LE CRIQUET PÈLERIN
Acridiurn peregrinum 01 iv.
Ses métamorphoses. Son parasite cryptogame
J’ai eu l’occasion d’observer cet été. en Algérie, des quantités prodigieuses de criquets pèlerins qui passaient sans discontinuer au-dessus de Mustapha et d’Alger. On était assailli lorsqu’on, sortait dans les rues. J’ai donc pu voir facilement l’attitude de ces acridiens pendant le vol.
Lorsqu’ils veulent s’envoler, ils se donnent un violent élan à l’aide de leurs pattes de la troisième paire qu’ils détendent comme un ressort et qui restent pendantes durant quelques instants. Si l’insecte veut continuer son vol et monter davantage, il replie les jambes sur les cuisses de la troisième paire de façon à ce qu’elles soient parallèles à l’abdomen. Les pal tes des deuxième ettroi-
sième paires se relèvent et s-'appliquemt contre le tho- , rax, la jambe repliée contre la cuisse. Les antennes sont dirigées en avant. Si l’insecte veut se poser, il laisse pendre toutes ses pattes et relève ses ailes, se laissant alors soutenir dans l’air à la façon d’un parachute. M. Poujade, qui a étudié l’attitude de divers insectes pendant le vol, a représenté une Locuste verte, au vol, ayant les pattes pendantes. Peut-être cet insecte replie-t-il ses pattes comme le font les cifquets pèlerins quand il veut se soutenir quelque temps dans l’air.
J'ai observé l’accouplement et la ponte des criquets pèlerins. Pour les criquets d’un même vol l’accouplement a lieu pendant plus de huit jours consécutifs, c’està-dire que tous ne s’accouplent pas le même jour. Il en résulte que les éclosions se font dans le même rapport. Ils ne s’envolent pas lorsqu’on s’approche, ils sautillent et même la plupart du temps, le mâle reste cramponné sur sa femelle. Si on les observe sans les effrayer, on voit que, pendant l’accouplement, le mâle redresse par moment ses pattes de la troisième paire et frémit véritablement de jouissance. La femelle agite aussi ses pattes postérieures, tandis que le mâle lui chàtouille en quelque sorte les côtés du thorax avec ses deux paires de pattes antérieures. Il en est de même pendant la ponte, le mâle reste sur sa femelle et ses pattes de la troisième paire sont encore agitées fiévreusement, il semble vouloir l’aider à accoucher. La femelle enfonce alors son abdomen dans le sol, même dans les terrains les plus durs, j’en ai vu sur les routes battues ; souvent elle fait des trous qu’elle abandonne sans avoir pondu, semblant ainsi vouloir se rendre compte de la nature du sol. L’abdomen s’enfonce à une profondeur qui varie entre o centimètres et 8 centimètres. Jamais je n’ai rencontré de femelle ayant enfoncé son abdomen à une plus grande profondeur, bien qu’on ait dit souvent le contraire. La femelle dépose au fond du trou une sorte de bave qui se solidifie, bave légère, blanchâtre, ressemblant à du blanc d’œuf battu. Elle dépose ses œufs et les recouvre encore de cette substance spumeuse. Les pontes ne sont pas isolées ; en général les criquets se réunissent en certains points qui peuvent avoir ime superficie de plusieurs mètres carrés ; là ils sont entassés, serrés les uns contre les autres ; il y en a même souvent trois ou quatre les uns sur les autres.
Ces grandes plaques de pontes ne sont pas distantes les unes des autres x et lorsqu’on les voit de loin on croirait qu’elles ne forment qu’une seule et immense plaque jaune.
J’ai observé en diverses localités, notamment à Palestre, où l’administrateur adjoint, M. Vecchi, s’est mis gracieusement à ma disposition, puis à Bordj Bouira où le maire, M. Paoli, m’a accompagné avec une grande complaisance pendant une journée entière, j’ai observé, dis-je, une moyenne de 35 pontes par décimètre carré, contenant chacune de 80 à 90 œufs, c’est-à-dire plus de 3,000 œufs par décimètre carré ; on peut, juger ■ de ce qu’il peut y avoir d’œufs dans des lieux où les pontés recouvrent une superlicie de plusieurs centaines de mètres carrés ; trente millions d’œufs dans cent mètres carrés !
Après la ponte, les insectes restent en général anéantis et meurent. M. Durand a constaté qu’un dixième seulement des femelles meurent après la ponte ; les survivants, dit-il, mâles et femelles prennent leur vol vers le nord et disparaissent. II en est ainsi lorsque tout
se passe naturellement, mais il y a des cas où ces acridiens meurent sans pouvoir pondre, c’est lorsqu’ils sont atteints d’une maladie cryptogamique; nous en parlerons plus loin.
Le sol où ont eu lieu les pontes est facile à reconnaître, même de loin ; il est craquelé, éclaté, effrité ; en outre, les trous de pontes sont surmontés de ces bouchons spumeux dont il a été question plus haut.
J’ai recueilli des mottes de terre contenant des œufs, il m’a été possible d’assister à l’éclosion, et ayant rapporté en France près de cent individus récemment éclos, j’ai pu suivre leurs métamorphoses jusqu’à l’état adulte, en les nourrissant avec des salades, des feuilles de choux, etc.
Les œufs, cylindriques, sont longs de sept à dix millimètres au moment de laponte, sur un à deux millimètres de diamètre. Ils sont disposés un peu obliquement dans le trou de ponte. Leur couleur est d'un gris brunâtre et leur surface est recouverte de petits linéaments blanchâtres qui ne sont autre chose que des dépôts de la substance spumeuse sécrétée par la femelle.
J’ai suivi, dans leur développement, des criquets pèlerins qui se sont abattus le 15 mai 1891 à Birmandreis, dans un champ planté en choux-fleurs dépendant de la’ propriété de M. Bigle. Ils dévorèrent tout immédiatement, à tel point qu'il ne restait que les tiges de ces plantes. Le lendemain, 16 mai, l’accouplement commença, et le 17 mai eurent lieu les premières pontes.
On laboura une partie du champ pour empêcher les éclosions, mais on réserva des champs d’expérience entourés de lames de zinc de 1 mètre de hauteur que M. Henri Paul, préfet d’Alger, mit gracieusement à ma disposition, pour mes essais sur les cryptogames parasites.
Le 3 juin, c’est-à-dire au bout de 19 jours, eurent lieu les premières éclosions, qui se succédèrent sans interruption pendant dix jours; mais dans les lieux labourés, les éclosions n’eurent pas lieu, ou furent retardées de deux ou trois jours, là où les mottes de teTre n’avaient pas été suffisamment divisées. J’avais fait tasser le sol en certains points, espérant empêcher les éclosions, mais cela ne fit que les retarder d’une huitaine de jours. Sous des cloches en toile métallique de 25 centimètres de diamètre, placées sur des lieux de pontes, sortirent des centaines de diptères, déjà signalés par M.Künckel, comme vivant à l’état larvaire aux dépens des œufs des criquets (Sarcophaga clathrata). Au moment de l’éclosion si l’on examine les œufs, on constate qu’ils semblent plus gros qu’ils n’étaient au' moment de la ponte; ils ont de 10 à 12 millimètres de long sur 3 millimètres de diamètre. On voit déjà deux points noirs qui indiquent l’emplacement des yeux.
A un moment donné, la membrane de l’œuf s’ouvre à l’extrémité supérieure et l’on voit apparaître, non pas la tête, mais la partie antérieure et dorsale du prothorax. La jeune larve, après des efforts répétés, sort sa tête, puis ses pattes antérieures, l’abdomen, les autres pattes auxquelles reste souvent accrochée une membrane pellucide. En effet la larve vient de sortir de l'œuf et d’opérer la première mue. M. Künckel a signalé ce dernier faii en avril dernier à une séance de la Société d’agriculture d’Alger, et à la suite de sa communication, j’ai fait observer que déjà en 1881 j’avais appelé l’attention sur un fait de même ordre. Ayant rapporté d’Alger en avril 1881 des oothèques de mantes, j’avais assisté à leur
éclosion, et j’avais remarqué que la première mue s’opérait immédiatement au moment de l’éclosion. (Voir C. H. Acad. Sc. et Ann. Soc. Entom. Fr.) Voilà donc la première mue qui vient de se produire ; le jeune Acridien est à son second état; le premier état n’a duré que quelques instants pendant le temps qu’il a mis à sortir de l’œuf et à opérer la première mue. L’éclosion se fait généralement pendant là nuit ou aux premières lueurs du soleil. Le jeune criquet est de couleur vert d’eau ; il brunit petit à petit et devient noir au bout de douze heures environ.
Six jours après il change de peau pour la seconde fois. Celte seconde mue est celle quia été regardée en général comme la première parce qu’on négligeait de compter celle qui se fait au sortir de l’œuf. De noir qu’il était, le jeune criquet devient noir avec des bandes blanches sur les anneaux thoraciques, des points blancs sur le dessus de l’abdomen et une ligne rosée sur Içs côtés de l’abdomen où s’ouvrent les stigmates.
C’est généralement au bout de six à huit jours que la troisième mue s’opérera. La teinte générale est la même, mais le rose s'accentue; la tête devient brune de noire qu'elle était. Huit jours s’écoulent, la quatrième mue se produit, le criquet long déjà de 35 millimètres change tout à fait de couleur, les taches sont les mêmes mais au blanc et au rose fait place une couleur jaune citron; la ligne des stigmates est marquée de blanc. Enfin l’insecte a les premiers rudiments des ailes. Il est extrêmement actif et dévore tout ce qu’il trouve. Il lui faut une dizaine de jours pour arriver à opérer la cinquième mue; l’insecte a une longueur de 40 millimètres; les teintes jaunes deviennent plus vives ou bien font place à des tons rougeâtres. Le prothorax offre un pointillé jaune fort remarquable, l’insecte mange beaucoup et son abdomen s’allonge notablement. Quinze ou vingt jours après, la sixième mue a lieu; l’insecte s’accroche par les pattes, la tète en bas et quitte sa dépouille, il est adulte. De ses moignons d’ailes longs de 10 à. 12 millimètres sortent des ailes plissées d’abord, mais qui sont bientôt longues de 50 millimètres.
Les criquets qui se sont abattus sur les environs d’Alger cet été étaient, les mâles, d’un jaune brillant uniforme avec des taches brunâtres sur les ailes, les femelles moins jaunes, plus brunâtres, quelquefois grisâtres même, avec le dessous de l’abdomen et du thorax d'une teinte plombée.
Mais les criquets auxquels ils ont donné naissancè, ceux que j’ai suivis dans leurs métamorphoses sont d’une tout autre couleur. Ils ne sont pas jaunes, mais roses, bleutés et noirs. Seul le prothorax offre quelques points jaunes.
J’ai reçu tout récemment d'Alger plusieurs exemplaires de criquets adultes, de la même génération, et qui ont les mêmes couleurs que les miens.
Dans l’ouvrage de Brehm sur les Insectes, M. Küuckel cite une note de M. Ilauvel (1878) sur les Acridiens, qui signale cette teinte rose violacée, sans toutefois y attacher d’importance.
La tête en avant, les antennes, les yeux, sont bruns; la tète est grise sur les côtés ; le prothorax est noir sur les côtés, rougeâtre ou noirâtre au-dessus, parsemé de points blancs ou jaunes. Le mésothorax et le métathorax sont brunâtres, l’abdomen est gris rosé avec des bandes brunes. Les pattes sont d’un rose vif, les ailes sont roses, bleutées, marquées de taches de pigment noir.
M. J. Kiinckel d’Hercuiais a signalé, le 2 février dernier, à l’Académie, des Criquets pèlerins qu’il avait reçus de l’Extrême-Sud de l'Algérie et chez lesquels les colorations jaunes étaient également remplacées par « de belles nuances rouge carminé très foncé, passant au rose sur les ailes inférieures et les pattes ». Ces individus étaient donc plus foncés que ceux que j’ai élevés.
« A quoi tient cette différence de coloration des pigments? dit M. Kiinckel; les générations qui se développent dans les régions septentrionales, par rapport à l’habitat normal, y perdent-elles leur teinte primitive? » Les criquets jaunes produisent-ils des criquets roses, et réciproquement? Il semblerait plutôt que les criquets changent de couleur pendant la durée de leur existence; le pigment jaune envahirait peu à peu toutes les parties du corps, de sorte que les criquets jaunes seraient ceux qui ont voyagé, les criquets roses, ceux qui viennent de muer, Il y aurait là. ce me semble, une constatation intéressante, qui aurait une portée pratique, car les criquets roses étant ceux qui viennent de muer, là où l’on en trouverait, on serait bien près de leur point d’origine, et ce serait là qu’il faudrait les combattre principalement.
Or, quels sont les moyens de les combattre ?
Tous sont ruineux.
Lorsque les criquets arrivent, les propriétaires des champs sur lesquels ils veulent descendre allument des feux, espérant que la fumée écartera ces ravageurs; il n’en est rien. On fait du bruit en tapant sur des casseroles ou autres ustensiles ; cela les chasse évidemment, mais de cette façon, on se contente de les faire passer chez le voisin. Le mieux est de les laisser pondre et de détruire les œufs en labourant après la ponte. Mais, pour que ce moyen puisse réussir, il faut consciencieusement émietter les mottes de terre, sinon l'éclosion est simplement un peu retardée,. Encore ne peut-on labourer partout. Tasser la terre est un moyen nuisible aux culturesdans la plupart des cas; d’ailleurs, nos essais ont montré que cela ne faisait que retarder l’éclosion de huit jours.
Le moyen le plus sûr jusqu’ici est celui qui consiste à arrêter les jeunes criquets dans leur marche, au moyen des appareils cypriotes, c’est-à-dire de bandes de toile bordées en haut par de la toile cirée, et maintenues par des piquets. On dirige alors les criquets de façon à ce qu’ils tombent dans des fpsses profondes creusées régulièrement et bordées de lames de zinc pour les empêcher de remonter. I.orque les fosses sont pleines, on les comble en les désinfectant, ou bien on porte leur contenu dans une grande fosse commune.
Mais ces fosses provisoires ne sont pas commodes, et M. Rolland, administrateur-adjoint de la commujie d’Ain- Bessem, m’a montré, lorsque j’ai visité ses chantiers, l’appareil qu’il a imaginé pour remplacer les petites fosses; c’est ce qu’il appelle des fosses mobiles, sortes d’entonnoirs en toile qui font corps avec l'appareil en toile (appareil cypriote). Lorsque ces grandes poches sont remplies de criquets, qui y sont tombés, on les vide par le fond dans des sacs dont on va déverser le contenu dans de grandes fosses communes. On économise ainsi de la peine eL du temps.
M. Holland mérite donc tous les éloges, et nous souhaitons que M. le ministre de l’agriculture lui sache gré du dévouement qu’il a montré pendant cette campagne contre les criquets, sous les ordres de M. l’adrni-
nistrateur Michaud. Je suis heureux de témoigner à ces zélés fonctionnaires toute ma reconnaissance | pour la façon dont ils m’ont reçu ce printemps.
Quelquefois, au lieu de l’appareil en toile, on emploie des lames de zinc que l’on fixe au moyen de pieux spéciaux en fer. On peut, par ce moyen, diriger les tout jeunes criquets vers les fosses; mais le zinc a l’inconvénient de s’oxyder, et les criquets peuvent grimper sur les parois.
Charles Broncniaut.
(A suivre.)
un certain nombre de faits qui montrent que les plantes parasites telles que le Gui, la Cuscute, le * produits qui n’existent C’est une preuve
mt une nourriture déjà élaborée et spéciale, en outre à une élaboration nouvelle et complémentaire part certains principes déjà existants et i d’autre part des :
que si ces plantes parasites
LE RAPHIA RUFFIA Mart.