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LES PHONOLITHES DE LA HAUTE-LOIRE

Les phonolilhes sont des roches grisâtres ou verdâtres, compactes, à structure feuilletée. Elles se divisent souvent en plaques régulières, aussi minces que des ardoises et qu’on appelle Ictuzes dans les régions de la France où l’on trouve ces roches, c’est-à-dire en Auvergne et dans le Velay (Haute-Loire). Ces plaques rendent au marteau un son clair qui a valu à la roche son nom de phonolithe (pierre sonore).

J’ai étudié en 1880 la région phonolithique du Velay et je me propose de résumer ici le résultat de mes recherches.

Les phonolithes du Velay couvrent une bande de terrain d’environ 80 kilomètres de longueur sur 4 à 0 de largeur. Il s’étend depuis le Mezenc jusqu'aux monts Miaune et de la Madeleine au N. de la Loire.

La montagne de la Madeleine se trouve près de Retournac. Elle s’élève à 876 mètres au-dessus du niveau de la mer, l’altitude de la ville duPuy étant seulement de 625 mètres. La forme est celle d’une table .reposant sur une base assez large et plane ; les flancs sont presque verticaux. Cette montagne est constituée par des prismes verticaux divisés transversalement. La roche, d’une teinte claire, est en partie décomposée. Sur les pentes de la montagne se trouve un hameau : le Pédible, d’où un chemin conduit au sommet qui porte une chapelle.

Au N'.-E. du Puy, à une faible distance deChaspinhac, se trouve la montagne de Mercosur, entourée par le village de ce nom. On l’appelle aussi le pic Saint-André (792 mètres). La forme est celle d’un tronc de cône, à pentes raides. Elle repose sur les marnes tertiaires. Sa couleur d’un gris clair permet de la reconnaître de loin. Cette teinte blanchâtre est due â ce que la roche est en partie décomposée. La montagne présente de nombreuses fentes transversales; les pentes sont couvertes de débris dus aux intempéries. Des plantations s’étendent jusque vers le sommet, que couronnent des ruines informes, restes, paraît-il, d’une ancienne chapelle.

En allant du Puy â Issingeaux par la grande route, on pénètre à partir de Saint-Hostien dans le « pays phonolithique». Tout près du village se trouve le mont Pidgier de forme conique (1023 mètres). La route conduit ensuite au village de Pertuis auprès duquel on trouve plusieurs sommets phonolitliiques. A gauche de la route se dresse le Loségal (1130 mètres), ainsi désigné sur la carte mais appelé les Eygaux par les habitants du pays, Jaurence (1189 mètres) et le mont Gros (1178 mètres). A droite on trouve le Pucic du Pertuis (1100 mètres).

Le Loségal, le mont Gros et Jaurence sont très voisins l’un de l’autre et des plantations de sapins les entourent. Le Loségal présente une belle phonolithe brillante, d’un gris foncé se divisant en feuillets très’minces. On l’exploite sous le nom de lauzes pour l’employer en guise d’ardoises.

C’est au Mezenc surtout qu’il faut aller étudier les phonolithes. En sortant du village des Estables le Mezenc se dresse au-dessus d’une pente douce couverte

de prairies. La montagne présente deux sommets séparés par une partie plus basse. Le sommet qu’on voit à sa droite est le plus élevé (1754 mètres). A gauche du Mezenc se dresse le mont Alambre de forme mamelonnée et qui paraît à première vue plus élevé que le Mezenc â cause de sa proximité. Si l’on tourne le dos au Mezenc, on voit s’élever au-dessus des Estahles le rocher Tourte (1836) formé de prismes verticaux divisés transversalement, ce qui figure assez bien l’apparence de galettes empilées.

Le Mezenc fournit diverses variétés de phonolilhes : il y a des phonolilhes compactes, d’autres se divisent facilement en feuillets très minces (lauzes), d’autres sont mouchetées. Elles présentent des taches foncées et brillantes sur un fond plus clair et plus terne, ce qui est dù à une altération superficielle et inégale de la masse.

Les phonolithes du Velay sont très réfractaires à l’action des acides. Une plaque mince a été placée par moi pendant sixjours dans l’acide chlorhydrique â froid, puis trois jours dans l’acide chauffé à 40“ sans subir la moindre altération. La roche n’a fini par s'attaquer qu’une fois finement pulvérisée.

Les plaques minces observées au microscope dans la lumière polarisée présentent de grands cristaux de sanidine soit isolés, soit en macles. Us sont fréquemment zonés, c’est-à-dire qu’ils sont formés de couches concentriques. Outre la sanidine il y a aussi quelques cristaux de plagioclase. Ce qui domine avec la sanidine, c’est l’augite. Elle est d’un vert-clair qui est caractéristique chez les phonolithes. Elle appartient probablement à la variété appelée ægyrine qui a été extraite par M. Mann de plusieurs phonolithes, en particulier de celles du Hégau (Allemagne). C’est unpyroxène riche en soude et en potasse. L’augite de phonolithes du Velay est souvent ouralitisée, c’est-à-dire transformée en hornblende; elle prend alors une teinte brune. Le minéral contient aussi des inclusions de fer oxydulé.

La pâte de phonolithes est composée de microlithes de sanidine, d’augite et de fer oxydulé, ceux d’augite formant des accumulations et irrégulières.

Comme minéral accessoire on trouve aussi quelques cristaux de sphène qu’on reconnaît à leurs formes pointues, leur forte biréfringence, ainsi qu’à leur relief et à leur aspect chagriné. Le sphène fait partie des cristaux du premier temps de consolidation. Je l’ai trouvé dans la phonolithe de la Madeleine et dans celle du Mezenc-

La néphéline, si abondante dans certaines plionoluass, est rare au contraire dans celles du Velay. On en cl tingue cependant les rectangles et les hexagones grisclair dans les lauzes du Mezenc, où ils forment réseau avec les microlithes d’augite. D’ailleurs M. Bourgeois a trouvé dans l'escarpement phonolithique de Jacassy, sur la pente du Mezenc, de nombreux cristaux de néphéline atteignant T millimètre de longueur. La néphéline est également assez abondante dans les phonolilhes de Jaurence et du mont Gros.

La noséanc est commune dans les phonolithes d’Allemagne et des Canaries; elle se présente en grands cristaux hexagonaux remplis d’inclusions noires très fines disposées suivant les clivages. Elle est rare dans les phonolithes du Velay; je l’ai trouvée dans la roche de Mercœur.

En résumé, les phonolithes de la Haute-Loire sont essentiellement feldspatliiques. Les éléments les plus importants sont, après la sanidine, l’augite et le fer oxydulé ;

le sphène, la noséanc, la néphéline sont tout à fait accessoires. L’attaque par les acides est lente et difficile. J’ai pu comparer, grâce à l’obligeance de M. Fouqué, ces phonolithes à celles de la Bohême, qui ont été décrites par Boricky. Les roches du Velay peuvent être placées à côté de la Sanidinphonolithe de ce pétrographe.

Fernand I’riem, Agrégé *

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