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C. Merdigera Linné, Lac. loc. cit., 31, p

Ponte. En mars ainsi qu’en avril, l’adulte fait son apparition ; après quelques aliments absorbés, les deux sexes courent à la rencontre l’un de l’autre; les préludes de l’accouplement sont longs; le mâle après les premières avances, monte sur la femelle, la copulation commence, elle se continue toute la journée ainsi qu'une partie du lendemain, puis a lieu la disjonction des parties génitales; la femelle procède ensuite au dépôt de sa ponte.

Œuf. Longueur 2 millimètres; diamètre 0 mm., 8.

Allongé, oblong, cylindrique, rouge incarnat, lisse et luisant, à pôles arrondis, à coquille résistante.

Œufs accolés contre la tige ou au-dessous des feuilles du lis de Salomon, par groupes de sept à huit, maintenus les uns à la suite des autres par une humeur visqueuse et dont l'éclosion a lieu dix à douze jours après la ponte; la jeune larve qui en est issue, mesure 1 mm., 5 de lon-

(4) Voir Le Naturaliste, n°° 533 et suivants.

gueur, à tête et à pattes noires, à corps d’un roux ambré terne, à premier segment thoracique revêtu en son milieu d’uue plaque brunâtre à milieu incisé, segments abdominaux à point latéral noir : cette jeune larve à corps arrondi adhère à la feuille à l’aide de ses courtes pattes et de son mamelon pseudopode; elle ronge la face inférieure de la feuille tout en respectant la face opposée, chaque larve gagnant de son côté, suivant ses caprices, les unes isolées. les autres réunies par groupes de deux ou de trois; après la digestion des premières bouchées, les déjections sont placées couche par couche sur le bout de l’abdomen d’abord, les couches successives remplaçant les précédentes qui sont refoulées vers le haut du corps ; en effet, au lieu de déposer ses déjections vers le bas, sur le sol, comme c’est le cas général chez les larves de coléoptères, elle les rejette vers le haut de son corps, le dos les recevant par refoulements successifs : ces déjections s'ajoutent ainsi les unes à la suite des autres de manière à la couvrir comme d'un manteau maintenu humide, les plus avancées couvrant la tête et tombant par leur propre poids en se détachant, et c’est ainsi que la larve se trouve protégée de tout danger; en effet, le corps par ses téguments délicats a besoin d’être mis à l'abri du soleil ou du vent qui agirait sur cette délicate peau, laquelle a besoin d’être maintenue dans un état frais, légèrement humide, comme le sont au reste presque toutes les larves de Criocorides ; s’il lui arrive qu'un accident mette en totalité ou en partie son corps à découvert, elle mange avidement de manière à obtenir par la digestion les moyens de se recouvrir en peu de temps; — le passage de la larve sur la tige sur les feuilles ou les fleurs est accusé par une trainée de déjections qu’elle sème sur son parcours sur la plante qu’elle souille ainsi: elle ronge sans trève ni merci se déplaçant au fur et à mesure de ses besoins.

En mai, lalarve parvenue à son entière croissance présente les caractères suivants :

Larve. Longueur 7-8 millimètres, largeur 3-4 millimètres.

Corps massif, trapu, charnu, blanc rougeñtre, lisse et luisant, glabre ou à peu près, couvert de courtes spinules noirâtres, fortement convexe en dessus, déprimé en dessous, à région autérieure étroite, arrondie la postérieure mamelonnée.

Tête petite, cornée, orbiculaire, noire, finement pointillée, ligne médiane obsolète, bifurquée ; épistome large, transverse, bifovéolé, labre échancré, mandibules bidentées, mâchoires épaisses, à lobe petit, palpes à articles annelés de testacé saufle terminal qui est noir; antennes très courtes, coniques, de trois articles annelés de testacé, ocelles au nombre de six, rougeâtres, disposés, quatre en carré en arrière de la base antennaire, deux à côté.

Segments thoraciques convexes, blanchâtres, à ffancs dilatés, le premier couvert d’une plaque rougeâtre à milieu incisé, les deuxième et troisième transversalement incisés et couverts de courtes spinules.

Segments abdominaux blanc rougeûtre, fortement convexes, mamelonnés, à flancs dilatés, transversalement incisés, couverts d’une rangée de courtes spinules noires.

Dessous, quatre plaques rougeâtres dans l'intervalle des pattes, deux bourrelets pseudopodes à chaque segment abdominal, segment anal bilobé, à fente en long: un fort bourrelet latéral longe les flancs.

Pattes courtes, rougeâtres, avec membrane blanchâtre,

armées d’un onglet rougeâtre appuyé sur un petit tubercule ou lobe membraneux.

Stigmates très apparents, blanchâtres, à péritrème rougeâtre, à leur place normale.

En mai, la larve parvenue à son entière croissance, entre peu profondément dans le sol, s’y construit une loge ovalaire dont elle tapisse les parois d’un enduit agglutinatif et s’y transforme.

Nymphe. Longueur 5-6 millimètres, largeur 3-4 millimètres.

Corps court, ovalaire, mou, charnu, blanc rougeître, glabre, lisse et luisant, très finement pointillé, convexe en dessus, un peu moins en dessous, à région antérieure étroite, arrondie, la postérieure atténuée et courtement bifide. ï

Téte petite, arrondie, déclive, vertex binoduleux, premier segment thoracique grand, transverse, deuxième court, avancé en pointe sur letroisième dont le milieu est canaliculé; segments abdominaux larges, transverses, atténués vers l'extrémité qui se termine par deux courts crochets arqués, à pointe rembrunie, antennes noduleuses.

La durée de la phase nymphale est de sept à huit jours, encore quelques jours, et l’adulte, une fois formé, remonte à la surface pour plus tard hiverner sous abri.

Adulte. N'est pas rare durant toute la belle saison dans les jardins, dans les lieux où vivent les lis : il est très facile à prendre; il fait entendre une très légère stridulation produite par le frottement des segments abdominaux contre les élytres, lorsqu'on le saisit.

C’est Swammerdam qui le premier observa les mœurs et les métamorphoses de cetts espèce. (Biblia naturæ, p. 532.)

Parasite. Quoique recouverte d’une couche d’excréments, la larve a pour parasite le ver d’un Diptère du genre Tachinus : — Comment la femelle de ce Diptère s’y prend-elle pour déposer sa ponte sur un corps protégé par un manteau pareil? Elle profite de la moindre inattention de la larve pour implanter un œuf sur la peau; toujours, en éveil la moindre des imprudences lui en fournit l’occasion: ou bien encore elle saisit le moment où la larve se dépouille de sa tunique avant d’entrer dans le sol pour s’y transformer.

Généralités. Quoique ne se ressemblant pas par leur vestiture qui, selon l’espèce, est nuancée de jaune, de noir, de rouge, de bleu; les Adultes du groupe des Criocerides ont un cachet particulier qui les distingue entre eux, en dehors de leur taille; — les larves ont chacune leur genre de vie spécial, leur instinct, chacune se défend à sa manière, ce qui ne les empêche pas d'être toutes parasitées, chacune ayant son parasite particulier; —les Nyrnphes découlent d'un même type : une loge en terre capitonnée d’un enduit soyeux les met à l’abri de tout danger.

Comment se fait-il que ces larves que nous venons de décrire, si éloignées les unes des autres, certaines bien couvertes et ainsi à l'abri, d’autres beaucoup moins vêtues, l'instinct de la protection ne se soit pas fait par hérédité, toutes vivant sur une seule plante, la même pour presque toutes? — Parce que l’hérédité c’est le renouvellement de l'espèce type à laquelle tous les êtres sont soumis ; — l'instinct a ainsi fait don à quelques-unes de ces larves de la manière de fabriquer leur manteau, à l'aide de leurs propres moyens, et tout en profitant des avantages que cet acte leur donne, les larves en ignoren

le mérite; la meilleure preuve nous en est donnée par les larves des Crioceris paracenthesis et Asparagi qui vivent à l'air sans couverture protectrice et qui pour éviter d’être parasitées accepteraient bien volontiers le don naturel de se fabriquer avec les ressources dont elles disposent un couvert qui les mettrait à l'abri de leurs parasites.

À la création du monde entomologique, chaque espèce a reçu en héritage ses propres moyens de protection, les a conservés depuis et les conservera tant que vivra l'immuable espèce à la conservation de laquelle le créateur apporte un si grand soin ainsi que le démontrent les exemples de chaque jour.

Parasitisme. Au point de vue du parasitisme, quelles sont les larves de Criocerides les moins exposées aux attaques de leurs ennemis : — ce sont celles des Sema et celle de Crioceris merdigera qui sont entièrement recouvertes d’un manteau d'ordures, viennent ensuite celles du C. 12 punctata puis celles de C. paracenthesis et asparagi, dont la vie se fait à découvert:

Aire de dispersion. Toutes les espèces qui nous occupent fréquentent les plantes herbacées, rarement les arbres, les arbrisseaux; quelques-unes se réunissent en nombre sur le même végétal; leur aire de dispersion est très étendue; sur plus de trois cents espèces du genre Lema, l’Europe en nourrit à peine une centaine, l'Amérique en possède le plus grand nombre ; — des cinquante espèces du genre Crioceris, l'Europe et le Mexique ont plus de la moitié de celles décrites.

Rôle actif. Au point de vue de leur raison d’être tous les Criocerides nous sont indifférents, une seule espèce s’en écarte, c’est celle du Crioceris asparagi Linné, qui en certaines années est nuisible à l'agriculture par les ravages que sa larve commet aux plantations de l’asperge cultivée.

Capitaine XAMBEU.

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