‹ Le Naturaliste (volume 2)Chapitre 218 sur 240 · THÉORIE DE L'HÉRÉDITÉ · texte numérisé non relu

THÉORIE DE L'HÉRÉDITÉ

A l’heure actuelle, on ne rencontrerait pas, je crois, un seul physiologiste qui osât soutenir avec Barthez, Bordeu ou Lordat, l’existence d’une force vitale ou d’une matière vitale spéciales aux êtres vivants et sans lesquelles la vie ne saurait se concevoir. Mais si tous les biologistes s’accordent sur ce principe; si, pour tous, la vie n’est que la résultante de forces physico-chimiques sur la matière; un bien petit nombre restent logiques jusqu’au bout. Sans doute ils sont bien forcés de se rendre à l’évidence et d’admettre qu’entre les plantes et les animaux, il n’existe point de ligne de démarcation, et que les différences observées entre ces êtres sont toutes de simples différences de degrés. Mais après avoir accordé comme concession extrême que les propriétés fondamentales du protoplasma sont identiques dans les deux règnes organisés, ils s’empressent de rejeter toute assimilation entre le monde organique et inorganique, et un abîme infranchissable sépare pour eux ce qui vit et ce qui ne vit pas.

Nous n’avons pas à rechercher les motifs de cette opinion que nous découvririons sans doute, soit dans une inversion dans l’ordre naturel dos études, soit dans un défaut d’analyse, soit encore dans la routine et les préjugés, soit enfin dans les idées dogmatiques adoptées.

Pourtant si on admet avec Descartes, Bichat, Claude Bernard et les organicistes, que la vie provient de l’action de forces purement mécaniques sur la matière, de quel droit limiterait-on ce phénomène aux productions que l’on nomme organisées. Si on compare attentivement le brut et le vivant, or. reconnaît qu’un grand nombre de propriétés attribuées seulement aux organismes par une connaissance superficielle de la nature, se rencontrent chez les corps inorganiques et sont en définitive la propriété commune de tous les êtres, de tous les atonies que la chimie moderne considère comme les éléments ultimes de la matière. En ce moment un grand et légitime mouvement s’opère en faveur de ces idées, et bientôt sans doute le principe de la continuité des êtres dans la nature, ne rencontrera plus d’opposants. Quoiqu’il en soit on est en droit de dire d’ores et déjà avec M. Thoulct qu’il existe une véritable biologie minérale, que la matière appelée brute est loin d’étre dépourvue de toute activité et « comme la science humaine ne doit et ne peut procéder que du simple au composé, qu’une conquête dérive d’une conquête antérieure, il en résulte que l’étude des corps inorganiques, leur connaissance et celle des lois qui les régissent, doit logiquement précéder l’étude des corps organiques ».

La première conclusion à laquelle je désire en venir est que l’hérédité doit être d’abord recherchée et étudiée chez les êtres les plus simples, et que les premières observations et les premières expériences doivent porter par conséquent sur les êtres inorganiques. De tous les problèmes que la biologie peut se proposer de résoudre, il n’en est pas de plus intéressant, mais aussi de plus difficile que celui de l’hérédité. Une hypothèse est en effet d’autant moins facile à établir, que les faits qu’elle doit expliquer sont plus nombreux, plus complexes et plus variés. Mais, « Hérédité et legs héréditaires sont des phénomènes tellement généraux, quotidiens, qu’ordinairement la plupart des hommes ne songent pas le moins du monde à s’occuper sérieusement de la valeur et de la signification de ces phénomènes vitaux. On trouve tout naturel, tout simple que chaque organisme se reproduise et que dans l’ensemble et les détails, les enfants ressemblent à leurs parents. » (Hœckel, Histoire île la création.)

Au xviic siècle, les théories de l’hérédité étaient déjà si nombreuses, que Drelincourt on comptait 262. A son avis toutes étaient fausses ; il en imagina une nouvelle, ce qui fit dire à Blumenbach qu’il avait porté le nombre des théories fausses à 263. Il est cependant facile ainsi que commode de les ramener toutes à cinq catégories principales.

1“ Théories animistes. (Aristote, Yan Helmont, Stahl, etc.) L’âme est la forme du corps. Elle se transmet par les parents et façonne les nouveaux êtres.

2° Théories de T emboîtement des germes. (Spallanzani, etc.) Les produits sexuels renferment les ébauches, emboîtées les unes dans les autres, des générations futures. Ces ébauches s’accroissent successivement tout en restant identiques à ellesmêmes.

3° Théories pangénétiq lies. (Hippocrate, Buffon, Darwin, etc.) Chaque cellule de l’organisme envoie dans les produits sexuels

de petits corpuscules qui s’y groupent, et qui plus tard s’y ordonnent et reproduisent les cellules dont elles dérivent.

4° Théories mécaniques. (Harvey, Hœckel, etc.) A chaque état des organismes correspond un mouvement moléculaire particulier. La répétition de ces séries de modes de mouvements dans les germes fécondés, reproduit l’édifice organique correspondant.

5° Théories de l'immortalité des substances héréditaires. (Nægeli, Weismann, NusSbaum,etc.) La substance héréditaire persiste à travers toutes les générations et constitue la souche fondamentale, dont les individus isolés, après une existence éphémère, se détachent comme les feuilles se détachent de l’arbre qui les porte.

Toutes ces théories sont en réalité aussi hypothétiques les unes que les autres, et au fond presque toutes se réduisent au fait indéniable de la transmission des propriétés héréditaires à l’aide de molécules chimiques qui sont le siège de certaines forces ordinatrices; ces forces, dans tous les cas, étant étroitement inhérentes à la matière, toute force indépendante des corps et agissant toutefois directement sur eux ne pouvant être conçue.

Si nous étudions l’hérédité chez les êtres inorganiques nous constatons immédiatement que ce phénomène n’est qu’une simple conséquence de l’accroissement. Introduisons dans un milieu saturé de vapeurs mercurielles une petite sphérulc de mercure refroidi. Ce globule va s’accroître jusqu’à ce que le centre unique d’attraction se dédouble en deux ou plusieurs autres et qu’il se reproduise ainsi mécaniquement des globules semblables au premier. Au lieu d’une sphérule de mercure, supposons, soit une goutte d’eau salée, soit une goutte d’acide sulfurique anhydre introduites successivement dans une enceinte saturée de vapeur d’eau. Ces gouttes vont s’accroître non seulement par juxtaposition de molécules semblables, mais encore par intussusception de molécules dissemblables et par combinaison chimique. La nutrition de ces gouttes se fera donc comme dans la matière vivante, et les gouttes qu’on pourrait nommer filles jouiront des mêmes propriétés que les gouttes initiales au moment de la division.

Les phénomènes de sursaturation, si bien étudiés par M. Gervex, fournissent également des données bien suggestives. Si on prend une solution sursaturée d’un mélange de borax octaédrique à cinq équivalents d’eau et de borax rhombique à dix équivalents d’eau ; un cristal microscopique aussi petit qu’on peut l’imaginer de l’un quelconque de ces sels fera seul cristalliser ce sel correspondant ; le second demeurant entièrement dissous. Ce n’est donc pas seulement la composition élémentaire qui agit, mais la disposition moléculaire, le plus ou moins dteau renfermé dans la substance chimique. Dans le cas de la sursaturation, les nombreux cristaux qui apparaissent reproduisent toujours les formes du cristal primitif qui s’est accru et qui, par suite de son accroissement, s’est ainsi multiplié. Les produits sont toujours semblables aux parents.

On objectera peut-être à cette assimilation, l’absence de spontanéité présentée par la matière inorganique, mais on oublie involontairement, je veux bien le croire, que les divisions cellulaires ne sont pas, elles aussi, plus spontanées puisqu’il suffit de modifier légèrement les conditions physiques extérieures pour retarder, accélérer ou empêcher ces divisions. De telle sorte qu’il est démontré que ces phénomènes sont bien sous la dépendance des forces physico-chimiques. Si on veut, malgré tout, admettre des forces intérieures, elles n’entrent en action que sous l’influence des forces extérieures et sont donc du même ordre.

En résumé, nous voyons que seule la continuité d’une même matière présentant le même modo de mouvement interne et de groupement moléculaire est l’unique et vraie base physique des phénomènes héréditaires. Si on objecte que la goutte d’acide sulfurique anhydre en s’accroissant dans la vapeur d’eau ne reproduit plus de l’acide anhydre, on doit se souvenir que les actions, provenant des milieux, sur les parents doivent sc transmettre aux produits. De même que, pendant sa croissance, un être organique peut présenter des métamorphoses liées à l’action des causes extérieures ou du genre de vie, de mémo les cristaux peuvent présenter dans leur évolution des formes diverses provenant elles aussi de variations de milieu.

Les biologistes sont unanimes à reconnaître actuellement que la reproduction sexuée peut se ramener facilement à la reproduction asexuée dont elle n’est qu’une différenciation et un perfectionnement. Scissiparité, blastogénèsc externe, blastogénèse interne, parthénogénèse et reproduction sexuée, no sont en effet que les différents étapes d’un mémo processus. Les phénomènes héréditaires peuvent et doivent donc être étudiés tout

d’abord chez les êtres unicellulaires, ou mieux encore chez les Monèrcs; et ici comme dans les globules de mercure, l’augmentation de volume autour d’un centre unique se nommera : croissance, et le dédoublement mécanique de ce même centre se nommera : reproduction.

Pour être complcto, une théorie do l'hérédité doit :

1“ Préciser les parties organiques et les substances qui transmettent les propriétés héréditaires.

2° Expliquer l’action de ces substances dans l’évolution do l’être.

3° Exposer le mode de leur propre formation.

Chez les êtres organisés, les parties qui transmettent les propriétés héréditaires sont, ou bien les cellules sexuelles, ou bien des cellules quelconques. (Feuilles de Bégonia reproduisant l’individu en entier. — Cellules initiales des bourgeons chez les animaux et les plantes.) Grâce aux importants et récents travaux des cvtologistes, on a pu préciser les fonctions du protoplasme et des noyaux dans la vio cellulaire, et on sait actuellement que la substance transmettant les propriétés héréditaires se trouve localisée dans le réseau chromatique du noyau. On a pu mémo constater que toutes les cellules d’un organisme reproduit par voie sexuelle présentaient dans leurs noyaux une portion de la substance nucléaire paternelle et de la substance nucléaire maternelle, ainsi^ que des portions plus ou moins grandes des substances nucléaires ancestrales. Par suite on a découvert la substance continue, véritable base physique nécessaire de l’hérédité, et on comprend en même temps avec facilité, qu’un produit puisse présenter part. us avec un dises ancêtres une ressemblance plus grande qu’avec son progénitcur immédiat.

Mais comment peut-on, c’est la deuxième partie du problème, expliquer l’action de ces substances héréditaires sur les phénomènes de croissance? Ce sont les phénomènes de nutrition et de régénération des cristaux qui vont pouvoir éclairer cette question.

Comme une poussière cristalline tombant dans un grand vase renfermant une solution saturée, se transforme en un corps volumineux et régulier parce que les particules déjà groupées ordonnent à leur tour les molécules prises à la solution et les font passer à l’état d’agrégat solide, ainsi s’accroît à l’intérieur de l’œuf, jusqu’à l’état d’organisme parfait, le germe minuscule, c’est-à-dire le groupe moléculaire qui transmet les propriétés héréditaires. Quand après avoir enlevé à un animal, tel que la Salamandre, un doigt, un bras ou une branchie, ou quelque autre partie du corps , nous voyons régulièrement repousser et sc reproduire les parties enlevées, il est clair que les parties régénérées ne peuvent provenir d’un germe préexistant. La plaie du moignon, du bras, par exemple, a attiré vers elle du matériel nutritif et elle a organisé les molécules de ce matériel pour en former un bras, mais la force ordinatrice est une force moléculaire qui, à partir de la portion vivante du moignon, ne peut agir à distance; son action se borne à attirer les molécules nutritives tombées dans la sphère active de scs molécules, à les conduire aux endroits voulus et à précipiter ainsi à sa surface une nouvelle couche vivante.

Le mode d’organisation de cette couche nouvelle dépend de la loi d’or"anisation, c’est-à-dire de la constitution chimique et du groupement moléculaire de la surface sur laquelle cette couche s’est déposée. En un mot l’état de cette coucho est mathématiquement la conséquence nécessaire de l’état de la couche génératrice plus ancienne. Mais si celle-ci existait déjà lors du développement embryonnaire et avant la genèse de la couche nouvelle, elle doit aussi avoir mu- origine semblable à celle de cette dernière. Ainsi les couches se superposent, les jeunes naissent toujours des anciennes jusqu’à complète génération ou régénération de l’organisme ; et on comprend dés lors l’action des groupes moléculaires chargés do transmettre les propriétés héréditaires.

La dernière partie du problème de l’hérédité consiste dans l’élude du mode do formation de ces substances qui reproduisent un organisme semblable à celui auquel elles-mêmes doivent leur origine. Chez les êtres unicellulaires sc reproduisant par scissiparité, la formation des substances héréditaires se confond avec la croissance do l’individu initial. Chez certains vers ( Sagitta ) et principalement chez quelques Diptères, les cellules sexuelles dérivent directement de l’oeuf et peuvent même s’en séparer ( Chironomus ) avant la formation du blastoderme. Chez quelques blastozoïdcs de Tunicicrs, les Pyrosomes et les Botrylles, on voit également une portion de l’ovaire du parent passer dans les extroflexions qui deviendront de nouveaux individus. Dans tous ces exemples on voit donc mani¬

festement apparaître la continuité, ou, si l’on veut, l’immortalité de la substance héréditaire qu’on peut appeler avec Weistnann : Plasma germinatif. Dans d’autres cas moins simples, les cellules reproductrices (cellules mâles, cellules femelles, ou cellules mères de bourgeons) ne proviennent plus directement des cellules sexuelles antérieures, mais la continuité du plasma germinatif n'en est pas moins réelle, et c’est peut-être alors qu’il est plus juste de dire avec Bray (1692) « que chaque partie du corps semble contribuer à la formation de la semence ».

En résumé et pour conclure, l’hérédité a pour véritable siège le plasma germinatif, immortel, susceptible de lentes modifications incessantes sous l’influence des milieux. Ce plasma est localisé dans le réseau chromatique de toutes les cellules des organismes, et de certaines en particulier. Enfin son mode d’action peut s’expliquer par les lois de la physique moléculaire. La complexité chimique de la matière vivante en rend seule actuellement les manifestations plus difficiles à analyser. Les études sur la genèse et l’évolution des cristaux pourra seule apporter les premiers éclaircissements à la solution de ce problème, le plus passionnant de tous : Comment les actions moléculaires de la matière président-elles à la morphologie des êtres organiques et inorganiques!

F. Lahille.

CHRONIQUE

Curieux effet de l’électricité. — 11 y a un an la foudre tombait à Kumbakonam (Inde) sur un Tamarinier. Environ quinze jours après avoir été frappé du feu du ciel, cet arbre donnait une floraison extraordinaire. On était alors en octobre. L'arbre était tout chargé de fleurs ; chose remarquable : il ne possédait pas de feuilles. Plus tard, il donnait à l’époque normale une seconde floraison. Puis épuisé par cette dépense extraordinaire de sève, il succombait. On peut rapprocher ce fait du fait plus commun de ces arbres caducs chez lesquels la floraison est d’autant plus active qu’ils sont plus menacés de dépérir. Et alors, en dehors de l’influence de l’électricité si nettement accusée dans le faii que nous venons de rapporter, on verra que les arbres qui vont mourir subissent une sorte de surexcitation dernière et d’exagération de vitalité, dont le but est de leur procurer des descendants, grâce auxquels ils puissent se survivre. [Le Monde des plantes, H. Léveillé )

Nécrologie. — Dr A. Barclay, bien connu par ses travaux sur les champignons parasites et pathogènes. — A.-V. Pelzeln, ornithologiste, ancien conservateur du Musée de Vienne. — Cari Wedl, histologiste, qui a publié des travaux remarquables sur les Enlozoaires.

Les mœurs du corbeau. — Le corbeau est-il nuisible réellement à l’agriculture? 11 semble qu’on peut répondre oui d’après une enquête que le ministre do l’agriculture des États-Unis vient de terminer. Non seulement il se nourrit de grains, mais encore il mange les jeunes plantes de maïs, de blé, de seigle, d’avoine. Il agit aussi en disséminant un grand nombre de plantes nuisibles dont il utilise les graines pour son alimentation, graines qui semblent acquérir une vertu germinative spéciale du fait d'avoir traversé son tube digestif.

Captures d’insectes à la lumière électrique. — La lumière électrique est souvent une grande attraction pour les cousins. Les grands foyers à arc ont fréquemment près de vingt insectes tournant rapidement autour d’eux. Les lumières plus faibles à incandescence, qui donnent une flamme pauvre et couleur de gaz, ne semblent pas avoir une attraction spéciale pour les insectes. On peut aussi dire que la lumière électrique attire les poissons comme les insectes. tT. Samson, Yokohama.)

Appât pour papillons. — Dans plusieurs parties de l’Extrême-Orient, j’ai trouvé qu’un Omithoplera ou Papilio mort est un appât presque certain, pourvu, naturellement, que d’autres spécimens de ces espèces se trouvent aux environs. A Java et Sclungor (Péninsule Malaise), quand j’avais pris un spécimen trop mauvais pour garder, je le posais toujours dans un endroit convenable pour attirer les autres. Je ne pouvais me servir d’un bon spécimen, car en deux minutes il aurait été emporté par les fourmis. Ici, au Japon, où les fourmis et autres insectes ne sont pas si terribles, je laisse aussi de bons spécimens bien en vue, comme appât, pendant quelques minutes ; ainsi, avec le Papilio Maackii, on est certain d’attirer les autres ; après une demi-heure, l'attraction parait cesser.

[ The Entomologisl, T E. Samson, Yokohama.)

Plumes des oiseaux. — Tout le monde sait que les plumes jouent un très grand rôle dans la confection des engins pour la pêche à la ligne : elles servent à la fabrication des mouches artificielles, des flotteurs, etc. Un particulier de Londres se propose d’établir un concours entre les oiseaux dont les plumes paraîtront les plus utiles aux pêcheurs à la ligne.

Variété de Lycaena Corydon. — U a été pris aux environs d’Easlbourne (Angleterre), une curieuse variété de Lycæna corydon femelle. Les ailes antérieures et postérieures possèdent la tache discoïdale ordinaire et la bordure de taches en forme d’yeux sur la surface inférieure ; cependant la couleur des ailes antérieures est blanchâtre (comme la couleur normale du dessous chez le mâle) et on ne voit que trois taches, les postérieures de celles qui composent habituellement une rangée de sept. Les ailes postérieures sont brunâtres, mélangées de blanc.

GÉOLOGIE STMTIGRAPÏÏIQÜE

Par Ch. VÉLAIN

M. Ch. Vélain, chargé de cours à la Faculté des sciences de Paris, vient de publier une quatrième édition de son Cours élémentaire de géologie slratigraphique. On peut dire, sans exagération, que l’apparition de ce livre est un événement scientifique de grande portée.

Ce Cours élémentaire , très complet, résume en effet la géologie nouvelle; c’est un lumineux exposé des théories les plus récentes, et des plus importantes découvertes dont l’origine est essentiellement française.

Que de chemin parcouru depuis dix ans ! Les quatre éditions de l’ouvrage de M. Ch. Vélain sont intéressantes à consulter à ce point de vue. Au début, l’auteur, un des élèves les plus éminents d'Hébert, se contentait de vulgariser les idées du maître ; il établissait nettement la nomenclature géologique, et c’était déjà un grand service rendu à l’enseignement. Plus tard, les travaux de MM. Fouqué et Michel Lévy ont pris la place qu'ils doivent garder en pétrographie ; l’analyse microscopique des roches est devenue un complément indispensable de la stratigraphie positive ; enfin, les recherches bibliographiques de M. de Lapparent et la puissance synthétique de cet admirable savant ont augmenté l’éclat de notre science nationale. Aujourd’hui, dans la quatrième édition du livre de M. Ch. Vélain, les élèves en géologie retrouveront, presque in extenso, les substantielles leçons professées à la Sorbonne et à l’Ecole normale par M. Munier-Chalmas, ainsi que les cours de M. Bertrand à l’Ecole des mines ; en d’autres termes, l’ouvrage de M. Ch. Vélain est l’écho de l’enseignement supérieur de Paris; c’est ce qui le rend précieux.

Nous recommandons particulièrement à l’attention des lecteurs la troisième partie (Géologie proprement dite], qui contient une multitude d’observations inédites et d’aperçus nouveaux dont nous venons d’indiquer les sources.

L’examen des milieux dans lesquels se sont produits les phénomènes géologiques a conduit les savants à l’établissement de faciès régionaux ; la chronologie stratigraphique se trouve ainsi vivement éclairés et rectifiée. Combien grande est actuellement l’existence de la mésologie dans la science biologique! M. Giard étudie l’action des divers milieux sur les organismes animaux. M. G. Bonnier poursuit les mêmes études sur les organismes végétaux, et nous entrevoyons dans la géologie nouvelle uno mésographie paléontologique prévue par l’Ecole positiviste, et particulièrement par Robin.

Léon Gérardin.

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 19 octobre. — M. Pasteur présente une note de M. G. Daremberg sur le pouvoir globulicide du sérum sanguin. Le sérum du sang, d’une espèce animale, possède le pouvoir de détruire les globules rouges du sang d’un animal d’une autre espèce, ainsi que l’ont constaté depuis longtemps plusieurs auteurs. Ainsi quelques gouttes de sérum do sang de chien mêlé à une trace de sang do lapin dissolvent les globules de ce dernier. Ce pouvoir globulicide est soumis à certaines influences. Il est détruit par le chauffage à 50”-60<>, ou lorsqu’on expose le

sérum à la lumière diffuse pendant huit à dix jours. Enfin, quelques composés chimiques entravent ou détruisent ce pouvoir, — m. Chauveau présente une note de M. C. Phisalix sur la nature du mouvement des Chromatophores et des Céphalopodes. L’auteur se rallie à l’opinion de Paul Bert, qui attribue les mouvements des Chromatophores à des muscles dilatateurs à contraction rapide. L’auteur distingue trois espèces de mouvements, les mouvements de trémulation, d’ondulation et d’activité fonctionnelle, que l’on peut provoquer en excitant de diverses manières les centres nerveux, chromato-moteurs, sous-œsophagiens et sus-œsophagiens. La forme et les caractères du mouvement se rapportent aux propriétés des muscles à contractions rapides et les Chromatophores sont des sphères pigmentaires élastiques dont les mouvements d’expansion sont provoqués par la contraction de muscles disposés en rayons à son équateur et nommés fibres radiaires.

Séance du 26 octobre. — Note de M. Bouchard sur les actions vaso-motrices des produits bactériens. La diapédèse des globules blancs du sang est le phénomène dominant de l'inflammation. Le mouvement qui emporte ainsi hors des vaisseaux les globules blancs, n’est pas l’effet de l’attraction exercée par les produits bactériens, l’un de ces produits même empêche la diapédèse en paralysant le centre vaso-dilatateur. M. Bouchard nomme cette substance anectasine. Cette substance arrête aussi les hémorragies. Une autre substance bactérienne, au contraire, excite le centre vaso-dilatateur, et accélère la diapédèse, c'est l’antagoniste de l’anectasine. Pour cette raison, M. Blouchard la nomme cétasine ; il l’a découverte dans la tuberculine de Koch. — M. Ad. Chatin adresse uno note sur l’histoire botanique de la Truffe. Parmi les . échantillons de Truffes qui lui avaient été envoyés de Bagdad, M. Chatin a reconnu deux nouvelles espèces de Kamès; il nomme l’un Terfezia Hafizî, l’autre Terfezia Metaxali-, le premier est beaucoup plus abondant que le second. De plus, l’auteur a reconnu que des Kamès qu’il avait reçus de Smyrne étaient des Terfezia Leonis, regardés jusqu’ici comme africains. — M. Friedel , présente une note de M. Chabrié sur une nouvelle substance albuminoïde du sérum sanguin de l’homme. On admettait que cette humeur ne contenait que deux matières albuminoïdes, la paraglobuline et la sérine. L'auteur a pu en extraire une troisième qu’il nomme albumone, et dont il énumère les caractères et les propriétés. — M. Bouchard présente une note de M. A. Charrin sur les substances solubles du bacille pyocyanique. L’injection de ces substances occasionne la fièvre, tout à fait comme l’injection de la lymphe de Koch, bien que le bacille pvocanique en soit très différent. — M. Bouchard présente une note de M. Boger sur l’atrophie musculaire progressive expérimentale; on peut la provoquer par l’inoculation de cultures atténuées du streptocoque de l’érysipcle. L’examen microscopique montre alors des altérations profondes des fibres musculaires et des grandes cellules des cornes antérieures de la moelle. Le système nerveux périphérique reste indemne. — .!/. Milne-Edwards présente une note de ilf. E.-L. Bouvier sur quelques caractères anatomiques d’un Hyperoodon rostratus femelle, de 7 m.2ü, échoué à Saint-Vast-la-Hougue. Les recherches de l’auteur ont porté sur les organes génitaux, les mamelles, les poches multiples de l’estomac, au nombre de , 1 1 -c , cl quelques di-pcsii n ,us de l’appareil circulatoire et des plexus qui tendent à rapprocher l'Hyperoodon des formes ancestrales du groupe. — M. Milne-Edwards présente une note de 1/ Raphaël Blanchard sur les Chromatophores des Céphalopodes, en réponse à la communication de M. Phisalix. La nai nrc musculaire des filtres rayonnantes n'a pas été vérifiée anatomiquement, et les expériences de M. Phisalix s’expliquent par l'union intime du Chromatophorc avec les nerfs, que M. R. Blanchard avait admise, et que, selon lui, les observations de M. Phisalix n’infirment pas. — M. Marey présente une note de ,11. Pierre Bonnier sur la physiologie du nerf de l’espace. Par le jeu des osselets, il se produit des courants dans l’endolymphe de l’oreille interne, courants variables de sons ci d’intensité, suivant l’incidence de l’ébranlement. Le nerf de l’espace définit le lieu des points perceptibles par l'oreille. — M. E. Blanchard présente une note de M. Decaux sur un moyen de destruction des insectes nuisibles à la betterave et aux céréales, et qui consiste en chiffons de laine imprégnés de pétrole ou d’autres composés hydrocarburés.

A. E. Malard.

Le Gérant: Émile DEYROLLE.

2° Série — W

Page 1