‹ Le NaturalisteChapitre 16 sur 304 · D: L. LALOY · texte numérisé non relu

D: L. LALOY

LA TERAS FERRUGANA

Il m’a été envoyé d'Allemagne plusieurs petites chenilles qui ravagent les bouleaux et les chênes, et dont

je suis heureux de pouvoir entretenir les lecteurs du

Naturaliste, c’est la Teras ferrugana.

L'œuf de ce microlépidoptère est de forme elliptique, de coloration blanc jaunâtre.

On trouve quelquefois äe ces œufs pondus isolément et d’autres rassemblés par petits tas de dix à douze,

Une huitaine de jours environ après la ponte, apparaissent les jeunes chenilles qui sont d’abord d’un aspect vitreux, mais elles changent au fur et à mesure qu’elles avancent en âge et, lorsqu'elles sont adultes, deviennent d'une belle teinte vert tendre un peu jaunâtre.

Elles atteignent environ 52 millimètres de longueur sur 1 mill.5 de largeur.

Ces chenilles ne possèdent aucune tache ni ligne sur le dos, et c’est à peine si l’on voit quelques points luisants.

La tête est d’un noir brillant et l’écusson est bordé antérieurement de vert clair.

Les chenilles de la Teras ferrugana se métamorphosent en chrysalides qui sont d’une teinte brun rougeâtre et dont les segment(s abdominaux sont armés de petites dents.

C’est généralement au milieu de feuilles déchirées par les chenilles que s'opère cette métamorphose.

À l’état d’insecte parfait, la Teras ferrugana mesure de 12 à 15 millimètres environ d'envergure.

Les ailes supérieures sont d'un testacé luisant, avec une tache costale ferrugineuse en dessus, Le dessus est d’un gris cendré avec la côte blanche et rayée de gris.

Les aïles inférieures sont en dessus d’un gris cendré; blanches et réticulées de gris en dessous.

La tête est de la même couleur que les ailes supé- |

rieures, c’est-à-dire d’un testacé luisant, ainsi que les antennes, les palpes et le corselet.

L’abdomen a la même coloration que les ailes inférieures.

C'est d’abord en juillet que l’on aperçoit la Teras ferrugana, puis ensuite au mois d'octobre suivant; elle a donc deux générations par an.

Les chenilles de la première génération, c’est-à-dire celles qui proviennent des pontes accomplies par les femelles que l’on apercoit en juillet, vivent pendant les mois d’août et de septembre.

Le papillon de la seconde génération passe l’hiver, paraît-il, caché à terre sous les feuilles mortes, ou bien collé contre les branches des arbres,etlorsque apparaissent les premières chaleurs, il reprend de nouveau son vol.

Les chenilles de la Teras ferrugana causent de grands dégâts aux chênes et surtout aux bouleaux, elles peuvent être très nuisibles aux forêts.

C'est de préférence aux jeunes tailles de deux ans environ que s’adonnent ces chenilles, et lorsqu'aux mois d'août et de septembre on examine les bois, on rencontre une très grande quantité de jeunes pousses de bouleaux qui sont complètement infestées de ces chenilles.

Il est du reste très facile de reconnaître les dégâts causés par la Teras ferrugana.

Toutes les feuilles, ou tout au moins une bonne partie de celles-ci, sont déchiquetées et liées par paquets.

Pour détruire cette chenille, il suffit de placer, au pied des bouleaux attaqués, une bâche ou nappe, et de frapper sur le tronc des arbres avec une massue en fonte, recouverte de cuir, pour faire tomber les chenilles et les écraser ; il est nécessaire de regarder au-dessus de la nappe, car plusieurs chenilles se tiennent suspendues par un fil de soie et ne tombent pas jusqu'à terre, où il est facile alors de les écraser; il faut faire cette opération avant l'apparition des papillons.

Pau NoEr.

REVUE SCIENTIFIQUE

Pour égayer les animaux des jardins zoologiques. — Le cinématographe et la chasse au buffle. — La malice d’un moineau.

Les animaux des jardins zoologiques étant dans des conditions très éloignées de leur état naturel, il n’est pas étonnant que la plupart d’entre eux meurent avant d’avoir fini leur temps sur la terre. Au jardin zoologique de Philadelphie on a voulu savoir quels sont les organes particulièrement atteints par cette vie captive; pour cela on a fait l’autopsie de tous les animaux décédés et on a obtenu la liste ci-dessous :

Maladies de l'estomac et des intestins........ 328 — de l'appareil circulatoire........... 20 — Giliaececcdbadeaseocco oobaodobbote ÿ1 — du pancréas EEE te 6 — desreins er EEE CECI EE 1412 — des poumons et de la plèvre........ 52 — de larate...,..... JdcHoN0 Ib 0 0» 11 Muberculose-rtererCtrecrCCEr bBOO Topo da 173 Parasitestduisaness ter LLC ELeCree Ce 22 — duwpéritoine. Meet eertre 7 — de l'estomac et de l'intestin........ 64 — detlaitrachée ER EE EN ee 5 — des poumons...:...:....4,........ 3 — destreins 2e EE Er EEE 10

Re]

Sachant pourquoi les animaux meurent, il faut apprendre maintenant à les faire vivre. C’est ce à quoi s’est attaché M. Gustave Loïsel dans une étude de laquelle nous ne retiendrons que ce qu'il dit sur la nécessité, pour eux, du mouvement et d'une occupation quelconque.

. Sans aucun doute, en effet, nombre de maladies dont meurent les animaux dans les jardins zoologiques sont dues à un manque d'exercice agissant comme cause prédisposante ou déterminante. En tous cas, c’est à cette cause qu'il faut attribuer certainement les altérations des griffes chez les carnivores, la déformation des sabots chez les grands ongulés, la goutte et l'excès de graisse, dont meurent beaucoup de mammifères et d'oiseaux, enfin cette affection encore mal connue, appelée en Amérique cage paralysis, qui se présente principalement chez les primates et les ours confinés dans des cages petites et sombres et dont le premier symptôme est une raideur des membres postérieurs. Il faut peut-être même rechercher dans une vie trop sédentaire la cause des colères, des vices et des folies furieuses que l'on voit parfois survenir spontanément chez quelques animaux des ménageries, chez des singes, des renards, des chats et des chiens sauvages, chez des chameaux, des éléphants, etc.

Pour les animaux intelligents, il ne suflit pas d’agrandir l’espace qu’on peut leur offrir. M. Loisel dit même que ce n’est pas la chose essentielle quand nous voyons des lions des ménageries ambulantes, par exemple, mal logés et souvent mal nourris, se porter mieux et reproduire parfois plus souvent que dans beaucoup de jardins zoologiques. On ne peut trouver la raison de cette anomalie apparente que dans les exercices continuels et variés qu'on les oblige à faire, dans leurs voyages et leurs fréquents changements de séjour, toutes choses qui arrivent en somme à tenir constamment en éveil leur activité cérébrale autant que leur activité musculaire. Le secret du succès dans l'élevage de ces animaux sauvages en captivité est peut-être de s'occuper non seulement des conditions physiques de leur vie matérielle, mais encore de leur vie morale.

La facon d'alimenter l'animal doit être un bon moyen d’exciter leur psychisme. Il faut, pour cela, varier souvent la quantité et la nature de la nourriture, les heures auxquelles on la donne, les endroits auxquels on la place, enfin s’ingénier à trouver des moyens qui obligent l’animal à la chercher et à faire même un effort pour la saisir. Toutes les fois qu’on le pourra, et c’est la règle pour l’alimentation de beaucoup de carnivores, de rapaces et de serpents, dans les jardins de Breslau, de New-York, de Philadelphie et de Washington, la nourriture donnée sera une proie vivante: souris, rats, cobayes, lapins, poulets, pigeons, etc., élevés au jardin dans ce but ou récoltés directement dans la nature et présentés à l’animal dans des conditions variées.

Une autre façon de s'occuper du moral des animaux, c’est d’orner leur logis de plantes ou d'objets variés avec lesquels ils peuvent s'amuser et qui serviront au moins à éveiller leur attention ; mais il faut avoir soin de changer souvent la nature de ces objets de manière à en renouveler l'intérêt. L'observation montre, en effet, que l’animal le plus stupide, comme le plus intelligent, qui a séjourné pendant quelque temps dans une même cage, arrive à connaître tous les coins, toutes les planches et tous les barreaux de sa prison.

Beaucoup d'animaux seront plus heureux encore si on leur donne pour compagnon de jeux un autre individu de même espèce ou d’espèce différente. 11 ne faut même pas toujours craindre de mettre ensemble deux espèces de nature querelleuse. D’abord il est reconnu que c’est surtout dans des espaces trop étroits que les animaux se battent entre eux ; ensuite l'expérience à montré le peu de croyance qu'il fallait avoir dans ce prétendu antago-

nisme inné qui existerait entre certaines espèces animales, Hagenbeck ne place-t-il pas dans un même espace jusqu'à 50 félins d'espèces diverses et ces animaux ne font-ils pas bon ménage entre eux? Il ne faut même pas trop s’effrayer des luttes auxquelles peuvent se livrer les animaux, pourvu qu’on leur donne de l’espace et des moyens de refuge; les inconvénients de quelques coups de griffe ou de quelques morsures sont largement compensés par le supplément de vigueur que ces luttes procurent aux combattants.

Les cinématographes, qui, on le sait, envahissent tout aujourd’hui, ne reculent devant aucune dépense pour se procurer des films impressionnants. Un industriel, pour corser ses collections, vient même d'envoyer toute une mission en Afrique pour y cinématograplier les péripéties d’une chasse aux grosses bêtes. Les chasseurs, naturellement, eurent des aventures plus où moins palpitantes qu’un chroniqueur vient de relater dans l’Illustra: tion. Cueillons-y une anecdote relative au buffle.

Dans le voisinage de l’île d'Omrouk, sur le Dinder, se trouvent de vastes plaines marécageuses appelées khors, qui, même au fort de l’été, conservent généralement une certaine fraicheur et demeurent abondamment herbues. Alors que toute la contrée environnante se dessèche, les grands ruminants viennent y chercher leur subsistance. Le matin, à la première heure, on y voit des buffles paître par troupeaux. Mais il n'est pas très prudent de s’aventurer pour aller les chercher dans ces herbages, hauts de 2 à 3 mètres. On s'expose à des charges sérieuses et devant lesquelles il est impossible de fuir, soit que le buffle devance l'attaque, soit qu’on le manque, ce qui est fréquent.

Les chasseurs avaient campé dans l’ile. Au jour, ils passaient sur la terre ferme et trouvaient aussitôt, au bord de l’eau, une piste tracée par les buffles à travers la prairie. Ils la suivirent, Chemin faisant, une fourmilière géante, de 3 mètres environ de hauteur, leur fournit un observatoire, d’où ils purent découvrir, à quelque cent mètres, un troupeau d’une soixantaine de têtes, broutant tranquillement, les femelles accopagnées de petits folâtres. Le vent ne portait pas de leur côté. Ils ne pouvaient deviner la présence de l'ennemi. [occasion de tirer quelques coups de fusil était tentante, mais bien hasardeuse, et l’on décida d'attendre plutôt le moment où, le soleil les importunant, les buffles se réfugieraient à l’ombre de la forêt, qui avançait une pointe dans la prairie. Donc, avec d’infinies précautions, pour ne pas attirer leur attention, en se dissimulant, en rampant, et prenant un détour immense, on gagnait cette langue de forêt où l’on s'embusqua. On était là au centre du troupeau, à 60 mètres à peine des animaux les plus rapprochés. Les nègres, alléchés par l’appât d’une telle provende, de bonne et saine viande, @e cuir admirable pour fabriquer des sandales, pressaient le chef de la mission, M. Machin, de tirer. Après un bref moment d’attente, son fusil bien appuyé sur une grosse branche, il lâcha le coup. La bête qu’il avait visée, un mâle superbe, était tombée comme une masse. Mais, en même temps, un désarroiindescriptible se produisait dans le troupeau, qui finalement s'enfuit, abandonnant là le blessé. Quand il eut disparu dans les hautes herbes, les chasseurs abandonnèrent leur cachette et vinrent vers la place où gisait le buffle blessé.Mais, en les apercevant ou en les sentant venir, l’animal s'était relevé, d’un effort désespéré, et, furieux, il foncait sur eux. Par bonheur, il avait une patte brisée; sa blessure retardait son élan.

Enbardis, on se jeta à sa poursuite. Une heure durant, On suivit sa trace sanglante. Puis on l’apercut de loin, gisant épuisé. Un autre buffle, fraternellement,

demeurait près de lui. Les chasseurs, de nouveau, éprouvèrent de l’inquiétude. Il restait à M. Machin trois balles, toutjuste : donc, pas de poudre à perdre, et il fallait ne tirer qu'à bon escient, On se coula silencieusement vers le fourré où étaient les deux buffles. Mais, à 20 mètres, un beuglement retentit : les poursuivants étaient éventés. M. Machin épaula, lâcha deux balles sur la bête indemne. Elle tomba. La troisième balle toucha le premier blessé à la poitrine. Chose incroyable, il se releva, vint vers son camarade, qui semblait bien mort, et qui l'était en effet, et se coucha près de lui à son tour. Que faire ? Plus de munitions. La nuit venait. L'heure était proche où le lion rôde, en quête d’une proie. Ilne restait qu'à regagner le camp, distant de 12 kilomètres, en conservant l'espoir de retrouver en place, le lendemain, deux cadavres.

On revint, en effet. On leva le camp de bonne heure. M. Machin prit les devants avec quelques hommes, Parme à l'épaule. Mais, quand on arriva, à l'endroit où lon avait laissé, la veille, les deux buffles, quelle surprise! Un seul était là, le second atteint, un cadavre. L'autre, le blessé, avait disparu. Cela devenait.passionnant comme un défi, et il fallait, coûte que coûte, retrouver ce « trompe-la-mort ». On le rejoignit, qui tondait

avec appétit l'herbe d’une clairière. Une balle l’acheva.

Le moineau n’est pas très intelligent: Mais, cependant, il n’est pas tout à fait bête comme l'indique l'observation suivante faite, cet été, par M. Paul Rochat, rédacteur en chef de la Tribune de Lausanne : «J'avais pris à Ouchy, à dix heures cinq, le bateau pour Evian. C'était le Genève. Je m'étais installé à l’arrière. Comme je l'avais déjà remarqué, une demi-douzaine de moineaux quittèrent les arbres du quai pour venir, pendant l'arrêt du bateau, picoter sur le pont les miettes laissées par les voyageurs. D’habitude, les moineaux regagnent le rivage avant le départ du vapeur, sachant sans doute que leur vol ne leur permet pas defranchir au-dessus du lac une distance un peu grande. Ce matin-là, les oiseaux trouvèrent un festin copieux sur le pont. Mais, aux premiers tours de roues, ils se hâtèrent de regagner la terre. Pourtant, il en restait un qui picorait sans relâche, et, pendant qu'il avalait toutes les miettes, il ne s’aperçut pas d’abord qu'il était emprisonné sur le bateau. |

Brusquement, il revint à lui, sauta sur le bastingage, regardant inquiet autour de lui. Il courut vers l’avant, mais c'était partout l'étendue d’eau sans limite; la brume empêchait de voirla côte de Savoie. Le pauvre oiselet revint à tre-d’aile à l'arrière; puis, éperdu, affolé, il voltigea de çà et de là, en poussant des cris aigus. Mais le bateau siffle, pour saluer, selon l’usage, la rencontre du Montreux qui, d'Evian, venait à Ouchy.

Les deux vapeurs se croisent à environ cent cinquante mètres de distance. Le pierrot est juché sur les cordages ; il tourne la tête d'un côté et de l’autre, comme s’il réfléchissait à ce qu'il allait faire. Puis, il prend son élan tout à coup et vole énergiquement vers le Montreux. En sorte que le moineau a été ramené à son gite sans billet d'aller et retour par les soins de la Compagnie

Générale de Navigation sur le lac Léman. La lecon lui

aura-t-elle profité? Peut-être ; mais il est bien, maiïntenant, dans le cas derécidiver. »

Oui, l’intéressant serait qu'il récidivât.

H. CouPIN.

Page 1