‹ Le Naturaliste (volume 2)Chapitre 220 sur 240 · MÉMOIRE DE LA SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE DE LA SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE

4e année nos 1 et 2 1891.

Voyage do la Mélita. M. Chevreux a effectué, du 6 novembre ,889 au 9 mai 1890, à bord de sou yacht la Mélita, des recherches zoologiques aux îles Canaries et sur les côtes du Sénégal. Les matériaux recueillis pendant ces recherches ont été confiés à des spécialistes dont quelques-uns publient leurs études dans le fascicule qui nous occupe. — M. Chevreux décrit luimème un Amphipode nouveau, le Podoprion Bolivaiï, type d’un nouveau genre. Le Podoprion se remarque par la petite main préhensile qui lerminelapatte de la2a paire; il a été capture en rade de Vi^o, il 20 mètres de profondeur dans une petite nasse métallique amorcée de Poisson. — M. Topsent- étudie les Spongiaires. Ces animaux, comme on sait, sont peu nombreux sur les côtes du Sénégal et les espèces recueillies par la Mélita ne dépassent par le nombre de 15, dont six des Canaries. Mais ces espèces offrent un heureux mélange d’animaux méditerranéens et d’animaux du Nord de la province lusitanienne ; parmi elles se trouve une éponge calcaire ( Amphoriseus flamma ) de Bahia et une espèce nouvelle trouvée sur la plage de Rufisque, la Tedania Chevreuxii éponge marine jaunâtre, pleine mais creusée de larges canaux. — Les Mollusques tcstaces, étudiés par M. üautzenberg, sont beaucoup plus nombreux. Réunis à ceux recueillis aux Canaries par le regretté abbe Culliéret, ils ne fournissent pas moins de 122 espèces pour les Canaries et do 177 pour le Sénégal. Ces Mollusques presque tous marins se composent pour les deux tiers au moins de Gastéropodes. Les espèces nouvelles sont au nombre de quatre : une espèce de Bulle, la Cylichna Grimaldii recueillie par 5 mètres do profondeur à Dakar ; un eulimidc le Niso Chevreuxii dragué y 15 mètres dans la baie de Corée ; un Dentale de petite arille (D. senegalense) et une nouvelle venus (K. Chevreuxii) caractérisée par les- hautes lamelles concentriques qui ornent son test. Comme de coutume, malheureusement, la Spirula Peronvi n’a été trouvée qu’à l’état de coquille. — Campagnes du yacht Y Hirondelle . Deux nouvelles notes préliminaires sur les "animaux recueillis pendant les campagnes de ce yacht. — Dans la première M. Th. Studer s’occupe des Alcyonacés et Pennutulacés et signale les deux nouveaux genres : Schizophytum et Gyropliyllum. Le Schizophytum echeriatum se présente sous la forme d’une « tige épaisse, située longitudinalement qui donne naissance, à une certaine hauteur, à des polypes tubuliformes non rétractiles » qui jouissent do la propriété curieuse de se multiplier par fissiparité. Le Gyrophyllum Hirondellei, au contraire, est une sorte de Pennatule dont les feuilles peu nombreuses sont ondulées et contournées sur les bords. C’est un

splendide organisme rose violacé et long de 13 centimètres, dont les polypes sont pourpre foncé ; il a été dragué au large des Açores, par 1260 mètres de profondeur. Les Pennatulidés sont au nombre de trois dans la liste de M. Sluder, les alcyonacés au nombre de 11 dont 8 nouveaux. — Dans la seconde note, M. Allnaud s’occupe des Coléoptères recueillis aux Açores par M. de Guerne. L’auteur observe que la forme coléoptérienne des Açores est à peu près exclusivement européenne, quelques espèces toutefois venant de l’Amérique du Sud ou des autres archipels de l’Atlantique. Les Cicindélidês ne se trouvent pas aux Açores, tandis que les Calosomes, y sont très bien représentés. M. Alluaud signale dans sa liste un Dytiscien nouveau, désignépar M. Régimbart sous le nom à'Hydroporus Guernei. — Travaux divers. — M.Faurot observe que le le Cerianthus membranaceus, belle Anémone de mer de nos côtes, est caractérisée par des septa de quatre grandeurs différentes qui se répètent régulièrement do manière à constituer des groupes de quatr e (quatrosepta) bien distincts. Il insiste sur ccfaitcurieux pour établir que, vraisemblablement, le Cérianthe se rapproche beaucoup plus, à cet égard, des Rugueux éteints que des Actiniacés vivants. — M. Héron-Royer signale de nouveaux faits d’hybridation chez les Batraciens anoures, animaux qui hybrident très facilement sans qu’on sache d’ailleurs si les produits hybrides sont féconds. Les hybrides obtenus par l’auteur tiennent du type paternel sauf ceux de Bombinator qui tiennent plutôt de la femelle. — M. A. Dubois fait une revue critique des derniers systèmes ornithologiques et propose une nouvelle classification pour les oiseaux. Dans cette classification l’auteur, qui veut tenir compte à la fois de tous les caractères essentiels, externes et internes, conserve la division en deux sous-classes de M. Sundevall, suivant que les oiseaux naissent nus et faibles ( Gymnopodes ) ou couverts de duvet (P lilopodes) . Tous les ordres sont conservés, mais quelquesuns sont scindés; les Martinets Engoulevents et Colibris forment Tordre des Macrochères, les Calaos et les Martins Pêcheurs celui des Anisodactyles, les Syrrhaptes et les Gangas celui des Hétéroclites, les llérons et les Flamants celui des Hérodiens, enfin les Kamichés celui des Palamédés. ■ — M. Suchetet. continue ses recherches sur les oiseaux, hybrides rencontrés à l’état sauvage. Ayant montré dans la première partie de son travail que l’hybridation chez les Gallinacés se présente seulement dans trois familles des Perdrix, des Faisans et des Tétras, et particulièrement chez ces derniers, il passe maintenant en revue quelques autres ordres. Chez les Palmipèdes, l’hybridation ne se rencontre guère que dans la famille des Canards où les espèces qui se mélangent par hybridation sont très nombreuses et mémo entre genres (Anas et Fuligula). Elle est très rare chez les Echassiers (Héron, Hématopiens). D’après divers essais faits en captivité chez les oiseaux l’auteur conclut ainsi : « Par analogie il y a lieu de croire que les hybrides sauvages sont incapables de se reproduire inter se, mais accouplés avec des espèces pures, plusieurs paraissent jouir de la fécondité. Dans ce cas, les jeunes retournent tôt ou tard au type dont le sang domine. » Ce résultat, comme on sait, n’est point particulier aux oiseaux, mais paraît se produire partout, aussi bien chez les animaux que chez les plantes (1). — M. Raphaël Blanchard étudie, dans une première note, les Cestodes des Primates anthropoïdes. Ces Cestodes appartiennent au genre nouveau Bertia et sont représentés dans le Chimpanzé par le B. Studeri et dans l’Orang-Outang parle B. Satyri. Les Bertia sont des Téniadés marins, du groupe des Anoplocéphalidés ; ils ont une ressemblance frappante avec les Moniéziadés herbivores mais n’ont aucune analogie directe avec les Cestodes parasites des autres singes, pas plus qu’avec ceux de l’Homme. Cotte constatation, dit l’auteur, peut paraître bizarre, mais il ne faut pas oublier que l'Homme, « en s’élevant au premier rang de l’animalité, a changé progressivement de régime alimentaire et, d’exclusivement frugivore, est devenu omnivore et surtout carnivore : il a perdu do la sorte ses anciens helminthes, pour en prendre de nouveaux » .

E.-L. Bouvier.

(1) Lire l’exposé intéressant du phénomène d’hybridation dans Edmond Verrier, Traité de zoologie p. 291, pour les animaux, et dans Ph. van Ticghem, Traité de botanique p. 964, pour les plantes.

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