LE VRAI NOM DE L'HIPPOPHAË
Tout le monde connaît l’'Hippophaé Rhamnoïdes, cesingulier arbuste d’un gris perle blanchâtre, qu’on rencontre dans les squares et dans les parcs, dont la couleur claire tranche si agréablement sur la teintefoncée du fond du paysage. Dernièrement encore, l'Intermédiaire des chercheurs et des curieux publiait d'intéressantes réponses à ce sujet. Nous ne croyons pas pouvoir mieux faire, que de donner ici le résultat de nos recherches sur le vrai nom de cet arbuste; car son orthographe actuelle est fautive. -
En français, on l’appelle l’Argousier (Baïllon), ow encore le faux Nerprun, le Griset, l'Epine marine (c'est un arbuste épineux, croissant volontiers dans les sables maritimes), le Saule épineux, l’Epine marante, l’Hippophaé, ou même l’Argoussier et l’Arboussier (avec 2 s); ne pas confondre avec l’Arbousier (avec 1 s), qui donne les grosses fraises des Pyrénées ou Arbouses. C’est ainsi que l’ont dénommé Le Maout et Decaisne, dans leur flore des jardins et des champs qui à eu autrefois tant desuccès, à la fin du second Empire.
On prononce Hippophaé, comme on dit Pasiphaé. Et: cependant ces 2 finales, identiques, n’ont pas du tout lemême sens!
Pasiphaé (du grec PHAÔ, briller) veut dire : brillante entre toutes les belles ; tandis qu'Hippophaé, du grec PHÉNO (tuer) signifie : fue-cheval! Il est bien évident que tuer et briller ont des sens trop différents pour provenir du même radical grec. Examinons donc quels sont exactement ces radicaux, qui ont produit deux noms se terminant par phaé en français. On comprendra alors où se trouve l'orthographe vicieuse que nous cherchons à rectifier ici.
Ce nom de fue-cheval a été donné à l’Hippophaé, parce qu'on a attribué aux jolis fruits orangés de cet arbuste la fâcheuse propriété d’empoisonner les chevaux qui
en avaient trop mangé, alléchés qu'ils étaient par leur-
saveur aigrelette. Il n’y a pas de roses sans épines, dit le proverbe. Par le fait, on s’en sert en Finlande en guise de citron, pour aromatiser les conserves de poissons. Ce n’est donc pas un fruit essentiellement vénéneux ; le tout est de ne pas en abuser : Utere, non abutere, dit la sagesse des nations; car, en tout, l'abus est à éviter.
Le vieux mot grec phéno, tuer (phéo, avec le nu euphonique) a fait phoïinos, carnage. D’après cela, on devrait écrire Hippophéa, au lieu d’Hippophaëé; ou même Hippophœa, avec un æ. L'usage veut qu'on écrive HIPPOPHAÉ; mais il est clair qu’il y a là quelque chose de vicieux, au point de vue strictement grammatical.
Dans leur flore française, Giilet et Magne se trompent absolument, en faisant dériver ce mot du grec PHAÔ, tuer ;. parce que ce radical n’a jamais eu ce sens la (comme PHÉO), mais uniquement celui de briller, comme dans Pasiphaé : celle qui brille entre toutes.
Selon nous, la véritable ortographe correcte serait Hippophœa (avec æ), ou même Hippophéa; et non avec æ, comme on l’a encore écrit parfois. On ne devrait donc pas dire Hippophaé, comme on dit justement Pasiphaé.
Dr BouGonx.
CS
TRAVAUX PRATIQUES DE BOTANIQUE
LES PLANTES VUES AU MICROSCOPE
Les poils sécréteurs de la Lavande.
Préparation. — Se procurer des feuilles de cette Lavande que l’on cultive souvent dans les jardins, et les employer soit fraiches, soit conservées dans de l'alcool. En s’aidant de moelle de sureau, y pratiquer des coupes transversales, que l’on examine dans une goutte d'eau, entre lame et lamelle.
Ce qu'on voit. — À la surface de l’épiderme, on apercoit deux sortes de production: 1° des poils ramifiés formés de plusieurs cellules; 2° des poils courts globuleux. Ces derniers sont des poils sécrétleurs, leur produit de sécrétion s’accumule entre les cellules des poils et la cuticule qui les revêt et qui, de la sorte, est soulevée à une certaine distance d'elles.
Le latex.
Préparation. — Couper des tiges ou des feuilles fraîches de Figuier, de Chélydoine, d'Euphorbe, de Laitue, etc., et recueillir sur une lame la goutte de « latex » qui s’en écoule. Recouvrir de suite d’une lamelle mince et examiner au microscope.
Ce qu'on voit. — On voit que le latex est formé d'un grand nombre de petits globules arrondis flottant dans un liquide. Chez certaines espèces (Euphorbia splendens, par exemple) il y a, en outre, des grains d'amidon allongés ou en forme de tibia. Ces derniers sont colorés en bleus &i l'on a pris soin de recevoir la coupe du latex dans une goutte d’eau iodée.
Les tubes criblés de la Courge.
Préparation. — Se procurer des morceaux de tige de Courge, de Melon ou de Bryone, et les employer, soit frais, soit, ce qui est préférable, conservés dans de l’alcool. En se servant de moelle de sureau, y pratiquer des coupes transversales et des coupes longitudinales. Examiner dans une goutte d’eau ou d'alcool ou de glycérine (dans laquelle la préparation est plus claire).
Ce qu'on voit. — Dans la coupe transversale, on distingue, facilement, les faisceaux liberoliqueux qui occupent la partie périphérique du cylindre central. Chacun d'eux présente une place moyenne formée de gros vaisseaux arrondis. Cette place est limitée en dedans et en dehors par de petites cellules plus ou moins irrégulières, qui constituent le liber. C’est dans celui-ci qu'on remarque certaines cellules dont la surface est occupée par une membrane garnie de petits points» qui la font ressembler à une écumoire minuscule: ces membranes sont des cribles.
Dans les coupes longitudinales, on distingue encore mieux les vaisseaux qui forment de longs tubes garnis d’ornements divers. Ces amas de vaisseaux sont limités en dehors et en dedans par de longues cellules claires qui sont allongées dans le même sens qu'eux. Parmi ces cellules, on en distingue certaines dont.les cloisons transversales sont criblées de trous : ce sontles tubes criblés; leurs cloisons transversales (qui sont souvent obliques) sont les cribles.
Remarque. — Si l'on veut localiser les cribles avec plus de netteté, il faut d'abord plonger les coupes pendant cinq
minutes dans une solution de bleu d’aniline dans de l’eau (en
proportion quelconque), solution à laquelle on ajoute quelques gouttes d'acide lactique. Au sortir du bleu, on met les coupes
ans un godet contenant de l'eau, puis, deux minutes après, on les met dans une goutte de glycérine entre lame et lamelle. Dans de tèlles préparations, les cribles sont colorées en. un beau bleu. — Dans les coupes longitudinales, remarquer des sortes de cônes qui portent des cribles aussi bien vers le haut que vers le bas et qui sont colorés en bleu : c’est le cal.
Les vaisseaux de la Courge.
Préparation. — Se procurer des morceaux de tige de Courge, de Melon ou de Bryone, et les employer, soit frais, soit, ce qui est préférable, conservés dans de l'alcool. En se servant de la moelle de sureau, y pratiquer des coupes transversales et des coupes longitudinales. Examiuer les coupes dans une goutte d’eau, d'alcool, ou de glycérine.
Ce qu'on voit. — Dans la coupe transversale, on distingue, facilement, les vaisseaux qui apparaissent comme de larges trous limités par une membrane très nette et de diamètre d'autant plus grande qu'on porte son attention plus vers l'extérieur.
Dans la coupe longitudinale, les vaisseaux sont encore plus nets. Ce sont de longs tuyaux présentant à la surface des ornements variés : ce sont des anneaux (vaisseaux annelés), des spirales (vaisseaux spiralés), des raies (vaisseaux rayés), des points (vaisseaux ponctués). Les vaisseaux spiralés sont sensiblement moins gros que ces derniers.
Remarque. — Il peut être intéressant de faire la préparation d’une autre façon : 4° plonger les coupes dans de la fuchsine ammoniacale (1), renfermée dans un godet pendant trois minutes ; 2° retirer les coupes et les mettre dans un autre godet renfermant de l’eau. Au bout de deux minutes, mettre entre lame et lamelle dans une goutte d’eau. Dans ces préparations, les vaisseaux apparaissent colorés en un beau rouge
Les vaisseaux des jeunes tiges.
Préparation. — Se procurer des morceaux de jeunes tiges herbacées quelconque recueillis dans les champs (Mercuriale, etc.), les jardins (Bégonias, etc.), ou obtenus à l’aide de germinations faites dans de la mousse humide ou du coton hydrophile humide (Pois, Fèves, etc.). En se servant de moelle de sureau, faire dans ces tiges des coupes transversales et des coupes longitudinales.
Ce qu’on voit. —On voit les mêmes faits qu'avec la Courge, sauf que les vaisseaux y sont plus étroits.
Remarque. — Tous les vaisseaux peuvent se colorer en rouge par la fuchsine ammoniacale.
Les vaisseaux aréolés du Pin.
Préparation. — Se procurer de jeunes branches de Pin ou de Sapin fraîches ou, mieux, conservés dans de l'alcol. En se servant de moelle de sureau, y faire des coupes longitudinales, de manière que celles-ci soient divisées dans le sens du rayon de la tige (c’est ce que l'on appelle des coupes radiales). Observons ensuite dans une goutte d'alcool entre lame et lamelle.
Ce qu'on voit. — On voit de longs vaisseaux, présentant sur toute leur longueur des ponctuations aréolées
(1) On obtient ce réactif très facilement : 10 faire dissoudre de la fuchsine dans de l'alcool à 95° (environ) de manière à avoir une solution assez concentrée; 2° verser de l’'ammoniaque dans ce liquide jusqu'à ce que la coloration rouge ait disparu et que l'on ait un liquide sinon clair, du moins de teinte à peine jaunâtre. C’est ce liquide que l'on emploie.
qui se montrent chacun formés de deux petits cercles concentriques. De place en place on remarque, sur les vaisseaux aréolés en question, des sortes de grilles irrégulières : ce sont des lambeaux de rayons médullaires.
HENRI COUPIN