‹ Le Naturaliste (volume 2)Chapitre 95 sur 240 · LES TODAS · texte numérisé non relu

LES TODAS

Les Todas ont beaucoup frappé l’attention et l’imagination des Européens. Leur taille athlétique et bien prise, leur nez aquilin, leurs yeux clairs, leurs longs cheveux bouclés, les monuments celtiques ou druidiques que l’on rencontre en assez grand nombre sur la montagne, mais qui doivent être attribués à une race tout à fait primitive aujourd’hui disparue, ont donné lieu de penser qu’ils sont d’origine celtique ou même romaine. Toutefois, cette opinion- ne parait pas fondée. Leurs belles formes et leurs membres nerveux, leur front fuyant, leur profil arrondi avec leur barbe noire et

touffue et leurs sourcils épais attestent cependant qu’ils sont sortis d’une race orientale, d’origine japhétique et non efféminée. Les Todas forment donc une race aussi distincte entre les autres races que leur langage est distinct entre les autres dialectes du Sud de l’Inde. Nous donnons ici un groupe de Todas, hommes, femmes et enfants dont plusieurs nous sont connus (1).

D’après leurs propres traditions, leurs ancêtres habitaient la plaine au temps du roi géant Ravana qui les tyrannisait de toutes manières et les força ainsi à s’enfuir dans les montagnes avec leurs familles et leurs troupeaux, nous dit Mgr Laouënan dans son ouvrage sur le Brahmanisme. Selon une autre version, beaucoup plus probable, ils seraient les restes de la population qui avait donné son nom au Toda ou Touda-Mandalam. Ainsi que beaucoup d’autres habitants des montagnes appelées les Chattes Occidentales, ils abandonnèrent les plaines pendant les guerres de religion qui désolèrent le Dravida, du ixe au xne siècle, soit entre les Buddhistes et les Jaïnas d’une part, et les Brahmanistes d’autre part, soit entre les Vishnuvites et les Sivaïtes. »

Le costume des Todas est aussi particulier que leur maintien et leur visage. Il consiste en une simple toile, sorte de toge, qu’ils disposent de la façon la plus apte à faire ressortir leurs formes musculaires.

Les femmes ont de longues tresses qui leur tombent sur les épaules. Une singulière coutume chez elles est de porter une ceinture ou chaîne de métal sur la peau autour de la taille. Toutes les femmes parvenues à l’âge mOir et toutes les jeunes filles sont pourvues de cet appendice.

Les Todas n’ont pas encore embrassé le brahmanisme, Leur culte est assez problématique. Us semblent adorer un Être suprême. Les uns prétendent qu’ils ont leurs divinités propres, dont la principale est une cloche qu’ils attachent au cou du meilleur buffle de leurs troupeaux et qu’ils s’adonnent au culte des esprits et des morts, ou encore qu’ils adorent le dieu de la chasse et le soleil. D’autres croient qu’ils adorent leurs bufflonnes et Hiriadeva, ou le dieu du ventre. Chaque auteur qui a traité des Todas a des idées différentes souvent même contraires à celles des autres, au sujet de leur religion. Aussi préférons-nous nous en tenir à ce que nous avons dit ailleurs sur ce sujet (2).

Les Todas croient à la transmigration des âmes selon les uns. Selon les autres, ils croient qu’après la mort elles vont dans le « Oru-norr ou Am-norr,» la grande contrée.

Comme les populations aborigènes du Sirmour, du Bassahire, du Kunawar, du Bhoutan, du Thibet et des monts Siwalich, comme les Kuragars du Coorg au sommet des Chattes Occidentales, qui ont les mêmes usages et la même stature, les Todas pratiquent la polyandrie. De plus, ils admettent l’infanticide des filles au moins de celles qui viennent au monde un jour néfaste. Sur les sept jours de la semaine le lundi, le mardi, le mercredi et le vendredi sont considérés comme des jours néfastes. Les autres jours sont des jours heureux. Us attachent

(1) Le deuxième Toda figuré au fond de la gravure à dror du lecteur est celui qui a accompli le voyage, dont j’ai par jadis, en Amérique et en Europe. Son fils est à ses côté Depuis son voyage il est mal vu de toute sa tribu.

(2) Voir Naturaliste du 15 octobre 1889, p. 244. Une visi chez les Todas.

une grande importance à cette distinction des jours qui influent selon eux sur toutes leurs entreprises.

D’après ce que nous venons de dire, on comprend que chez les Todas il y ait plus d’hommes que de femmes. On le comprendra mieux encore quand on saura qu’une femme se marie à tous les frères d’une même famille et qu’elle compte ainsi quatre à cinq maris.

Us n’ont aucune formalité pour les mariages; ils concluent les alliances par choix réciproque. Le jeune homme offre seulement aux parents de la jeune fille de six à huit buffles. Quand la nouvelle mariée arrive à la maison de son mari, elle est obligée, au cas où il a des frères, de les reconnaître comme ses maris et de leur rendre les services et l’obéissance qui sont du devoir de l’épouse.

Hector Léveillé.

(A suivre.)

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