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LE PARASITISME CHEZ LES ANIMAI \ ET CHEZ LES PLANTES

Suite et fin.)

2. . — Nous avons étudié précédemment les divers genres d'endoparasitisme. Si nous passons maintenant à l’ectoparasitisme, nous trouverons d’abord avec le premier une différence essentielle :

Tandis que l’endoparasite, logé dans un organe ou un tissu, se laisse vivre, se faisant gorger par un hôte complaisant malgré lui, l'ectoparasite est un être actif ; il n’attend pas que les aliments viennent d’eux-mêmes à sa portée, mais fixé sur son hôte, il va au-devant d’eux.

C’est pour cela que les Copépodes établissent une transition ; ils possèdent un siphon, preuve certaine qu’ils mettent à profit cet adage : << Aide-toi, le ciel t'aidera.

Si nous les avons rangés dans le groupe précédent, c est que d 'ordinaire, ils sont parasites internes et offrent des adaptations concordantes.

De plus, ce sont des Arthropodes, et l'ectoparasite, le plus souvent, appartient à une classe relativement élevée des Crustacés Amphipodes et Décapodes, des Arachnides acariens, et la puce, un insecte; du côté des plantes, le Gui ( Viscum album) (fig.) de nos ancêtres gaulois.

Sur eux aussi, le parasitisme a eu une influence modificatrice, les antennes des Crustacés, en particulier, s’atrophient ou se replient en zig-zag, tandis que les péreiopodes (1) se transforment en crochets.

Le végétal conserve sa chlorophylle, mais pousse ses racines dans le tissu de l'arbre qui le porte.

Somme toute, ils n’offrent rien d’attrayant, et nous n’insisterons pas à leur sujet (2).

Parasitisme indirect

Plus intéressants que les ectoparasites, plus intéressants peut-être que les endoparasites, mais d’un intérêt ont autre sont les parasites indirects.

Ici, l’adulte est libre, il folâtre joyeusement dans l’air quand le soleil darde ses plus brûlants rayons, mais il fait de ses fils des parasites involontaires. Il a ses raisons pour cela.

Comme d’autres assurément, il pourrait accumuler autour de la ponte des provisions succulentes ; il veut pour ses larves des plats toujours très frais, un légume sur pied, une chair palpitante.

sont surtout des Hyménoptères (I), les uns s’attaquent aux plantes, les autres aux animaux.

Tout le monde connaît les galles du chêne et autres arbres, produites par des Tenthrédinidés ou des Cynipidés,en particulier, cette excroissance chevelue, le bédégar, qui a pour auteur le Rhodites rosæ .

Le procédé mis en usage est fort simple : le moment de leur ponte correspond à l’époque du bourgeon, ils piquent ce dernier, et en même temps qu’ils y déposent leurs œufs, déversent dans le tissu parenchymateux un liquide âcre. L’acide détermine un afflux de’ suc végétal gonflant l'œuf et amenant fortement au contact les écailles épaissies du bourgeon qui devient un corps charnu, la galle (2).

La manière d’opérer est donc fort primitive ; il n’en est plus de même chez les Hyménoptères qui s’adressent aux animaux, et l’on dirait vraiment que ces curieuses bestioles ont passé leur vie dans l’étude difficile de l’anatomie.

Les uns, des Cynipidés plongent leurs œufs dans la cavité viscérale d’une chenille, mais sans la tuer pour cela; bien plus, la larve qui naîtra dévorera prudemment son hôte, se gardant de toucher aux organes délicats. Elle permet ainsi à son garde-manger ambulant d’arriver à la phase chrysalide. Mais alors le Cynipide a atteint son état parfait, il brise la paroi de sa prison et s’échappe à l’air libre, laissant derrière lui un cadavre.

auffés, les Bembex, agissent plus merveilleusement encore; ils construisent un nid et l’approvisionnent. M. J.- H. Fabre a raconté d'une façon trop remarquable les faits et gestes de ces insectes pour oser, après lui, ébau.

cher un tableau. Nous avons tous admiré par sa plume cette intuition, cette science héréditaire qui guide l’animal ; nous sommes restés muets d’étonnement au récit de ces luttes pendant lesquelles l’habile Hymé noptère, enlaçant étroitement son antagoniste, le frappe à plusieurs reprises et le paralyse du coup, enfonçant son dard empoisonné dans les ganglions nerveux de sa chaîne ventrale ; tous, nous nous sommes extasiés devant l'extrême précision de certaines

La plante n’offre rien de semblable. A-t-elle besoin d’ailleurs de se préoccuper des graines qu’elle porte? Aussi les parasites indirects appartiennent-ils exclusivement au règne animal, à la classe des insectes; ce

(t) Nous laissons de côté les (Kstres cl, autres Diptères, satellites insignifiants du parasitisme indirect, qui déposent leurs œufs sous la peau do certains Mammifères.

(2) Certains auteurs prétendent que la présence seule de l’œuf suffit pour déterminer l’afflux de sève.

espèces, poignardant la victime trois fois et non plus, chaque coup paraissant porter sûrement où l'insecte le veut.

Puis, la larve à son tour, pareille à celle du Cynipide, dévore lentement sa proie, évitant d'entamer les centres de la vie pour garder fraîche jusqu’au bout la chair que lui laisse la mère.

Y a-t-il science'? y a-t-il instinct? Ce n’est pas le moment de discuter la chose. Constatons seulement ce merveilleux phénomène et laissons de côté — bien qu’à regret — ces brillants anatomistes.

L’homme, comme on pourrait le croire, n’a pas inventé le commensalisme; il a tout uniment copié l’animal — tant il est vrai que le singe nous est proche parent!

Le commensal a bien toujours pour but de vivre aux dépens d’autrui, mais il ne se nourrit pas du corps dosa victime, il s’assied à la table de 1 hôte et dévore vivement les vivres que ce dernier réservait pour lui-même. C’est, en particulier, le cas du Pinnatherus pisum.

Crustacé Décapode Brachyure qui, vivant entre les valves des Moules, détourne à son profit les proies diverses attirées par le mollusque.

Tel est le commensal direct, d'autres agissent pour leurs larves.

Certains Hyménoptères Chrysididés déposent leurs œufs dans le nid du voisin — un Fouisseur d’ordinaire — qui nourrira l’intrus avec ses propres rejetons. Le Coucou d’Europe (Cuculus eurupæus) ne procède pas autrement. De même fait le Malathrus, oiseau d’Australie ; mais, chose digne de remarque, ce dernier ébauche parfois un nid, jamais il ne l'achève, il est vrai. Il y aurait là pour le philosophe sujet à dissertation. Gardons-nous d’aborder ce sujet dangereux.

Mutualisme

Nous voici presque au terme de notre course rapide dans le monde des parasites; c’est ici la dernière étape, nous pouvons stationner sans craindre les malfaiteurs.

En réalité, avons-nous bien là des parasites au vrai sens du mot? Vivent-ils réellement aux dépens du prochain? Ce n’est pas sans quelque hésitat.iôn que je répondrai oui.

Allant au fond des choses, pesant le pour et le contre, l’Algue et le Champignon, la Fourmi et le Puceron sont bien en réalité parasites deux à deux, parasites mutuels. C’est là l’histoire de l’aveugle et du paralytique, l’un marchant, l’autre guidant, ils peuvent aller au bout du monde ; seulement, les avantages sont inégaux.

Voici le Champignon, il n’a pas de chlorophylle, voici l'Algue, elle combine difficilement les albuminoïdes; l’un et l’autre vont s’unir et s'enlr’aider. L’Algue, grâce à la chlorophylle, va procurerai! champignon les hydrates de carbone au moyen desquels ce dernier créera les matières albuminoïdes pour l’usage de l’association qu’on nomme lichen.

Quel est des deux le plus favorisé?

La balance tend à pencher vers le Champignon, sans que l’abri qu’il procure à l’Algue contre les intempéries funestes puissent niveler complètement les plateaux.

De même, le Puceron, véritable bétail, aide à l'alimentation de la Fourmi. Celle-ci, en retour, logeant l’hémiptère, veille à ce qu'il lui soit servi copieuse pitance.

L’analogie est presque parfaite, une seule différence peut être mentionnée : l’avantage est assurément plus sérieux pour la Fourmi que pour le Champignon.

Parcourant ainsi ce monde grouillant, nous voici à 1a conclusion. Nous avons suivi dans cette étude la série descendante; le commencement n’aurait-il pas dù se trouver à la fin ?

Peut-être oui.

Certains penseront que la bête cunimè la plante n’en est arrivée au parasitisme complet, absolu, qu’après de longs tâtonnements, de longues hésitations.

Qui sait si, poussé dès l'abord dans l'éternel combat où chacun lutte pour la vie, celui que nous voyons endoparasite aujourd’hui ne fut pas alors timide mutualiste? puis, par le droit du plus fort, devenu commensal ou ectoparasite — de l’un à l’autre il n’y a pas loin — ne serait-il pas maintenant l’être apathique, dégradé, attendant, pores ouverts, l’arrivée du repas?

La question est, pour l’instant, difficile à résoudre. Aussi, préférant le certain à l’incertain, avons-nous mieux aimé montrer dès l’abord ceux d’entre les êtres qui méritaient le mieux l'épithète de parasite. Qu’ils aient été mutualistes ou commensaux, peu nons importe; pourquoi tenterions-nous d’éclairer ces ténèbres ? nous pourrions nous brûler sans y voir pour cela.

Etienne Rabaud.

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