CHEZ UNE ASCIDIE COMPOSÉE
de Batryllus violaceus, j’ai trouvé un petit Crustacé qui était venu se loger dans la cavité branchiale de l’un des individus de la colonie. On sait que dans le cas de semblables associations, les doux individus peuvent vivre dans une indépendance complète, l’un fournissant simplement un refuge à l’autre ; ou bien leurs rapports sont beaucoup plus intimes : l’un dos associés pénètre plus ou moins profondément dans les tissus de l’autre, les désorganise, se nourrit à ses dépens, en un mot sc comporte en véritable parasite.
Il m’a paru intéressant d’observer quelles étaient les relations du Crustacé avec le Botrylle qui l’abritait. Avais-je affaire à un véritable parasite ou à un simple commensal ? Et dans le premier cas, jusqu’à quel degré était poussé le parasitisme'’ Les séries découpés que j’avais à ma disposition se prêtaient d’ailleurs très bien à cette étude.
Le Crustacé occupait la presque totalité de la chambre branchiale, sa face dorsale parallèle à la face dorsale de l’Ascidie, ses appendices étendus sur toute la région endostylaire. Une telle orientation du parasite chez son hôte est à remarquer : son ouverture buccale placée au-devant de l’cndostylc, il n’avait qu'à choisir ce qui était à sa convenance dans les particules alimentaires transportées par les cils de ce sillon jusqu'à l’ouverture de l’œsophage de l’Ascidie. Cette position était assurément celle qui lui permettait de pourvoir le plus facilement à sa subsistance.
M. Giard avait déjà remarqué cotte orientation constante des petits Crustacés qui vivent dans le sac branchial des Ascidies. Mais grâce aux coupes minces pratiquées dans la colonie de Botrylles, j’ai pu pousser mes observations plus loin que ne le permet un simple examen par transparence, et établir que ride l’Ascidie serait fatalement devenu pour clic un
certain nombre de
s l’anatomie du Botrylle.
Les parois du sac branchial étaient refoulées contre celles du corps ; dans la région ventrale, ces parois étaient complètement soudées les unes aux autres, déterminant ainsi la disparition d’une partie de la cavité péri-branchiale et de toutes les fentes situées à ce niveau. La comparaison avec un individu normal appartenant à la même colonie m’a permis d’établir que cinq rangées de fentes, de chaque côté de l’rhdostyln, avaient été ainsi oblitérées sur presque toute la longueur de la branchic. D’ailleurs, l’emplacement primitif des fentes disparues restait indiqué par les cellules de leurs bords latéraux, qui avaient conservé leur taille et leur forme caractéristiques.
Cos premières modifications résultaient de ce que certains appendices du Crustacé, considérablement développés, s’étaient appliqués contre les parois de la branchie et les avaient i toutefois sans les perforer ; de sorte passage de l’eau avait été interrompu par suite de la disparition à ce niveau de la cavité péri-branchiale.
L’cndostylc lui-méme n’avait pas été épargné.
Au niveau de la région moyenne de la branchie, le sillon endostylaire avait été rejeté latéralement et sa place occupée par un volumineux appendice du parasite. En même temps qu’il était changé de position, l’endostyle était également modifié dans sa structure, scs cellules étaient considérablement réduites dans leur longueur et toutes semblables, son sillon bien moins profond, parfois même à peine indiqué ; on n’y observait plus les cinq bandes de cellules étroites qui caractérisent l’endostyle
donc manifestement subi u atrophie s’étend d’ailleurs sur
atrophie
faible
étendue ; je ne l’ai observé que sur une vingtaine de
du Crustacé est fortement appliqué branchie; au delà, les cellules de l’ern
gtame ac coupes là où l’appendice
éprennent peu à
peu leurs dimensions et leurs formes normales, mais le sillon reste toujours rejeté latéralement.
Quant à la région dorsale de la branchie, elle ne présente aucune modification. De ce côté, il existe un certain intervalle entre ces parois et délies du parasite, l’eau peut y circuler librement ; il est à noter toutefois que les cils vibralilcs des fentes branchiales y ont pris un développement plus considérable, apportant ainsi, par l’exagération de leur fonction, une compensation à la diminution du nombre des fentes de la région ventrale.
Les parties qui suivent le sac branchial, œsophage, estomac et intestin terminal, ont subi à leur tour un léger contre-coup des modifications apportées à l’appareil respiratoire.
On sait que le tube digestif des Botrylles remonte sous la chambre branchiale, puis se recourbe de nouveau pour aller s’ouvrir dans le cloaque, diamétralement opposé à l’ouverture buccale ; il forme ainsi une double anse, soutenue par une membrane analogue à un véritable mésentère.
Or, chez l’individu dont nous nous occupons, la deuxième anse intestinale, contiguë à la portion ventrale de la branchie, a été repoussée elle-même dans le mouvement d’extension de celle-ci et s'est appliquée exactement à son tour contre les parois du corps. D’ailleurs, la structure des différentes parties de l’intestin ne présentait aucune anomalie ; ce simple déplacement ne parait donc pas l’avoir troublé dans ses fonctions.
En résumé, le parasite n’a apporté de modifications un peu que dans la portion ventrale du sac branchial ; la exercée par ces membres a fait disparaître la cavité péri-branchiale sur une certaine étendue, à droite et à gauche de l'endostyle et les fentes branchiales de cette même région se sont oblitérées; celles-ci reparaissent à l’extrémité voisine de l’œsophage, où on les observe en petit nombre et très rapprochées les unes des autres. L’endostyle rejeté latéralement a été modifié dans sa structure sur une certaine étendue.
Comme on le voit, le Botrylle n’a donc pas été profondément atteint dans son organisation ; la branchie était ouverte .i l’extérieur, le cloaque de même, la structure de son appareil digestif parfaitement normale. Tout indique donc qu’il était bien vivant au moment où il a été recueilli, aussi bien que ses voisins de la même colonie. Jusqu’à présent, il s’était fort bien accommodé de son commensal, l’un et l’autre puisant séparément leur nourriture à la même source, c’est-à-dire dans l’eau de la cavité branchiale.
Depuis combien de temps durait cette cohabitation ?
Etant donnée d'une part l’étroitesse de l’ouverture branchiale externe et de l’autre la taille considérable du Crustacé, il est évident, a priori, que ce dernier est venu se réfugier chez le Botrylle dans son extrême jeunesse, peut-être même encore à l’état d’œuf. Cette dernière hypothèse est pour moi la certitude. En effet, le parasite, qui est une femelle, a été surpris au moment de sa ponte, j’ai observé, en outre de ses deux ovaires assez volumineux, un certain nombre d’œufs qui en avaient été rejetés et s’étaient logés au fond de la chambre branchiale ; leur diamètre était sensiblement celui de l’ouverture do la branchie, mais supérieur à la largeur des fentes. Il est donc de toute évidence que le Crustacé, encore à l’état d’œuf, a été amené dans la cavité respiratoire par l’eau qui y pénétrait et que l’étroitesse des fentes branchiales n'a pu lui livrer passage
Dans cet asile que le hasard lui avait donné, l’œuf s’est développé libreméâl. S’est-il développé normalement ? Je ne saurais le dire. Il faudrait pour cela que j’aie pu déterminer au moins à quel genre de Crustacé j’ai eu affaire et il n’est pas facile de reconstituer exactement ces appendices au moyen de minces : Je ne l’ai pas essayé, bien qu’il eut été . intéressant de rechercher, comme je l’ai fait pour le. Botrylle, dans quelle mesure ses nouvelles conditions d’existence avaient influé sur son organisation. Ce que j’ai observé, c’est que le Crustacé vivait tout à fait indépendant dans la branchie de l’Ascidie, avec ses organes propres. 11 est à prévoir néanmoins qu'ils n’auraient pas vécu encore longtemps en bonne intelligence, la lutte était même déjà entamée.' En effet, le Crustacé développé au point de remplir tout le sac branchial, scs appendices refoulant déjà les parois de ce sac dans la région ventrale et à la veille de pénétrer dans ces parois mêmes, c’était bien le commencement du combat, provoqué par les exigences duc"
L’Ascidie ne paraissait pas en avoir beaucoup souffert jusqu’à présent, il lui restait un nombre suffisant de fentes branchiales. Mais les modifications qu’elle avait subies, si légères qu’elles fussent, suffisaient à dénoter sa faiblesse vis-à-vis son adversaire ; trop étroite désormais pour le contenir, elle n’aurait pas tardé à succomber sous les coups de son commensal, longtemps inoffensif, devenu fatalement son
LES PHOSPHATIÈRES D'HARDIVILLERS , Oise
J’ai dirigé l’une des dernières excursions géologiques u Muséum dans une localité tout spécialement intéresmte : Hârdivillers, où l’on a découvert de précieux gise-
Fig. 1. — Vue d’e
une photographie prise par M. H. Boursault du Muséum d’histoire naturelle.
ments de chaux phosphatée fort analogues à ceux de Beauval, près de Doullens (Somme) dont on a eu la description ici même il y a quelques années. L’un de mes compagnons, déjà bien connu de nos lecteurs, M. H. Boursault, a pris au cours de l’excursion plusieurs belles photographies d’après lesquelles ont été gravées les illustrations qui accompagnent cet article.
Comme on le voit par la figure 1 qui est une vue d’ensemble, l’exploitation a des dimensions considérables :
la tranchée a 14 mètres de profondeur et le développement des travaux dépasse plusieurs kilomètres. Le sol est constitué par la craie blanche et les fossiles qu’on y recueille, parmi lesquels prédomine la Belemnitella quadrata, montre qu’on est à l’horizon géologique auquel Alcide d’Orbigny donnait le nom de terrain sénonien. C’est sensiblement le même niveau qu’à Beauval qui est plus ancien que la craie, également phosphatée, exploitée autour de Mons en Belgique et spécialement à Mesvin et à Ciply depuis les beaux travaux de M. Cornet, le géologue belge bien connu.
A Hârdivillers le phosphate de chaux, qui est exploité très activement et qui produit des bénéfices énormes, affecte une allure qui se trouve être identique dans ses traits génér'aux avec la manière d’être de la même substance àj Beauval et en Belgique, où j’ai eu la bonne fortune de faire une excursion il y a quelques années en ■compagnie de M. Cornet.
Dans l’Oise comme en Picardie, comme aux environs de Mons, et bien que la surface du sol soit sensiblement horizontale, la craie, recouverte par des dépôts plus récents, est ravinée profondément et c’est dans des poches irrégulièrement distribuées que le phosphate, sableux et jaunâtre, est accumulé.
Les poches, dont un type est représenté dans la figure 2, sont de dimensions diverses depuis quelques décimètres jusqu’à plusieurs mètres.
Leur forme varie également. Dans une exploitation on en a trouvé deux, en cônes renversés de 3 à 4 mètres de diamètre, séparées seulement par 20 à 25 centimètres de craie.
La partie interne des poches est polie comme celle des marmites et de beaucoup de puits naturels ; témoignant ainsi d’une dissolution lente de la roche calcaire par un liquide corrosif qui ne pouvait être d’ailleurs que de l’eau chargée d’acide carbonique.
Les matériaux qui remplissent les cavités de la craie y sont strictement ordonnés : sur la roche secondaire est disposé un revêtement parfois fort épais de phosphate de chaux. A l’intérieur de la gaine phosphatée, dont la surface supérieure quoique moins accidentée est déprimée en cuvette com-
d’Hardivillers (Oise). - D’après me celle d,e la C'aie’ SC t'°“Ve de ! cours do l’excursion publique ''argile. Celle-ci coloree par le fer renferme parfois à son contact avec le sable de phosphorite, une quantité de phosphate pouvant aller, m’a-t-on dit, jusqu’à 30 0/0. On y voit aussi des mouches d’acerdèse (oxyde hydraté de manganèse) faisant ressortir très nettement la forme de la surface de fonction. Cette argile qui rappelle la lithoinarge et qu'on ne distinguerait pas du remplissage de portion étroite de tous les puits naturels, constitue à son tour comme une cuvette, moins concave que les précédentes, emboîtée dans le phosphate qui est luimême emboîté dans la craie. Par-dessus se montre la
vraie argile à silex ou bief (le Picardie, qui, comme on l’a dit plus haut, a nivelé à peu près les irrégularités des masses sous-jacentes et qui supporte les limons superficiels et la terre végétale.
En certains points l’épaisseur superposée à la craie, dans l’axe des puits, atteint 14 m. 50.
On croit d’après cette constitution qu’une coupe hori-
masses considérables de poissons morts dont la substance organique et azotée s’incorpore dans les limons.
J’ajouterai que l’examen microscopique des grains phosphatés montre que ceux-ci ont certainement passé par l’état de dissolution dans la masse même de la roche : A Giply en effet, et beaucoup plus encore à Beauval et à Hardivillers, ces grains (fig. 3) reproduisent fréquemment
zontale menée à une hauteur convenable dans le dépôt donnera, à l’intérieur de la paroi crayeuse, une manche de phosphate, enveloppant comme un axe argileux. C’est rigoureusement ce que fournit l’examen des poches des environs de Mons. J’ai dit que l’argile peut, vers sa partie marginale, contenir une proportion notable de phosphate: la craie excavée est toute remplie de petits grains de même nature et à cet égard elle se . rapproche de la craie brune de Ciply quoique avec moins de richesse, à en juger du moins par les échantillons que j’ai recueillis dans les diverses localités. Mais tandis que l’argile a acquis le phosphate en se déposant, la craie au contraire est la source même du minéral aujourd’hui exploité.
Il est parfaitement certain en effet que le phosphate est accumulé dans les puits de la craie au fur et à mesure du creusement de ceux-ci sous l’influence des agents de corrosion.
Cette origine, par voie de dénudation subaérienne est identique à celle qu’il faut attribuer aussi à l’argile à silex et ne suppose aucune réaction différente de celles dont nous sommes témoins tous les jours.
A cet égard il semble bien, établi que les masses crayeuses non phosphatées et riches en silex d’où dérive le bief étaient à Beauval originairement superposées aux couches crayeuses phosphatées. La dénudation par infiltration descendante d’eaux carboniquées s’est d’abord exercée à leurs dépens; puis les couches phosphatées ont été attaquées à leur tour ' et le phosphate est resté en résidu après la destruction du calcaire, comme précédent l’argile à silex. Et c’est comme conséquence de cette corrosion successive que se comprend le glissement du cylindre argileux dans l’axe des puits à phosphate : comme se comprend celui des lits de cailloux diluviens dans l’axe des puits naturels du calcaire grossier d’Ivry.
Reste à savoir comment le phosphate a été amené dans le craie. Dans une publication remarquée (1), M. Cornet a émis l’idée que le phosphate renfermé dans la craie brune de Ciply est d’origine organique « comme le prouve, ajoute-t-il, la forte proportion de matière organique azotée qu’il renferme ». Et l’éminent géologue cite à l’appui de cette opinion le fait actuel de l’accumulation périodique sur la côte méridionale de l’Arabie do
Fig. 2. — Vue du -, Hardivillers. — ■' 11
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t'y of ,
ic poche de sable phosphaté pénétrant dans la ci apres une photographie prise par M. H. Boursault durant une ue du Muséum d’histoire naturelle.
les formes les plus caractéristiques des produits concrêtionnés et en particulier des silex : ce sont souvent des globules presque parfaits, à surface lisse, parfois géminés ou accouplés deux à deux ou en plus grand nombre en forme de gourdes, parfois pourvus d’une petite queue comme des larmes où l’on pourrait être tenté de voir des tests de foraminifères.
D’ailleurs le phosphate d’Hardivillers et de Beauval diffère de celui de Mons par l’absence presque complète de fragments de coquilles très nombreuses au contraire dans le dernier. Je n’ai pu pousser très loin l’étude stratigraphique, mais il est évident que la craie phosphatée de Picardie est notablement plus ancienne que la craie phosphatée de Belgique. Celle-ci, d’après M. Cornet, est plus
récente que la craie de Spiennes reposant elle-même sur la craie de Nouvelles qu’il synchronise avec nos couches de Meudon. Or à Beauval abonde Belemnitella quadrata c’est-à-dire un fossile antérieur à B. mucronata et qui ne se montre qu’au niveau de Beynes. Du reste tandis que
Fig. 3. — Grains phosphatés d’Hardivillers vu au microscope. Grossissement de 60 diamètres.
la craie de Ciply est toute pétrie de fossiles, celle de Beauval n’en montre qu’en nombre très restreint.
Le gisement des phosphates de la Somme paraît jusqu’ici peu étendu en surface (1). C’est à Orville, où la substance précieuse est à 50 centimètres du sol que la première trouvaille a été faite; Terramesnil et Candâs en possèdent aussi. Le tout est réparti sur une zone allongée de l’est à l’ouest sur une dizaine de kilomètres et en mesurant 3 ou 4 du nord au sud. Mais il est possible que de nouvelles découvertes viennent étendre la surface exploitable.
L’étude des gisements phosphatés de Mesvin-Ciply, de Beauval et d’Hardivillers conduit à se faire une opinion sur leur mode de formation.
M. de Mercey a émis (2), quant à l’origine et au mode de formation du minéral exploité, une manière de voir qui semble ne pas cadrer avec les faits d’observation. Elle consiste à croire que « les couches ont d’abord rempli « tout le bassin en se déposant à l’état de craie phos- « phatée » et que le phosphate y a été apporté par des sources minérales « sous-marines littorales » qui dans leur dernier fonctionnement ont creusé de bas en haut dans la craie des excavations coniques.
L’étude très détaillée de Beauval, rapprochée de celle de plusieurs autres localités où des conditions analogues sont réalisées, m’a conduit à considérer le phosphate de chaux comme dù à des circonstances tout à fait différentes.
Une fois qu’on a constaté la présence dans la craie de petits granules phosphatés identiques à ceux dont la réunion constitue le sable exploité, il y a lieu évidemment
I Voyez I'" intéressantes études de M. Lasne sur ces gisements et sur la composition du phosphate qui fournit à l’analyse les mêmes résultats que l’apatite.
(2) Comptes rendus, t. CV, p. 1135.
de rechercher comment s’estfaite leur concentration dans les poches de la craie. A cet égard, M. de Mercey préfère a 1 opinion d’après laquelle les amas dont il s’agit résultent d’une dénudation de la roche encaissante (1), une objection dont j’avoue ne pas ainsi saisir l’importance : « A Mesvin-Ciply, dit-il, le dépôt recouvrant immédiatement le phosphate riche était du sable landénien ; à Beauval, c’était du bief à silex oligorène. Il eût fallu attribuer une même action à chacun de ces dépôts si différents et il n’était pas possible de faire intervenir une altération quaternaire. »
Cependant une notion qui semble absolument indiscutable, c’est que le sable de phosphate représente un résidu de dissolution de la craie : qu’on prenne de la craie de Ciply ou de la craie de Beauval, il sera facile, par l’eau très faiblement aiguisée d’acide chlorhydrique ou même avec de l’eau de seltz, d’en séparer des grains identiques à ceux que recherchent les exploitants.
C’est un résultat analogue comme on voit à celui qui permet de fabriquer artificiellement de l’argile à silex avec de la craie de Meudon ou de Beynes et la ressemblance est même si forte qu’on peut voir à Beauval dans le sable phosphaté le résultat de l’action même qui, un peu auparavant, aux dépens d’assises supérieures, maintenant complètement privées d’éléments calcaires, avait déterminé la production du bief lui-même. De sorte que l’on pourrait mettre en face l’une de l’autre deux coupes figurant l’état du sol, la première antérieurement à cette dénudation lente, et la seconde dans son état actuel. ' La première donnerait :
2° Grande épaisseur de craie argileuse avec silex.
1° Craie à Belemnitella quadrata renfermant de très petits grains phosphatés.
La seconde :
C. Faible épaisseur d’argile à silex représentant le résidu de la dissolution de la formation 2° de la coupe précédent.
B. Lit de grains phosphatés représentant le résidu de la dissolution des parties supérieures de la formation 1“.
A. Craie identique à 1° de la première coupe mais ravinée à sa partie supérieure et creusée de poches doublées des assises B et C qui y ont pénétré concentriquement par glissement.
Et pour le dire en passant, c’est' un exemple du service que l’examen des couches relativement insolubles faisant partie des terrains stratifiés peut rendre au géologue en lui révélant la nature continentale de certains dépôts et l'existence antérieure de masses partiellement solubles et maintenant disparues. Les applications de ces remarques seront, certainement nombreuses et fécondes.
On pourrait penser, et on a dit quelquefois, que la
fl) Au conu-airc cette opinion est admise par plusieurs géo logucs et spécialement par M. Albert Bor dans son intéressante note sur les phosphates de Beauval présentée, en 1817, à la Société industrielle d’Amiens.
dénudation souterraine dont il s’agit, tout à fait distincte de l’apport même du phosphate, résulte d’eaux émanant de la profondeur; on a même été jusqu’à donner à ce liquide une allure tourbillonnante. Ici encore l’observation et l’expérimentation peuvent être substituées aux suppositions et fournir des données positives.
(A suivre.) Stanislas Meunier.