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LE '« SUISSE

Ce jour-là^ mou père m'avait apporté, de la campagne, un gentil écureuil, que j'avais soigneusement encagé dans une , superbe demeure multicolore — présent de ma grand'mère — -et que je ne me lassais pas de régarder.

Je le trouvais si joli, . avec ses yeux luisants, son doux pelage et le soyeux panache dont il ombrageait sa tête fine ! Il était si agile, ses bonds étaient si gracieux, ses poses si pleines de grâce !

Il vécut, hélas ! bien peu de temps, malgré les tendres soins que je lui prodiguai, les nombreuses noisettes que j<5 lui présentai, le. bout de branche dont je l'avais gratifié et qui de-, vait lui rappeler la forêt natale ! Il vécut, hélas ! bien peu de temps et sa mort mit un long regret dans mon cœur d'enfant !

Mais tout passe ici-bas! D'autres soucis s'en vinrent m'occuper et mon gentil écureuil fut oublié !

Ce matin, pourtant, dans le bois où le printemps mettait ses parfums et- sa verdure, je me suis rappelé mon écureuil et j'ai revu éh un moment sa gracieuâe agilité, son pelage si doux, son œil de feu et son soyeux panache ! Sur un ta:j de branches -mortes, posté sur ses pattes de derrière, un **Suîsse" me regardait!

" Sciurus quadrivittatus,*' disent les gros livres des savants,; " sâsâkawâbiskus '^ prononcent ks sauvages, tout en mangeant sa chair blanche et tendre ;" gopher," répondent brutalement les Anglais, tandis qu'un certain patois franco-indien l'appelle '* pisân " ! '

Mais la palme revient sans contredit à l'appellation .*^ suisse" et c'est le nom vulgaire sous lequel ce petit écureuil est connu dans le Canada entier. Pourquoi " suisse "? Est-ce par allusion à ce personnage empressé et toujours vigilant qui, ,dans nos temples saints, a pour mission de faire respecter la

17— Août 1895.

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majesté du lieu ? Ou eneorecette dënommation étrange vientelle d'Europe, à la couronne de laquelle la Suisse est une des plus belles perles ?

Je ne sais,' et neveux point décider le litige; quelle que soit Torigine du nom, j'aime mieux constater que le suisse est parfaitement Connu ici et que, dans certaines provinces, il pullule, au poipt que sa présence menace d'être considérée comme lin fléau public I

Ce matin donc, je le regardais qui trônait sur son tas de branches mortes . Pôst^ sur ses pattes de* derrière, la queue en panache relevée sur le dos) Tœil i5xe,'les oreille» dressées, il me ' regardait fixement. t>e temps en temps, quand une ébauche de geste de ma part' lui semblait être une menace^ il poussait tin' petit cri aigu et'ses bàbineâ ise gonflaient ; ses yeux luisants avaient comme un éclair : on aurait dit que la colère, mêlée à une certaine pèùr, le possédait ! Alors il essayait de se sauver: il bondissait parmi les bratiohes sèches, s'enfonçait sous elles, revenait, disparaissait, revenait encore, jusqu'à ce qu'un mouvement de ma part le ramenait à. sou poste.

Je me plaisais à remarquer la beauté étrange de. oon- pe- Jage barré, l'agilité de ses gestes^ la finesse, et* J'intdQîgônce de ses petits yeux ardents, tandis que saqu^ue^ei^ panadia-r-aus* si longue que son corps — allait et venait, en brusques mouvements !

Je m'approchai : il disparut ; je m^atréta^ il tepatut ; je fis un geste, il eut un cri étranglé de ôoïère angdissée f. je refis un autre pas, d'un bond il quitta 6i>n tastle brandies sèches, et vif, comme l'éclair, il eut vite fait de gagner un trou dans la terre, au pied d*ùn grand érable.

Je m'y postal : ^ar deux fois, à Porîficô de cet' àbrr souterrain,' il vint me montrer son museau dé rat, maté bu moindre mouvement, aVec tïne Taf)idité étonnante, '^ il '^enfonçait dans sa cachette et pehdant que je lé gtlc^tàié èticore, fenten-

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