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ENTOMOLOGIE APPLIQUEE » L'AGRICULTURE

MŒURS ET METAMORPHOSES DE L’ERASTRIA SC1TULA, Rambur. (Lépidoptère nocturne).

L’insecte, dont nous allons décrire la vie évolutive, est un Lépidoptère nocturne du groupo des Noctuelles (Érastrides),

dont les première et deuxième phases se passent sous le couvert d’une coque que la chenille traîne après elle durant son existence, et qui lui sert plus tard, lorsqu’cst venu le moment de sa deuxième transformation, à mettre à couvert la chrysalide.

Coque : longueur, 7 millimètres, largeur 4mm 1/2.

Formée des débris des dépouilles du Lccanium olcæ, juxtaposées les unes contre les autres et maintenues par une légère membrane grise paraissant en partie formée d’un réseau soyeux de fils entrelacés, la coque à la forme d’un bateau renversé ; l’intérieur en est lisse.

Pareille aux sauvages qui ornent leur corps des peaux des oiseaux qu’ils viennent d’abattre, la chenille dont nous allons donner la description prend, pour orner sa carapace, les coques vides des coccus dont elle s’est repue.

Chenille Longueur 6 millimètres, largeur 4 millimètres.

Corps charnu, épais, cylindrique, rougeâtre, atténué à sa partie antérieure, fortement renflé à l’extrémité opposée, avec poils bruns clairsemés.

Tête lisse, écailleuse, en partie enchâssée dans le premier segment thoracique, noire luisante, avec quelques longs poils épars sur la surface, légèrement excavée au milieu de sa région postérieure où elle reçoit une pièce membraneuse pâle formant corps avec le premier anneau thoracique; épistôme transverse, tcstacé pâle; labre gris pâle, pubescent, en demi ovale; mandibules cornées, ferrugineuses, à extrémité noire, quadridentées, creuses vues de profil ; mâchoires peu apparentes formées d’un lobe, cilié intérieurement; palpes maxillaires de trois articles testacés, annelés de brun à l’extrémité, les deux premiers gros, coniques, le troisième grêle â extrémité obtuse; menton gris pâle trapézoïdal, pubescent, fortement charnu et comme boursouflé, ceint dans scs lignes d’un trait brun; languette triangulaire, encadrée de deux petits palpes dont la direction est intérieure : entre les palpes labiaux et les palpes maxillaires sont deux petits filets noirs â extrémité très déliée; antennes de deux articles émergeant d’un tubercule â base testacée; premier article conique, gris clair à extrémité noire, deuxième cylindrique, noir, â extrémité brune ; ocelles bruns, cornés, au nombre de quatre, disposés en demi-cercle en arrière des antennes.

Segments thoraciques charnus et rougeâtres, lisses et luisants, un peu pubescents de gris ; premier segment enchâssant une partie de la région postérieure de la tête qu'il dépasse en largeur, un peu plus rougeâtre que les deux segments suivants, portant en son milieu deux plaques écailleuses noires séparées par un trait rougeâtre ; les deuxième et troisième segments, un peu plus gros que le premier, sont incisés transversalement; une incision en demi- cercle, au milieu de chaque anneau, et des rides latérales, formant dans leurs intervalles de légères boursouflures.

Segments abdominaux. Les cinq premiers participent de la forme et de la couleur des deux derniers segments thoraciques, tout en augmentant de volume : les quatre suivants diminuent au contraire de volume, se terminent circulaircmcnt en forme de couronne dont le sommet affleure la région dorsale; le dernier anneau testacé pâle porte une double couronne de crochets bruns au centre desquels est l’anus : le rôle de ces crochets est de maintenir la chenille dans sa coque.

Dessous déprimé jusqu’au huitième segment, avec de fortes incisions et de fortes rides formant boursouflure dans l’intervalle; â partir du neuvième, les anneaux se relèvent pour se terminer en diminuant au douzième et dernier â la couronne de crochets signalée ; les deux derniers sont pubescents, le pénultième porte deux impressions en forme de fossettes.

Pattes thoraciques grises et membraneuses en dessous, noires et écailleuses en dessus, naissant d’une pièce cardinale mamelonnée; de trois articles, les deux premiers coniques avec quelques petits poils gris clair, le troisième brun clair terminé par un onglet acéré.

Pattes membraneuses au nombre de deux paires placées aux huitième et neuvième segments, formées de deux pièces, la première en forme de tubercule avec quelques cils bruns sur les côtés, la deuxième en forme d’éventail, surmontée d’une couronne de crochets très rapproches.

Stigmates ovales, gris, à péritrème roux.

C’est en juin, sur les oliviers des environs de Ria (Pyrénées- Orientales), alors que le Lccanium olcæ a acquis son plus grand développement, que se montre la chenille du Thalpocares scitula ; jusqu’à cette époque, coccus et chenille à peu près semblables en taille, en forme et en couleur, se confondaient sur les feuilles et sur les brindilles des oliviers ; dès le mois de juillet la . coque de la chenille est le double de celle du Lecanium, cl |

quoiqu’elles soient encore toutes deux ressemblantes, un peu d’attention permet de les distinguer l'une de l’autre ; à partir de la fin de juillet, il ne saurait y avoir de méprise, la carapace de la chenille dépasse de six à huit fois de volume celle du coccus. Au reste, un trait différentiel les distingue toutes deux à tout âge, la première se meurt, progresse, le deuxième reste toujours immobile.

La marche de la chenille est vive; durant son trajet, elle tend des fils qui lui servent à se maintenir suspendue lorsqu’elle tombe de l’arbre. C’est par une des extrémités qu’elle entame les téguments de sa victime immobile et incapable de se défendre; de scs mandibules, elle attaque la couche dermique, la perfore et plonge dans le corps qui lui sert de nourriture ; dès qu'une coque est vidée, elle se met à la recherche d’une autre, la vide encore, cette activité se continuant tant que le rameau nourricier renferme des moyens d’existence; puis elle gagne un autre rameau le débarrasse à son tour de ses parasites, passant ainsi d’un rameau à un autre tant que dure sa vie larvaire, de telle sorte qu’il suffit de quelques chenilles pour dépouiller de la vermine qui la tue une grande branche d’olivier.

Fin juillet, arrivée au terme de sa première évolution, la chenille quitte le rameau, descend le long des branches, et si, dans son parcours sur le tronc, elle trouve un dessous d’écorce, un interstice, un creux susceptible de la mettre à l’abri de l’eau et du soleil, elle s’arrête à cet endroit : la place choisie est débarrassée de ses parties saillantes et raboteuses, elle est tapissée d’une couche de fils de soie qui fixent en même temps les parois intérieures de la coque contre le plan de position ; ainsi abritée, elle se prépare à subir sa transformation en chrysalide ; si le tronc de l’olivier ne lui offre pas un gîte assuré, elle descend au pied de l’arbre, et là, au ras du sol, contre une pierre, sous une motte de terre, elle s’installe en utilisant et en employant les mêmes moyens.

L’état transitoire par lequel la chenille passe pour arriver à sa morphose dure quatre à cinq jours, au bout desquels apparaît la chrysalide.

Chrysalide. Longueur G millimètres, largeur 3mm 1 '2 à 4 millimètres.

Corps cylindrique, brun rougeâtre, plus pâle au fourreau des ailes et aux derniers segments, atténué à l’extrémité postérieure laquelle se termine par une demi-couronne de six soies rougeâtres, à bout en forme de patte; contre la base de la demi-couronne est une rangée de fortes spinules noirâtres; une autre rangée de quatre autres spinules de même couleur dont les deux médianes sont plus courtes fait suite; d’autres spinules noires, courtes, éparses, ornent la région dorsale des trois derniers arceaux ; l’anus, dont la fente est longitudinale, est sis entre deux petits bourrelets de couleur un peu plus accentuée que celle du fond; les antenucs glissent entre les bords des ailes supérieures et la deuxième paire de pattes; les stigmates sont roux à péritrème brun : le reste du corps n’olîre aucune autre particularité digne de remarque. La demi-couronne de crochets vers laquelle sont re’oulécs les peaux chiffonnées de la chenille, sert à la chrysalide â se fixer contre la coque.

C’est dans le courant du mois d’août qu’a lieu l’éclosion de la

chrysalide; presque aussitôt après suit l’accouplement.

Adulte. Trouvé pour la première fois dans les Pyrénées- Orientales, où il n’est pas rare, en particulier dans les olivettes des environs de Ria; il a été décrit et figuré par Rambur (An. .S oc. ent.fr., 1834), puis par Duponchel (suppl. vol. 3, pl. 47 f. 4), et en dernier lieu par Berce ( Lépidopl . de France, 1870,

P Les premiers états ont été décrits et figurés par Millièrc Soc. franç. d'Enl. 1884, p. 1, pl. 1, s- f- 1-4), mais un peu succinctement.

Étant donnée la conformation particulière de la chenille, nous avons cru devoir nous étendre un peu plus longuement; de plus, décrire la chrysalide, ajouter, enfin, aux observations connues, quelques traits de mœurs complémentaires.

D’après Millièrc, la chenille vivrait aux dépens des Coccides, qui sont particuliers aux figuiers, aux pêchers, aux lauriersroses. Cet auteur a été induit en erreur lorsqu’il dit (loc. cil.) :

Cette chenille exerce ses ravages parmi les Cossus, Hyménoplèves y elc. »

C’est un hémiptère, homoptère du groupe des Coccides, le Lccanium oleœ, Bernard, qui forme exclusivement la base de la nourriture de la chenille de l’E. Scitula, hémiptère qui vit aussi bien sur l’olivier que sur l’oranger, sur le figuier ou sur le laurier-rose.

Aux environs de Ria, localité où U nous a été donné de taire

id des services inappréciables en débarrassant les rameaux des oliviers des innombrables Lecanium qui infestent l’arbre, l'affaiblissent au point d’en épuiser la sève, et le rendent par suite improductif.

En débarrassant l’arbre des générations de parasites sans cesse renaissantes, un double effet se produit: la Morfée (fumagine), autre maladie qui n’envahit les oliviers que s’ils sont déjà atteints par le Lecanium et qui achève de les ruiner, disparait à son tour.

Nous avons donc dans la chenille de l'Erastria scitula un auxiliaire des plus précieux.

Capitaine Xamiïeu.

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