LE POURRIDIÉ DE LA VIGNE
Le Pourridié est un nom commun à diverses affections morbides qui depuis quelques années se sont développées sur les racines de la vigne. M. Viala, professeur à l’Institut national agronomique, a entrepris d’établir la lumière et de mettre l’ordre dans ce chaos.
Tout d’abord il a dû éliminer un certain nombre de cryptogames qui n’ont aucune action dans la maladie du Pourridié, tels que : Psathyrclla ampelina, Vibrissea hypogæa et Agaricus melleus qui ne se rencontre qu’accidentellement sur la vigne et paraît propre plutôt aux arbres forestiers. Le Dematophora necatrix IL Hartig a été seul retenu et c’est son étude, étude intéressante au premier chef, que présente M. le professeur Viala dans sa Monographie du Pourridié (2).
Le Pourridié qui cause ses ravages dans toutes les parties du l’ancien et du nouveau continent, a révélé à l’observation attentive et prolongée pendant plusieurs années, des faits qui présentent la plus grande impoitance au point de vue du développement et de la systématique. Depuis longtemps on le connaissait sous le nom de blanc des racines. Rob. Hartig lui avait donné le nom scientifique qu’il porte actuellement, mais il n'en connaissait que l’état conidien. M. Viala a démontré
(1) Ce bec est. assez remarquable. Il parait formé de trois pièces. Droit, plus long que la tète, fendu au delà de l'angle postérieur des yeux, terminé en pointe, légèrement courbé, avec les bords de la mandibule supérieure dentelés en scie, les dentelures tournées en arrière.
- Monographie du Pourridié des vignes et des arbres fruitiers, par Pierre Viala, in-i 124 p. et 8, pi. Montpellier, Camille Poulet. Paris, G. Masson. 1891.
d’une part que son cycle végétatif était polymorphe à l’excès et, de plus, que son développement complet le faisait rentrer dans un groupe de champignons où on ne se serait guère attendu à le voir figurer.
Le Pourridié ne comprend, en effet, pas moins de onze formes mycéliennes et reproductives : tout d’abord apparaît un mycélium blanc extérieur aux racines attaquées ^ c’est le blanc des horticulteurs) et floconneux qui bientôt brunit ses plus gros filaments et se renfle en poire au niveau des cloisons. Plus tard les petits filaments blancs se condensent et, parvenus à une certaine période de leur développement, forment des rhizomorphes externes qui rampent à la surface des organes atteints par la maladie (Jlhizornorpha fragilis v. subterranea). Ces cordons se continuent dans la couche génératrice, où ils constituent les rhizomorphes sous-corticaux ( Rhiz . fragilis v. subcorlicalis). A un moment donné l’invasion se propage sous forme de mycélium interne dans les tissus parenchymateux détruits et dans les vaisseaux.
Le développement des organes végétatifs s’est donc déjà présenté sous six formes différentes dont on a pu facilement suivre le développement. Avec la fructification nous allons assister à une autre série de modifications. La fragmentation cellulaire avec condensation du mycélium blanc et du mycélium brun dont nous avons parlé plus haut, va donner naissance à des chlamydospores; l’agglomération du mycélium interne en masses de pseudo-parenchyme produira des sclérotes. Enfin la forme la plus fréquente de fructification, celle sous laquelle on l’avait connue exclusivement jusqu’à ces derniers temps, fait son apparition. Ce sont les conidies, qui forment une couronne au collet des plantes attaquées. Les conidiophores s’insèrent sur les sclérotes, sur les masses mycéliennes brunes ou encore directement sur le mycélium floconneux. Ils ont l’air de petits bâtons noirs terminés par un bouton blanc, qui n’est lui-même que l’assemblage en panache ou en panicule d’un nomdre considérable de branches terminales qui portent les conidies. Ces dernières peuvent être conservées longtemps dans un milieu sec sans perdre pour cela leurs propriétés germinatives.
Aux dépens des sclérotes s’organisent les pyenides, sortes de sacs toujours clos qui renferment des spores de nature particulière qui portent le nom de stylospores. Ces spores sont généralement en petit nombre et il n’est pas rare de rencontrer dans les pyenides quantité de basides restées à l’état de bourgeons et stériles. C’esl encore aux dépens des sclérotes et du mycélium floconneux que se développent, au milieu des conidiophores, les pèrithèces. Ils forment une couronne de petits corps arrondis au niveau du sol ou à quelques centimètres audessous. Ils sont durs, cassants et complètement clos. Leur intérieur renferme des asques filiformes et allongées, surmontées d’une chambre à air tout à fait caractéristique. Les asques contiennent 8 spores uniloculaires, en navette, amincies, aux deux extrémités. L’auteur n’a pu arriver à les faire germer, du telle sorte que les relations entre les diverses formes fructifères ne reposent pas encore sur des données expérimentales, mais seulement sur des observations anatomiques des plus vraisemblables.
La vie du D. necatrix est le plus souvent végétative , les organes de fructification n’apparaissent que quand le champignon vit en saprophyte et dans des conditions de milieu spéciales. Les conidies ne se développent que
sur des plantes mortes, de 12 à 16 mois seulement après le dépérissement. Quant aux périthèces, ils demandent pour se former un laps de temps qui va de deux ans à deux ans et demi.
De l’ensemble des observations faites sur le développement du Pourridié,M. Viala apu fixer la place que doit occuper le Dematophora dans la systématique. Les pycnides sont closes et non pourvues d’une ostiole comme dans les Ascomycètes; les stylospores présentent des rapports avec les spores des Hyménogaslrées. De plus il y a formation de cavités sporigènes aux dépens des tissus des sclérotes, chacune restant munie d’une enveloppe propre. Par l’ensemble de ces caractères : périthèces clos, peridium et gleba, le Dematophora doit prendre place dans les Tubéroïdées, entre les Elaphomyces et les Tuber, où il constitue une petite famille naturelle qui relie les Pyrénomycètes aux Tubéracées. Le fait est d’autant plus remarquable que ce sont les seules Tubéroïdées connues jusqu’à ce jour dont le cycle de développement soit aussi polymorphe, dont on connaisse les conidies et les pycnides.
M. Viala a décrit en sus une autre espèce de Dematophora qu’il a décrit sous le nom de D. glomerata : il ne présente pas le polymorphisme du Pourridié; comme lui il peut être parasite ou saprophyte. Les ascospores n’en sont pas encore connues.
Le travail de M. le professeur Viala, dont je n’ai pu indiquer ici que les grandes lignes, figurera avec honneur parmi les meilleures monographies qui ont été consacrées aux maladies de la vigne. Il est rempli de faits précis et d’observations qui intéressent au même point le viticulteur et le mycologue. De bonnes planches viennent à l’appui du texte et permettent de suivre le développement.
Paul Hariot.