LE ROLE DU FOIE CHEZ LES ANCIENS- - ALLÉGORIE D’ARISTÉE
La découverte de la fonction glycogénique du foie est une des plus belles conquêtes de la physiologie. Elle a aidé à se rendre compte d’un grand nombre de maladies dont elle a indiqué par suite le traitement rationnel ; elle a conduit à la démonstration de l’influence capitale des
sset:
5 (Diabète expérimental, polyurie, etc.), iter une fois do plus l’identité des fonctions chez les êtres vivants, les animaux comme les plantes pouvant produire de la matière sucrée. Cette française est due à l’illustre Claude Bernard pourra jamais là lui contester.
Toutefois, il m’a paru intéressant de rechercher si notre grand physiologiste n’avait pas eu de précurseurs; si avant lui, la fonction glycogénique était demeurée complètement
inconnue et quelles idées on se du foie dans l’économie.
Le foie occupe un tel volume dans le corps que les anciens lui attribuaient un rôle capital ; pour eux, en effet, l’importance des organes était proportionnelle à leur grosseur. L’école romaine le considérait comme un des quatre domiciles de la vie. ■( Cor, cerebrum, pulmones, jecur; hæc pnim sunt domicilia vit». » (Cic., Nat. Deorum, i, 35.)
Remarquons en passant que les langues saxonnes reflètent toutes la même idée. En allemand, le mot foie se traduit par le ber et provient du radical leb, leben, vivre ; de même que le mot anglais correspondant hiver provient de Live, vie. MM. Chauveau et Kauffmann, dans une note à l’Institut (1S86), ont démontré que la cause primordiale de la vigueur musculaire provenait du sucre formé dans le foie. Plus le muscle produit de l’énergie, plus il consomme de la matière sucrée. Dans les langues saxonnes, le mot vigoureux s’exprime par les termes lebhast et lively dans lesquels on retrouve intacts les radicaux qui expriment simultanément la vie et le foie.
Pour tous les anciens, sans exception, c’était du foie que provenaient les excitations physiques les plus violentes, il était le siège des passions et l’origine de toute vigueur.
Ferventes diffîcili bile tumet jecur.
(Hor., Od., i, 13.)
De quelle colère brûle ton foie desséché, dit Juvénal: Quanta siceum jecur ardcat ira! ( Juv ., i, 45.) C’était principalement l’amour qui résidait dans ce viscère et l’importance de l’organe correspondait bien à l’importance de cette passion qui domine et dirige le plus souvent toutes les autres. « Cogit amare jecur », c’est le foie qui excite à l’amour, disait-on. « Si torrerc jecur quæris idoneum », répétait Horace, et il ajoutait ce vers qui peint bien les mœurs d’alors :
Non ancilla tuum jecur ulceret ulla puerve.
(Hor. Epit., i, 18, 72 )
Qui ne se rappelle encore cette phrase si curieuse d’Anacréon : L’amour tendit son arc et me frappa au milieu du foie. Ce qu’il y a d’intéressant à remarquer, c’<
s plus
unsi que, dans le Midi, quand la troisième fois, on dit que scs mortes parce qu’il avait le foie Abio lé fédgé tro caoùt!
En définitive, maintenant que nous connaissons le vrai rôle du foie dans l’économie et l’importance de cet organe dans la énergio, ne pourrions-nous pas dire ■ Cogit amare jecur 1» En plaçant le siège
Le foie étant
remarquable ■
l’examiner afin d’en tirer des présages. En sanscrit le mot Hari signifie couleur verte, et les Romains nommèrent Harispex, Aruspices les individus chargés de prédire l’avenir par l’inspection du foie et de la partie de l’intestin grêle où se déverse la bile et qui est ordinairement colorée en vert-jaunâtre. L’étymologie du mot foie lui-même révèle un fait des plus
que sous le nom de jecur; mais, lorsque enrichis par leurs conquêtes ils dépensèrent des sommes folles pour leurs habitations, vêtements, plaisirs, les raffinements culinaires ne connu-
de l’époque, un certain possédait plus qu’un million dont tout le monde connaît les exploits a laissé un traité intitulé : De re culinaria. Il nous apprend entre autres choses combien le foie était, un aliment recherché. Afin que ce mets fut plus sucré et
jue les Romains avaient constaté fait très important de la physiologie du foie : l’acdu sucre dans cet org; cet usage dans une de ses satires :
Pinguibus et ficis pastum jecur anseris a)
Dans les menus, on annonçait les foies d’o avec des figues par le terme \ jecur ficatum, et comme cela se produit presque infailliblement, le nom scientifique disparut devant le qualificatif, et le mot ficatum (sous-entendu jecur ) désigna le foie considéré comme aliment. Par suite d’une transformation successive dans les langues d’origine latine, le nom ficatum devient fegato (italien) et iligado (espagnol) ; et defegato dérivèrent les termes fedgato , fëdg'e, foie.
Si nous passons du domaine de la linguistique dans celui de la Mythologie, noui dignes d’attention.
On ne doit plus considérer, en effet, la mythologie i simple tissu de fables ou comme la somme des rêveries plus ou moins poétiques et fantastiques créées par l’imagination des peuples primitifs. Les faits scientifiques observés étaient transen générations dans les
générations dans les castes religieuses, dépositaires jalouses de leur savoir. On les cachait au peuple afin de pouvoir le dominer plus facilement. Du reste, fort souvent, le vulgaire n’aurait pas été à même de comprendre, et les quelques faits qu’on voulait bien lui présenter lui étaient toujours cachés sous des allégories plus ou moins brillantes. Les poètes s’en emparaient volontiers et les répandaient dans les masses; aussi les nommait-on quelquefois vates, parce qu’ils parlaient la même langue dont se servaient les devins et les prêtres des dieux, très souvent leurs maîtres et leurs initia-
C’est Virgile qui nous apprendra par qui fut d même peut-être bien avant l’apparition de l’hom terre, la fonction glycogénique du foie. Avec pourrons répéter alors : « Je sais, je sens que toute parole de Virgile, de ce grand poète sacré, a une valeur très grave, une autorité que j’appellerai augurale et pontificale. »
livre des Géorgiques que nous avons tous de l’école, nous trouvons l’histoire d’Atrès bon, courageux. 11 était fils de la nymphe Cyrène et d’Apollon, dieu de la médecine et des arts, père d’Esculape et type parfait de la beauté toujours jeune. Apollon confia aux muses l’éducation d’Aristéc qui fut instruit par elles dans l’art de la médecine et de la divination. Aristée représente donc la personnification primitive des sciences naturelles et médicales, sciences qui permettent souvent de prévoir la marfche future des maladies et des passer ainsi pour devin c seigna aux hommes la culture de l’olivier et l’élevage des abeilles. C’est encore une allégorie charmante pour exprimer que les résultats do l’étude des sciences naturelles sont aussi bienfaisants que l’huile et aussi doux que le miel.
Par ses études, Aristée fut amené à supprimer en partie, dans la nature, l’intervention immédiate des divinités et il se trouva ainsi en désaccord Une allégorie nouvelle noi
Eurydice personnifie le révélateur des mystères sacrés et le c
lateur religieux. Aristée s’occupant un peu trop usa involontairement sa mort. C’est l’effet na
merveilleux et :
iturels et chaque page de la physiqti
que les plus puissants efforts pour sortir de la ne et des erreurs sont méconnus et trop souvent accueillis
i jour ou l’autre la lumière reparaît plus belle et plus vive elle sur les ruines des idées
En attendant, Aristée pleure, c’est dans l’ordre de la nature;
int abattre. Il invoque sa mère, c’est-àdu passé et l’expérience acquise. Mon lils, dit Cyrènc, va trouver le vieux Protée, il toutes les façons a illusions et de t’effrayer, il manières, en eau, en leu, et
Yariæ illudent specics atque ora ferarum,
Fiet enîm subito sus horridus, atraque tigris,
Squamosus draco et fulva cervicc lteena .
Mais ne crains . . - : -le le plus tn plu» fart, il te dira
Sed quanto ille maris formas se vertet in Tanto, nate, ma Tu triompheras de tes faiteur de l’humanité. Qu'était-ce que Prêtée? La plus belle de toutes les personnifications de la nature, se transformant de toutes les manières, se retrouvant toutefois identique, soit dans l’eau, le feu, la terre, les monstres mêmes. La nature à qui on doit toujours s’adresser en dernier ressort et qui ne livre ses secrets qu’au savant que les difficultés n’intimident point et qui sait resserrer de plus en plus les expériences jusqu’à l’acquisition de la vérité. Diderot a développé la du vieux Protée sous 'une forme moins énergiqi duisante. a La nature, dit-il, est une femme qui aime à se travestir et dont les différents déguisements laissant échapper tantôt une partie, tantôt une autre, donne quelque espérance à ceux qui la suivent avec assiduité de connaître un jour toute
Qu’apprit Aristée dans l’étude de la nature, dans ce livre toujours ouvert?
La saison était très rigoureuse, fleurs pour butiner et elles mour;
Amissis, ut fama, apibus Aristée choisit huit jeunes
qu’il signale et c’est une lait et de l’explication que
du
gorie d’ Aristée On récolte les essaims en les attirant avec ces régions où le Nil couvre la terre de ses
miel que
servir à l’histoire des Insectes » (1734-1742), raconte une histoire analogue : Lorsque le temps est mauvais, on voit, dit-il,
d’un sirop
: que l’on place près de leurs ruches ; quelqucans les boucheries du village, sur les foies des des veaux, et quand elles rentrent à
animaux, mais là où ils lion, c’est lorsqu’ils croyaient que les 1 de la substance même du foie. Virgile peut-être n’t point ces idées de génération spontanée et a-t-il voulu simplement indiquer que le savant est maître de la nature cl qu’il sait tirer la vie de la morl
je propose de l’allé-
la ruche, elles ont toutes une petite goutte :
En résumé, et pour conclure, la découverte de la fonction glycogénique du foie, attribuée à Claude Bernard, est d’origine bien plus ancienne; on doit la faire remonter non seulement aux Egyptiens, mais aux époques géologiques où, pour la première fois, des hyménoptères ou des diptères, amateurs de liquides sucrés, se trouvèrent en présence de viscères de mam-
M. Giard, dans un article intitulé : La fonction glycogénique du foie découverte par les guêpes (Bull. sc. du Mord, 1875) fit ressortir cette observation de Réaumur qui « eût pu mettre sur la trace de la belle découverte de la glycogénie. Malheureusement l’esprit des entomologistes est compter les poils de la patte d’un i