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LE MUSÉE DE BETSIAMIS

C'est certjûnement une surprise pour le naturaliste en voyage, que de trouver un important musée d'histoii^e naturelle sur cette c5te nord du Saint-Laurent, et surtout de le trouver dans une bourgade de Montagnais, à Betsiarais.

Il y avait longtemps que j'avais entendu parler de cette collection, mais j'étais loin de penser qu'elle fût aussi considérable. Beaucoup d'institutions renommées, beaucoup de* villes même, ne possèdent rien de comparable.

L'établissement de ce musée remonte à l'annie 1868. L© séjour à Betsiamis du célèbre naturaliste-voyageur, M. Alf. Lechevalier, qui y passa l'automne et une partie de l'hiver suivant, chez les Pères Oblats, fournit au R. P. Arnaud l'occasion de commencer cette collection.

M. Lechevalier venait d'arriver en Amérique dans le but de se procurer des spécimens d'histoire naturelle pour les musées de l'Europe, et il n a pas cessé depuis de se livrer aux mêmes recherches dans divers endroits de TAmérique, En 1873, nous le trouvons à Montréal, taisant le commerce d'objets de musée ; il y passa plusieurs années, faisant de temps à autre des excursions en Floride, pour remonter son fonds de magasin. Il alla se fixer dans le sud des Etats-Unis en 1879 ou peu après. C'était un ami de Tabbé Provancher, et lé Naturaijste a publié autrefois plusieurs cemmunications qu'il lui adressa. — Je le croyais mort depuis plusieurs années; mais j'ai appris du P. Arnaud qu'il en a reçu des nouvelles chaque année jusqu'en 1893. A cette dernière époque, il était au Pérou, et avait perdu une main par suite d'un accident.

Le P. Arnaud ne manqua donc pas de profiter des différents séjours que fit M. Lechevalier à Betsiamis, pour commencer et continuer ses collections d'histoire naturelle. C'é-

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taît un habile taxidermiste, et le Père apprit de lui à lever la peau des Oiseaax. Un autre Français, M. Grosjean, qui était alors à l'emploi des Oblats, et (|ui Test encore, travailla avec M. Lechevalier et devint lui-même un fort taxidermiste. Ancien soldat d'Afrique, et ayant servi plus tard dans les arrnéss du Nord, durant la guerre civile des Etats-Unis, M. Grosjean est un type très original. Il est pour ainsi dire le curateur du musée de Betsiamis, et il m'en a fait les honneurs avec une parfaite courtoisie, en vrai Parisien qu'il est.

Ce musée est contenu dan<s l'édifice qui fut le premier presbytère de Betsiamis. Un portique assez curieux en décore l'entrée : il est fait de deux os de baleine, longs de vingt-deux pieds, et réunis p.ir l'une de leurs extrémités de façon à former une ogive. Tout auprès sont des vertèbres de baleine, disposés en sorte de fauteuils, qu'ils imitent assez bien. Tout cela, c'est de la couleur locale, assurément.

Cest l'ornithologie qui est la mieux représentée dans le musée ; c'étiiit aussi la branche favorite <Je M. Lechevalier. La plupart des spécimens sont des Oiseaux canadiens ; mais il y a aussi des pièces de l'étranger, commu la Cigogne blanche, de Hollande, etc. L'une des vitrines qui attire le plus d'attention est celle qui contient une imitation* de rocher d'assez grandes dimensions, recouvert de mjusse et de lichens : là-dessus sont placés encliverses positions les Oiseaux de mer que Ton rencontre entre Mingan et la Pointe-aux- Esquimaux. Ce groupe, qui reproduit fidèlement la nature; est signé : A. Lechevalier^ décembre 1868, et ferait excellente figure dans n'importe quel musée. — Une collection d'œufs renferme aussi bon nombre de spécimens. — Cette poule que vous voyez là, c'est le premier spécimen qui fut monté pour le musée : c'est bien vrai que tous les musées du monde ont commencé par UN specimen ! Avis aux débutants.

Quelques Poissons, quelques Mollusques, plusieurs Reptiles, parmi lesquels je remarque YAUigator Jloridanua, un Boa long d'une quinzaine de pieds, un Serpent à sonnettes de grande stature, et une tortue dé cinq pieds et demi, corn-

posent le reste du musée dvee uq bon nombre de Mammifères : . Lionne, Ours noir de la côte nord. Sanglier de France, Castor, Loup, etc.

Le département ethnologique renferme des objets fort intéressants, par exemple un snperbe cométique esquimau : on sait que le cométique e^^^t le traîneau auquel on attelle les chiens, au Labrador. Ce sont les seules voiture*^ en usage sur la côte nord. Il y a aussi des attelages et des fouets, et surtout des coutumes es(|niniaux en caribou et en loup-marin, dont la facture témoigne d'une grande habileté et même d'un goût remarquable.

Parmi les objets artificiels, il faut bien mentionner aussi un Orang-outang de forte btature, fabriqué de toutes piiîcesà New-York, me dit-on.

On estime la valeur de ce musée à $4000, et ce chiffra est loin d'être exagéré, à mon sens.

Voilà l'œuvre du P. Arnaud ' Quelques-^uns, dans le public, soupçonnent les mérites de sa vie de missionnaire, qui embrasse près d'un demi-siècle ; mais presque personne ne sait ce qu'il a fait pour la science. Sans doute, le séjour que font plusieurs centaines de sauvages à Betsiamis, chaque été, et les courses apostoliques de ces infatigables Oblats à travers les immenses territoires du Nord, lui ont donné des facilités spéciales pour former cette collection. Mais il y a tant de gens, à qui les facilités de faire quelque chose ne manquent pas, et qui pourtant ne font rien ! En tout cas, je ne me considère pas quitte, par ce qui pr envers le P.

>^rnaud, et je trouverai l'occasion, j'espère, de mettre, un peu : en lumière cette longue existence qui est restée bien à l'abri des vanités de la gloire humaine, mais qui aura été si méritoire aux yeux de Dieu.

L'abbé Huard.

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