BISON D'EUROPE
L’animal, que nous prenons pour sujet du présent article, mérite attention à plus d’un titre. L’étude de sa vie et de ses mœurs est pleine d’intérêt. Mais ce qu’il y a de plus intéressant encore, au point de vue scientifique, c’est l’historique du Bison. S’il est un animal qui a embarrassé les savants, les anciens aussi bien que les modernes, c’est, à n’en pas douter, celui qui nous occupe. Ce n’est pas que les naturalistes ne s’en soient pas suffisamment occupés; bien au contraire : tout ce qu’il y a d’élite dans le monde des zoologistes, à commencer par Aristote jusqu’aux Pallas et Cuvier, n'est pas sans avoir touché à cette question. C’était à qui créerait des espèces et des genres avec des noms aussi caractéristiques que pittoresques.
Nos lecteurs ont déjà eu l’occasion, l’an dernier, si la mémoire ne nous fait défaut, d'apprendre certaines considérations importantes, en ce qui concerne le Bison d’Amérique. Nous allons leur donner quelques aperçus intéressants, en ce qui regarde l’histoire, la vie et les mœurs, de même que la chasse de son congénère d’Europe. Et pour faciliter cette étude, nous la diviserons en trois parties distinctes : L'historique, l’animal en tant qu’ espèce, sa vie et ses mœurs et la chasse.
Occupons-nous donc, pour le moment, de tout ce qui a trait à l’histoire de ce bœuf géant dont est si fier, et à bon droit, ce grand pays de Russie.
Déjà Aristote, en faisant mention des bœufs, cite, en regard des bœufs communs, et donne une description assez détaillée d’un bœuf sauvage de Paconie (province voisine de la Macédonie), qu’il appelle bonasus. A propos de ce dernier, Buffon, qui est peut-être le plus compétent en la matière, fait remarquer que, en tenant compte de ce fait qu’Aristote, en parlant des bœufs sauvages du
climat tempéré, n’a indiqué que le bonasus, et qu’au contraire, les Grecs et les Latins des siècles suivants n’ont plus parlé du bonasus, mais ont désigné ces bœufs sauvages sous les noms d ’urus et de bison, l’on sera porté à croire que le bonasus d’Aristote doit être l’un ou l’autre de ces animaux précités. C’est Jules César qui a parlé, le premier, de Vurus. Pline et Pausanias sont, de leur côté, aussi les premiers qui aient avancé la dénomination de bison. A partir de ce moment, la confusion des noms n’a fait qu’augmenter avec le temps; c’est ainsi qu’on a ajouté le thur bubalus de Belon, etc. Ce qu’il y a de particulier, c’est qu’on a fait autant d’espèces qu'il y avait de noms de créés.
D’où viennent les dénominations bison et urus ?
Buffon et ses adeptes admettent, à cet égard, qu’autrefois on a trouvé, dans les parties désertes de l’Europe, des bœufs sauvages, les uns sans bosse et les autres avec une bosse. Les premiers ont reçu le nom de vrochs et turochs, dans la langue des Germains, tandis que le nom de visen a été donné aux bœufs sauvages à bosse, dans la même langue. Les Romains, qui ne connaissaient ni l’un ni l’autre de ces bœufs sauvages, auront adopté les noms qui suivent : de vrochs, ils ont fait urus et de visen, bison.
Telle est l’origine des deux dénominations urus et bison; ce qui nous importe peu en la conjoncture. Toute la question n’est que de savoir si, oui ou non, les deux bœufs sauvages qui portent respectivement les noms précités, ont existé simultanément. Ici les opinions se partagent. D’une part, déjà Pallas, il y a plus de 100 ans, est arrivé à cette conclusion que Unis et Bison ne sont autre chose que deux dénominations d’un même bœuf; de plus, que l’animal décrit par Herberstein sous le nom de Tur n’est qu’un représentant d’une race introduite de bœuf sauvage. Cette dernière hypothèse a été réfutée, d’autre part, par Cuvier, qui a fourni quelques indications plaidant en faveur de l’existence de deux espèces de bœufs sauvages, et estarrivéà une conclusion opposée, à savoir que le Tur doit être envisagé comme un grand bœuf, dont les restes étaient retrouvés dans les nouvelles couches terrestres de l’Europe. On sait, au surplus, que, d’après les mêmes débris, Bojanus établit une espèce à part, Bos primigenius.
L’opinion de Cuvier a été partagée par beaucoup de zoologistes bien connus, tels que Brincken, V. Bayer, Hermann, Mayer, etc., qui ont tous repris la question et, grâce à leurs recherches personnelles, sont arrivés à un avis contraire de celui de Pallas. D’aucuns, comme Owen, Pictet, Rutimeyer se sont prononcés purement et simplement pour l’hypothèse de Cuvier.
11 est à remarquer que la manière de voir de Pallas, pour ne pas être la vraie, n’en est point restée sans qu’elle eût trouvé des partisans. Bojanus, Pusch, Adamovitch sont du nombre de ceux-ci. Ils admettent, à l’unanimité, comme nous l’avons dit plus haut, que dans les temps historiques, aussi bien en Pologne qu’en toute l’Europe, il n’a existé qu’une seule espèce de bœuf sauvage qui continue à vivre, à l’heure qu’il est, dans la forêt de Bialovizca et au Caucase.
Notre étude historique du Bison serait incomplète si nous passions sous silence quelques considérations plus ou moins importantes au point de vue paléontologique d’un des adeptes les plus ardents de Cuvier, en ce qui concerne l’animal en question. Nous voulons parler de von Rutimeyer. D'apres ce dernier auteur, eu égard à ses
magnifiques recherches, dans les temps préhistoriques, à côté du Bison habitaient quatre espèces différentes de bœufs, à savoir • Bos primigenius, B os trachoceros, Bos frontosus et Bos brachyceros. Von Rutimeyer admet que la première, c’est-à-dire Bos primigenius, est descendue dans les couches plus anciennes et ses restes appartiennent, pour la plupart, aux animaux sauvages. Pour ce qui est du Bos trachoceros, il représente l’exemplaire féminin du précédent, à l’état sauvage. Quant au Bos frontosus, le savant auteur est enclin à croire qu’il provient d’une race produite artificiellement, par élevage. En ce qui regarde la quatrième
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brachycero s, von Rutimeyer n’en a pas compris la signification:
tantôt il la con sidère comme une race apprivoisée descendant du Bos primigenius, tantôt comme une espèce indé pendante.
Plus tard, von Wilkens a décrit un fossile de bœuf sous le nom de Brachycephalus de Laibâcher Moor.
Il admet aussi que, dans les temps préhistoriques , on ne cont guèîn Europie deux de
bœufs sauvages, à savoir :
Bos primigenius à longues cornes et Bos brachyceros à cornes courtes.
De son côté, l’envoyé autrichien Herberstein parle également de deux bœufs sauvages et en donne les dessins caractéristiques avec les noms des animaux, comme on peut le voir ci-contre. Sur la figure qui représente un animal ressemblant au bœuf ordinaire sont les mots suivants : Unis sum, Polonis Tur, Germants Auroch : ignari bisontis nomen dederant (Je suis l’urus,que les Polonais nomment tur, les Allemands auroch, le vulgaire bison). Quant à la seconde figure où l’on ne peut méconnaître le bison, elle possède une inscription qui suit Bisons sum. Polonis suber, Germanis bisont : ignari uri nomen dederant (.le sui“ le bison que les Polonais appellent suber, les Allemands veysent et le vulgaire
urochs ). En outre, le savant polonais August Wrzêsniowski fait remarquer que les données de Herberstein concordent avec les résultats paléontologiques et est d’avis que, tout au moins jusqu’au xvi« siècle, il existait deux espèces de bœufs sauvages : le Tur et le Z ubr.
Il en résulte donc que la manière de voir de Cuvier et consorts en la matière ne saurait plus être contestée, et ja plupart des zoologistes, d’ailleurs, s’accordent à envisager ce point si agité de la question comme de ne plus être dénaturé à soulever des débats.
Ceci étant établi, il n’est pas sans intérêt de mentionner quelques fai tshisloriques, en ce qui concerne la vie intime du Tuf et du Zubr.Ces dernières considérations ue pourront , comme on va le voir plus loin, que confirmer davantage l’opinion de Cuvier et, de ce chef, réfuter celle de son adversaire Pallas. C'est le savant naturaliste Schneeberger qui va nous fournir ces faits instructifs en l’espèce.
Tandis que le Tur se plaît à fréquenter les champs de blé et de seigle et à en dépouiller la récolte, alors qu’il produit volon- Zubr, au con-
Le bison, reproduction de vieilles gravures de Herberstein
tiers avec les vaches apprivoisée:
traire, encore qu'il consomme en captivité de 1 a voine, fuit les champs de blé ; en outre, aucun accouplement des bisonnes sauvages avec les taureaux apprivoisés n’est à constater; de plus, il y a même une sorte de haine réciproque entre ces deux espèces.
D’autre part, Bonas, tout en admettant l’existence de deux espèces de bœufs sauvages : le Tur et le Zubr, ne leur en voit pas moins une parenté, en ce sens qu il serait porté à croire que le Tur serait le résultat de la production d’un taureau de bison avec une vache apprivoisée. A propos de celte dernière remarque, Wrzesniowski fait observer que rien n’est venu jusqu’à présent confirmer le dire de Bonas et qu’il n’est pas certain
que les petits résultant de ce croisement soient capables de vivre et de reproduire.
Une autre indication historique, non moins intéressante, et qui mérite, à ce titre, d’être relatée. Nous la tenons du savant polonais Bobrowski.
En 1846, dans la pouclitcha (forêt) Bielowesca furent pris trois paires de jeunes bisons. Un de ces couples fut employé pour les recherches de nature à expliquer l’origine de domesticité des animaux. Pour ce qui est des autres, voici ce qu’on constata. Les veaux de deux mois tétaient sans difficulté et préféraient les vaches dont la couleur ressemblait à la leur. Les plus âgés (cinq mois) ne voulaient téter en aucune façon et on était obligé de leur donner à boire du lait qui venait d’être trait. De plus, un animal de quinze mois avait commencé à brouter de l’avoine, du foin, de l’écorce et des feuilles d’arbre. Au bout de peu de temps, Jes veaux du Bison, excepté celui de quinze mois, étaient devenus apprivoisés au point de pouvoir les laisser en liberté, sans aucune surveillance, dans une cour soigneusement entourée d'une haie. Plus tard, on les laissait jouer dans la même cour, avec des veaux apprivoisés et, chose remarquable, les jeunes Bisons faisaient très bon ménage avec les apprivoisés. Avec le temps, il s’est même établi une amitié entre les voisins, à tel point qu’ils ne se séparaient plus. Chaque veau de Bison avait à sa disposition deux vaches pour se nourrir, attendu qu’une seule ne lui fournissait pas assez de lait. Il est à remarquer que, en comparaison des veaux de Bison, qu’on avait laissés à l’état sauvage, ceux qu’on apprivoisait se portaient à merveille : ils engraissaient de jour en jour et leur physique, en un mot, ne laissait rien à désirer.
On n’a pas oublié la première paire qui devait être l’objet d’étude au point de vue du croisement avec le bétail. C’est Wieliski, propriétaire du gouvernement de Grodno (Lithuanie), qui en avait été chargé. Ce dernier a pu constater que, après plusieurs accouplements, la vache était devenue grosse et n’avait pas lardé à mettre bas. Ensuite le taureau père a été mis à même de saillir deux vaches apprivoisées. L’une a livré un veau femelle, l’autre, au contraire, un taureau. Les deux se sont fait remarquer par leur garrot élevé, tout comme chez les bisonnes. En outre, la vache était très sauvage, si bien qu’elle attaquait quiconque s’approchait d’elle, sauf son surveillant. Le veau mâle, au contraire, avait l’air très apprivoisé. Toutefois, après la mort de sa compagne, il est devenu si méchant et si irascible, qu’on s’est vu obligé de l’attacher. M. Wieliski, en vue de pousser ses investigations plus loin, a permis à ce bâtard (métis) de saillir une vache apprivoisée, et il en est résulté un veau femelle qui se distinguait fort peu des veaux apprivoisés, quant à son habitus.
Tels sont les quelques faits intéressants ayant trait au croisement des bisons avec le bétail domestique. Quiconque veut avoir les plus amples détails à ce sujet ne saurait mieux faire que de consulter Bobrowski les Matériaux pour la géographie et la statistique de la Russie. Gouvernement de Grodno, 1863, Bd. 1, p. 436.
Pour en revenir aux dénominations du Bison d’Europe, remarquons, avec Wzésniowski, que Tur (unis, auroch) et Zubr (bison) étaient souvent échangés les uns pour les autres et qu’il faut tenir pour certain que ces deux noms étaient destinés à qualifier deux espèces différentes de bœufs sauvages.
A présent que nous sommes plus ou moins fixés sur le Bison d’Europe, la question qui se posera sera de savoir s’il y a rapport entre le Bison d’Amérique et «■lui d’Europe. Sont-ce deux animaux de la même espèce ou de la même race? A ce compte, nous ne saurions mieux faire que de citer le remarquable passage de Buffon :
« Les bisons d'Amérique pourraient bien venir originairement des bisons d’Europe. Les expériences faites par M. de La Nux ont montré que les bisons ou bœufs à bosse des Indes et de l’Afrique produisent avec les taureaux et vaches de l’Europe, et que la bosse n’est qu’un caractère accidentel qui diminue à la première génération et disparaît à la seconde ou à la troisième. Puisque les bisons des Indes sont de la même espèce que nos bœufs et ont, par conséquent, une même origine, n’est-il pas naturel d’étendre celte même origine au bison d’Amérique?
« Les anciens ont dit que les bisons se trouvaient dans la partie de la Germanie voisine de la Scythie; actuellement, on trouve encore des bisons dans le nord de l’Allemagne, en Pologne, en Écosse ; ils ont donc pu passer en Amérique ou en venir comme les autres animaux qui sont communs aux deux continents; la seule différence qui existe entre les bisons d’Europe et ceux d’Amérique, c’est que ces derniers sont plus petits; mais cette différence même est une nouvelle présomption qu’ils sont de la même espèce, car nous avons vu que les animaux domestiques ou sauvages qui ont passé d’eux-mêmes ou qui ont été transportés en Amérique, y sont tous devenus plus petits ; d’ailleurs tous les caractères, jusqu’à ceux de la bosse et de longs poils aux parties antérieures, sont absolument les mêmes dans les bisons de l’Amérique et dans ceux de l’Europe, aussi nous ne pouvons nous refuser à les regarder non seulement comme des animaux de la même espèce, mais encore de la même race. »
Il est toutefois à remarquer que tel n’est point l’avis de M. Brehm sur ce point.
J. Gutman.
Aristote. Hisloria animalium.
Pallas. Description du bœuf à queue à cheval, précédée d'observations générales sur les espèces sauvages du gros bétail. Acta Academire Scicnliarum Impcrialis Pctropolitanæ 1377. Pars posterior, p. 233.
Cuvier. Recherches sur les ossements fossiles. 4e édition.
Paris, 1833. Tome VI, p. 22S-238.
V. Brinlten. Mémoire descriptif de la forêt impériale de Bialovisca, Varsovie, 1828, p. 03.
V. Bauer. Nachmaligc Untersuchung der F rage ob in Europa in historischcn Zeit zwei Arien von vilden Sticrcn leben (Bulletin scientifique de l’Académie lmpér. des Sc. de Saint-Pétersbourg, Tome IV, 1838, p. 113-128).
yer. Untersuchungen der Thiorrcste ausden Pfahlbau- , p. 01. Ucber die Art und Ræi der sahmen euro- Rindes (Archiv für Antropologio. Bd. I, p. 221.) Bojanus. De uro nostratc cjusque sœlato commentatio. Nova Acia M. Phys. Acad. C;os. Lcop. Bd. XIII, Iheil. 2,
But.
ton, l:
V. Wilkens. Uebcr die Schædelknochen des Rindcs aus dem Pfaubbau des haibacher Moorcs Mitlhcilungcn der Antropologischen Gesellschaft in Wicn, 1877, Bd. VII, n°*7, 8, p. 165-173.
Mœurs et Métamorphoses du CORÆBUS amethystinus.
ÜLIV.
Coléoptère , de la famille des Buprestides.
Larve. — Longueur T à 9 millimètres; largeur 2 millimètres. Corps blanc mat, subcylindrique, fortement chagriné, avec pubescence très légère ; tète et extrémité caudale noir ferrugineux.
Tète petite, en partie enchâssée dans le premier segment thoracique, jaunâtre sale à sa région postérieure, rougeâtre sur le front, avec fine ligne médiane, du fond de laquelle partent deux autres lignes en forme de Y ; au point de jonction des trois lignes sont quatre petits traits caractéristiques en forme de virgule; épistome subconvexe, transverse, noir ferrugineux, avec trait flave médian se prolongeant sur le labre qui est petit, semi-discoïdal, brun ferrugineux, fortement cilié au bord antérieur; mandibules triangulaires, noires, cornées, bidentées à l’extrémité, avec forte échancrure à leur milieu intérieur ; mâchoires à lobe subarrondi, légèrement pubescent avec palpes maxillaires de deux articles, flaves, pubescents, très courts, moniliformes ; menton formant corps avec les palpes labiaux qui sont petits, Inarticulés noirs, et avec la languette qui est large, noirâtre, pubescente au bout et en forme do palette arrondie; antennes très courtes, subferrugineuses, moniliformes, de trois articles, peut être de quatre, le dernier terminé par une longue soie rousse; ocelles : en arrière de la base antennaire sont deux points cornés, noirs, que l’on pourrait prendre pour des ocelles.
Segments thoraciques blanc sale, fortement chagrinés avec de très petites soies clairsemées; premier segment convexe, fortement renflé, une fois plus large que la tête, parcouru dans son milieu par une ligne plus large en arrière qu’en avant, teintée de brun à ses bords; deuxième et troisième segments moitié moins larges que le premier et pas plus longs que ce dernier, à eux deux réunis.
Segments abdominaux : Comme les deux derniers segments thoraciques; les huit premiers sont transverses, blanc mat, avec très légère pubescence, à peu près égaux comme forme et comme dimension, avec ligne médiane peu accentuée: neuvième segment plus large, plus pubescent, subdéprime avec rebord latéral antérieur arrondi et très développé, terminé par un appendice bifide, fortement denté à son milieu intérieur, à pointe obtuse, à bord intérieur verruqueux; un peu en arrière de ces appendices est l’anus dont la fente est longitudinale.
Dessous : La tête en dessous est d’un brun ferrugineux avec trait noir près du bord latéral; premier segment thoracique grand, blanc sale, fortement boursouflé, légèrement concave à son milieu, qui est longitudinalement parcouru par une ligne bien marquée, tous les autres segments sont aussi d’un blanc sale, légèrement chagrinés avec fortes boursouflures : une forte impression latérale provoque un bourrelet de séparation de la région dorsale à la région ventrale, excepté au douzième arceau où il est moindre ; bourrelet qui a pour particularité de faire progresser la larve dans son réduit.
Pattes nulles, granules et boursouflures les remplacent. Stigmates semi-elliptiques, flaves à péritrème roux, le premier, le plus gros, est placé au tiers antérieur du deuxième segment thoracique et au-dessous du rebord latéral ; les huit autres un peu au-dessus de ce rebord et au tiers antérieur des huit premiers arceaux abdominaux.
Issue d’œufs pondus aux premiers beaux jours du printemps, cette larve très lente dans ses mouvements, chemine en rongeant la partie médullaire de la tige de la plante nourricière, le Carlina vulgaris, Linné, et en comblant de ses propres débris les points de la galerie qu’elle quitte; l’accouplement a lieu sur la plante même, l’œuf est déposé au tiers supérieur de la tige, le cheminement se fait en descendant. Quelquefois la larve plonge jusque dans l’intérieur de la racine, d’autres fois, elle s’arrête au collet, le plus souvent elle atteint son complet développement un peu avant d’arriver à la racine ; chaque tige ne nourrit qu’une seule larve, il arrive cependant le cas où deux larves se trouvent réunies dans une même tige sans toutefois qu’elles se confondent dans leur travail de cheminement; les racines peuvent aussi ètro habitées par une ou par deux larves; dans ce dernier cas, chacune opère dans sa galerie propre.
Parvenue au terme de son existence larvaire, ce qui a lieu à la fin de l’été, elle se façonne une loge, dont les deux parois
extrêmes sont obstruées par de légères fibres de bois, puis elle se retourne, prépare en l’évasant lejtrou par lequel l’adulte s’échappera; à l’abri ainsi de tout accident, elle se contracte et aussitôt commence un travail d’élaboration intérieure, qui doit la conduire à la phase nymphale.
Nymphe. — Longueur 6 millimètres, largeur 2 millimètres.
Corps d’un blanc mat, glabre, lisse, subcylindrique, atténué aux deux extrémités, un peu moins à l'extrémité antérieure, qui est arrondie et rendue proéminente par les yeux qui sont très saillants; l’extrémité anale est translucide et inerme..
La nymphe offre l’image de l’adulte, les ailes étant, comme toujours, à l’état rudimentaire.
Le corselet ne présente pas chez la nymphe cette forme (pii est de nature à si bien caractériser le genre.
La phase nymphale dure un mois environ; on trouve des insectes adultes dans leur loge dès le mois de septembre; en octobre toutes les nymphes, ou à peu près toutes, ont revêtu les couleurs de l’adulte, mais ce ne sera qu’aux premiers beaux jours du printemps, que l’insecte parfait se fera jour en rompant le cercle où il était prisonnier depuis si longtemps déjà.
Adulte. — Aux environs de Ria, l’adulte n’est pas rare pendant les mois d’avril et de mai. C’est sur les feuilles de la plante nourricière qu’il fait son séjour de prédilection; sa vue est perçante, aussi, au moindre danger se dissimule-t-il derrière la tige on sous les feuilles ; forcé dans sa retraite, il se laisse tomber à terre et sauvegarde ainsi son existence menacée; il vole mal, ce n’est qu’au milieu du jour, au moment où l’astre solaire déverse tous ses feux, que les deux sexes se livrent à la recherche l’un de l’autre; une fois l’accouplement terminé, le mâle disparait; la femelle pond une vingtaine, d’œufs qu’elle dépose habituellement un par tige, puis elle meurt à son tour, après avoir ainsi assuré la l'eproduction de l’espèce.
Dans son ouvrage d’entomologie de 1790, tome II, p. Ho. Olivier a donné la description de l’insecte parfait; de Marscul, dans sa monographie des Buprestides, tome II, de l 'Abeille, année 1865, p. 426, l’a décrit plus longuement.
On connaissait la larve du C. Amethystinus comme habitant le Cirsium échina tum : il. Durieu de Maisonneuve, seul, avait simplement fait savoir dans les Annales de la Soc. Ent. Fr. 1847. B, p. 9, que les métamorphoses de cet insecte s’accomplissaient dans les tiges du C. échinatum. La partie descriptive restait donc à faire. Cette lacune se trouve aujourd’hui comblée, ainsi que les particularités afférentes à la vie évolutive de l’espèce.
Capitaine Xambf.u.