LA MORCHELLA SENI-LIBERA
La Morille à chapeau à demi libre est une espèce rare, qui mérite d'attirer l’attention de nos Botanistes, à cause des particularités singulières qu’elle présente. On en à vu, cette année, plus que d'habitude, surtout au nord de la région parisienne où les Morilles poussent plus tard qu’au sud; à cause des chaleurs extraordinaires que l’on a eues à Pâques. De là, la poussée de nombreuses Morilles : Morchella vulgaris, monstruosa (à pied bossué volumineux et à chapeau réduit à presque rien) et semi-libera.
Cette dernière espèce se reconnaît tout de suite à ce que son chapeau est détaché du pied, dans sa partie inférieure.
M. Régnier, président de la Société d’horticulture, en a découvert une cinquantaine sur un très petit espace, au pied d’un hêtre ; dansle parc de sa propriété, dépendant du château de Beaulieu-les-Fontaines, entre Noyon et Montdidier. Ce qui l’a surtout frappé, c'est que ce Champignon pourrit vite et ne se dessèche pas avec facilité, comme la Morille ordinaire, que nos mères, tant de fois jadis, enfilaient en colliers, pour les faire sécher au soleil, en les’ attachant tout simplement en dehors des fenêtres de la cuisine.
Assurément elles se réduisent beaucoup en se desséchant, mais elles conservent leur arôme exquis; tandis qu'il w’en est plus du tout de même de ces Morilles dont ontriple le volume en les baignant la nuit dans de l’eau salpêtrée avec une solution de sel de nitre.
Pour en revenir à la Morchella semi-libera, on remarquera qu’à Noyon comme au Bois de Meudon on ne la rencontre que dans des enceintes très limitées; en revanche, il y en a généralement bien plus que des Morilles ordinaires, dans un aussi petit espace.
Quant à la Morille monstrueuse, on a chance de la trouver dans les endroits herbeux, comme les bancs de gazon, même dans un jardin, Où nous en avons trouvé une dizaine de pieds, le 18 avril 1894, il y a dix-huit ans. On en a trouvé encore cette année, dans la forêt d'Ourscamp, entre Noyon et Compiègne.
Remarquons en passant que les Morilles, que l'on vend à Paris sous le nom de Morilles de Compiègne, viennent le plus souvent de la forêt d'Ourscamp où on en à trouvé immensément cette année. Leur légère saveur, fine et suave, accompagne merveilleusement les côûtelettes de veau cuites à la casserole.