LA BIOLOGIE DES PARESSEUX
Lestrès curieux édentés appelés Paresseux sont encore
très mal connus sous le rapport de leur biologie et il
règne à leur égard de nombreuses inexactitudes. C’est ce que vient de montrer M. Ménégaux dans une étude qui met les choses au point.
Ils vivent presque toujours sur des arbres de la famille des Urticacées et du genre de Cecropia, dont le tronc
fistuleux dépasse rarement 5 à 7 mètres de haut et
45 centimètres de diamètre. Ces arbres ont un aspect très particulier, à cause de leurs branches grosses, peu nombreuses et neportant de feuilles qu’à l'extrémité des rameaux. C’est là que les Paresseux se tiennent pendant le jour, à une faible hauteur, assis dansune enfourchure, soit pour dormir, soit pour se reposer en se chauffant au soleil. Dans cette posture, la tête est toujours fortement penchée en avant sur la poitrine et les quatre membres entourent le tronc de l'arbre, en sorte que les antérieurs soutiennent ainsi le corps droit, mais tassé sur lui-même et ils se cachent en partie la tête. Il est donc inexact de dire, comme on le fait généralement, qu'ils vivent suspendus aux branches dans une position renversée.
Pour grimper, l'animal élève un membre antérieur et, lentement,, il cherche en tàtonnant une fissure de l'écorce, une aspérité ou une petite branche à laquelle il s'accroche comme un grappin. Il soulève, puis tire avec lenteur le côté correspondant de son corps en s'appuyant sur le membre postérieur, qui, à son tour, est remonté et accroché à l'écorce. Les mêmes mouvement amènent l'ascension de l’autre côté.
Les Paresseux peuvent aussi marcher à terre, mais leurs longs bras et leurs jambes courtes rendent leur marche tout à fait maladroite. Lorsque l'animal est immobile, il s'appuie surles coudesrapprochés du corps, sur le cubitus et le bord interne de la main, dont la paume, placée de champ, regarde en dedans ; les griffes sont à peu près fermées. Les mouvements de rotation de la main sont très limités, puisque le cubitus etle radius sont soudés à leur extrémité carpienne. À ce moment, l'animal est comme assis sur ses membres {postérieurs
. peu écartés, le pied placé de champ, de sorte que le
ventre, toujours gros, touche à terre. Quand l'animal veut progresser, il s'appuie sur un bras, le gauche, par exemple, il soulève alors l’avant-bras du droit et allonge tout le membre avec ses griffes à demi-ouvertes il cherche en tâtonnant à petits coups à découvrir quelque chose pour s'accrocher. Lorsqu'il 4 trouvé une racine ou une aspérité du sol, il tire dessus pour amener son corps, en même temps qu'il donne un coup de jarret afin que le ventre ne touche plus à terre et que la progressione puisse se faire. Il avance les membres postérieurs et recommence de l’autre côté. Pendant ce mouvement de halage, il regarde à droite et à gauche en tournant la tête avec une sage lenteur.
La vitesse, sur le sol, est d'environ 40 à 50 mètres par heure. Elle peut, dans quelques circonstances, devenir plus grande. Ainsi le Dr Seemann s'exprime au sujet du Bradypus castaneiceps, capturé au Nicaragua « J'ai gardé l'animal vivant pendant un mois, il a été nourri de jeunes feuilles de Cecropia peltata. Il avait l'habitude de manger surtout la nuit, au moment où il est le plus vif. Une nuit il s’échappa de sa prison et le matin suivant on le retrouva à une distance de 800 yards (734 mètres), dans un marécage. Pour y arriver, il avait dû passer sur une colline aride, sans buisson et sans arbre et ce fait me surprit beaucoup.
Les Paresseux mangent exclusivement des feuilles de Cecropia et préfèrent généralement se laisser mourir de
faim plutôt que d'accepter une autre nourriture, En liberté, quand l’animal a grimpé sur l'arbre, il se hisse jusqu'aux feuilles par la force de ses bras et, allongeant le cou, il mord le bord des feuilles, souvent sans les achever, etil laisse ainsi une trace de son passage. Donc, jamais il ne se porte à la branche, jamais il ne cueille les feuilles avec ses griffes. Quand il ne trouve plus de branches à sa portée, il descend à terre, puis passe sur un autre arbre.
VICTOR DE CLÈVES
ACADÉMIE DES SCIENCES
Sur le travail de la pierre polie dans le Haut-Oubanghi. Note de M. A. Lacroix.
Les explorateurs du pays des Bandas, et en particulier MM. Dybowski, Maistre et Courtel, ont signalé, comme bijou recherché par les indigènes, une baguette. de cristal de roche taillé, que les femmes portent’implantée dans la lèvre inférieure. Cette coutume est localisée dans les bassins de l’Ombella, de la Kemo et de la Tomi (affluents de droîte de l'Oubanghi), habités par les M'Brous, les N'Dis, les Togbos, les Sabougas, les Langonassis et les Babas. Ces baguettes taillées portent le nom de baguérés et consistent en aiguilles de quartz hyalin, parfaitement transparentes, très régulièrement taillées let mesurant de 5 à 1 centimètres de longueur.
Le centre de fabrication se trouve chez les M'Brous et cetfe localisation est déterminée par l'existence sur leur territoire d’intéressants gisements de cristaux de quartz, très allongés suivant l’axe vertical et isolés dans le conglomérat ferrugineux superficiel .
Les cristaux de quartz sont choisis parmi les plus réguliers, les plus longs et les moins épais. Leurs arêtes sont tout d’abord abattues par des chocs violents, déterminés à l’aide d'un corps dur, tel qu'un couteau, par exemple; cette première opération, qui remplace les faces naturelles par de larges cassures conchoïdes, entraine un très grand déchet. La pièce est ensuite amenée presque à sa forme définitive par des retouches successives, qui n’enlèvent que de très petits éclats.
Elle est alors encastrée dans un morceau de bois tendre (celui de manioc en particulier), qui sert de manche, puis elle est usée par frottement sur une dalle de quartzite ou de grès. L'usure «est faite d’une façon très primitive, à sec, sans intervention d'aucune matière étrangère.
Quand la pièce a pris la forme désirée, elle est polie par le même procédé sur le polissoir très légèrement humidifié.
Fréquemment le travail n’est pas poussé assez loin pour atteindre le fond de toutes les cavités produites au cours du dégrossissement ; quelques-unes d’entre elles persistent donc et constituent de petites cupules brillantes, La taille est menée d’une façon fort habile, l'allongement de la pièce coïncidant toujours très sensiblement avec l’axe ternaire du quartz, ainsi qu'il est possible de s’en assurer par l'examen des propriétés optiques d'une section taillée transversalement.
Les dalles quartzeuses offrent la plus grande ressemblance avec les polissoirs néolithiques.
Ces ornements constituent un objet de luxe ; aussi les indigènés peu -fortunés les remplacent-ils par des aiguilles de même forme, mais un peu plus longues, faites en bois, en verre ou en étain.
La grande analogie que présentent les polissoirs de l'Oubanghi avec ceux de la période néolithique de nos pays et les renseignements qui viennent d’être donnés sur leur emploi fournissent une indication précise sur ce qu'ont pu être les procédés de travail des pierres dures dans les temps préhistoriques. La découverte dans quelques stations néolithiques, notamment dans la Dordogne, de polissoirs à surface verticale avait fait penser déjà que la taille des objets en pierre polie w’avait pas toujours com porté l'emploi du sable comme abrasif; l'exemple donné plus haut, et qui s’applique au corps le plus dur de ceux qui ont été employés pour fabriquer les objets préhistoriques, apporte une démonstration de l'exactitude de cette interprétation.
Sur les relations tecitoniques dn tremblement de terre de Provence. Note de M. Pauz Lemoine, présentée par M. Micuez Lévy.
Il est actuellement possible de se faire une idée de la réparti-