LE PARASITISME CHEZ LES ANIMAUX ET LES PLANTES
Quiconque vit aux dépens d’autrui fait acte de parasitisme. Cette définition connue indique en même temps le but de tout parasite.
Mais ce but unique est atteint de diverses façons, et les êtres nombreux qui trouvent dans cette pratique dégradée leur seul moyen d’existence, employent pour arriver à leurs fins des procédés variés, le plus souvent curieux, offrant parfois des rapports intéressants entre les deux règnes du monde organique. Le parasitisme, en effet, n’est pas l’apanage exclusif de tel ou tel embranchement : depuis le Cryptogame cellulaire à structure si simple jusqu’à l’Insecte, jusqu’à l’Oiseau même, chaque groupe important fournit son contingent.
Parasite toutefois est un mot assez vague ; sa définition même ne suffit pas à établir des limites bien nettes. Ainsi plusieurs auteurs distinguent sous le nom de parasites faux, des êtres qui n’empruntent ni n’enlèvent rien à un hôte quelconque : ils vivent d’une vie entièrement autonome, seulement, faibles, craintifs ou paresseux, ils demandent au prochain un support, un abri. Tels sont nombre de Crustacés, élisant domicile chez les Tuniciers — cette hôtellerie des mers — tels sont encore des Cœlentérés, des Mollusques et un curieux poisson du genre Rémora qui, fixé au moyen d'une forte ventouse au corps d'une baleine, voyage vite et longtemps sans trop grande fatigue ; telles sont : la vigne, le lierre, les lianes, les plantes grimpantes en un mot.
Ces êtres ne sont point parasites ; tout au plus peut-on les appeler des « .Fâcheux ». ils ne peuvent pas nous occuper, et nous diviserons le parasitisme ainsi qu’il suit :
Parasitisme direct.
Parasitisme indirect.
Parasitisme commensaliste.
Parasitisme mutuel.
Parasitisme direct.
Les êtres de la première catégorie de tous les parasites méritent le mieux ce nom ; ce sont ceux chez lesquels le mode de vie a produit les plus curieuses adaptations. Il faut cependant distinguer deux groupes parmi eux :
Les Endoparasites et les Ectoparasites.
1 . — Les Endoparasites, si l’on s’en rapporte à l’étymologie, doivent vivre dans l’intérieur du corps d’un hôte. La définition est vraie pour les animaux, mais elle exclue les plantes que l’on doit rapprocher de ces derniers. Aussi dirons-nous d’une façon à la fois plus géné¬
rale et plus exacte que les Endoparasites sont ceux qui ixés en tout ou partie, dans les tissus ou d’un hôte, hôte qui effectue pour eux certaines fonctions essentielles de la vie.
Au point de vue des mœurs, ces êtres ne présentent rien de remarquable. Pour les uns comme pour les autres, la vie se passe dans les diverses partie du corps d’un hôte, sans exception des appareils délicats, tels que l’œil (1) ou le cerveau (2).
(1) 1,0 Distomum Ophtalmobium et lu Filaria oculi-homims parasite de Cristallin.
(2) Tœnia Cænurus à l’état de larve dans le i
Mais ils sont d’un tout autre intérêt si l’on étudie les modifications morphologiques, anatomiques ou embryogéniques que leur a fait subir le parasitisme.
Au point devue morphologique, les Crustacés Cirrhipèdes perdent la carapace chitineuse, presque générale chez . les Arthropodes ; les Siphonostomes , Crustacés Copépodes, effectuant comme une transition entre les Endoparasites et les Ectoparasites — nous verrons toutâl’heure pourquoi — ontles pièces buccales réunies en siphon, tandis que leurs appendices ambulatoires deviennent des crochets; en outre la segmentation de leur corps disparaît entièrement (1). Les plantes de leur côté perdent ou ent en écailles leurs feuilles; parfois même l’adaptation parasitaire est telle, que certaines Dicotylédones ressemblent à s’y méprendre à un champignon, — tel est en particulier le Cinnamomum.
'anatomie se simplifie, les organes essentiels disparaissent, rendus inutiles par l’inactivité à laquelle ils sontréduits : les Plathelminlhes et les Némathelminthes, absorbant par osmose les liquides nutritifs de l’organisme dans lequel ils vivent, perdent souvent leur tube digestif en tout ou partie (2) ; le système nerveux avec les organes des sens, n’ayant plus aucun rôle à remplir, s’atrophie chez certaines espèces (Aneuriens), ou reste à l’état de rudiment (Trematodes : pas d’organes des sens. — Cestodes : système nerveux d’une existence douteuse, etc.) ; les Plantes à leur tour perdent la chlorophylle (Orobanchées, Cuscutacées), et reliant leurs vaisseaux à ceux de l’hôte, évitent ainsi tout travail d’élaboration, — ce qui est bien le fait d’un Endoparasite.
Mais si nous passons au développement larvaire, l’intérêt va croître et les rapports entre les deux règnes devenir plus étroits. Le fait le plus remarquable est le développement énorme que prennent les appareils reproducteurs. Car l’état de parasite est un état dangereux, sinon pour l’adulte, du moins pour sa progéniture. Les œufs, les graines, les spores rejetés loin de l’hôte par mille causes diverses, seraient voués à une perte certaine si leur multiplicité ne venait augmenter les chances favorables.
Le plus souvent la larve (3) naît et grandit à l’état libre; elle reste ainsi quelque temps, mais arrivée à un certain stade de son évolution, il lui devient nécessaire pour passer à l’état parfait de trouver l’hôte privilégié de ses aïeux qui, par une inflexible loi, doit être aussi le sien. Cette découverte bien souvent ne se fait que grâce à un concours heureux de circonstances. Ainsi procèdent nombre de Vers: Turbellariés, Nématodes, Ascarides, les Crustacés Copépodes et Cirrhipèdes, la Cuscute (fig. 1) qui émèt des suçoirs indispensables à la fois à la recherche d’un hôte et à l’absorption des éléments nutritifs, le Melampyrum arvense qui ne peut vivre longtemps s’il n’est fixé sur les radicelles du blé, enfin la majorité îles champignons : Ustilaginées,Oomycètes (sauf Entomophtorées dont les spores ne sont jamais libres).
Dans un second cas, le processus devient plus rempli-
qué : Larves et adultes sont parasites, mais Tune et l’autre ne vivent pas sur le même hôte. Il est bon de dire cependant que la larve effectue à l’état libre les premiers stades de son évolution, sauf cependant les Cestodes Tœniadés et Batyrionacephalidés ainsique les Nématodes Tricbocephiladés , dont l’embryon n’est jamais libre.
(A suivre.)
Étienne Rabaud.
STAUROPHYTON BAGNOLENSIS, Stan. Meun.
Nouveau fossile des Grés armoricains de Bagnoles {Orne)
Au cours d’une excursion récente dans la vaste carrière où le grès armoricain est exploité à Bagnoles (Orne) et d’où proviennent tant de beaux spécimens de bilobitcs, mon attention fut appelée sur un peti échantillon portant en relief un objet très singulier et qui ne paraît pas avoir été décrit.
Comme le montre la figure ci jointe, c’est un corps cruciforme qui rappelle à première vue certaines astéries communes sur nos côtes mais qui n’auraient que quatre bras au lieu de cinq. Ces bras étranglés à leur origine, sont ovales lancéolés et se terminent en pointe émoussée. Le plus grand diamètre de ce fossile est de 39 milli-
Fig. 1. — Staurophyton, bagnolensis , Stan. Meun. Nouveau fossile des grès armoricains. — Echantillon du Muséum de Paris. Grandeur naturelle.
mètres. Les bras ont 8 millimètres de largeur moyenne ; celui qui est le plus complet a 19 millimètres de longueur.
La nature grossière de la roche ne s’est pas prêtée à une conservation parfaite des détails, cependant il semble que les bras aient porté un bourrelet médian qui donnerait à une coupe transversale une forme trilobée. Ce caractère bien visible sur l’un des bras est plus effacé sur les autres.
Le corps qui m'occupe fait un relief de trois à 4 millimètres au moins à la surface du grès, mais il est situé au centre d’une espèce de dépression grossièrement circulaire, que nous n’avons pas tout entière.
Il serait évidemment prématuré de chercher à prévoir les affinités de ce fossile avec les corps déjà décrits. Cependant il pourrait être comparé au Radiophylon dont nos lecteurs ont eu antérieurement la description et la figure. Sans rien préjuger de sa vraie nature, on peut en faire le type d’un nouveau genre sous le nom de Staurophyton. Ce sera S. bagnolensis.
Stanislas Meunier.
Les recherches sur les Tuniciers des côtes de France
Les animaux marins, encore si délaissés il y a quelques années, jouissent aujourd’hui d’une vogue, d’ailleurs justifiée. Parmi eux, les Tuniciers sont peut-être à la fois les plus intéressants et les moins connus. En ce qui les concerne, il existe bien des doutes, bien des hypothèses, et Ton peut dire qu’il y a presque tout à faire ou à refaire.
M. Fernand Lahille (1) en publiant ses remarquables recherches anatomiques et taxonomiques sur les Tuniciers vient de combler en partie cette importante lacune de la zoologie. C’est une monographie claire, précise, sans verbiage inutile, remplie de faits nouveaux et il est regrettable que sous sa forme, taxonomique, elle donne si peu de prise à une courte analyse : il faudrait la suivre page par page, — nous devons nous borner. D’ailleurs de cette accumulation savante et méthodique deux points se détachent avec une importance toute particulière : nous allons les esquisser brièvement.
Prenant les Tuniciers famille par famille, genre par genre, M. F. Lahille les étudie minutieusement cherchant à établir les relations des uns aux autres; c’est dire "que l’idée dominante de l’ouvrage est la classification.
M. F. Lahille lui donne pour base la branchie, « l'organe dominateur du type T-unicier » et, — ce qui rend la classification naturelle — dont les complications successives sont en rapport avec celles du reste de l’organisme.
Chez les types les plus inférieurs, la branchie est simple, sans cavité péribranchiale, partant sans trémas; elle communique avec l’extérieur au moyen de deux fentes branchiales, ce sont les Atremata ( Appendiculaires ).
Chez d’autres au contraire, les plus élevés, existe une cavité peribranchiale percée de nombreux trémas et les deux fentes branchiales ont entièrement disparu, ce sont alors les Evtrem ata .
Entre les deux et donnant une transition ménagée seront les Hemitp„emata ( Salpes ). Chez eux, il existe à la fois deux fentes branchiales communiquant avec l’extérieur et une cavité péripharyngienne. A proprement parler, il n’y a pas de trémas mais seulement l’ébauche. Si en effet, avec M. Fernand Lahille, on suit la formation des trémas « on voit d’abord se produire des deux côtés de la partie dorsale de la branchie de petits épaississements ciliés produits par l’épithélium péribranchial » (2).
Puis, ces bandes vibratiles — permanentes chez certaines Salpidæ — s’invaginent représentant un tréma en voie de formation et qui demeure ainsi à l’état de cul-de-sac.
Ce cul-de-sac permanent chez certaines autres Salpidæ est l'hemitrema. L’invagination se poursuivant finit par déboucher dans la cavité branchiale et constitue le tréma vrai des Eutremata (3).
Telles sont les trois classes créées par M. Lahille. La plus nombreuse, celle des Eutremata se divise en trois ordres suivant que la branchie est simple (Aplousobranchiata) , renferme des sinus anastomotiques ( Phlebobranchiata ) ou est plissée longitudinalement ( Stlidabrançhiata ). Chacun se trouve ensuite divisé en familles et genres différenciés par le nombre, la disposition des trémas ou par quelques caractères de second ordre tirés d’autres organes sur lesquels nous ne pouvons insister; notons seulement que dans sa classification M. F. Lahille réunit nettement les Ascidies simples aux Ascidies composées que des raisons purement morphologiques en avaient jusqu’ici séparées (4).
Le second point de la thèse qui mérite une mention toute spéciale a trait au renversement de la circulation. Car c est un fait des plus curieux, signalé pour la première fois par Van Hassclf, que les pulsations cardiaques chez les Tuniciers, après
il) Recherches sur tri Tuniciers des eûtes de France, par F. Lahille, 1 volume de 328 pages avec 117 figures dans le texte. Prix 8 fr. Franco 8 fr. 25. (Aux bureaux du journal).
(2) Page 26.
(3) Chez certains types « les trémas se forment par soudure de deux invaginations en sens inverse ».
(4) Ainsi que le dit M. Lahille (p. 328', la nécessité de cette réunion avait été déjà reconnue par M. de Lacazc-Duthiers dès
avoir poussé le sang dans un sens donné pendant un certain espace de temps, changent de direction et font propager l’onde sanguine dans le sens opposé.
Ce phénomène n'avait pas encore donné lieu à une explication satisfaisante. M. Lahille expose (1) une théorie, qui, appuyée sur de délicates observations concordant avec des expériences rigoureuses, a toutes les apparences de la vérité. La voici :
^ Réduite à un schéma compî
culation des Tunicicrs peut se représenter par deux tubes, le sinus ventral SV et le sinus dorsal SD, ce dernier d’un calibre inférieur, entre lesquels sont intercalés les « volumes lacunaires de la branchie B et des viscères Y. Ces volumes forment de véritables lacs » . « où le cou¬
rant devient très faible afin de favoriser les échanges respiratoires et nutritifs. Le courant reste au contraire très rapide dans les sinus ventral et dorsal. Quant aux courants transverses SVD ils sont par rapport aux précédents anatomiquement et physiologiquement négligeables » (2).
Ceci posé, si le cœur C lance dans Y par exemple plus de sang qu’il n’en peut s’écouler dans le même temps par SD, il arrive un moment où la pression sera
telle en V que le vaincre. D’un autre séquence obligée,
- Schéma de minué en,,B- l’.f s culation des manque d equihbr
»ur ne pourrait la Hé, et comme conpression ayant <lia ainsi produit un u’un changement de direction de la circulation pourra seul
rétablir.
Or, le cœur des Tunicicrs n’ayant pas de valvules et ses contractions pouvant s’effectuer indistinctement dans un sens ou dans l’autre, ces contractions agiront forcément dans le sens de plus faible résistance et la circulation aura ainsi changé de direction.
Réciproquement, au bout d’un certain nombre de pulsations, l’équilibre sera détruit à nouveau en sens inverse et il se produira un nouveau changement de direction.
Le schéma reproduit ci-contre permettra de prendre, une idée très nette de cette théorie, simple comme on voit, si simple même qu’on est tout étonné de n’y avoir pas songé : c’est précisément ce qui en fait la valeur.
Prise dans son ensemble, et pour conclure, la thèse de M. Fernand Lahille est remarquable sous bien des rapports. C’est un ouvrage unique, définitif sur plusieurs points et que devra consulter désormais quiconque voudra se livrer à l’étude de Tunicicrs : On y trouvera la diagnose d’espèces nouvelles ou peu connues avec des renseignements biologiques inédits, en meme temps qu’une description anatomique et histologique aussi claire que détaillée. Mais on y cherchera en vain même un faible écho de ces hypothèses hasardées qui, si souvent, remplacent les véritables observations.
LA mm IIC TELEPUORl'S REFIPES
Avez-vous jamais vu, cher lecteur, la nymphe du Telephorus rufipes ? Si oui, tant mieux pour vous. Si non, vous avez perdu, je vous l’assure, car elle est charmante. Au lieu d’être blanche comme la plupart des nymphes de Coléoptères, elle est de cette jolie couleur rosée, si à la mode, il y a quelques années et à laquelle les couturières de Paris ont, dans leur langage imagé, donné le nOm de couleur cuisse de nymphe émue.
Ajoutez à cela deux yeux noirs, les pattes et les antennes d’un beau blanc diaphane, se nuançant de rose par transparence, et vous aurez l’idée de l’une des plus gracieuses nymphes que vous puissiez rêver.
Certes, à voir un petit être aussi élégant, aussi délicat, aussi... rose, on ne pourrait guère supposer qu’il provient d’une sournoise petite larve que son habit chamarré de velours n empêche nullement de faire une guerre acharnée et cruelle aux petits mollusques et aux insectes moins robustes qu’elle.
(1) Pages 291 et suiv.
(2) Page 292.
Et cependant il en est ainsi ; il faut voir ecs petites larves profiter d’un abaissement do température pour aller, souvent même en plein cœur do l’hiver, à la recherche de leur proie. Elles glissent plutôt qu’elles ne marchent, à l’aide de leurs pattes courtes mais robustes, et savent fort bien trouver la nourriture qui leur convient.
D’ailleurs, faute de mieux, elles ne dédaignent pas de se manger entre elles.
Il ne faudrait toutefois pas croire qu’elles vivent toujours à l’extérieur; tout au contraire, la plus grande partie de leur existence se passe, soit sous les pierres, soit dans la terre même, entre les touffes ou les racines des plantes. Elles ne sortent de leur retraite que pour aller en chasse ou même pour respirer ; c’est, du moins, à ce dernier besoin que M. Blanchard attribue l’apparition en grand nombre de ces larves à la surface de la neige, phénomène qui se produit surtout dans les régions septentrionales de l’Europe et qui a été particulièrement signalé par de Géer, qui, lui, considérait que ces apparitions en nombre sont dues à des tempêtes.
Je n’ai pu étudier spécialement la larve du Telephorus rufipes dont je n’ai trouvé que les dépouilles encore adhérentes à l’extrémité abdominale des nymphes que j’ai étudiées, mais, autant que j’ai pu m’en convaincre par ce que j’avais entre les mains, elles présentent absolument les mêmes caractères que leurs congénères.
Je me contenterai donc de rappeler les caractères généraux des larves de Téléphores dont un certain nombre ont été décrites par plusieurs entomologistes, notamment par de Géer, Waterhouse et M. Blanchard.
Le corps allongé, subparallèle, est plat, quoique assez épais, et rappelle, comme apparence, celui d’une larve ou d’une femelle de Lampyre. Il est en entier, sauf la tète,, recouvert d’un tissu feutré, ayant l’aspect du velours, parfois noir, parfois d’un brun rougeâtre, toujours à teintes douces et agréables à la vue. C’est probablement à ce tissu qu’il faut, en partie du moins, attribuer la rusticité do ces larves, rusticité qui est telle que, comme je l’ai dit plus haut, il suffit d’un simple rayon de soleil pour que, même en plein hiver, elles sortent de leur retraite.
La tête, petite, est cornée et présente, de chaque côté, en arrière des antennes, un ocelle assez gros, transversalement elliptique. Les antennes ont deux ou trois articles, selon que l’on comprend, ou non, comme tel le tubercule sur lequel elles sont implantées. Les mandibules, longues et se croisant comme des tenailles, sont armées, en leur milieu, d’une forte dent ; les mâchoires, en forme de demi-cercle, sont articulées avec la languette et portent des palpes maxillaires tri-articulés; la lèvre inférieure est carrée et se compose de deux pièces membraneuses soudées entre elles à leur base. Les segments thoraciques ont la même -apparence générale que les segments abdominaux, mais ils s’en distinguent en ce que le duvet dont ils sont recouverts présente des parties plus foncées et des dessins spéciaux. Ce sont eux qui portent la première paire de stigmates, les autres paii-es étant situées à la partie inférieure des huit segments abdominaux.
Le dernier arceau ventral présente à sa partie inférieure un prolongement anal cupuliforme ; les pattes qui sont placées sous les anneaux thoraciques sont petites et ont le tarse terminé par un onglet.
Les larves de Téléphores, quand on les surprend et qu’on les touche, se contractent et se contournent en cercle comme le font certaines chenilles.
Dès la fin de l’hiver, elles se préparent i se transformer, choisissant de préférence, à cet effet, les terrains sablonneux ou argileux.
La plupart s’enfoncent sous terre où elles se construisent une loge à parois internes bien battues et parfaitement lisses, dans laquelle elles subissent leur transformation.
D’autres se contentent de se creuser une demi-loge sous la pierre même qui les a abritées, mais elles ont soin, toutefois, de compléter cette demi-loge en la plaçant sous une excavation de la pierre.
C’est dans deux demi-loges semblables placées dans une terre argileuse grasse et rougeâtre que je trouvai, en avril dernier, trois nymphes de Telephorus rufipes. Ces nymphes se présentaient dans la position la plus habituelle aux nymphes de Colêop. tores, c’est-à-dire sur le dos et recourbées en arc de cercle ; seulement, à peine eurent-elles vu la lumière qu’elles se retournèrent brusquement par un mouvement sec et rapide do leur abdomen.
Je signale en passant que les nymphes des Téléphoridcs, des Hélopiens et des Carabides, pour ne citer que quelques groupes,
paraissent être bien plus sensibles à la lumière que celles des Hydrophilicns, des Pectinicornes et des Lamellicornes.
La nymphe du Telephorus rufipes. — Ainsi que je l’ai dit au début de cet article, la nymphe du Telephorus rufipes est d’un beau rose. La tête est inclinée sur l'abdomen, les mandibules, les palpes maxillaires ri les tarses sont bien visibles. Les yeux, d’abord d’un brun très clair, deviennent rapidement d’un noir foncé. Les antennes passent derrière les deux premières paires de pattes en se repliant de telle sorte que leur extrémité vient toucher celle des palpes maxillaires.
Le Telephorus rufipes , insecte parfait, nymphe vue de trois quarts et de profil.
Les élytres, un peu plus courtes que les ailes inférieures, recouvrent, ainsi que ces dernières, une partie de la troisième paire de pattes. Les arceaux de l'abdomen présentent un rebord et portent les stigmates à leur partie supérieure. Le dernier anneau est terminé par deux toutes petites pointes recourbées en dedans.
Je gardai dans l’alcool une des trois nymphes que j’avais trouvées et je plaçai les autres dans des conditions analogues à celles où elles étaient quand je les découvris. Je pus ainsi obtenir les insectes parfaits et suivre en entier les phases de leur coloration.
La même chose sc passa, d’ailleurs, exactement pour Tune comme pour l’autre. Voici le résultat de mes observations :
Trois à quatre jours après l’éclosion de la nymphe (celles que j’avais trouvées avaient dû éclore dans la nuit, car les yeux n’étaient pas encore colorés) , l’extrémité des mandibules se colore en carmin foncé, les yeux sont devenus entièrement noirs, le lendemain, les griffes de la dernière paire de tarses deviennent carmin clair; les ailes inférieures prennent une légère teinte grise ; le sixième jour, ces mêmes ailes sont devenues d’un beau gris ardoisé qui so voit par transparence au travers du fourreau des élytres ; les jointures, à l’endroit où la cuisse s’articule avec la patte, sont colorées on carmin; le septième jour, au matin,, les ailes du dessous sont d’un noir d’ardoise, légèrement nacré ; les pattes sont un pou colorées et les tarses, surtout ceux de la dernière paire, ont pris une teinte très foncée. L’extrémité de l'abdomen se nuance un peu ; toute la partie de la tète comprise entre les yeux et le corselet est noirâtre. Le même jour, au soir, la nymphe, dont la coloration générale est devenue plus foncée, s’est complètement retournée et affecte de ne pas vouloir changer de place.
Le huitième jour, au matin, i’insecte quitte sa dépouille, mais ses pattes sont sans force pour le soutenir; toutes les parties du corps ont acquis la teinte qu’elles doivent avoir, sans que, toutefois, cette couleur ait atteint son maximum d’intensité. Seules, les élytres, qui ont pris leur position normale, sont encore transparentes et blanchâtres. Petit à petit elles se colorent en passant du brun au noir, légèrement rendu grisâtre par la fine pubescence qui les recouvre.
Les ailes inférieures, qui ne sont pas encore entièrement déplissées, dépassent un peu les élytres et sont encore adhérentes a la dépouille nymphalc qui est noirâtre et toute froissée. Ce sont évidemment ces ailes fines que l’insecte a le plus de peine à dégager, observation que j’ai déjà signalée tout particulièrement en parlant de la transformation de la nymphe de la ■Cétoine dorée (Voir Naturaliste, n° 60 du 1" septembre 1889).
Tout d’un coup, l’insecte, pendant que je l’observe, se met sur ses pattes par un mouvement brusque, puis il étend ses antennes, sc met en marche et quitte définitivement sa dépouille.
Cependant, il n’est pas encore bien robuste. 11 retombe bientôt sur le dos. où il reste étendu les pattes repliées; ce n’est que
vers le treizième ou le quatorzième jour après le changemen en nymphe que le Téléphore est en mesure de sortir alertement de sa retraite.
Louis Planet.
CHRONIQUE
Muséum d’histoire naturelle. — M. Stanislas Meunier, docteur ès sciences, a commencé samedi dernier 23 mai, à 4 heures et demie précises, dans l’amphithéâtre de minéralogie du Muséum d’histoire naturelle du Jardin des Plantes, une série de leçons publiques sur les méthodes de reproduction artificielle des minéraux. Le cours continuera les mardis et samedis suivants, à la même heure. — M. Georges Ville a ouvert le cours do botanique le mardi .’i mai dernier, à 3 heures et un quart, dans le grand amphithéâtre. 11 présentera un tableau général des conditions qui règlent la production des végétaux et fera l’histoire des trois périodes traversées par l’enseignement de la Physique végétale au.Muséurp depuis sa création. Le çqurs sera à la fois théorique et expérimental. Le professeur traitera avec le plus grand détail do l’art de diriger les cultures dans le sable calciné, dans une série do conférences données au Laboratoire de physique végétale. (Rue de Buffon, 45 bis.) — Les conférences au champ d’expériences de Vincenncs commenceront le dimanche 21 juin.
Le Pollux. — Tout le monde connaît ce minéral très rare qu’on appelle Pollux et qui, chose remarquable, est le seul minéral qui contienne de l’oxyde de cæsium. Le Pollux n’avait été rencontré jusqu’à ce jour que dans l’ilc d’Elbe, en compagnie du Castor. M. des Cloizcaux signale que des échantillons de' Pollux ont été trouvés dans la Caroline du Nord, et qu’ils sont absolument semblables comme composition etc.omme aspect au Pollux de l’ilc d’Elbe. Le Castor n’a pas encore été rencontré ailleurs que dans l’ile d’Elbe.
Remarques sur les reptiles de France. — « Il m’est arrivé bien souvent de chercher les reptiles dans les bois des plateaux situés sur les collines qui bordent la vallée de l’Oise. Un moyen rapide de savoir do suite s’il faut prendre des précautions, c'est de voir si le reptile est long ou court. Est-il long, c’est une couleuvre : pas do grandes précautions à prendre. Est-il court, c’est une couleuvre ou une vipère; il faut alors faire attention. J’ai vu souvent des reptiles endormis. La couleuvre à collier dormant le matin, à huit heures, vers Pâques, par exemple, décrit au moins trois cercles concentriques, la tète au milieu de la courbe centrale, le cou fléchi, de façon à ce qu’un des anneaux de son corps lui serve d’oreiller, de traversin. Je n’en ai pas vu d’accouplées. Les œufs de la couleuvre sont parfois en si grande quantité, quand la mère est do grande dimension, qu’on en remplirait presque un panier : soit 200 olives transparentes. Une chose curieuse aussi, c’est la dépouille épidermique de la couleuvre à collier. Tout y est, jusqu’à la cornée elle-même. Il n’y a d’ouverture qu'aux narines. La bouche et l’anus restent également ouverts dans cette dépouille épidermique. Mais je crois pouvoir ajouter une chose, c’est que le bout de la queue manque toujours. Ainsi, une peau abandonnée par une couleuvre .contient jusqu’à l’épithélium de la cornée, mais ne contient pas le bout do la queue, à partir du voisinage de l’anus, du moins dans les échantillons que j’ai observés. C’est d’ailleurs ce qui se passe chez les serpents à sonnettes, puisque ce sont précisément les bouts de l’épiderme de la queue qui, restant chaque année sur l’animal, forment autant do segments, autant do grelots que l’animal a d’années d’existence. Je vous donne le résultat de mes observations; mais ce n’est pas à dire pour cela qu’elles soient absolument exactes. Voilà ce que j’ai vu ; d’autres ont peutêtre vu autre chose. (Dr Bouoon.) »
La Société anthropométrique de Philadelphie. — Sous ce titre, il vient de sc fonder à Philadelphie une société qui s’est donné pour programme l’étude du cerveau des membres décédés par les survivants. Depuis nombre d’années déjà, une association analogue, la Société mutuelle d'autopsie, existe à Paris. Cette société s’adresse, sans distinctions sociales, politiques ou religieuses, à tous ceux qui, ayant souci de la scienco et de l’humanité, ont à cœur, après s’ètrc efforcés d’étre utiles à leurs semblables pendant la vie, de l’étre encore après la mort. Dans la pensée do scs membres, il ne s’agit pas seulement do faciliter les investigations nécroscopiqucs circons-
tanciées capables de préciser posl mortem... un diagnostic resté indécis, il s'agit surtout de permettre de déterminer les rapports qui ne peuvent manquer d’exister entre la morphologie de l’organe de l’intelligence, le cerveau, et les manifestations de l’entendement, les fonctions physiologiques de cul organe. (Revue de l’Ecole d’anthropologie.)
Nouvelle Revne d’histoire naturelle. — Signalons l’apparition d’une, nouvelle publication : la Revue des sciences naturelles de l’Ouest. Cette Revue paraîtra tous les trois mois par livraisons de 64 à 80 pages ; elle publiera des travaux accompagnés, s’il y a lieu, de planches et de figures.
Mimisme. — M. L. Fairmaire a présenté dernièrement à scs collègues de la Société entomologique de France un exemple intéressant de mimisme; c’est un coléoptère, le Lithinus nigrocristatus Coq., de Madagascar, avec un rameau couvert d’un Lichen reproduisant la sculpture et la coloration de l’Insecte.
Soutenance de thèses pour le doctorat ès sciences naturelles. — M. E. Bataillon, notre collaborateur, préparateur de zoologie à la F u ulté des sciences de Lyon, - rntenu devant la Faculté des sciences de Paris deux thèses sur les sujets suivants : lr« thèse : Recherches anatomiques et expérimentales sur la métamorphose des amphibiens anoures. — 2° thèse : Propositions données par la Faculté : Botanique : La respiration chez les végétaux. — Géologie : Le pliocène dans les régions septentrionales et méridionales de l’Europe. M. Bataillon a été déclaré digne d’obtenir le grade de docteur ès sciences naturelles.
Congrès de l’association française pour l’avancement des sciences. — Le prochain Congrès de l'Association française pour l’avancement des sciences doit se réunira Marseille, du 17 au 24 septembre 1891. M. A. -F. Marion, directeur de la station zoologique de Marseille est appelé à présider cette année la 10e section (Zoologie, Anatomie et Physiologie). M. Marion serait très obligé aux auteurs de vouloir lui faire connaître le plus tôt possible les titres des mémoires ou communications qu’ils auraient l’intention d’y présenter, afin que le programme de la session qui paraîtra très prochainement en contienne l’indication.
Un Isaria, parasite du ver blanc. — M. A. Giard, qui poursuit toujours scs éludes sur la destruction des insectes nuisibles par les champignons entomophvtes, vient d’essayer avec succès la culture d’un Isaria sur divers milieux artificiels, après avoir vérifié que les spores de cet Isaria communiquaient rapidement la maladie aux vers blancs et aux larves de Tenebrio molitor. Mais pour l’utilisation pratique dans les champs et prairies, il serait très désirable de pouvoir faire des cultures sur milieux liquides destinés à l’irrigation des territoires ravagés par le ver blanc. M. Giard a commencé des essais dans ce sens, soit à l’aide du moût de bière, soit à l’aide de décoctions de crottin de cheval. L 'Isaria du ver blanc est sans doute plus répandu qu'on ne le pense, et il faut peut-être attribuer à ce cryptogame la disparition momentanée du hanneton dans des localités où il avait longtemps existé en abondance. Do plus, cet Isaria parait se développer on toute saison.
LIVRES NOUVEAUX
Catalogue des Coléoptères d’Europe ( Catalogus Coleoplerorum Europæ, Cuucasi et Armeniæ rossicæ), par Heyden, Reit-
TER CtWEISE (1).
En publiant ce nouveau catalogue des Coléoptères d’Europe, les auteurs viennent de combler une lacune souvent déplorée : dans l’état actuel de la science, il n’existait pas en effet de catalogue complet. Comme le disent les auteurs dans leur préface, ce catalogue comprend la liste complète des Coléoptères d’Europe décrits jusqu’à ce jour, avec la synonymie, la bibliographie et la mention des pays d’origine. Les limites fauniques sont : à l’est, les monts Ourals, le fleuve Oural et la côte occidentale de la mer Caspienne, jusqu’au Lcukoran, et, au sud, le fleuve Araxe, l’embouchure du Tcharouk, la mer Noire, et la Méditerranée ; ces limites ne sont dépassées que pour quelques insectes récoltés depuis peu dans l’archipel des Sporades.
Les collaborateurs de la rédaction de ce catalogue ont été : M. L. Ganglbauer, pour les Carabiqucs; M. le Dr Von Heyden,
(1) Un volume de 400 pages, 12 fr. 50 ; franco, par colis postal 13 fr. 35. Le même catalogue disposé pour servir d’étiquettes pour collections, 18 fr. 75; franco, par colis postal, 19 fr. 60. En vente aux bureaux du journal.
pour les Dytiscides aux Hétérocérides inclus et des Cébrionides aux Elatéridcs inclus ; M. le Dr Ed. Eppelsheim, pour les Staphylinides; M. Reitter, pour les Psélaphides aux Elatéridcs inclus, et les Cerambycidos ; M. Weise, pour les Curculionides aux Coccinclleidcs. MM. L. Budel et Fauvel ont également collaboré à l’ouvrage.
Etude sur la fourmi domestique à Reims, par Au. Belle-