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Une autre différence considérable qu’il faut noter également entre les chenilles de ces deux Spilodes réside dans la confection de leur habitation.
J'ai dit que la Spilodes æruginalis était extrêmement lileuse, qu’elle se construisait des sortes de galeries tubulaires, 1 i -■ desquelles elle se retirait pour digérer, se reposer, muer, etc. : moins travailleuse que sa congénère, la Spilodes verticalis préfère confectionner sa demeure à l’aide des diverses parties du végétal dont elle se nourrit : elle emploie à la vérité ses ressources elle met en œuvre ses instruments naturels, sa filière, mais c’est pour approcher, relier, attacher les unes aux autres, les ti"ès, les feuilles de la plante nourricière; les feuilles de Rumex, celles de Centaurea nigra surtout, elle les enroule en un large et spacieux cornet au milieu duquel elle se retire et qu'elle dévore peu à peu à son extrémité supérieure. Sa voracité m’a semblé un peu inférieure à celle de VÆruginalis. Si cette dernière se hâte tant de manger, ne serait-ce point qu’elle devine d’instinct que les ardeurs du soleil, que la sécheresse, suite nécessaire, vont durcir les rameaux de Y Artemisia camjihorata et les rendre réfractaires à ses mandibules délicates et immangeables?
La Vert irai iv, vivant de plantes herliaeees, de plante. I,. n'a pas à redouter un semblable désagrément, qu’offre tout sousfrutescent en été.
Ces quelques détails comparatifs donnés, passons à la description de la Verticalis.
CEcf. — La Spilodes verticalis Ç pond scs œufs en petites plaques comme le fait VÆruginalis ; ils sont imbriqués également, se recouvrant presque à moitié les uns les autres. Tout autant aplatis, ils sont moins elliptiques, plus arrondis que ceux à’ Æruginalis ; en outre, la surface de l’œuf de Verticalis est régulièrement couverte de petites dépressions polygonales dont les bords en saillie ont un relief relativement fort. Couleur d’un jaune très pâle, blanchâtre mémo et reluisant.
Chenille. — Ordinairement éclose dans la première quinzaine d’août, la chenille arrive à toute sa grosseur dans le courant de septembre. Elle est moins allongée que VÆruginalis , et un peu obèse. Elle est d’un vert gai, un peu jaunâtre, surtout aux incisions des segments.
Comme lignes longitudinales, elle ne possède que la dorsale et les stigmatales toutes jaunâtres, la dorsale est géminée.
Les points verruqueux sont tous très gros et luisants. En eénéral, ils sont noirs, et dans ce cas, les trapézoïdaux forment tache pleine, à part ceux des derniers segments qui sont évidés ainsi que les verruqueux latéraux. Quelquefois, tous les verruqueux sont pâles, n’ayant de noir que le point central où prend naissance-le poil qui les surmonte, et dans ce cas encore les trapézoïdaux des derniers segments- soni-ccrctés de noir.
Tête cordiforme, de couleur ocracée, avec des marbrures et des points d’un brun roux. Ecusson du premier segment bordé latéralement d’un fin liséré noir et chargé de quelques taches brunes sur le dessus. Stigmates très petits et bruns. Pattes écailleuses et membraneuses de couleur claire avec points noirs luisants ; ergots et crochets de la couronne, roux. Clapet clair avec maculatures brunes en bandes latérales.
Comme VÆruginalis, la chenille de Verticalis passe l'hiver dans un cocon formé de soie et de terre et ne se chrysalide qu’au printemps.
Plusieurs entomologistes pensent que la Spilodes verticalis a deux générations par an : c'est un détail que je n’ai pu vérifier, toutes les Verticalis que j'ai capturées, l’ayant été en juillet ; mais peut-être est-ce exact pour le Midi.
Voici maintenant, aussi brièvement que possible, ce qui a été dit par différents auteurs sur cette chenille de Spilodes verticalis : Schrank parait être le premier qui en ait parlé. Après avoir décrit Fauna boica, II, n° 1117) le papillon sous le nom de Pyralis limbalis Hb., il dit de la chenille : « Wohnort : auf Spartium scoparium... Raupenzeit : Junius. — Anm. : Ich kenne nur die Raupe. » — J’en doute; Schrank a dù confondre deux espèces.
Après Schrank, nous voyons Trcitschke, VII, 97, qui impose, on ne sait trop pourquoi, à la Verticalis L. le nom de Cinctalis , nous répéter ce qu’a dit Schrank en faisant remarquer que l’on trouve le papillon dans beaucoup d’endroits où ne pousse pas le genêt.
Après Trcitschke, Duponchel nous réédite le renseignement de Schrank.
Après Duponchel, GuenécfS'pecies, 386, et dans son Catalogue d’Eure-et-Loir), ne nous en apprend pas davantage.
Après Guenée, Berce, en 1878, nous cite encore Schrank et fait absolument la même remarque que Treitschke.
Après Berce, Rouast '1834), au genêt de Schrank ajoute les «urticacées ».
Cependant, en 1868, von Nolcken, dans sa Lepidopterologische Fauna von Estland, Livland and Kurland, dit avoir trouvé la chenille de Spilodes verticalis dans des feuilles enroulées de Cirsium arvense. 11 regrette d’avoir négligé d’en prendre une description exacte et détaillée, et de s’èlre borné à noter ce qui suit : « Cette chenille qui mesurait un peu plus de 3/4 i (le pouce, était d'un vert clair et avait sur chaque segment, par côté, trois taches noires; les deux supérieures étaient rondes comme de gros points, l’autre était circulaire avec un vide au I milieu. La tête était d'un brunâtre très clair et tacheté de plus | sombre. »
Cette note est, en effet, insuffisante; malgré cela. M. Hoffmann, die Kleinschmetterlingsraupen, Ist.'i n’a pas craint de l’écouri ter encore : Hellgrün, dit-il, mil drei scliwarzen IVarzen, mif jedem Segmente. Kopf, etc. Mais, ayant omis le an der Seite, de V,„, Nnlrkon. à l'insuffisance de sa note Hoffmann ajoute l'inexactitude : car ces trois taches noires sur chaque segment constituent un caractère qu’aucune chenille do Botyde ne présentera jamais. .
I Mentionnons encore pour mémoire :
Stainton, .1 manuale ofBritish Butterflies,\<. 133 : Carva on brun,,,. VI juin .
Merrin, Lepidopterist’s Calendar : Larva on broom (gcnél, and clower ? (trèfle).
C’est peu de chose, comme Ton voit, et la belle chenille de la Spilodes verticalis méritait mieux.
Depuis longtemps elle attendait qu’on s’occupât d’elle. C’est fait maintenant. P- Chrétien.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 14 septembre 1891.- Noti de M I. < l'histoire botanique de la Truffe Kammé de Damas {Tarfezia Claveryi). Ces tubercules, assez volumineux, atteignent un poids moyen de 73 grammes. Le périderme est mince, d’une couleur blanche teintée de jaune brun. La chair en est ferme et homogène ; les thèques sont nombreuses, ovoïdes, â pédicule court ounul; les spores, au nombre de huit dans chaque thèque, sont presque incolores, arrondies, réticulées, mais les alvéoles présentent une grande variabilité de grandeur. Tous ces caractères différencient nettement ce Tarfezia de ceux déjà connus, et autorisent la création d’une nouvelle ospéce q.ue l’auteur nomïne Tarfezia Claveryi. Cette espèce, qu’on rencontre aux onvirons de
Damas, se retrouve dans le désert de l’Algérie, au sud de Biskra. — M. Berthelot présente une note de M. A. Rommier sur la levure de vin. Le bouquet d’un vin dépend de la levure qui le fait fermenter, et on peut communiquer le bouquet d’un vin de qualité à un vin commun en changeant, sa levure. C’est ainsi qu’un viticulteur, M. Hençi de Meynot, a pu communiquer le bouquet du Saint-Emilion à des vins de la Dordogne, ordinairement sans caractères, et cela, en amorçant ses cuvées avec du moût de Saint-Emilion. — M. de Lacaze-Duthiers présente une note de .1/. Maupas sur la déterminisme de la sexualité chez l 'Hydatina senta. Chez l’Hydatine, certaines mères pondent exclusivement des œufs femelles, tandis que d’autres pondent exclusivement des œufs mâles; cette prédestination . sexuelle s’établit dès l'origine de chaque œuf femelle quand il se différencie et commence à s'accroître dans 1 ovaire maternel. Ce moment passé, aucune influence ne peut modifier l’état sexuel revêtu par l'œuf. Mais, au début de l'ovogenèse, ; l’œuf est encore neutre, et si l’on abaisse la température, les œufs qui vont se former revêtent l’état de pondeuses d’œufs femelles ; si on l’élève, on obtient des pondeuses d'œufs mâles.
Séance du 21 septembre. — M. A. Chauveau communique une note sur les sensations chromatiques excitées dans l'un des deux yeux par la lumière colorée qui éclaire la rétine de l’autre œil. L'auteur expose longuement les diverses expériences qui l’amènent à conclure que -l’excitation d’une rétine par de la lumière colorée influence non seulement les centres percepteurs qui correspondent à cette rétine, mais aussi ceux du côté opposé; ces, derniers sont alors rendus aptes à distinguer dans le blanc la couleur excitatrice, et la rétine excitée ne voit dans le blanc que la couleur complémentaire de la couleur excitatrice. — M. E. Blanchard présente une note de M. Ch. Brongniart sur les métamorphoses des Criquets pèlerins. Une première mue a lieu en même temps que l’éclosion, et le Criquet, alors vert d’eau, brunit peu à peu et devient noir au bout de douze heures. Six jours après a lieu une deuxième mue. Les anneaux thoraciques ont alors des bandes blanches, et la ligne des stigmates sur les côtés de l’abdomen est rosée, le fond restant noir. Six ou huit jours après vient la troisième mue; et après une huitaine, la quatrième mue, la ligne des stigmates se marque de blanc, et on aperçoit les premiers rudiments des ailes. Une cinquième mue arrive dix-sept jours après, l’abdomen s’allonge, le prothorax est pointillé de jaune. Enfin, une sixième mue s'opère; l’insecte est alors adulte. Dans cet état, les Criquets changent de couleur, un pigment jaune envahit les téguments, et la chitine s’épaissit, comme l’ont montré les Criquets qui se sont abattus récemment sur l’Algérie. Dans les deux numéros du Naturaliste, notre collaborateur, M. Ch. Brongniart, a consacré un article sur cette note. — M. Duchartre présente une note de M. Lucien Daniel sur la greffe des parties souterraines des plantes. Ces recherches montrent qu’on peut obtenir des greffons sur racines chez des plantes voisines, que la grelfe peut réussir d’une plante sur une autre de famille différente, et qu’il n’est pas besoin pour cela .que les assises génératrices soient en contact. Toutefois, il y a insuccès quand les membranes du greffon font obstacle au passage de certaines substances nutritives, l’Inuline, par exemple. A.-E. Malard.
LIVRES NOUVEAUX
Les Méthodes de synthèse en minéralogie, par M. Stanislas Meunier. — Sous ce titre, la librairie polytechnique Baudry et Cie met en vente aujourd’hui les leçons professées cette année dans la chaire de géologie du Muséum par notre collaborateur M. Stanislas Meunier (1). La synthèse minéralogique a déjà été traitée dans plusieurs ouvrages, mais celui que nous annonçons se distingue par un plan absolument différent. Ce n’est plus une série de notices relatives aux espèces minérales pour chacune desquelles sont exposés les procédés de reproduction; c’est un tableau des méthodes, avec l’indication des résultats que chacune d’elles a procurés. Il se dégage de cette distribution des matières une philosophie interdite à l'autre et qui se signale par sa très haute portée. D'ailleurs, une table alphabétique rédigée avec le plus grand soin permet de retrouver immédiatement tous les faits concernant tel ou tel minéral en particulier. Les leçons publiques du Muséum ont retenu un public nombreux et fidèle ; on peut croire que le volume aura le même succès.
(1) Un volume grand in-8° de 360 pages; prix : 12 l’r. 50; en vente aux bureaux du journal.
Les Coquilles marines des côtes de France. Description des familles, genres et espèces, par Arnould Locard (1). — Jusqu’à ce jour, il n’a été publié sur la faune malacologique marine française que des catalogues généraux ou locaux et des monographies partielles : mais il n’existe que peu d’ouvrages dans lesquels on puisse trouver la description de toutes les espèces de coquilles, telles qu'on les rencontre sur nos côtes, sauf la faune des mollusques de France de A. Granger, faisant partie de l’histoire naturelle de la France. Nous présenterons, dans ce nouveau volume, chaque espèce classée dans son ordre zoologiquc et suivie de ses caractères descriptifs, de façon à permettre d’en faire rapidement et avec certitude la détermination, sans avoir besoin de recourir à d’autres ouvrages, parfois très rares, toujours fort dispendieux. Etant admis que toutes les espèces, dans un genre donné, peuvent se grouper, suivant leurs affinités réciproques, autour d’un certain nombre de types principaux, nous avons donné une exacte figuration et une description un peu plus détaillée de tous ces types ou têtes de groupes, de façon à n’avoir plus à différencier les formes voisines que par leurs caractères les plus essentiels. Cette méthode, simple et pratique, facilitera, croyons-nous, beaucoup les recherches. Nous espérons ainsi pouvoir arriver à ce résultat : Etant donnée une coquille quelconque appartenant à une faune marine actuelle, et sans autres études préalables, pouvoir la déterminer rapidement et la classer facilement, avec toute la certitude possible.
Marchands de cheval et Marchands de chevaux (2), par A. Pierre, vétérinaire en premier, ancien professeur à l’ccole de cavalerie de Saumur. — L’auteur n’a pas l’intention de faire ici une monographie complète de l’extérieur du cheval, le but qu’il se propose est beaucoup plus simple ; accompagner l’acheteur chez les marchands dont il a cherché à étudier de près et de loin les faits et gestes ; le mettre en présence de l’animal en vente ; lui indiquer la façon de l’examiner rapidement sous toutes les faces sans se laisser éblouir par la mise en scène ; lui apprendre à saisir vite les grandes lignes, découvrir les défectuosités, synthétiser tous les détails et formuler une appréciation exacte pouvant parfois faire aboutir à la solution du problème suivant: Trouver pour cent écus le cheval de trois mille francs. Pour arriver au résultat que M. Pierre souhaite, il divise son programme en chapitres comprenant : la préparation à la vente ; les marchands et établissements de vente de Paris ; les foires en province ; l’examen à l’écurie: l’examen d’ensemble et de détail, etc., etc. Un chapitre spécial est consacré à la question : Législation.
L’Amateur d’Oiseaux de volière, espèces indigènes et exotiques, caractères, mœurs et habitudes, reproduction en cage et en volière, nourriture, chasse, captivité, maladies (3), par Henri Moreau. — Depuis quelques années, le goût de l’élevage des oiseaux en cage ou en volière s’est étendu à toutes les classes de la société. Il suffit, pour s’en convaincre, de consulter les statistiques des expéditions d’oiseaux exotiques importés par les principaux ports de France, d’Angleterre et d’Allemagne. Malheureusement amateurs, éleveurs et marchands n’ont le plus souvent que des données vagues sur les caractères, les mœurs, les habitudes et les besoins des oiseaux. M. Henri Moreau a voulu combler cette lacune, et il y a pleinement réussi. Son livre est celui d’un amateur doublé d’un savant, et la lecture en est rendue particulièrement attachante par la clarté, Tordre, la concision et la sobriété du style qu’il s’est attaché à observer. 11 contient la description de trois cents espèces d’oiseaux indigènes ou exotiquos. Cette œuvre de vulgarisation, simple sans banalité, savante sans prétention, est indispensable aux marchands et importateurs, aux éleveurs qui veulent se créer par le peuplement de leurs volières une source de profits et surtout aux amateurs auxquels il évitera bien des tâtonnements et peut-être bien des déceptions.
(f) Un vol. grand in-8° avec 348 lig. dessinées d’après nature et intercalées dans le texte. Prix : 18 fr. Chez J.-B. Baillière, éditeur, et aux bureaux du journal.
(2) Un volume in-8°, illustré de 70 dessins, par A. Barthélemy, aide-vétérinaire. Prix : 6 fr. Chez J.-B. Baillière, et aux bureaux du journal.
(3) Un volume in-16 de 432 pages, avec 51 figures. Prix : 5 fr. Citez J.-B. Baillière, éditeur, et aux bureaux du journal.
Le Gérant: Émile DEYROLLE.
13e ANNÉE
Série — IV» 1
l'r NOVEMBRE 1891