest un bras de mer recouvrait toutes lea chutes de Pénl)onca situées à plus de quinze milles en amont.

C'est dans cette passe ou détroit, allant au sad'Oiiestj mais à sec, que Ton voit une parcelle intacte du vrai fond de l'ancien Grand Lac, Une fois la fameuse fissure ouverte, les eaux qui formaient cette grande baie où noua sommes dans le moment, ti'y précipitèrent avec une furie sans pareil-

tl NOUD DE LA VALLÉE D0 LAO SAINT-JEAN

fej lavant partout les dépôts qui BUrgiaaaiGot à chaque iiistant à Itîur investit jugquà ce quB ce grand réservoir fut épuisé jtii* qu'au fonrl î^ans retour,

La rivière flea Ours {gros ruisseau) qui s'et^fc emparéo de lapzisee en question, na pu laver qu'uufî miette do la mas!^e de dépôts accumulera là di/puis de a â^ijes. Aiisni, voyez cêh imposantes terrasses d'alluvium, s*élevant graduellement en ligues horizontales à une grande hauteur, fermant complètement la pa^^r^e, comme une immi-nsy chaussée, élevée par des géants pour irriguer une vayte coutrée aride.

Car sans la révolution opérée par le fameux soubresaut, il serait difficile d'expliquer autrement cet amoncellement extraordinaire de sable diluvien, tin c^mime de la poussière d^émeri, qui n a pas sa raison d'être dans Tend roi t où il existe aujourd'hui, tant il a l'air dépaysé et contre nature.

Si cea terrasses faisaient face au mid, comme celles qui longent la rivière des SablL\s, près de So toga ma, que nous avons oublié de mentionner en passant, tout s'expliquerait le plua naturellement du monde. Noua seriotia pjissé à eu té en les indiquant pf^ufc^être. Mais, du moment qu eîlos présentent la saillie de leur masse à la fureur det* courants qui descendaient en cataracte dts titiis points principaux du nord, il îi bien fallu s'y arrêter un instant pour ycruter la chose et Texpliquer plus ou moins justement C'e«t grâce à i'abime ouvert à côté, si elles sont n\stéi-s intactes. Autrement, les eaux sortant de la baie par la pa^se étroite qui joignait celle-ci au (iratid Lnc.le torrent laurait lavét* jusqu'au fond daiiH le temps de îe dire, engloutissant dans un tourbillon coi^ superbes plateaux nivelé:^ entre les monts, et qu'où aurait cru inexpuguables, tant ils étaient protèges,

Cette nappe d'eau qui fjrmaît ta grande baie, que nous venons de voir diajiaraître tout dun coup duns l'ahîins', ayant une profondeur de SOO pieds au moinn, for niait jadis la partie nord du grand lac ailurieu, Depuiy Sotogama noua n'u^

1 LE NITTTHALISTE CANADIEN

viona paa son^é à le rpjoinrlre, L^a chaînes de montngae>i

dorniriiint partout le vaste biasin de prè^ d^. 1000 pied« aadeasaa des eauK, nou^s ne .soupçonnions p^ia qa'olleH pouvaient, au bout de quarante mi lies, s'abai^wer au point de s^ laîaser submerger par elles à une telle distance, et même pé* nétrer encnrti aussi loin, au nord-ouest, par e-:; bras de mer déjà mentionné, oinlébouchait la vraie rivière Péribonca à^ premiers ilgi^s, C e?tt bien à 125 milles du liic Ht-Jeau actuel que Hij trouvait i'embouchure de cette rivière, avartt le cataclysme.

C'est en suivant son cours vers le nord, pour plusieurs centa milles encore, que nous avons remanjué la grande différence qui existe entre la partie supérieure de ce noble cours d'eau, des milliers de fois wéculaire, et la partie inférieure^ toute récente^ en bas de Sotogama»

(j4 suivre)

P. -H. DUMAIS

La Tuberculose en Canada

La tidrerauloBe, la ciynsomftiùn, la iiktime aé^ii^iient la même maladie, l'une dey plui* tt*rribluH qui a*attaquent à la race bumaine. Maître les études et les recherches le^ plus îictivement poni'suivieM^ Ton nec^jnnaît encore aucun ui'>yen certain et pratique, pour îa généralité des cas, dd guérir les personni^Haffiictées de cette maladie,

Ia; grand public ignore encore que cette malatîic a'attaquû aussi à la plupart dea animaux domestiques ou sauvages. Et comme il est reconnu cjue ce mal est contagieux et se commuinque aisément des animaux à Thomme et réciproquement, •on voit qu'il y a là pour le législateur, chargé de pourvoir à tons les intérêts tie la société, un sujet do la plus grave importance, et dont il semble que Ton ne s'est peut-être pas occupé jusqu'ici avec asse25 d'attention. Que l'on songe bien que

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