LES PARESSEUX
Les Paresseux qui forment la famille des Bradypodidæ doivent leur nom tant français que latin à la lenteur de leurs mouvements. On peut les décrire d’un mot : ce sont des Edentés qui ont évolué vers la vie arboricole, qui paraissent même avoir atteint un des termes ultimes de cette évolution et qui, de ce fait, ont pris certains caractères de convergence avec les singes. Le groupe des Bradypodidæ actuels n’est homogène qu'en apparence; il peut être divisé, comme l’ont montré les recherches de Gray, de Peters et celles plus récentes d’Anthony, en trois genres dont voici les caractères distinctifs.
SCÆOPUS
CHOLOEPUS (EEE) BRADYPUS : HEMIBRADYPUS inné (Iliger) (Anthony) (Linné) ms 3gr.dont l’ex- Extrémités anté-|2 griffes à peu] terne est la] Sgrifies rieures. près égales. | pluscourte et| égales. : la plusétroite Molaires Molaires anté-|Toutes sem-|Toutes ‘ semrieures plus| blables. Les| blables. Les grandes en| antérieures] antérieures forme de ca:| plus petites] plus petites nines isolées| en haut. en haut.
par un diastème.
Région épitroch-|Perforée. Perforée. Non perforée.
léenne de l’hu-
mérus.
Pterygoïdes. Renflés et vé-|Renflés et vé-| Minces etcomsiculeux. siculeux. pacts.
Deuxième rangée|3 os 3 os. — Ré-|20s.
duction marquée du doigt
V dans le sens transversal.
du carpe.
Les caractères anatomiques propres au groupe sont les suivants : la face est ronde — la bouche petite — la formule dentaire est pour les trois genres:
0 0 DE 0 Ù ne
ces animaux sont monophyodontes, c’est-à-dire qu'ils
- plus nombreuses
n'ont pas de dentition de lait — le sternum est composé de pièces mobiles et est dépourvu d’appendice xiphoïde — le ligament sacro-sciatique est ossifié — le nombre des côtes est variable ; c’est chez Cholæpus qu'elles sont les : leur nombre atteint vingt-trois — le Cholæpus Hoffmani n'a que six vertèbres cervicales (c'est le seul mammifère qui soit dans ce cas); cette dimiaution du nombre des vertèbres cervicales parait pouvoir être considérée comme un caractère ancestral, car il est évident que les mammifères primitifs possédaient une série costale remontant beaucoup plus haut que celle que possèdent les mammifères actuels — les glandes sous-maxillaires, chez les Bradypodidés, sont très volumineuses. — Tandis que dans les trois genres le nombre des griffes des extrémités antérieures est variable, il est constamment de trois pour les extrémités inférieures. — Extérieurement tous ces animaux se ressemblent beaucoup.
Toutes les espèces sont localisées à l'Amérique du Sud et à l'Amérique centrale.
Le genre Ai (BRapyPus, Linné = — ARCTOPITHECUS, Gray) doit son nom au faible cri que font parfois entendre les animaux de ce genre. Il se distingue, comme il a été dit, des autres par ses doigts sensiblement égaux. La fourrure est plus courte et d’un ton souvent plus clair que dans les autres genres et présentant souvent, au moins chez le mâle d’après Gray, une tache feu à poils courts entre les deux épaules. Il possède un rudiment de queue.
Les espèces bien caractérisées sont :
Le B.TRIDACTYLUS, Linné, quihabite le Brésil (bassins de l’'Amazone et de ses affluents, Ucaali, Rio-Maderra, Rio San-Francisco, de l’Uruguay, des Provinces de Rio Grande-do-Sul et de Para — la Guyane, le Vénézuéla, l’Equateur, la Bolivie et le Pérou.
On a créé de ce genre plusieurs variétés qui paraissent être en grande partie locales (v. pallidus — v. Blainvillei — v. marmoratus. — v. flaxidus — x. Boliviensis — v. ephippiger).
Le B. GUCULLIGER, Wagler, qui a la face recouverte de poils courts habite la Guyane — Surinam, Demerara — et la Bolivie.
Le B.INFusCATUS, Wagler, avec ses variétés (v.griseus Gray et v. Bradydactylus, Wagler)habite l'Amérique centrale, le Brésil septentrional, l’Equateur, le Pérou et la Bolivie.
Le B. CASTANÆICEPS, Gray, est localisé dans l’Amérique centrale et plus précisément aux Républiques de Costa-Rica et du Nicaragua ; il a l'aire la plus restreinte.
Le genre UNAU (CHOLOEPUS, Illiger), qui possède une fourrure longue et de couleur foncée sans tache feu entre les deux épaules, d'un gris plus foncé à la face ventrale que sur le dos où les poils sont longs et lisses ; il possède sept vertèbres cervicales, mesure 060 de long.
Il comprend deux espèces :
Le C. DIDAGTYLUS se trouve dans le Brésil septentrional, l'Equateur, la Guyane à Surinam.
Le C. HOrMAnNi, Peters, qui a six vertèbres cervicales seulement, habite les Républiques de Costa-Rica, de Panama, de l'Equateur.
Le genre HEMIBRADYPUS, Anthony — BRADYPUS, Gray — Scæopus, Peters, ne paraît comprendre qu'une seule espèce, le Paresseux à Collier (B. TORQUATUS, Illiger).
les espèces crinitus et affinis de Gray semblant être de simples variétés. Cette espèce possède une fourrure de couleur assez foncée, sans tache feu entre les deux épaules, mais munie d’un collier noir auquel elle doit son nom. On la trouve dans le Brésil méridional et oriental, à Bahia, à Rio-de-Janeiro et au Pérou.
C’est à dessein que nous avons insisté un peu longuement sur l'habitat des différentes espèces, car en groupant ces espèces par genres et en pointant sur une carte les localités où ces animaux ont été signalés on arrive aux conclusions suivantes d'après les renseignements contenus dans le Catalogus Mammalium de Trouessart.
lo Le genre BRADYPUS est répandu entre l'isthme de Téhuantepec au Nordet une ligne allant du Pacifique à l'Atlantique, de la frontière nord du Chili à la frontière nord de l’Uruguay;
20 Le genre CHOLOEPUS au Nord s’avance jusqu'à l'Amérique centrale et ne dépasse pas l'Equateur au Sud;
3° Le genre HÉMIBRADYPUS occupe un triangle dont le sommet serait le Pérou, et dont la base serait la côte de l'Atlantique de Bahia à l’Uruguay.
11 semblerait donc que partant de la République Argentine, qui semble avoir été le berceau des Edentés, cette famille en progressant vers le Nord ait laissé au Sud les HÉMIBRADYPUS qui se rapprochent le plus du type ancestral, tandis que les CHoLOEPUS, les plus différenciés à certains points de vue, aient acquis en s’éloignant du centre de dispersion le maximum de caractères particuliers, notamment la perte de la troisième griffe.
Il est intéressant de constater que cette hypothèse hasardée, bâtie a priori sur la simple inspection d’une carte zoologique, soit assez bien corroborée par les données acquises par l'étude anatomique de ces animaux.
Les couches tertiaires de l'Amérique du Sud ont fourni des Edentés présentant des caractères tels que l’on peut sans aucun doute les considérer comme la souche des Gravigrades disparus, c’est-à-dire des MYLo- DON et des MEGALONYX, et des Tardigrades actuels, c’està-dire des Paresseux. Parmi ces descendants les HAPA- Lopsipa sont les plus connus et aussi les plus intéresressants, sans parler du PROTOBRADYS HARMONICUS d'Ameghino, que cet auteur considère fort hypothétiquement comme le tronc commun.de ces animaux.
Les BRADYPODIDÆ actuels paraissent provenir des HAPALOPSIDÆ fossiles dans le Santa-Cuzien de l’Amérique du Sud que Scott a bien décrit en 1903. Jusqu'ici les CHOLOEPUS et les BRADYPUS s’en trouvaient rapprochés par certains caractères, s'en différenciant par d'autres. Les études récentes plus approfondies faites sur le genre HÉMYBRADYPUS (voir à ce sujet : R. AN- THONY, 19 oct. 1906 et F. POCHE, Zoolog., 1908) ont pour ainsi dire permis de grouper ces deux genres tout en comblant un hiatus dans la série qui va des Paresseux actuels à leurs ancêtres probables.
Quels sont les caractères qui permettent d'établir la probabilité de cette parenté?
1° C'est d’abord la perforation épitrochléenne du genre HAPALOPS qui se retrouve dans les genres HEMIBRADYPUS et CHOLOEPUS et qui n'existe plus chez les BRADYPUS.
20 Par contre le diastème variable, c’est-à-dire l’espace libre plus ou moins large que l’HaPALOPs possède derrière la première dent, s'est maintenu dans le genre CHOLOEPUS et a disparu dans les deux autres.
3° La main de l’HAPALOPS possédait cinq doigts dont les trois moyens étaient sensiblement égaux; la réduc-
| tion pour nos Paresseux a d’abord porté sur le pouce qui a disparu; elle a porté sur le doigt v du BRADYPUS qui n’est plus représenté que par un tubercule, sur les doigts IV-V du CHOLOEPUS chez qui toute trace du doigt v a disparu et où 1y est réduit à un stylet.
Ces deux animaux, BRADYPUS et CHOLOEPUS ont donc des mains qui paraissent arrivées à un stade d'équilibre dans leur évolution adaptée à leur mode de locomotion en suspension,avec des doigts sensiblement égaux, deux chez le CHOLÆPUS, trois chez le BRADYPUS, tandis que la main de l'HÉMIBRADYPUS parait encore en voie d'évolution avecle doigt v que l’on retrouve sous forme de stylet et le doigt 1v, presque égal en longueur aux doigts 1-11, mais qui semble, par son amincissement, en voie de régression.
5° Enfin les BRaADyPuS ont seuls conservés les ptérygoidiens étroits de l'HAPALOPS, tandis que ces os sont vésiculeux et renflés chez le CHOLOEPUS et l’HÉMIBRA- DYPUS.
(A suivre). ë Dr ETIENNE DEYROLLE
PRESSE PSSSPIPRIE
IDENTIFICATION DE QUELQUES OISEAUX
Représentés surles Monuments pharaoniques
L'ÉCHENILLEUR A ÉPAULETTES ROUGES. Campephaga phœnicea. Swainson. Un examen attentif des reproductions d'animaux nous amène à conclure que les artistes égyptiens ont généralement apporté une rigoureuse exactitude dans l'interprétation des formes; aussi, quoique stylisés et dépourvus de couleurs, la plupart de leurs sujets se laissent quelquefois identifier sans grandsefforts. Trop confiants, peut-être, dans cette perfection relative des contours, ils ont moins soigné l’enluminure qui, souvent, est toute conventionnelle et traitée avec une haute fantaisie. Toutefois, en dépit de ces caprices, on trouve fréquemment une indication assez caractéristique pour nous guider dans la détermination du genre ou de l’espèce. C’est ce qui se présente pour la Campephaga phænicea, connue des anciens habitants de la vallée du Nil sous le nom de ért.
Sa couleur générale est d’un gris d'acier très soutenu, à reflets bleuâtres ; les ailes et la queue sont noires avec les pennes bordées de vert métallique; l'iris est brun foncé, le bec et les pieds teintés de noir. Sur ce fond obscur, seules, par leur coloration d’un écarlate ardent, les petites couvertures des ailes s’enlèvent en lumière (1).
Ainsi donc, à l'exclusion du rouge de l'épaule, la livrée de cet oiseau est d’une tonalité sombre. Le peintre pharaonique a représenté le sujet tout blanc, rehaussé seulement d'une touche vermeille au fouet de l’aile (fig. 1). Or dans ce dessin, la forme du bec, de la tête, ia longueur de la queue, etc., se rapportent fort bien à un Campephagidé; de plus, la tache sanglante (2), l’une des
(4) Teuwincx. Nouveau recueil de planches colorées d'oiseaux, vol. II, 2° partie, pl. 71. Turdoïde à épaulettes rouges.
Turdus phænicopterus (1838). — Swanson. The natural historyof the Birds of western Afrika, vol. I, p. 252, pl. XXVII (1837). :
(2) Elle est indiquée par des hachures sur notre dessin.
LE NATURALISTE ne
principales caractéristiques de l'Echenilleur à épaulettes rougés, étant rigoureusement à sa place, l’on doit,
croyons-nous, prendre en considération cette particularité et voir dans l’image égyptienne la Campephaga phœnicea.
Cet oiseau mesure vingt centimètres de longueur to-
FAP
Fig. 1. — L’échenilleur à épaulettes rouges.
tale : il se nourrit de chenilles recueillies au sommet des plus grands arbres.
Son aire de dispersion s'étend sur la Sénégambie et
le Nord-Est de l’Afrique. Levaillant a, sous le nom d’'Echenilleur jaune, décrit un jeune individu dela même espèce, rencontré par lui dans la Colonie du Cap. Il déclare, en outre, que ce passereau est très commun au pays des Cafres et des Hottentots, dans la région du Gamtoos (1). «
LE Coucou GUIVRÉ. Cuculus cupreus. Lath. — Cet oiseau, à l’éclatant plumage, est propre à l'Afrique et mesure 23 centimètres de longueur. La tête, le dessus du corps, le haut de la poitrine, les aïles et la queue sont d’un vert émeraude très brillant à reflets dorés; un beau jaune citron colore le ventre et les cuisses ; l’iris est brun, le bec et les jambes sont d’un gris verdâtre. Cet individu offre une curieuse particularité : couverts de plumes courtes, arrondies et superposées comme des écailles. le cou, les épaulettes et la gorge ont l'air d'être garantis par une cuirasse d’airain (2).
Nous n’avons pas le nom égyptien de cette espèce ; mais les artistes du moyen empire en ont laissé, à Beni- Hassan, une interprétation fort singulière, montrant le sujet les ailes éployées (fig. 2).
On remarquera d’abord que, dans cette image, le vert métallique du dos, des cils, des ailes et de la queue est remplacé par du noir. Les autres parties rappellent assez bien celles correspondantes de l'oiseau vivant. La teinte jaune du ventre est indiquée, ici, par des hachures rouges et les flancs nous révèlent la présence de croissants noirs et jaunes. Sur les ailes, on retrouve les mêmes plumes courtes et arrondies formant imbrications.
Le Coucou cuivré qui, dans les temps pharaoniques, remontait jusqu'au 28 degré de latitude nord, est en-
(1) Levarzcanr. Hisl. nat. des oiseaux d'Afriqgne, T.IV,p. 49, — p. 51,52, pl. 164 (1805). — Is. Grorrroy SAINT-HILAIRE. Magasin de Zoologie, 2° année (1832) : Oiseaux, classe II, pl. 6 Echenilleur à épaulettes rouges.
(2) P. Vrmrror et Oupart. La galerie des oïseaua, t. I, p- 33, pl. 42 (4825).
Core aujourd'hui très répandu en Abyssinie et sur le Nil Blanc jusqu’au 16e ou 17e degré. On le rencontre également dans la Gambie, la Guinée, l'ile de Prince, de Saint- Thomas, le Gabon, le nord du pays d’Angola, le Damara (?), le cap de Bonne-Espérance et le Natal (1).
On savait déjà, au temps d’Aristote, que le Coucou pond ses œufs dans les nids d’alouettes, de bruants, de fauvettes et d’autres oiseaux qui,pour prodiguer au nouveau venu tous les soins nécessaires, vont jusqu’à abandonner leur propre géniture (2). Et depuis cette époque l'on n'a cessé d'attribuer à cet oiseau singulier des faits extraordinaires, de racontersur lui les plus extravagantes histoires.
Il fait, dit-on, dépérir les plantes en les arrosant d’une salive funeste par les larves qu’elle engendre. D'après Elien, le jeune Coucou, craignant d’être traité comme un intrus, sur les seules couleurs de son plumage, s'envole dès qu'il peut remuer les aiïleset va rejoindre sa véri-
ippolyte-Boussac del:
l'ig. 2. — Le coucou cuivré (Peinture de Beni-Hassan).
table mère. D’autres, faisant de cet oiseau un archétype d’ingratitude, déclarent qu'avant de prenûre son essor, il dévore sa nourrice (3).
En dépit de ces fables absurdes, on peut affirmer que le coucou est plutôt un oiseau utile. Se nourrissant d’insectes de toute espèce et exceptionnellement de fruits, il
(1) E. Ousrazer. Nouvelles archives du Muséum d'hist. nat., 2e série, tome IT, p. 126-127 (1879).
(2) Les Latins attribuaient, avec raison le nom de cuculus au mari infidèle ; aujourd’hui l'équivalent français de ce mot, employé comme il l’est d'habitude, n’a pas le sens commun. +
(3) « Il n'est pas vrai, dit G. Cuvier, que le coucou dévore sa nourrice; mais quand cette nourrice estun petit oiseau comme une fauvette, il arrive quelquefois que son nourrisson, beaucoup plus gros qu'elle, lui prend la tête dans son bec en vou-, lant avaler la pâture qu'elle lui présente. » Hist. Nat. de Pline Notes du livre X, vol. 7, p. 315 (Ed. Panckoucke).
détruit, parmi les animaux laissés en paix par les autres
insectivores, les chenilles velues dont la rapide multipli-
cation est un véritable fléau pour les bois et les forêts. Les anciens Egyptiens faisaient quelquefois usage du
coucou pour guérir certaines maladies.
De nos jours encore, la médecine attribue à cet oiseau et à ses petits une vertu particulière contre l’épilepsie, la colique, les fièvresintermittentes. Sa graisse, employée en liniment, aurait, suivant quelques-uns, la propriété de remédier à la chute des cheveux.
P. HIPPOLYTE BOUSSAC
TRAVAUX PRATIQUES DE BOTANIQUE
LES PLANTES VUES AU MICROSCOPE
L'amidon de la pomme de terre (fécule).
Préparation. — Couper une pomme de terre en deux. Sur la section ainsi faite, on voit un liquide un peu trouble, dont on prélève une petite partie (environ la grosseur d’une tête d’épingle) en grattant légèrement avec la pointe d'un canif. Transporter ensuite cette petite masse trouble dans une goutte d’eau, ou mieux, de glycérine, placée au préalable sur une lame de verre et recouvrir d'une lamelle mince.
Ce qu’on voit. — On voit, surtout avec un fort grossissement, des grains ovoides, clairs : ce sont les grains damidon. En modérant l’arrivée de la lumière sur la préparation, on distingue dans chaque grain des stries circulaires qui correspondent à autant de zones d'accroissement et qui donnent un peu, aux grains, l’aspect de coquilles de moule. Ces zones partent toutes d’un point, appelé Aile, qui, ici, est placé, non au centre du grain, mais plus sur le côté, c’est-à-dire dans une position excentrique. Quelquefois, mais assez rarement cependant, à côté de ces grains simples, on en voit d’autres réunis ensemble deux à deux pour former des grains demi-composés.
Remarque. — Si, au lieu de transporter la portion de pulpe de la pomme de terre dans une goutte d’eau ordinaire, on la place dans une goutte d'eau iodée (1), les grains prennent une belle couleur bleue ou violette : c’est une réaction caractéristique de l’amidon, mais dans les grains ainsi colorés on ne distingue les stries que fort mal.
L'amidon du blé (farine).
Préparation. — Mettre sur une lame de verre une goutte d’eau (ou de glycérine) et y délayer gros comme une tête d'épingle de farine de blé. Recouvrir d’une lamelle et observer au microscope à un fort grossissement.
Observation. — Les grains d’amidon qui constituent la farine du blé se présentent avec diverses tailles et une forme arrondie plus ou moins régulière; ils ne sont jamais ovoides comme ceux de la pomme de terre, Re Re Ne
(1) L'eau iodée s'obtient facilement en mettant dans de l'eau quelques paillettes d’iode, ou, à défaut, quelques gouttes de tein-
ture d'iode. Elle se conserve indéfiniment ; il est bon d'en avoir un flacon en réserve.
lesquels, d'autre part, sont beaucoup plus gros. Quelque-
fois on apercoit un point ou hile en leur milieu; mais
presque jamais on ne voit de stries aussi nettes que dans la préparation précédente. Dans la préparation, outre les grains d’amidon, on voit des masses irrégulières et informes : ce sont des débris provenant des cellules du grain de blé et dont une partie constitue le gluten. i
Remarque. — Si, au lieu de mettre la farine dans une goutte d’eau ordinaire, on la place dans de l'eau iodée (voir la note) et qu'on examine au microscope après avoir recouvert d’une lamelle, on voit les pains colorés en bleu ou en violet. Quant aux masses irrégulières que nous venons de signaler, elles se colorent en jaune, ce qui prouve qu'elles ne sont pas constituées par de l’amidon.
L’amidon du haricot.
Préparation. — Couper un haricot en travers avec un canif. Dans la région de la section, pratiquer de fines coupes (en « rabotant » avec le rasoir, plutôt qu'en coupant). Faire tomber ces coupes dans une goutte d’eau iodée placée sur une lame de verre, où elles s’étalent (auparavant elles étaient enroulées sur elles-mêmes) et où elles prennent une teinte bleue. Au bout d’une demi-minute, recouvrir d'une lamelle et observer au microscope.
Ce qu'on voit. — On voit les cellules remplies de grains d’amidon colorés en bleu par l’iode. Ces grains sont presque tous ovoides et présentent comme une fente craquelée au milieu. Dans les mêmes cellules, on voit le protoplasme coloré en jaune et sans forme définie. Les parois des cellules restent claires.
Les cellules étoilées du jonc.
Préparation. — Se procurer des tiges ou des feuilles de jonc (1) et les employer, soit fraiches, soit conservées dans de l’alcool. Mettre un fragment dans de la moelle de sureau et y pratiquer de minces coupes transversales. Faire bien attention que celles-ci doivent comprendre (en même temps que le pourtour du fragment) la moelle qui y est contenue et qui atendance à s’arracher. Mettre une de ces coupes, entre lame et lamelle, dans une goutte d’eau.
Ce qu'on voit. — En portant son attention plus spécialement vers le milieu de la coupe, c’est-à-dire dans la région de la moelle, on y voit de curieuses cellules étoilées, dont les branches se raccordent les unes aux autres.
L’oxalate de calcium des écailles de l'oignon.
Préparation. — Les oignons sont enveloppés d'écailles protectrices, sèches, de couleur rosée ou saumonnée, qui se recouvrent les unes les autres. Enlever les plus extérieures, qui sont un peu trop épaisses pour être observées au microscope. Ne garder que la plus interne (qui est plus mince) et, avec des ciseaux, y découper un petit carré de moins d’un centimètre carré. Mettre ce fragment, entre lame et lamelle, dans une goutte d’eau ou d'alcool.
Ce qu'on voit. — Les cellules sont un peu irrégulières, mais étroitement serrées les unes contre les autres. Dans chacune d'elles, on voit un ou plusieurs cristaux allongés en rectangles et souvent terminés par de petits pointements aux deux extrémités les plus éloignées.
(4) On trouve des joncs au bord des mares et dans les endroits humides. Il est bon de remarquer que les « joncs » que l’on emploie dans les maisons pour déboucher les conduites d’eau n’ont rien de commun avec les véritables joncs et ne peuvent les remplacer dans la préparation dont il est question ici. ;
eo
Les grains de chlorophylle des mousses.
Préparation. — Arracher quelques feuilles à une mousse quelconque (fraîche) et les déposer à plat dans une goutte d’eau placée au milieu d’une lame de verre. Recouvrir d’une lamelle et appuyer légèrement pour bien étaler ces feuilles et chasser les bulles d'air qui peuvent y adhérer.
Ce qu'on voit. — On voit les cellules, généralement allongées dans le sens de la feuille, remplies de grains verts, ovoides ou arrondis, qui sont des chloroleucites ou grains de chlorophylle.
Les grains de chlorophylle des feuilles.
Préparation. — Prendre des feuilles fraiches de Houx, de Fusain, d'Aucuba, etc., qui ont l’avantage d’être coriaces. En détacher un fragment d'environ un centimètre carré et le mettre entre les deux parties d’un bâton de moelle de sureau de manière à le bien pincer. Y pratiquer avec un rasoir des Coupes très minces. Observer celles-ci dans une goutte d'eau entre lame et lamelle.
Ce qu’on voit. — Dans les cellules de chaque coupe
(les unes un peu cylindriques, les autres un peu irrégulières), il y a de nombreux grains de chlorophylle colorés en un beau vert émeraude.
: Nota. — Il ne faut pas employer de feuilles conservées dans de l'alcool, parce que celui-ci dissout la chlorophylle : les grains de chlorophylle subsistent bien, mais ils sont décolorés.
Les raphides d’oxalate de calcium.
Préparation. — Pratiquer, à l’aide de la moelle de sureau, des coupes transversales dans un des organes suivants : tige, pétiole ou feuille du Gouet (Arum maculatum) ; pétiole de Bégonia ; tige de Vanille. Ces organes peuvent être frais ou conservés dans de l’alcool.Observer les coupes dans une goutte d’eau, entrelame et lamelle.
Ce qu'on voit. — Dans certaines cellules, on distingue des paquets, des faisceaux de sortes d’aiguilles placées parallèlement les unes aux autres : ce sont des raphides d’oxalate de calcium. Quelquefois ces paquets sont divisés en deux ou trois faisceaux. Souvent aussi, plusieurs aiguilles ont été déplacées par le rasoir et se retrouvent dans la préparation, flottant au-dessus des autres cellules. À un fort grossissement, on voit que les cristaux en aiguilles qui constituent les raphides ont la forme de fuseaux très allongés, un peu renflés en leur milieu, mais très pointus aux extrémités.
Les cristaux en oursin d'oxalate de calcium.
Préparation. — Pratiquer à main levée ou à l’aide de ia moelle de sureau des coupes transversales dans l’un des matériaux suivants : petites branches de chêne de la grosseur d’un cure-dents (frais, secs ou conservés dans l'alcool); tiges de Gui (fraîches ou conservées dans l'alcool) ; tiges ou pétioles de Lierre (frais ou conservés dans l’alcool.) —Examiner dans une goutte d’eau, entre lame et lamelle.
Ce qu'on voit. — Dans de nombreuses cellules, on remarque de grosses masses grises, vaguement arrondies. À un fort grossissement, on se rend compte que ces masses sont formées de cristaux rayonnant autour d’un centre et étroitement accolés les uns aux autres, sauf, cependant, où on distingue leur pointement. Ces masses
sont donc comparables, jusqu'à un certain point, à un oursin entouré de ses piquants : d'où leur nom.
Les cystolithes de la feuille du caoutchouc.
Préparation. — Prendre une feuille fraiche de « Ficus elastica », cette plante si fréquemment cultivée dans les appartements sous le nom de « caoutchouc ». Isoler avec des ciseaux un fragment de feuille d'environ un centimètre Carré, et, pinçant celui-ci dans la moelle de sureau, y pratiquer de minces coupes. Placer celles-ci dans une goutte d’eau déposée sur une lame de verre, Recouvrir d’une lamelle et observer au microscope.
Ce qu'on voit. — Dans chaque coupe,on remarque une large zone médiane verte, limitée, de deux côtés, par des zonès claires. C’est seulement sur ces dernières qu'il faut porter son attention. En cherchant, on finit par'ÿ remarquer de grandes cellules qui pénètrent même dans la zone verte : ce sont les cellules à cystolithes. De la partie supérieure de chacune de celles-ci pend, dans sa cavité, comme un battant dans une cloche, une sorte de bâtonnet un peu irrégulier, qui au bout se renfle en une masse assez volumineuse, couverte de sortes de concrétions que l’on a reconnu être constituées par du carbonate de calcium : l’ensemble a une teinte grisâtre qui les fait reconnaitre facilement dans les coupes.
Remarque. — Si, au lieu de déposer les coupes dans une goutte d’eau, on les place dans une goutte d'acide sulfurique étendue de son volume d’eau, et qu'on recouvre d'une lamelle, on voit le carbonate de calcium des cystolithes faire effervescence (c'est-à-dire dégager des bulles de gaz carbonique) et disparaître. Il ne reste plus alors que le« mandrin » sur lequel s'était déposéde carbonate de calcium et que les zones d'accroissement
font ressembler un peu à une coquille minuscule.
(A suivre.) HENRI COUPIN.
LE BOSTRICHUS DISPAR
Voici un insecte qui occasionne parfois de sérieux dommages dans nos vergers. C’est en effet un ennemi très dangereux des arbres fruitiers. Son nom scientifique est Bostrichus dispar ; plus connu sous le nom vulgaire de Bostriche dissemblable, ce dernier lui a été donné à cause de la différence de taille qui existe entre les deux sexes.
Voici quelques renseignements publiés par M. le D' IL. Faes, assistant à la station viticole, dans La chronique agricole du canton de Vaud (Suisse).
« Le Bostrichus dispar est d’un noir intense ou d’un brun de poix. La femelle mesure de 3 à 3 millimètres5
delong: le mâle, 2 millimètres seulement; ce dernier
est en outre sensiblement plus trapu, plus ramassé que la femelle et dépourvu d'ailes.
« Le Bostrichus dispar creuse ses galeries au cœur même du bois. La galerie maternelle s'enfonce perpendiculairement dans le tronc ou les branches, à une profondeur de 3 à 6 centimétres; elle suit quelquefois sur un certain parcours les couches annuelles, À l'extrémitéde cette galerie, partent en haut et en bas, dans des directions opposées, des couloirs plus courts où se nourriront les larves.
« Les œufs sont pondus en paquets au fond de la galerie maternelle, et les larves semblent ne pas creuser
sucs ligneux suintant dans les diverses galeries.
« L'intérieur des couloirs du Bostriche dissemblable esttoujours complètement noirci, comme passé au noir de fumée.
« Lorsqu'un jeune arbre est attaqué en plusieurs places par ce Bostriche, il en résulte une perte de sève considérable; le courant même de la sève, coupé en maints endroits, peut être interrompu, et l’arbre sèche rapidement.
« Les abricotiers de Saxon ont eu ces dernières années beaucoup à souffrir de cet insecte. L'an dernier nous nous sommes rendu à Saxon à la fin juin ; on pouvait y voir de jeunes abricotiers, en pleine vigueur et couverts de fruits, se flétrir et sécher en quelques jours sous les attaques du Bostrichus dispar.
« Les insectes parfaits sortaient des troncs déjà attaqués, l’accouplement s’opérait, et les femelles fécondées pénétraient dans les arbres indemnes, pour y creuser de nouvelles galeries.
« Donc, on peut observer à la fois des Bostriches nouvellement éclos sortant des troncs, et d'autres (les femelles fécondées) entrant dans les troncs. Sciant les arbres on y trouvait des larves et des chrysalides, c’està-dire qu’à cette époque on pouvait récolter le Bostriche dans ses trois stades : larve, chrysalide et insecte parfait.
« Les arbres visités par le Bostrichus dispar sont très nombreux; il attaque même les jeunes arbres fruitiers les plus vigoureux, sans aucune tare. A citer outre l’abricotier, le pêcher, le pommier, le poirier, le prunier, le noyer, la vigne ; parmi les arbres forestiers, le chêne, le hêtre, l’érable, le charme, l’aune, le frêne; puis le platane, le châtaignier, etc. »
Voici comment, d’après l’auteur de cet intéressant travail, on s’apercoit de la présence des Bostrichus : « Les arbres attaqués paraissent malades, se développent mal, les feuilles se flétrissent ; en examinant avec attention les troncs et les branches, on les trouve piqués de petits trous noirs trahissant la présence des insectes, il faut briser les branches pour découvrir les couloirs à l’intérieur. »
M. le Dr H. Faes termine son article en donnant les moyens de destruction suivants: « Dès qu'un jeune arbre est habité par les Bostrichus, il n’y a pas à hésiter, il faut le détruire. C’est un véritable foyer d'infection qui peut compromettre tous les arbres environnants. Il faut couper et brüler tout ce qui est attaqué, le feu seul peut, en effet, atteindre les larves profondément cachées dans le bois. Surtout ne pas employer les troncs et branches coupées pour former des haies et des barrières. Autant vaut ne rien faire, car on laisse vivants à l’intérieur, et prêts à étendre leurs ravages, larves, chrysalides et insectes parfaits.
« Si on veut sauver quelque arbre de taille moyenne, et d’une valeur particulière, on peut essayer d’introduire dans les trous, avec une fine seringue, de la benzine ou du pétrole, puis on les bouche avec un mastic quelconque. Lorsqu'il s’agit d’un arbre de forte taille, encore peu attaqué, on recommande de l’enduire avec la composition de Leineweber. Elle se prépare de la facon suivante : on verse un demi-seau d’eau chaude sur cinq livres de tabac ordinaire et on laisse reposer au chaud vingt-quatre heures. On mélange le jus du tabac ainsi
elles-mêmes dans le bois, mais vivre seulement des |
obtenu avecune quantité égale de sang de bœuf, puis on |
ajoute à la solution une partie de chauxéteinte et seize parties de fumier frais de, vache (naturellement sans
aille ni foin). On obtient ainsi une bouillie légère qu'on aisse fermenter quelque temps dans un tonneau ouvert,
en remuant fréquemment. Il faut enduire les arbres avec cette composition, au moyen d’un fort pinceau, à la fin d'avril. Si on opère à cette époque de l’année, on empêche non seulement les insectes d'entrer, mais on interdit la sortie à ceux qui se trouvent sous l'écorce, où ils périssent.
« Le procédé est aussi employé préventivement sur
des arbres absolument sains, qu'on veut protéger contre les Bostriches. »
PAUL NoEL.