ET
{1) Ernest Hormanx. Die Raupen der Gross-Schmetterlinge. Europas; Stuttgart 1893. \
(2) Wrzran Bucxrer. The larvæ of the british Butterflies and Moths; London, 1886.
(3) Prerre Paux. Les lépidoptères du département du Nord Bullelin scientifique de la France et de la Belgique, t. XXXN, 1901, p. 459. : f
(4) Kazrensacn. Die Planzenfunde aus der Klasse der Insekten, 1874, p. 80. Je dois ce renseignement bibliographique à l'obligeance de M. L. Beer.
dissectum Li. et G. pussillum L. C’est sur E. cicutarium !
que je l’ai rencontrée en avril dernier, à Wimereux; cette plante est d’ailleurs son habitat ordinaire dans la région, ainsi qu'il ressort d’une note manuscrite de GTARD que j'ai retrouvée. Du reste, il semble bien que Lycæna astrarche. soit plus particulièrement homochrome de E. Cicutarium que de toute autre plante. Malgré sa teinte verte, les plissements cutanés et les bandes rouges pourpre devaient faire ressortir aisément la chenille sur les feuilles lisses, peu découpées ou largement découpées et à coloration uniforme.
Il n’en est pas de même sur E. cicutarium. La chenille que j’ai observée se tenait sur un jeune plant à feuilles disposées en rosette et fortement appliquées sur le sol. Les feuilles finement découpées paraissent être plissées transversalement ; quelques-unes d’entre elles sont bordées par un liséré rouge pourpre. La teinte vert clair du limbe et la teinte du liséré sont exactement comparables aux teintes correspondantes de la chenille; les plis transversaux de celle-ci se confondent avec les incisures de la plante. Grâce à cet ensemble de dispositions, la chenille était si peu apparente que j'ai pu examiner l'Erodium pendant plusieurs minutes sans apercevoir son hôte; jé ne l’aurais probablement pas aperçu si je ne l’avais déplacé en remuant les feuilles.
J'ai recueilli plante et chenille. Cela m'a permis de constater un autre détail, &’ordre physiologique celui-ci, qui s’ajoute à l’'homochromie et l’accentue : c’est l’'immobilité apparente de la bête. Souvent, en effet, un animal homochrome — ou considéré comme tel — se distingue de son substratum, grâce aux mouvements qu'il effectue. Or, en observant Lycæna astrarche dans le large flacon où je l’avais enfermée, il m'a été impossible de voir un mouvement au cours d’un examen prolongé. L'animal mangeait cependant, mais, en se déplaçant méthodiquement le long du pétiole, par des mouvements d'une très grande lenteur, la tête noire restant dissimulée. Plusieurs observations successives, et à longs intervalles, m'ont seules permis de constater la marche continue de la chenille et la disparition d’une partie de la feuille.
L’homochromie est done aussi complète que possible. Il convient d'ajouter que, relativement à certaines formes d'Erodium cicutarium, la chenille observée serait beau- Coup moins homochrome ; sa coloration vert clair, de même teinte queles E, cicutarium qui poussent sur le talus de la route entre Wimille et Wimereux, est sensiblement plus claire que celle des E. cicutarium que l’on rencontre dans la région des dunes. Il serait intéressant de savoir si la teinte de la chenille se modifie corrélativement. Cela n’est pas impossible, car il n’est pas absurde de penser que l’ingestion des pigments végétaux ait une influence sur la pigmentation des chenilles. Je dois dire, cependant, que, nourrie pendant une huitaine de jours avec des Erodium de teinte plus foncée, elle a conservé sa coloration. L'animal était, il est vrai, au moment dela nymphoseet cette courte expérience ne prouve pas qu’un individu très jeune, vivant sur les feuilles d’un vert plus foncé, n’acquière pas lui-même uneteinte foncée.
Dans le cas contraire, le fait particulier qui nous occupe constituerait un fait d'homochromie en quelque sorte occasionnelle et très rarement réalisée. L'intérêt, loin de diminuer, n’en serait que plus grand, puisque, Joint à quelques autres, ce fait tendrait à jeter quelques doutes sur la validité des interprétations sur lesquelles repose la théorie du mimétisme.
Quoi qu’il en soit, on ne saurait s'arrêter à l’idée que l'homochromie, considérée en général, ait pour origine exclusive le régime alimentaire, En admettant que ce facteur entre en ligne de compte dans certaines circonstances, il ne saurait cependant être considéré comme facteur unique, ni même comme facteur principal. Sur la nature de ce dernier, diverses hypothèses ont été proposées. J'avoue n’être satisfait par aucune d’entre elles. La sélection ne fournit pas, à mon sens, une explication suffisammment plausible. Les faits précis sont indéniables, leur interprétation hérissée des plus grandes difficultés. Peut-être vaut-il mieux ne pas se hâter de conclure.