‹ Le Naturaliste (volume 2)Chapitre 77 sur 240 · L’ALFA · texte numérisé non relu

L’ALFA

I ’.Ufa ( Stipa icnari-miina). dont les feuilles sont forl employées, du moins en Angleterre, pour la fabrication des pâtes à papier, est une plante do la famille des Graminées, très abondante dans le Nord de l’Afrique. A vrai dire le mot arabe Haïfa désigne surtout l’état jonciforme d'un grand nombre de Graminées des steppes; mais dans notre langue le mot Alfa (par corruption de Haïfa } ne désigne que le Stipa tenacissima (I). Cette plante a été fort bien étudiée dans ces années dernières par M. Trabut, professeur à l’école de médecine d’Alger et nous emprunterons au travail qu’il lui a consacré un certain nombre de détails nouveaux et intéressants.

L’Alfa, comme le Lygcum spartum. dont on le rapproche souvent, appartient à la famille des Graminées. C’est une plante vivace dont le rhizome paraît divisé en arlij clés successifs par les insertions circulaires des gaines | de feuilles. A l’extrémité supérieure de ces entre-nœuds J et non pas à l’aisselle de la feuille, se trouve un bourgeon I qui pourra rester à l'état latent, pendant plusieurs années, puis un jour fournir une pousse qui, en s’affranchissant du rhizome dont elle provient, sera le point de I départ d’une souche nouvelle. Les parties anciennes du rhizome se détruisant peu à peu, il en résulte que les ramifications qui en proviennent dessinent bientôt une sorte de cercle autour du point de départ et ce cercle va sans cesse en s’agrandissant. Les chaumes qui prennent naissance sur le rhizome peuvent atteindre (VGO à l"*b0 de hauteur; mais les 3 ou 4 feuilles qu’ils portent naissent sur une longueur de 4 ou b centimètres à leur base, de telle sorte que toute la partie émergée de ces chaumes manque de nœuds. Au sommet ils fournissent des ramifications fasciculées formant une inflorescence en pani- I cule.

Les feuilles se composent d’une gaine et d’un limbe ; .. les gaines sont lisses, luisantes, à bords scarieux. A ! leur sommet, qui se continue par le limbe de la feuille, elles sont accompagnées d’une ligule bi-auriculée et velue dont les poils se raccordent avec un demi-cercle île poils semblables situés au dos de la feuille au niveau de la séparation du limbe et de la gaine.

I Le limbe a une longueur moyenne de 0mb0 à 0m80 ; mais il peut atteindre lm20 dans des conditions favorables; il i présente la forme d’une lame très étroite par rapport à I la longueur. La face inférieure est unie et luisante; mais la face supérieure porte sept nervures longitudinales sé- ' parées par des sillons profonds; cette face supérieure est pourvue de poils et de stomates. Par un mouvement de

(1) Les noms vulgaires de l’Alfa sonl :

France : Alfa, Sparte (en partie) :

Espagne : Esparlo, Alocha (la souche):

Algérie : liai fa, llalfa C.uedin :

Angleterre: Esparlo grass, Spanish grass, Alfa:

Le mot français Sparte désigne aussi le Lygeum spart an,.- il est donc préférable d’adopter le mot Alfa quand il s’agit du Slipa lenac issim o .

torsion dans la longueur de la feuille, c’est la face sillonnée qui est réellement tournée vers le sol.

Sous l’influence de la sécheresse le limbe de la feuille

L’Alfa.

se recourbe en gouttière, les deux bords se rapprochent et la feuille prend alors la forme d’une longue tige cylindi’ique avec un sillon longitudinal qui indique la ligne de séparation des deux boi'ds de la feuille. C’est précisément sous cette forme qu’elle nous est expédiée du lieu d’origine.

Non seulement la forme des feuilles est modifiée par la sécheresse, mais encore la couleur. D’un beau vert foncé pendant la saison humide, elles deviennent blanchâtres sous l’influence de la dessiccation.

Les feuilles de l’Alfa ont d’ailleurs une durée de deux ans environ : ce sont donc des feuilles persistantes. Malheureusement pendant cette longue durée de végétation les cryptogames envahissent peu à peu les feuilles âgées et, s'attaquant d’abord à la pointe finissent par gagner le reste du limbe. Les feuilles ainsi attaquées par les parasites se reconnaissent facilement à leur pointe, qui est grise au lieu d’être d’un beau jaune doré.

Les fleurs sont groupées en un panicule dressé de

0m30 de longueur environ. Chaque épillet comprend deux glumes égales, à bords scarieux et quatre fois plus longues que la fleur; celle-ci est unique et comprend deux glumelles dont la supérieure bicarénée avec deux bords hyalins, se termine au sommet par deux lobes pourvus de longs cils extérieurs. La glumelle inférieure a sa face dorsale hérissée de poils soyeux et son sommet se termine par deux lobes scarieux dans l’intervalle desquels naît une pointe de 60 à 65 millimètres de longueur. Il existe deux glumellules ; la postérieure est cependant parfois rudimentaire ; les trois étamines alternent avec les glumellules. Enfin le fruit est un caryopse de 7 à 8 millimètres de longueur.

Quant à la floraison elle est très variable suivant les altitudes. C’est ainsi qu’en Algérie elle peut se produire en avril sur le littoral oranais, tandis qu’elle a lieu en mai et quelquefois même en juin dans la région des Hauts-Plateaux.

L’Alfa affectionne particulièrement les terres légères constituées par un sol formé de silice et de très peu d’argile avec des fragments de pierres calcaires.

Ce qu'il redoute par-dessus tout, c’est une trop grande humidité ; aussi ne se moiitre-t-il pas dans les régions de l’Algérie où il tombe plus de 0m50 d’eau par an tandis qu’il est généralement très abondant et qu’il pousse avec vigueur dans les points où la quantité de pluie est très faible et ne dépasse pas 0m20. comme à Laghouat.

Tantôt il forme la végétation principale des terres où il croît et il abrite d’humbles herbes qui seules ne pour- Fleur d’Alfa. raient résister à l’ardeur

du soleil; tantôt, au contraire, il croît dans les forêts, recherchant lui-même l’abri du chêne-liège ou du thuya. Mais ce qu’il faut bien remarquer, c’est qu’il s’accommode très bien de températures peu élevées ; non seulement il a été possible de l’acclimater dans les garigues de Montpellier et dans les environs de Toulon mais il a même pu pousser sur les rochers maritimes des environs d’Edimbourg. Le développement du tissu fibreux varie d’ailleurs suivant les conditions dans lesquelles lapante se trouve placée, et c’est incontestablement l’Alfa des Hauts-Plateaux secs et arides qui possède le tissu fibreux le plus développé.

Pour ce qui concerne son aire de dispersion naturelle, l’Alfa occupe une grande partie du Sud de l’Espagne, du Maroc et de l’Algérie. En Espagne il se rencontre surtout dans les provinces de Murcie et d’Almeria. Au Maroc il est surtout exploité dans les environs de Mogador, dans les deux provinces de Chiadma et de Haha. En Algérie le département d’Oran est celui qui renferme le plus d’Alfa et où son exploitation est la plus impor-

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tante. Dans ce département l’Alfa est répandu depuis le littoral jusqu’aux montagnes des Ksours et le plateau des Ouled Sidi-Cheikh.

Dans le département d’Alger l’Alfa ne s’avance pas jusqu’au littoral, mais il occupe la région des Hauts-Plateaux et il est particulièrement abondant près de Laghouat. Enfin dans le département de Constantine l’Alfa n’occupe plus que le versant des montagnes et ne forme plus des plaines comme dans les environs d’Oran. De ce département la végétation de l’Alfa se continue d’ailleurs en Tunisie, où elle occupe encore des territoire fort importants.

11 serait injuste de ne pas citer à côté de l’Alfa deux plantes qui se rencontrent aussi dans le Nord de l’Afrique et qui sont souvent confondues avec lui : le Dyss ( Ampelodesmos tenax ), qui croît dans le Tell et dans la région des montagnes, et le Sennoc ou Albardine ( Lygcum Spartum ), qui se rencontre habituellement avec l’Alfa.

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