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LE NE DEN COULEURS CHEZ LES ANTHAUX

C’est toujours une question fort controversée que de savoir jusqu’à quel point la psychologie des animaux est comparable à la nôtre. Le sens des couleurs notamment a donné lieu à toute une série de recherches que nous résumons d'après Biologisches Centralblatt (1908, p.758).

On a étudié d’abord l'adaptation de la rétine, c'est-àdire la faculté de l'œil de s’accommoder à divers degrés d'éclairage et de distinguer, après un séjour prolongé dans l'obscurité, des objets qui tout d’abord lui restaient invisibles. Hess a expérimenté sur des poulets et des pigeons ; il a constaté que, contrairement à ce que l'on croyait, ces oiseaux s'adaptent à l'obscurité et finissent par picorer des graines qui se trouvent dans un endroit faiblement éclairé.

On sait qu'on attribue la faculté d'adaptation au pourpre rétinien, substance qui se forme à l'obscurité et disparait à la lumière; elle se produit dans les bâtonnets. Or, la rétine des poulets et des pigeons ne renferme presque pas de bâtonnets et à peine des traces de pourpre. Les expériences de Hess montrent donc que ces substances ne jouent pas le rôle qu'on leur avait attribué dans l’accommodation de la rétine.

Le même auteur a étudié ensuite le sens de la couleur chez ces oiseaux. Il ne ieur a pas présenté des graines colorées artificiellement, ce qui aurait pu mettre en jeu le sens du goût ou l'odorat; mais, après avoir répandu les graines sur un tapis noir, il a projeté sur elles un spectre produit par une lampe à arc.

Dans ces conditions un poulet adapté à la lumière commence à picorer dans le rouge, puis il continue dans le jaune et le vert. Si on augmente l’intensité lumineuse du spectre, le poulet picore aussi dans le bleu; mais en aucun cas il ne touche aux graines colorées en violet. Le poulet adapté à l’obscurité se comporte de même, mais il perçoit un peu mieux les radiations à faible longueur d'onde, tout en négligeant les graines bleues et violettes.

Les réactions du pigeon sont les mêmes que celles de la poule. On peut donc dire que pour ces deux oiseaux la limite de visibilité du spectre est la même que pour l’homme du côté du rouge; mais le spectre est plus court à l’autre extrémité. Les radiations bleues sont à peine pereues, les violettes pas [du tout.

On peut également employer des verres colorés, de facon à projeter sur le tapis des champs de diverses couleurs. Si ces champs sont gris et ne diffèrent que faiblement par leur intensité lumineuse, les oiseaux

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commencent toujours par picorer du côté le mieux éclairé. A ce point de vue, il n’y a pas de différence avec l'œil humain.

Si on projette un champ rouge foncé et un champ bleu-clair, les oiseaux adaptés à la clarté picorent d’abord dans le premier, puis ils se dirigent, en hésitant, vers le champ bleu. Mais si or rend la teinte bleue plus foncée, il vient un moment où les graines situées de ce côté ne sont plus perçues par les oiseaux adaptés à la lumière, tandis que ceux qui viennent d'un endroit obscur continuent à picorer dans le bleu. Mais pour ceux-ci également le bleu n’est plus percu s’il devient encore plus foncé. Il est à noter que les graines bleues que ne voient pas ces oiseaux paraissent à l'œil humain plus claires et plus faciles à voir que les graines rouge-foncé qu'ils continuent à picorer, La différence entre la vision de l'oiseau et la nôtre est donc sensible.

Comment l'expliquer? Il y a dans les cônes de la rétine des oiseaux (et de beaucoup de reptiles) des gouttelettes huileuses, qui paraissent destinées à absorber certaines radiations. Chez le poulet et le pigeon elles sont rouges ou orangées. Or, M. Hess ayant mis sur un de ses yeux un verre rouge, sur l’autre un verre orangé, a constaté que, dans ces conditions, les graines situées du côté rouge du spectre devenaient plus distinctes, tandis qu’il avait peine à discerner ce qui se trouvait du côté opposé. On peut donc dire que la vision du poulet ou du pigeon correspond à celle d’un homme qui porterait des lunettes rouges ou orangées.

Les expériences de Hess sont basées sur un élément subjectif, la recherche de la nourriture. Abelsdorff a

- procédé différemment. On sait que des lumières colorées

provoquent un rétrécissement plus ou moins notable de la pupille suivant leur intensité apparente. Or, chez le pigeon des radiations vertes ou bleues ont sur la pupille une action bien moins marquée que chez l'homme; si on emploie successivement des lumières rouges et bleues de même intensité, les rouges seules produisent le rétrécissement de la pupille. Ces expériences confirment donc celles de Hess et montrent comme elles que l'extrémité du spectre où les longueurs d’onde sont faibles n’excite pas les éléments rétiniens du poulet et du pigeon.

Dans toutes ces expériences l’élément psychique n’entrait pas en ligne de compte. Il n’en est pas de même de celles qui concernent des animaux supérieurs, susceptibles d’être dressés, tels que le chien. Himstedt et Nagel ont dressé un caniche à distinguer des boules rouges parmi un certain nombre d'autres balles semblables, mais diversement colorées. Sur l’ordre « Apporte rouge», il choisit d’abord les balles rouges les plus vivement colorées, puis, lorsque celles-ci sont épuisées, il prend, en hésitant, une balle orangée. Si l’ordre est répété encore une fois, il apporte une balle brune nuancée de rouge. Plus tard ce chien a pu être dressé à distinguer aussi d’autres couleurs. En somme, chez cet animal la discrimination non seulement des couleurs, mais de leurs diverses teintes, est aussi parfaite que chez l’homme.

Samoïlov a employé une méthode un peu différente. Sur la face antérieure d’une caisse se trouve collé un disque vert en papier; cette paroi est mobile, le chien la repousse et trouve dans la boîte un petit gâteau. Lorsqu'il sait bien faire cela, on place à côté de la boîte deux autres caisses semblables, mais portant des disques en papier gris. Dans une première série de 613 expériences, le chien s’est trompé dans 30 % des cas ; dans

une autre série de 560 essais, le nombre des erreurs n’a plus été que de 10 %. Ces résultats sont moins probants que ceux de Himstedt et Nagel.

Mais d’autres expériences ont apporté des résultats intéressants à un point de vue différent. Sur la boite à gâteau on met tantôt le disque vert, tantôt un carré ou un triangle de même couleur, tandis que les boîtes vides portent toujours un disque gris. En pareil cas le chien a toujours reconnu le disque vert, mais il s’est régulièrement trompé en présence du carré ou du triangle. Dans ces Cas 1l ouvrait toujours des boîtes à disque gris. Ces expériences montrent que ce chien se souvenait mieux de la forme que de la couleur du papier.

Que conclure des recherches que nous venons d’exposer ? Il y a des animaux, tels que le poulet et le pigeon, sur la rétine desquels les diverses radiations n’exercent pas les mêmes effets que chez l’homme. D’autres, comme le chien, ont une rétine de structure identique à la nôtre,

on doit donc employer avec eux les mêmes méthodes que dans la psychologie humaine, et ne pas renoncer au dressage qui leur permet de raisonner par analogie et de se comporter d’une facon tout à fait semblable à la nôtre.

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