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LE CRAPAUD

Il est des êtres sur terre qui, quoi qu'ils fassent, quelque bons qu'ils soient, quelques services qu'ils rendent, auront toujours sur eux le stigmate de l'aversion publique. Tel le crapaud.

Pauvre Juif errant de nos jardins et de nos campagnes, il est accablé de tontes les vilenies ; son nom donne le frisson, son aspect les nausées, son cadavre même une insurmontable horreur. Et pourtant, pas de meilleur jardinier, pas de besogneux si dur à l'ouvrage ; pas d'ouvrier ayant plus à cœur les intérêts de son maître \

Aux premières lueurs du jour, il se met en route, gravement et lentement, comme il sied à des gens sur qui repose un labeur important : d'un bond, il a saisi le ver de terr^ dont la trompe infatigable détruit les racines, jeune espoir de plantes fructueuses ; ici, il déniche l'insidieuse chenille cachée dans les feuilles de chou ; là, il gobe le puceron qui ronge les bourgeons et les folioles; voyez-le continuer bravement son chemin, croquant à droite, avalant à gauche, détruisant partout la foule des insectes que le soleil levant a mis en émoi.

• Dans les rayons roses d'un beau soleil d'été, son dos fauve reluit d'étranges clartés ; mais il n'en a cure, acharné qu'il est à ^on trarail de bénédictin ; il peine sans relâche, marche, bondit, revient sans trêve, jusqu'à ce que le soir, déployant sur la terre ses ailes sombres, lui apporte un repofe qu'il a certes bien gagné. Et pour tout salaire à cet ouvrier qui jamais ne fait grève, à ce robuste écheuilleur de nos carrés et de nos plantations, quoi ? Des insultes et des calomnies toujours, des pierres souvent, la mort parfois !

Dame ! les femmes s'effraient à la vue de ce hideux preneur de vers ; et vous comprenez, mieux vaut J'agréable que Futile ! mieux vaut, quand vient la récolte au potager, se plaindre du nombre toujours croissant d'insectes, que de tolérer, au milieu des plates-bandes, ce pelé, ce galeux, ce baveux d'où nous vient tant de

bien !

Mais voilà que, non content de jouer au jardinier, de, se promenant à travers chamx)s, faire aux insectes une guerre acharnée et toujours heureu^je, voilà que le crapaud, cet excrément de la terre, s'est mis en frais de rendre vraie la fameuse boutade : " Avaler un crapaud " et &'en vient réclamer, sur nos tables, une place que tenait jusqu'ici la g*renouille !

Un brave missionnaire français, le Père Gruerlach,

affirme que certaines peuplades de Tlndo-Ohine s'offrent, avec le crapaud, un festin de roi !

Et pourquoi non ? On mangeait du rat, au siège de Paris, et, à mon sen^, le crapaud vaut le rat !

Ah ! le bon temps,quand devant nos demoiselles,tant épeurées aujourd'hui à la vue du crapaud, on en servira le râble et les cuisses, bien dépouillés de leur peau, nageant dans le beurre, au milieu d'un odoriférant bouquet de cerfeuil et de persil ! Ce sera le triomphe du crapaud, la revanche du laid sur le beau ! Yictor Hugo Tavait dit : " Le beau c'est le laid ! "

Un bon mouvement, mesdemoiselles, laissez-vous fléchir ! Quand, dans vos excursions à travers champs ou dans vos promenades autour de vos jardins, vous apercevrez la fauve silhouette d'un mélancolique crapaud, de grâce,retenez vos exclamations de dégoût et vos clameurs de mort ! Laissez déambuler,à travers carrés et plates-bandes, cet humble besogneux qui ne demande qu'à vivre pour nettoyer vos fraises et vos légumes ! Regardez-le aller lourdement, de droite à gauche, de gauche à droite, se gavant de chenilles et de vers : il grossit, il engraisse ; et bientôt, sur vos tables finement servies, il viendra réjouir vos délicats odorats de l'arôme exquis de ses cuisses rissolées dans le beurre, au milieti d'un bouquet odoriférant de cerfeuil et de persil !

(A suivre)

Henry Tielemans.

LA NEIGE ROUGK

La neige passe à bon droit pour être de couleur blanche, et les Canadiens, entre autres peuples, ont les plus grandes facilités pour s'en assurer. Il est pourtant bien vrai qu'on a vu de la neige rouge. Nous ne croyons pas qu'on ait encore observé ce phénomène dans notre pays ; mais comme il n'est pas impossible qu'il se présente un jour ou l'autre, donnons-en d'avance l'explication pour obvier, autant qu'il se peut faire, aux graves

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