MAGAUD D'AUBUSSON
(A suivre.)
Les œufs de Pâques
Les vieilles coutumes, qui se maintiennent parmi nous avec une si étonnante ténacité, et qui nous réjouissent par le cachet du bon vieux temps qu’elles conservent, ont toutes une origine qu'il est parfois difficile d’éclaicir, mais qu'il est toujours intéressant de connaître. La tradition des œufs de Pâques, qu'on distribue dans les jours qui précèdent la grande solennité, remonte très avant dans l’histoire.
Œlius Lampridius. historien du 1ve siècle, et l’un des six écrivains de l'Histoire d’'Auguste, rapporte dans ses œuvres que, le jour de la naissance de Marc-Aurèle Sévère, une des poules de la mère de ce prince pondit un œuf dont la coquille était presque entièrement recou-
verte de taches rougeâtres, L'auteur, en homme que n'émeuvent pas les caprices de la nature, ne s'inquiète pas de savoir si ces taches adventices doivent être attribuées à une sécrétion sanguinolente provenant des parois de l’oviducte, ou si elles sont produites par un pigment spécial quelconque ; il raconte que la princesse, frappée de cette particularité, s’en fut aussitôt confier ses inquiétudes à un devin fameux et lui demander la signification du prodige.
La coquille de l’œuf fut examinée avec soin, et,au dire du devin, la nuance indiquait clairement que l’enfant devait être plus tard empereur des Romains. La mère garda dans le secret de son cœur cette consolante prédiction, jusqu'au jour où Marc-Aurèle fut, en effet, proclamé empereur, en 224, Les Romains, superstitieux et crédules, prirent dès lors l'habitude de s’offrir des œufs, dont la coquille était préalablement teinte en rouge ; c’était pour eux un souhait de bonne fortune, en souvenir de Marc-Aurèle.
Les chrétiens de Rome, vivant dela vie commune, adoptèrent naturellement les usages de leurs concitoyens, mais ils surnaturalisèrent cet acte, en le faisant procéder d’une pensée de foi. Au temps pascal, ils se souhaitaient la royauté, mais la royauté du Christ, sorti vainqueur du tombeau, et la royauté des Saints qui règnent sur le monde et sur le péché, en mourant à euxmêmes. Saint Paul w’écrivait-il pas, d’ailleurs, aux Corinthiens : Servire Deo regnare est ?
Dans les monastères. du moyen âge, cette coutume s'était établie, et le symbolisme qu’elle renferme l'avait fait tenir en vigueur à l'égal d’un article de la Règle commune. Pendant la semaine sainte, on servait aux moines, sur les tables du réfectoire, des œufs reposant sur un lit de Tanaisie (1); cette plante évoquait dans l'esprit des convives l’idée de la mortification : ils devaient se préparer à leur royauté par la pénitence, Ces œufs revenaient sur la table, à chacun des repas de la Grande Semaine, sans que les moines fussent autorisés à y toucher ; ils se nourrissaient seulement de l’enseignement qu'ils comportaient.
C’est encore en vertu de cette coutume que, dans un grand nombre de collégiales, le jour de Pâques, deux prêtres, désignés du titre de Corbeilliers, revêtus de l'amict, de l’aube, de la ceinture et de la dalmatique blanche, sans manipule et sans étole, s’en allaient prendre au tombeau un bassin sur lequel reposait un œuf d’autruche, recouvert d’étoffes blanches, et le portaient au trône de l’évêque. Là, le plus âgé se penchait mystérieusement à l'oreille droite de l’évêque, et lui disait tout bas, en lui présentant le bassin et l’œuf : Surrexit Dominus, Alleluia! L'évèque répondait : Deo gratias, Alleluia! Le deuxième corbeillier en faisait autant du côté gauche, puis, tous deux faisant de la même facon le tour du chœur, adressaient à chaque assistant les mêmes paroles et en recevaient la même réponse.
On retrouve, dans les trésors de beaucoup de cathédrales, de ces œufs d’autruche qui servaient à donner les œufs de Pâques. Un inventaire des religieux de l'église cathédrale d'Angers, écrit au xvirre siècle, en fait mention en ces termes : « Il y a, en outre, dans le « grand reliquaire, deux œufs d’autruche, soutenus par
(4) Tanaisie, Tanacelum vulgare (L.), vulg. barbotine, sent | bon, herbe aux vers.
« des chaines d'argent. Lejour de Pâques, il faut mettre « les deux œufs d’autruche sur l’autel de Saint-René, « avec les deux gazes…. »
Un point reste à éclaircir, pourquoi les œufs d’autruche ont-ils été choisis, de préférence à d’autres, pour symboliser la résurrection spontanée du Christ, et pourquoi trouve-t-on dans certaines églises, un œuf d’autruche suspendu au-dessus du maître-autel? La rareté de l’objet, ou une idée de décoration, ne sont pas des raisons suffisantes pour justifier ce choix; les naturalistes pourraient peut-être avoir découvert la seule explication raisonnable de ce fait: on sait, en effet, que l’autruche dépose ses œufs dans une excavation, qu’elle prépare elle-même dans le désert, et qu’elle les abandonne à la chaleur du soleil, recouverts d’une légère couche de sable; le petit sort vivant, comme de terre, sans le secours de sa mère : tel, le Christ, sortant du tombeau, le troisième jour.
GABRIEL ETOC.
ÉLEVAGE DE L'AUTRUCHE AU CAP
La peau de l’autruche ressemble à celle des autres animaux en ce qu’elle produit continuellement des écailles mortes, tant sur les parties nues du corps que sur celles revêtues de plumes, et ces écailles doivent être enlevées. ;
Un oiseau en bonne santé, quin’est pas en train de manger, est généralement occupé à nettoyer ses plumes avec son bec ainsi que la peau de ses membres et les autres parties de son corps. Le nettoyage des plumes consiste principalement à enlever la gaine ou enveloppe desséchée de la plume, ce qui permet aux barbes et aux barbules qui constituent la beauté de la plume de se déployer, alors que la toilette de la peau a pour objet de détacher les écailles mortes de l’épiderme. La gaine, de consistance cornée, de la plume non déployée, correspond en réalité aux écailles mortes sur les autres parties du corps, et, étant inutiles, l'oiseau en bonne santé les enlève avec son bec.
Une autruche diligente à nettoyer ses plumes détachera également les squames de sa peau, alors que l’oiseau qui néglige de faire la toilette de ses plumes laissera sa peau se couvrir de pellicules. La plupart des éleveurs du Cap ont eu l'expérience d'oiseaux trop paresseux pour nettoyer leurs plumes, mais peu semblent s'être occupés de la poussière écailleuse de la peau. Or, comme les plumes sont des produits de la peau, il est manifeste que leur croissance doit être intimement liée à son état sanitaire. À la suite de nombreuses expériences, il est reconnu aujourd'hui que la condition de la peau fournit une excellente indication de l’état de santé de l’oiseau et de sa capacité de produire des plumes parfaites. Elle réclame donc de la part de l’éleveur une grande attention.
En examinant avec soin ses oiseaux adultes, l’éleveur constatera probablement qu’ils présentent de grandes différences en ce qui concerne les squames de la peau. Le meilleur moyen de s’en assurer est de soulever l'aile de l'oiseau et d'examiner la partie nue du corps qui correspond à l’aisselle chez l’homme et s'étend sur les côtes. Chez un oiseau en parfaite santé, la peau sera douce, propre, d’une couleur bleuâtre, mais chez un oiseau à pellicules, de minces plaques irrégulières de peaux mortes détachées seront visibles, lesquelles peuvent être en parte enlevées en frottant avec la main ou avec un morceau d’étoffe. Ces plaques représentent des accumu-
rassé de la facon habituelle. Si l'on frotte avec la main le dos du même oiseau, en partant de la queue et en remontant de manière à relever les plumes du corps, une poussière ou poudre fine se produira et l’on constatera que la peau entre et autour des plumes est sèche, couverte de pellicules, ayant en général une apparence malsaine. De plus, les plumes elles-mêmes seront sèches, rudes, grossières au toucher, bien différentes du toucher doux, presque huileux, que l’on éprouve au contact de plumes d'oiseaux sains. La peau des jambes et le sommet de la tête seront également squameux et plus ou moins secs au toucher. Le contraste est frappant entre un oiseau avec une peau douce, propre, de couleur crème ou bleuâtre, ferme, avec des plumes lustrées au toucher, et celui avec une peau grossière, squameuse et sale et des plumes rudes au toucher. L’éleveur ne saurait avoir le moindre doute relativement à l'oiseau qui est préférable pour produire de bonnes plumes.
L'état squameux de la peau se manifeste plus fréquemment chez les oiseaux âgés que chez les jeunes. On le constate le plus souvent chez des oiseaux qui, pour une raison où une autre,ne sont pas en bon état, chez ceux qui ont été mal nourris pendant une période de sécheresse, et chez beaucoup d'oiseaux reproducteurs. Il peut en être de même chez des oiseaux gras, mais dont l’état de santé autrement laisse à désirer, notamment par suite d’une alimentation qui ne leur convient pas.
Jusqu'à présent les recherches effectuées de ce côté ne sont pas assez complètes, pour permettre d'affirmer dans quelle mesure une peau squameuse peut être considérée comme indication certaine de l’état de santé de l'oiseau, ni à quel point elle peut être rendue responsable de la production des plumes défectueuses. Ce qui est hors de doute, c'est que tous les oiseaux d'âge mür, quand ils ne sont pas en bon état, sont atteints de pellicules de facon très marquée, de même que ceux malades ou blessés. Il est avéré, d’ailleurs, que les oiseaux avec une peau squameuse prononcée fournissent rarement des plumes sans défauts. Sa présence doit toujours faire supposer que l’oiseau n’est pas en parfait état.
Quand un oiseau ne réussit pas à enlever avec le bec la gaine de la plume qui croît, cela indique évidemment un dérangement grave, et presque toujours sa peau est squameuse et malsaine. L'oiseau n’exerce pas son activité physiologique et par conséquent. il existe un dérangement dans ses fonctions; chez quelques oiseaux cette incapacité semble constitutionnelle. Il arrive aussi que la gaine ou enveloppe extérieure de la nouvelle plume se refuse à s'ouvrir. C’est également un indice certain que l'oiseau est malade. Ure peau squameuse et des plumes nou déployées sont des signes sûrs que l’état de santé de l'oiseau laisse à désirer et c'est de ce côté que la guérison doit être cherchée au lieu de s’occuper directement de la peau et des plumes. Dès que loiseau aura recouvré la santé, les indices en question disparaitront. L'exemple suivant le prouve. Pendant un hiver accompagné de sécheresse prolongée, alors que la verdure était très rare, un certain nombre d'oiseaux furent presque exclusivement nourris avec un mélange de céréales et de son. Au bout de quelque temps, il devint évident que bien que très gras, leur état de santé n’était pas satisfaisant. La peau était sèche et squameuse, les plumes et le corps étaient rudes au toucher, les nouvelles plumes des alvéoles « quilled » pendant cette période étaient «barrées » et irrégulières au moment de leur apparition, plusieurs alvéoles présentaient des lacunes, alors qu’un oiseau était atteint d'ophtalmie et cessait presque de manger pendant plusieurs semaines,négligeant en même temps de nettoyer ses plumes. Des pluies étant tombées, le « veld » devient vert et les céréales sont presque
lations de peaux mortes dont l'oiseau ne s’est pas débar- } entierement remplacées comme nourriture par de la
luzerne et de l’agave. Immédiatement la condition des oiseaux se modifie avec le changement de régime. L'état squameux de la peau disparait presque complètement, la peau se montre saine et bleuâtre, les plumes et le corps deviennent doux au toucher et la croissance des JATRRE plus parfaite et plus régulière.
C'est à la suite de pareilles expériences que l'on arrive à attacher une grande importance à l’aspect de la peau comme indiquant l’état général de l’oiseau. Il existe également d’autres indices familiers à l’éleveur qui lui permettent de savoir si un oiseau est en parfaite santé ou ne l'est pas, indices tels que la nature des matières fécales, dures ou molles suivant le cas, les yeux et la couleur de la peau qui les entoure, la présence de parasites internes ou externes, l’activité Éenerele de l'oiseau et sa facon de se nourrir.